Tuesday, December 06, 2005

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FABRY (Jean), 1876-1968 :

FACHODA (Crise de) :
L'Afrique, principal champ de l'expansion coloniale européenne du XIXe siècle, est le théâtre d'une concurrence entre les États européens. Alors que la France envisage une conquête territoriale suivant un axe est-ouest de Dakar à Djibouti, le Royaume-Uni vise la constitution d'une continuité territoriale entre Le Caire et Le Cap, c'est-à-dire suivant un axe nord-sud. La croisée de ces deux axes donne lieu à la confrontation de Fachoda, en 1898. Fachoda est une ville du Soudan, située sur la rive droite du Nil Blanc. Ancienne garnison égyptienne qui a été abandonnée en 1884, c'est donc une ville en ruine que se disputent les puissances européennes. Mais elle représentait la place principale de tout le Bahr al-Ghazal, immense territoire d'une superficie équivalente à celle de la France.En 1897, le capitaine Jean-Baptiste Marchand partit de la côte atlantique de l'Afrique pour une expédition vers l'est, à travers la forêt tropicale avec 13 officiers et sous-officiers blancs, 150 tirailleurs sénégalais et plusieurs milliers de porteurs. Deux autres expéditions devaient le rejoindre depuis l'Éthiopie mais subirent différentes vicissitudes qui les en empêchèrent. Cependant deux membres de l'une d'entre elles se trouvèrent à Fachoda en compagnie du Négus d'Éthiopie 40 jours avant l'arrivée de Marchand et y plantèrent même le drapeau français, drapeau que ne découvrit pas Marchand parvenu sur le Nil en juillet 1898 et qui occupa Fachoda le 13. Le 25 août un combat les opposa à 3000 derviches mahdistes montés sur deux steamers le Safieh et le Tewfikieh.Une expédition belge commandée par le baron Francis Thanis était également parti de Stanleyville au Congo belge vers Fachoda en septembre 1896 avec 5000 fantassins indigènes et 37 canons. Elle atteignit le lac Albert en février 1897. Cependant l'avant-garde ne tarda pas à se rebeller en avril et ses hommes, de l'ethnie cannibale des Tetela se retournèrent contre leurs officiers puis le 18 mars attaquèrent le gros de la colonne dont les hommes se rangèrent du côté de leurs congénères. Les Belges mirent trois années à réprimer cette révolte, ce qui les mit hors de la course.Les deux protagonistes avaient profité d'un apparent désintérêt anglais pour le Soudan. Les Britanniques défendaient les intérêts égyptiens mais avaient perdu le Soudan depuis la révolte madhiste et la mort du général Gordon à Khartoum le 26 janvier 1885.À la même époque une armée britannique, sous les ordres de Lord Kitchener remontait le Nil pour affronter l'armée mahdiste. Partie le 18 mars 1896 la force britannique – qui faisait construire une ligne ferroviaire sur son trajet –, atteignit la capitale soudanaise, Omdurman le 30 août 1898 au terme d'une longue campagne, et, le 2 septembre, vainquit les 45 000 derviches à la bataille d'Omdurman. Quelques jours après les Anglais capturaient le Tewfikieh qui revenait de Fachoda et leur apprit la présence d'Européens. Le 18 septembre, Kitchener et ses 20 000 hommes entrèrent dans la ville et rencontrèrent Marchand et ses 250 hommes pour protester au nom du khédive. Kitchener plaça la région sous la loi martiale en attendant une décision diplomatique.Le gouvernement français de Henri Brisson (sous la présidence de Félix Faure) reçut aussitôt un ultimatum de Londres lui intimant de faire se retirer la colonne Marchand. La France était alors en pleine Affaire Dreyfus dont l'une des thématiques était la trahison nationale, et l'opinion publique appela à en découdre avec l'ennemi héréditaire. De son côté l'opinion anglaise acceptait mal qu'une poignée de Français s'attribuent les bénéfices de la défaite des mahdistes acquise par l'Angleterre.Le dénouementLe rapport de force était trop inégal et Théophile Delcassé, le ministre des Affaires étrangères, visait avant tout à reprendre un jour l'Alsace et la Lorraine aux Allemands, ce pourquoi il lui fallait obtenir une alliance avec le Royaume-Uni. Par conséquent, il donna le 10 novembre l'ordre à Marchand de se retirer pour des « raisons sanitaires », alors même que l'opinion publique commençait à se désintéresser de l'Afrique pour porter toute son attention sur l'Affaire Dreyfus. Le 11 décembre 1898, le drapeau égyptien flottait sur Fachoda.Un accord signé entre les deux pays en 1899 confirma le renoncement de la France à toute ambition sur la vallée du Nil.Les historiens considèrent généralement que cette affaire permit le rapprochement politique de la France et l'Angleterre, qui aboutit à l'Entente Cordiale le 8 avril 1904.18 septembre 1898Le 18 septembre 1898, une armée anglo-égyptienne de 20.000 hommes, conduite par le général Lord Kitchener, remonte le Nil après avoir vaincu les Soudanais au terme d'une campagne brutale et meurtrière à Omdourman. À Fachoda, sur les bords du Nil blanc, au cœur du Soudan, elle rencontre une expédition française arrivée sur place trois mois plus tôt.Cette expédition, baptisée «mission Congo-Nil», comprend huit gradés, dont le capitaine Charles Mangin, et plus de 250 tirailleurs sénégalais sous les ordres du chef de bataillon Jean-Baptiste Marchand (35 ans). Elle est partie deux ans plus tôt, le 24 juillet 1896, de Loango, un poste français sur le littoral atlantique, au nord du fleuve Congo.Lequel, de l'Anglais ou du Français, cédera la place ? La possession du Soudan et la continuité des empires coloniaux sont en jeu. La course au drapeauDepuis qu'elle a occupé l'Égypte, en 1882, l'Angleterre rêve de constituer à son profit un axe nord-sud Le Caire-Le Cap. Elle veut aussi éviter qu'une puissance rivale ne s'installe sur les bords de la mer Rouge, aux portes de l'Égypte et du canal de Suez par lequel passe le trafic maritime entre Londres et les Indes britanniques.Dès 1893, la République française, de son côté, s'est mise en tête de relier Dakar, sur l'Atlantique, à Djibouti, sur la mer Rouge, à travers le bassin du Nil. L'idée lui en a été soufflée par le roi des Belges Léopold II, qui est en concurrence avec les Anglais dans la région entre Congo et Nil.Elle l'a d'autant mieux adoptée qu'elle supporte mal la mainmise de son ennemie héréditaire, l'Angleterre, sur l'Égypte à laquelle la rattachent des liens affectifs depuis l'épopée de Bonaparte et la construction du canal de Suez.La défaite des Italiens à Adoua face aux Éthiopiens, le 1er mars 1896, précipite l'intervention anglaise au Soudan. Dès le 12 mars 1896, le Premier ministre Robert Salisbury décide de conquérir le pays. Il veut sécuriser l'Égypte en soumettant les contrées du Haut-Nil.C'est plus que n'en peut supporter le ministre français des Affaires étrangères, Gabriel Hanotaux, fervent partisan de la colonisation.Il esquisse un rapprochement avec l'Allemagne dans la perspective d'une confrontation avec la «perfide Albion».Il réactive par ailleurs le projet de mission militaire de Marchand, qui vise à conclure des traités d'amitié avec les chefs locaux dans toute la région qui sépare le Congo du Nil afin de prendre de court les Britanniques.Pour séduire les chefs africains, Marchand emporte pas moins de 70.000 mètres de textile et 16 tonnes de perles vénitiennes, sans compter cognac, Pernod, champagne, truffes, foie gras,... pour les besoins des gradés !L'expédition remonte le Congo puis le Bahr-el-Ghazal avant d'arriver au Nil. Elle utilise un petit bateau à vapeur, le Faidherbe, pour remonter les rivières. Lorsque celles-ci ne sont pas navigables, il faut démonter le bateau et le transporter à dos d'homme. Il en va ainsi sur 200 km !La petite troupe hiverne dans la région des Grands Lacs. C'est enfin le 12 juillet 1898 que Marchand peut hisser le drapeau tricolore à Fachoda, sur les bords du Nil. Le lieu est rebaptisé Fort Saint-Louis. Mais quand arrive le général Horatio Kitchener, sirdar (commandant en chef) de l'armée anglo-égyptienne, celui-ci fait hisser au-dessus des masures du village le drapeau... égyptien. Embarras des Français qui soutiennent l'indépendance de l'Égypte contre son protecteur britannique et surtout ne font pas le poids face à l'armée anglo-égyptienne.Au bord de la guerreÀ Paris, la République est présidée par Félix Faure et le gouvernement dirigé par le radical d'extrême gauche Henri Brisson. L'affaire Dreyfus bat son plein. Au ministère des Affaires étrangères, Théophile Delcassé a succédé à Gabriel Hanotaux, trop accommodant avec les Allemands.Devant l'ultimatum de Londres ordonnant à la colonne Marchand de se retirer, l'opinion publique, surexcitée, s'apprête à en découdre avec l'ennemi héréditaire. Mais face à l'inflexibilité du Premier ministre anglais, Paris se résout à composer. Théophile Delcassé veut par-dessus tout reprendre aux Allemands l'Alsace-Lorraine perdue en 1871. Il a besoin pour cela de l'alliance anglaise. Le 10 novembre, faisant fi de la fierté nationale, il donne l'ordre à la colonne Marchand de se retirer de Fachoda. Ulcéré, Marchand, élevé au grade de commandant, cède la place en janvier 1897. Il continue sa route vers l'Abyssinie où le Roi des Rois lui fait un accueil impérial, avant de rejoindre l'Océan Indien...Déjà, l'opinion publique se détourne de l'Afrique et n'a plus d'yeux que pour l'affaire Dreyfus. Il ne reste de l'expédition qu'un monument discret dans le bois de Vincennes, aux portes de Paris. Le Soudan sera anglais... et l'on oubliera très vite que deux grandes nations proches et prétendument civilisées faillirent se jeter l'une contre l'autre pour la possession d'une région que les protagonistes avaient eux-mêmes décrite comme «un pays de marécages et de fièvres» (Salisbury) ou «un pays peuplé par des singes et par des Noirs pires que des singes» (Hanotaux). Les Français et les Anglais signeront peu après, le 8 avril 1904, l'Entente cordiale. Ils entreront côte à côte en guerre,10 ans plus tard, contre les Allemands.Sur l'incident de Fachoda et les rivalités coloniales en Afrique, je recommande un très passionnant ouvrage : Le partage de l'Afrique 1880-1914 (Henri Wesseling, Denoël 1996).

FAGUET (Emile), 1847-1917 :
Critique.

FAISCEAU :

FALLIÈRES (Armand), 1841-1831 :
Homme politique. Armand Fallières naît le 6 novembre 1841 à Mézin, dans le département du Lot-et-Garonne. A priori, les origines d’Armand Fallières ne semblent pas le prédisposer à occuper les fonctions les plus élevées de l’Etat. Petit-fils d’un forgeron, fils d’un greffier de justice de paix, il passe son enfance dans ce bourg viticole, avant de rejoindre Toulouse, puis Paris. Après avoir fait son droit, Armand Fallières devient avocat et s’inscrit au barreau de Nérac en 1866. Il y plaide quelques procès politiques, défendant notamment un groupe de jeunes gens qui avaient chanté La Marseillaise sur le passage d’une procession. Cet engagement dans les rangs républicains, cet intérêt pour les affaires publiques le poussent à entrer en politique. Il exerce tout d’abord des responsabilités locales. La même année, en 1871, avec l’avènement de la Troisième République, il est élu maire de Nérac et conseiller général du canton. Enfin, en 1876, à l’âge de trente-cinq ans, Fallières fait son entrée à l’Assemblée nationale comme député de son département natal.
A la Chambre des députés, Armand Fallières siège parmi les membres du groupe de la gauche républicaine. Il fait ainsi partie de ces "363" qui, le 20 mai 1877, affirment leur opposition au pouvoir en place en votant un ordre du jour de défiance au maréchal de Mac-Mahon. La Chambre est alors dissoute. Quatre années plus tôt, l’élu du Lot-et-Garonne avait d’ailleurs été rappelé à l’ordre pour avoir manifesté trop bruyamment au moment de la démission d’Adolphe Thiers par le président du Conseil, le Duc de Broglie. Réélu peu après, au mois d’octobre 1877, il s’affirmait rapidement aux côtés des opportunistes et était appelé pour la première fois, au mois de mai 1880, à exercer des responsabilités gouvernementales.Pendant douze années, pratiquement sans discontinuer, Armand Fallières demeure au gouvernement. Il occupe ainsi quatre portefeuilles différents, mais aux responsabilités liées à l’époque - ceux de l’Intérieur, des Cultes, de l’Instruction publique et de la Justice – dans huit cabinets successifs.
Collaborateur de Ferry au ministère de l’Instruction publique puis ministre de l’Intérieur, Fallières incarne un des idéaux de la Troisième République : la promotion sociale par le mérite, scolaire puis professionnel. L’homme rassure par sa bonhomie joviale d’homme du Sud-Ouest. Son physique imposant, son sens de la conciliation hérité d’une lecture assidue de Montaigne et sa patience lui valent le respect et la sympathie d’une large fraction du milieu parlementaire. C’est probablement pour cet ensemble de raisons que le président de la République Jules Grévy lui confie la tâche de former un gouvernement après la démission brutale de Duclerc, le 29 janvier 1883. Ainsi, quand à 41 ans seulement, le 29 janvier 1883, Fallières devient président du Conseil, le mandat qui s’ouvre paraît-il prometteur. Or, sa présidence ne dure que 3 semaines. Se réservant l’Intérieur, il reconduit la majorité des ministres du cabinet précédent.Fallières se fixe pour priorité de l’affaire des prétendants qui a entraîné la chute de son prédécesseur. En d’autres termes, il doit statuer sur la situation des princes (Orléans et Bonaparte) vivant en France. Le 30 janvier, épuisé par les préoccupations des jours précédents, il doit s’interrompre au beau milieu d’un discours qu’il prononce à ce sujet. Il laisse alors au garde des sceaux Devès la responsabilité de poursuivre la discussion devant le Sénat. Le lendemain, les débats reprennent à la Chambre ; le gouvernement parvient à élaborer un projet de loi « autorisant le gouvernement à expulser les chefs des maisons ayant régné sur la France et à mettre en disponibilité les princes considérés comme n’ayant pas conservé en France l’attitude de citoyens ».La vague de cette formulation propice à tous les durcissement inquiète de nombreux modérés. A l’évidence, les membres du gouvernement jugent nécessaire de réagir au manifeste antirépublicain que le prince Jérôme Napoléon a fait afficher sur les murs de Paris dans la nuit du 15 au 16 janvier précédent : « Le pouvoir exécutif est affaibli, incapable, impuissant. Les Chambres sont sans direction et sans volonté. Le mal réside dans la Constitution, qui met le pays à la discrétion de huit cents sénateurs et députés. »Le 1er février, dans une séance de nuit à la Chambre, la proposition du gouvernement est largement votée. Mais, onze jours plus tard, une majorités de sénateurs, plus conservateurs que les députés, rejettent le texte au profit de la proposition Say, menaçant seulement de bannissement les princes ayant réalisé « soit acte de prétendant, soit une manifestation ayant pour but d’attenter à la sûreté de l’Etat ». S ‘estimant désavoué , Fallières présente sa démission le lendemain, le 21 février 1883La carrière politique de Fallières ne s’achève pas pour autant : ministre (de l’Instruction, de l’Intérieur, puis de la Justice) à de nombreuses reprises entre 1883 et 1892, sénateur, il accède à la présidence de la Chambre haute le 1899. Enfin, couronnement de sa carrière, il est élu au premier tour président de la République en 1906.il décède à Villeneuve de Mézin (Lot-et-Garonne), le 22 juin 1931 Au début des années 1890 et après la mise en place d’une législation anticléricale, Armand Fallières s’efforce de calmer les tensions qui sont à l’origine de multiples incidents entre le gouvernement et la hiérarchie catholique. L’heure est en effet au "ralliement".
En 1890, il est élu sénateur, toujours dans son fief du Lot-et-Garonne, et siège désormais dans la Chambre haute. De 1892 à 1899, l’élu n’est que peu présent dans l’hémicycle. Au cours de ces années en effet il ne prend pas une seule fois la parole en séance publique. Le 3 mars 1899 cependant, il est élu Président du Sénat, succédant à ce poste à Émile Loubet, devenu Président de la République après la mort brutale de Félix Faure. Le 22 septembre 1900, les deux plus hauts personnages de l’État sont présents au Banquet des Maires qui se déroule dans le parc du palais de l'Élysée et qui réunit les élus de la Nation à l’occasion du centenaire de la première République. Auparavant, Armand Fallières présidait également la Haute Cour de Justice qui condamna Paul Déroulède à dix ans de bannissement, le 5 janvier 1900, pour "complot contre la sûreté de l’État".
Le 18 janvier 1906, à Versailles, Armand Fallières est élu Président de la République au premier tour de scrutin, par 449 voix contre 371 à Paul Doumer. Georges Clemenceau, tout comme la plupart des parlementaires radicaux, ont préféré cet homme modéré à son concurrent, pourtant affilié au même parti, mais à qui ils reprochent le fait d’avoir abandonné Émile Combes et le "Bloc des gauches" deux années plus tôt. Six mois après son élection, le 25 octobre, Fallières fait d’ailleurs appel à Clemenceau pour diriger le gouvernement dans lequel figure notamment René Viviani, le premier "ministre du Travail et de la Prévoyance sociale". Cependant, le caractère indépendant, la personnalité turbulente de Clemenceau, ainsi que sa politique sans compromissions, lui valent la défection puis l'opposition des socialistes. Ces derniers lui reprochent en particulier la répression féroce des grèves ouvrières. Le "briseur de grèves" fait ainsi donner la troupe à plusieurs reprises contre les viticulteurs du Midi au printemps 1907, lors des événements de Draveil et de Villeneuve-Saint-Georges du 27 au 30 juillet 1908.
Après trois années d’exercice, le cabinet Clemenceau connaît l’usure du pouvoir. Le tournant du siècle voit également se multiplier les dissensions à l’intérieur de la gauche. Aussi Armand Fallières fait-il appel à Aristide Briand, dont le gouvernement entre en fonctions le 24 juillet 1909. Au moment où les discussions à la Chambre se font plus virulentes, notamment à propos des lois militaires, où la situation internationale se fait plus incertaine, Briand apparaît aux yeux du président de la République comme l’homme de "l’apaisement". Celui-ci se rappelle notamment que l’ancien militant de la grève générale est aussi l’habile rapporteur de la loi de séparation de l’Église et de l’État. Le nouveau président du Conseil souhaite la disparition des conflits sociaux grâce à la "participation" des syndicats et du patronat aux débats en cours. Coup politique ou véritable mise en place d’une démocratie sociale ? L’expérience tourne court.
En cette année 1911, les tensions internationales s’accroissent également. Ernest Monis, à présent au pouvoir, prend l’initiative de faire occuper Fez, au Maroc, au mois de janvier. Le 1er juillet suivant, une canonnière allemande, la Panther, est envoyée à Agadir, pour tenter de s'opposer à cette violation du traité d’Algésiras par la France. Alors que la guerre menace, le cabinet Caillaux parvient à un accord avec la diplomatie de Guillaume II. Et le 4 novembre, les deux puissances coloniales rivales signent une convention par laquelle l'Allemagne accepte de se désintéresser du Maroc en échange d'une partie du Congo. L’année suivante, le 30 mars, forte de cet accord, la France établit son protectorat sur le Maroc. Ce succès diplomatique flatte l’esprit cocardier des Français et Raymond Poincaré, président du Conseil à l’époque, est élu Président de la République, le 17 janvier 1913. Le mandat d’Armand Fallières est en effet arrivé à son terme, tandis que dans les Balkans la situation s’est aggravée... Retiré dès lors de la scène politique, Armand Fallières décède le 22 juin 1931, à Mézin, dans sa commune natale.

FANTIN-LATOUR (Henri), 1836-1904 :
Peintre et lithographe. Né à Grenoble en 1836

FARRÈRE (Claude), 1876-1957 :

FAUCONS ROUGES :
L’organisation « Les Amis de l’Enfance ouvrière », plus connue sous le nom de Faucons rouges, est fondée par Georges Monnet et son épouse en novembre 1932 sous la présidence de Marcel Déat. C’est une organisation d’éducation socialiste de l’enfance te de la jeunesse, en réaction au scoutisme trop religieux, militariste et nationaliste. L’idéologie des Faucons rouges se résume ne quatre points : par l’auto-discipline et l’auto-critique, l’enfant sera éduqué contrairement à l’enseignement bourgeois. C’est ainsi qu’il pourra préparer l’instauration d’un monde socialiste. Le programme des faucons rouges contient diverses techniques d’éducation destinées à développer l’esprit de la collectivité. Le mouvement ponctue sa vie par des fêtes qui, sous la forme de Républiques, sont de véritables organisations de société en miniature. La première République a lieu à Seekamp en 1927. En 1932, c’est à Draveil près de Paris que se tient la République « Solidarité » réunissant 900 participants dont 154 Français. Cette République avait une forte coloration allemande et on y chantait l’hymne des Faucons rouges allemands. Les époux Monnet dénocent bientôt le caratère trop germanique du mouvement français. Ils écartent Löwenstein qui avait parrainé la création des Faucons rouges en France et effectuent le retour à un folklore national. Germaine Monnet devient l’animatrice des Faucons rouges. Plusieurs « républiques nationales » ou internationales se déroulent dès lors en France. La dernière République dénommée « Travail » se tient en 1937 à Chambly dans l’Oise. Le mouvement des Faucons rouges n’a pas eu une grande importance numérique en France ; mais son influence est grande, en particulier dans le milieu des Auberges de jeunesse qui est le prolongement naturel de l’activité des enfants Faucons rouges devenus adolescents ou adultes.

FAURE (Félix), 1841-1899 :
Homme politique.

FAURE (Paul), 1878-1960 :

FAURE (Sébastien), 1858-1942 :
Pédagogue anarchiste. Issu d’une famille de la haute bourgeoisie catholique, le jeune Sébastien Faure envisageait de devenir missionnaire. La mort de son père le contraignit à y renoncer pour se consacrer à sa famille. Le contact avec la vie quotidienne l’amena à réfléchir, à lire des auteurs jusque-là proscrits. Il perdit la foi et décida de rompre avec le milieu d'où il était issu. Il s’enrôla dans l’infanterie mais la vie militaire le déçut rapidement et il termina son engagement simple soldat.
Après un séjour d’un an en Grande-Bretagne, devenu inspecteur dans une compagnie d’assurance, il épousa une jeune femme protestante malgré l’opposition de sa mère. Ils s’installèrent à Bordeaux. Sébastien Faure s’intéressait alors aux questions sociales et commença sa carrière de militant. D’abord adepte de Jules Guesde, il fut candidat du Parti ouvrier aux législatives d’octobre 1885, recueillit 600 voix et fit découvrir son talent d’orateur. Ses activités militantes provoquèrent la séparation des époux Faure.
Installé à Paris, il se détacha peu à peu du guesdisme et s’intéressa au mouvement anarchiste. Il devint un ardent propagandiste de l’idéal libertaire, parcourant la France en tout sens pour présenter des conférences aux titres percutants ou provocateurs : Douze preuves de l’inexistence de Dieu, La Pourriture parlementaire, Ni commander, ni obéir... Ses tournées, minutieusement préparées, obtinrent bientôt un grand succès. Ses principales cibles étaient l’État, le Capital et la religion.
Sa bibliographie est abondante et les titres de journaux ou périodiques qu’il fonda ou auxquels il a collaboré sont nombreux. Il attira ainsi l’attention de la police et fut plusieurs fois arrêté, condamné et emprisonné. En pleine période terroriste (la propagande par le fait), les lois scélérates permirent même la tenue du spectaculaire procès des Trente (août 1894) dans lequel il fut impliqué.
L’affaire Dreyfus l’absorba à partir de février 1898. Il rédigea un J’accuse plus violent que la lettre de Zola, publia une brochure, Les Anarchistes et l’affaire Dreyfus, multiplia les conférences et entraîna avec lui les libertaires qui avaient d’abord considéré que la question ne les regardait pas.
Il s’investit ensuite dans la propagande néo-malthusienne aux côtés d’Eugène Humbert, puis, désireux de concentrer ses efforts sur une œuvre unique au lieu de les disperser au hasard des circonstances, il entreprit de faire vivre une communauté éducative fondée sur les principes libertaires : La Ruche.
La guerre de 1914-1918 révéla de profondes divergences au sein du mouvement anarchiste. Tandis que Pierre Kropotkine et Jean Grave se ralliaient à L’Union sacrée, Errico Malatesta restait résolument antimilitariste. En France, Sébastien Faure fut un des premiers à prendre ouvertement position en publiant un manifeste intitulé Vers la paix qui lui valut une convocation au ministère de l’Intérieur au cours de laquelle il fut persuadé par Louis-Jean Malvy d’interrompre sa campagne pacifiste. Celle-ci fut reprise par d’autres militants anarchistes : Louis Lecoin, Pierre Ruff, Pierre Chardon, Émile Armand, puis plus tard par Sébastien Faure lui-même avec la publication d’un hebdomadaire de quatre pages intitulé Ce qu’il faut dire.
Cependant Sébastien Faure sortit physiquement ébranlé, moralement et politiquement brisé. Victime d’une campagne de calomnies et de rumeurs malveillantes il surmonta néanmoins une congestion pulmonaire et mit sur pied l’imprimerie La Fraternelle, fit paraître en 1922 le premier numéro de Le Revue anarchiste qui compta 35 livraisons, puis assuma la direction et la coordination de L’Encyclopédie anarchiste.
Il participa encore à une vaste campagne de soutien aux victimes de la guerre d’Espagne et se rendit à Barcelone et sur le front de Saragosse, mais les prises de position de la C.N.T.-F.A.I. le conduisirent à prendre ses distances puis à dresser un bilan plutôt négatif de l’expérience espagnole.
Pendant la Seconde guerre mondiale, quelque peu dépassé par les événements, il séjourna à Royan avec sa femme qu’il avait retrouvée après quarante ans de séparation. Il y mourut d’une congestion cérébrale le 14 juillet 1942.Cet homme, pilier du mouvement anarchiste, avait bien mal débuté. Il naquit le 6 janvier 1858, à Saint-Etienne, dans une famille traditionaliste et conservatrice. Son père, Auguste Faure, négociant en soieries, bourgeois nanti, catholique pratiquant, partisan de l'Empire, décoré de la Légion d'honneur, le destinait à la Compagnie de Jésus (1). Il devient effectivement séminariste, puis jette aux orties une soutane qu'il n'avait jamais porté. Sensible aux idées socialistes, il avait adhéré au Parti ouvrier français et se présenta aux élections de 1885. Voici comment Aristide Lapeyre (2) racontait la "conversion" de Sébastien Faure aux idées anarchistes : " Lors d'une réunion électorale à Bordeaux, un contradicteur -anarchiste- posa à Sébastien Faure des questions embarrassantes sur la délégation de pouvoir, la démocratie directe, les voies vers le socialisme. Pris de court, Sébastien Faure, dont l'honnêteté intellectuelle était une des qualités principales et reconnues de tous, lui répondit qu'il était incapable, sur l'instant de lui donner des réponses satisfaisantes, mais qu'il le ferait une semaine plus tard, lors d'une prochaine réunion électorale, à tel endroit. Huit jours après, ainsi qu'il l'avait promis, Sébastien Faure déclara à son contradicteur, présent dans la salle : J'ai examiné les questions que vous m'avez posées. Les réponses de mon propre parti m'ont paru insuffisantes, et de toute façon bien inférieures à celles du mouvement anarchiste. J'ai donc, par cohérence avec moi-même, décidé de quitter le Parti ouvrier français et d'adhérer au mouvement anarchiste ! Orateur et propagandiste de très grand talent, Sébastien Faure se dépensant sans compter, devint un des militants les plus actifs du mouvement libertaire. Aussi, c'est tout "naturellement" qu'il se retrouve en 1895, avec Louise Michel, à la fondation du Libertaire. Cette année 1895 fut une année forte pour le mouvement libertaire. Profitant de l'émotion causée par les attentats de Emile Henry, Vaillant et Caserio, les pouvoirs publics "organisèrent" un procès monstre, passé dans l'Histoire sous le nom de "procès des Trente". Tout le "gratin" du mouvement libertaire de l'époque se retrouva sur les bancs du Palais de Justice… ou en cavale à Bruxelles. Le temps fort de ce procès fut la plaidoirie de Sébastien Faure. Résultat : 27 acquittements et 3 condamnations, pour des délits proches du délit commun. En 1898, l'affaire Dreyfus atteignit son point culminant. Après avoir hésité, Sébastien Faure se rangea dans le camp des dreyfusards, entraînant avec eux la majorité du mouvement. On peut remarquer que dans les affrontements dans la rue avec les antidreyfusards (entre autres dans le 10e arrondissement de Paris), seuls les militants libertaires s'affrontèrent avec les "patriotes". Ce dynamisme, cet engagement médusèrent un homme comme Ludovic Trarieux. Ce dernier, grand bourgeois bordelais, premier président de la toute neuve Ligue des Droits de l'Homme, avait voté les "lois scélérates" sur les menées anarchistes en 1894. Il déclara : Je ne connaissais pas ces gens-là, au moment du vote. manifestement, je consacrerai tous mes efforts pour faire abolir ces lois . Sa disparition prématurée ne lui permit pas de tenir cette promesse. Les lois ne seront abolies qu'en… 1992 ! La deuxième grande œuvre de Sébastien Faure fut bien sûr la création de "La Ruche" à Rambouillet. En principe, tous les lecteurs du Monde libertaire connaissent par cœur cette expérience. Pour ceux qui ne la connaîtraient pas, il faut lire, toute affaire cessante : Les écrits pédagogiques de Sébastien Faure ou Sébastien Faure et la Ruche, de Roland Lewin. Je n'insisterai donc pas sur ce sujet. La guerre de 1914-1918 fut fatale à cette expérience, qui dut s'arrêter en 1917. Depuis, un an, depuis avril 1916, Sébastien Faure publiait un journal contestataire et antimilitariste : Ce qu'il faut dire (CQFD), diffusé dans l'armée française et même sur les bâtiments de la marine de guerre. Un jour, Malvy, le ministre de l'Intérieur, convoqua Sébastien Faure et lui mit un marché en main :"Ou vous arrêtez la publication de votre journal, ou je mets en taule les destinataires dont nous avons les noms ! " Que voulez-vous qu'il fit ? En 1918, Sébastien Faure avait 60 ans et une vie déjà bien remplie. Il ne se sentait pas le courage de relancer " La Ruche ". Entre les deux guerres mondiales, sa troisième grande œuvre fut la publication de l'Encyclopédie anarchiste : cinq volumes, 2 893 pages. C'est une réalisation gigantesque. Des milliers d'articles, des centaines de collaborateurs, c'est encore aujourd'hui une mine historique et idéologique. La première édition de 1934 (réalisée grâce aux efforts des trois mousquetaires : Durutti, Ascaso et Jover) étant épuisée, une seconde édition eut lieu à Caracas en 1974, sous l'égide du groupe Sébastien Faure de Bordeaux. Qui entreprendra une troisième édition, bien nécessaire ?Parallèlement, Sébastien Faure poursuivait son activité éditoriale, soit comme animateur de l'imprimerie "La Laborieuse", soit par la parution d'ouvrages : Propos subversifs, Mon opinion sur Dieu, Mon Communisme… Rappelons également qu'il s'implique dans la fameuse polémique " Plate-forme - Synthèse ", dont les échos sont parvenus jusqu'à nous ; la Fédération anarchiste de 1995 s'inspirant, pour son fonctionnement, de la synthèse parisienne. Il eut le plaisir de voir vivre en Espagne une expérience dont bien des aspects avaient été prévus dans son activité théorique. Jusqu'à la déclaration de la Seconde Guerre mondiale, il continua à parcourir les départements pour y donner des conférences, dont le public était toujours très fourni. Ses qualités d'orateur étaient célèbres. Les quelques enregistrements sur disques qui nous restent de lui en donnent malheureusement une pauvre idée. De ses lointaines études en classe de réthorique, il conservait le goût pour le balancement du rythme ternaire, qui devait ravir les assistants. Essayez de lire un texte de Sébastien Faure, en le disant à haute voix. Vous verrez que ces textes sont plus faits pour être dits que pour être lus. Un exemple ? Un extrait de la brochure de présentation de " La Ruche " (rédigée en 1914) : " L'école chrétienne, c'est l'école du passé, organisée par l'Eglise et pour elle ; l'école laïque, c'est l'école du présent, organisée par l'Etat, et pour lui ; la Ruche, c'est l'école de l'avenir, l'école tout court, organisée pour l'enfant afin que, cessant d'être le bien, la chose, la propriété de la religion ou de l'Etat, il s'appartienne à lui-même et trouve à l'école le pain, le savoir et la tendresse dont ont besoin son corps, son cerveau et son cœur. " En 1942, à Royan, Sébastien Faure nous quittait. Le 14 juillet,
La Ruche
De 1904 à 1917, Sébastien Faure loua, près de Rambouillet, un domaine de 25 ha comprenant une vaste maison et plusieurs bâtiments annexes ainsi que des dépendances, un grand jardin potager, des prairies et des bosquets. 60 personnes environ y vécurent en permanence : une quarantaine d’enfants des deux sexes, enfants de prolétaires ou orphelins, et une vingtaine d’adultes ayant volontairement choisi de seconder Sébastien Faure.
La prospérité et la renommée de La Ruche induisirent quatre mille demandes d’inscription en 10 ans, qui ne purent évidemment pas être satisfaites. Les enfants acceptés étaient soigneusement sélectionnés : en bonne santé, entre 6 et 10 ans, ils devaient s’engager à rester à La Ruche jusqu’à 16 ans révolus. Il ne payaient aucun frais de pension, et les 20 collaborateurs étaient tous bénévoles. La Ruche accueillit aussi des camarades de passage, désireux de participer momentanément à cette expérience concrète ou exilés politiques.
Les principes pédagogiques de Sébastien Faure s’inspiraient de ceux de Paul Robin, résumés par la célèbre formule : " bonne naissance, bonne éducation, bonne organisation sociale ". L’originalité de l’entreprise était d’être complètement indépendante, moralement et matériellement.
Le but poursuivi était de porter au maximum de développement toutes les facultés de l’enfant : physiques, intellectuelles et morales. On menait de front l’instruction générale, l’enseignement technique et professionnel. L’éducation physique était régulièrement pratiquée, les jeux collectifs et les longues marches, associés à une alimentation saine, produisaient des enfants robustes, agiles, adroits et endurants.
Les petits partageaient leur temps entre la classe, les jeux et les menus services. Les moyens, de 13 à 15 ans, passaient une partie de la journée en classe, l’autre à l’atelier ou aux champs, selon les principes de l’éducation intégrale. Les grands cessaient d’aller en classe et suivaient un stage de deux ou trois années en apprentissage ou aux champs, mais pouvaient compléter leur instruction aux cours du soir, par des lectures ou des discussions avec leurs aînés.
Garçons et filles vivaient ensemble, comme frères et sœurs au sein d’une même famille, malgré les controverses suscitées alors par le " système de la coéducation des sexes ". Sébastien Faure privilégiait la " tête bien faite " au détriment de la " tête bien pleine " et la méthode inductive, c’est-à-dire positive et rationnelle, était préférée à la méthode déductive dogmatique. Les salles de classes présentaient un aspect vivant, gai, doux, prédisposant l’enfant à s’y plaire. Les récompenses et les punitions en étaient absentes, ainsi que toute forme de classement.
Les collaborateurs chargés de l’enseignement disposaient d’une assez large liberté dans l’organisation de leur travail. Ils restaient plus ou moins longtemps, ce qui constitua la seule véritable faiblesse de l’enseignement à La Ruche, le successeur ne prenant pas forcément en compte le travail accompli par celui qu’il remplaçait.
La musique et le chant tenaient une grande place à La Ruche et Sébastien Faure harmonisait lui-même certains chants. L’éducation morale était principalement fondée sur l’exemple et la discussion, et refusait l’autorité sous toutes ses formes. Les ateliers avaient une fonction éducative et une fonction utilitaire : ils permettaient à La Ruche de subvenir presque entièrement à ses propres besoins. Il fut même envisagé d’améliorer leur productivité et de travailler pour l’extérieur, constituant ainsi une source de revenus. Seul l’atelier d’imprimerie atteindra cet objectif.
Les conférences de Sébastien Faure constituaient une importante source de revenus qui permettait de combler le déficit chronique de La Ruche. Chaque dimanche et lors de sa fête annuelle, La Ruche recevait de nombreux visiteurs.
Enfin, chaque année, La Ruche organisait un voyage dans une région ou dans une autre. Seuls les moyens y participaient. Ces voyages constituaient à la fois une détente, une manifestation de propagande et une source de revenus : dans chaque ville qu’il traversait, le groupe donnait un concert payant qui était interrompu par une causerie de Sébastien Faure, et les enfants vendaient pendant l’entracte des brochures de Sébastien Faure ou des cartes postales de leur communauté.
La guerre de 1914-1917 désorganisa la vie paisible de La Ruche et Sébastien Faure dut se résoudre à fermer l’institution à la fin de février 1917.

Roland Lewin, Sébastien Faure et " La Ruche ", Cahiers de l’I.H.P.L., Ivan Davy, Vauchrétien, 1989.

FAURÉ (Gabriel), 1845-1924 :
Compositeur. Pamiers (Ariège) 12 mai 1845 — † Paris 4 novembre 1924. Compositeur. Il est le plus jeune des six enfants de Toussaint-Honoré Fauré et de Marie-Antoinette-Hélène Lalène-Laprade. En 1849 la famille s'installe près de Foix, à Montgauzy où Toussaint-Honoré est nommé directeur de l'Ecole normale. Fauré prend l'habitude de jouer l'harmonium de la chapelle jouxtant l'école, il est conseillé par une vieille dame aveugle.
En octobre 1854, après avoir obtenu une bourse, Fauré entre à l'École de musique classique et religieuse de Paris, communément appelée École Niedermeyer. En plus des études générales, il suit des cours d'orgue (Clément Loret), d'harmonie (Louis Dietsch), de contrepoint et de fugue (Xavier Wackenthaler), de piano de plain-chant et de composition (Niedermeyer).
Le 28 juillet 1865, après avoir régulièrement obtenu des premiers prix de piano et de composition, il quitte l'école les études achevées, en remportant le premier prix de composition avec Le Cantique de Jean Racine (opus11).
Il obtient son premier poste d'organiste à la basilique Saint-Sauveur de Rennes qu'il occupe de janvier 1866 à mars 1870. Il donne également quelques leçons de piano et compose intensément. En 1868 assure la partie d’harmonium dans le Faust de Gounod au Grand Théâtre de Rennes.
Entre mars et août 1870 il est organiste (orgue de chœur) à l'église Notre-Dame-de-Clignancourt de Paris, il s'enrôle dans la Garde Impériale le 16 août (guerre franco-prussienne) et participe à plusieurs engagements dans la région parisienne. Le 25 février 1471, un mois après la capitulation, il participe à la création de la Société Nationale de Musique (avec : César Franck, Ernest Guiraud, Camille Saint-Saëns, Jules Massenet, Henri Duparc, Jules Garcin Théodore Dubois, Paul Taffanel et Romain Bussière). Il habite alors avec son frère Arnaud à Paris (45 rue des Missions). Il est démobilisé le 9 mars 1871. Il est pendant quelques semaines organiste de l'église Saint-Honoré d'Eylau dans le XVIe arrondissement de Paris. Pendant la Commune de Paris il réside à Rambouillet puis l'été il enseigne la composition à Cours-sous-Lausanne (en Suisse), où l'École Niedermeyer est réfugiée.
Il est de retour à Paris en octobre et loge à l'emplacement actuel du 167 boulevard de Saint-Germain (qui était alors le 19 rue Taranne). Il tient l'orgue du chœur de l'église Saint-Sulpice, où Widor tient le grand orgue.
Il fréquente le salon de Saint-Saëns où se rencontre la société musicale parisienne, et au cours de l'année 1872, Saint-Saëns l' introduit dans le salon de Claudine Viardot, où il rencontre, en plus des fondateurs de la Société Nationale de Musique, Renan, Gounod, George Sand ou Flaubert.
En 1874, il est suppléant de Saint-Saëns à l'église de la Madeleine (Messager le remplace à Saint-Sulpice), et il déménage rue de Parme. Il est élu le 22 novembre 1874 Secrétaire de la Société Nationale de Musique.
En avril 1877 Théodore Dubois remplace Saint-Saëns au grand orgue de la Madeleine, Fauré est nommé maître de choeur. 1877, il déménage rue Mosnier (IXe arrondissement de Paris). Il est fiancé quelques temps à Marianne Viardot, la fille de Pauline. Il compose à cette époque sa Première sonate pour violon, son Premier quatuor avec piano et la Ballade pour piano.
En décembre 1877 il est à Weimar où il rencontre Liszt qui trouve sa Ballade trop difficile à jouer. En avril 1879 il est à Cologne où il assiste à la représentation de l' Or du Rhin et de La Walkyrie. Il passe l'été 1881 à Villerville en Normandie et y compose sa Messe basse pour chœur de femmes. En 1882, il rencontre de nouveau Liszt à Zürich.
Il se marie le 27 mars 1883 avec Marie Frémiet, la fille d'un sculpteur en vogue. Ils s'installent dans le XVIIe arrondissement de Paris, 93 avenue de Niel. Ils ont deux fils, Emmanuel (1883-1971) et Philippe (1889-1954). Pour subvenir aux besoins de sa famille, il organise un service journalier à la Madeleine (son «travail de mercenaire»), et donne des leçons de piano et d'harmonie. Ses musiques lui rapportent peu, son éditeur, qui vend ses partitions 50 francs pièce, ayant le tout des droits.
En 1886, il achève son second quatuor avec piano et déménage au 154 boulevard Malesherbes.
En 1885 l'Institut lui décerne le prix Chartier pour sa musique de chambre.
Le 16 janvier 1888, il dirige des esquisses de son Requiem à l'occasion des obsèques de H. Lesoufaché à l'église de la Madeleine. En mars 1888, il fait un premier voyage à Bayreuth en compagnie de Messager et y retrouve Debussy et Bréville.
En mai-juin 1891, il séjourne à Venise, où il est reçu par la princesse de Polignac, puis demeure brièvement à Florence. Il a une liaison avec Emma Bardac, qui sera la seconde épouse de Debussy. Il lui dédicace La bonne chanson et le Salve regina. Le premier juin 1892, il est nommé inspecteur des conservatoires nationaux en province, en remplacement d'Ernest Guiraud. Il entame une longue série de voyages à Londres, où il se rendra chaque année jusqu'en 1900 (où ses amis les Maddisons, Frank Schuster et John Singer Sargent organisent des concerts privés).
Le 21 janvier 1893, une première version de son Requiem est donnée à l'église de la Madeleine (il ne sera finalisé dans son orchestration qu'en 1900), et le 26 octobre, pour les obsèques de Charles Gounod, il dirige la maîtrise alors que Saint-Saëns tient le grand orgue.
Le 19 mai 1894, il est candidat à l'Institut, mais Théodore Dubois est élu par 20 voix contre 4.
Le 10 Janvier 1896, il tient le grand orgue pour les obsèques de Paul Verlaine, et le 2 juin il succède à Théodore Dubois. Il subit un nouvel échec à l'Institut, Charles Lenepveu est élu par 19 voix contre 4.
Le 2 juin 1896 il succède à Théodore Dubois au grand orgue de l'église de la Madeleine, en octobre il succède à Massenet à la classe de composition du Conservatoire de musique. Ce poste lui avait été refusé quatre ans auparavant, car Ambroise Thomas trouvait sa musique trop révolutionnaire. Il a comme élèves : Ravel, Florent Schmitt, Koechlin, Louis Aubert, Roger-Ducasse, Enescu, Paul Ladmirault, Nadia Boulanger, Émile Vuillermoz.
En 1898, il compose une musique de scène pour la version anglaise de Pelléas et Mélisande de Maeterlinck (pour petit orchestre, qui est orchestré par Koechlin). Le 12 juillet, dans le cadre de l'Exposition universelle, son Requiem dans sa version chœur et orchestre est donnée sous la direction de Paul Taffanel.
Les 27 et 28 août 1900 il crée Prométhée à Béziers, dans un théâtre de plein-air devant 15.000 spectateurs. Cette œuvre est conçue pour trois ensembles de cuivres, 100 cordes, 12 harpes, chœurs et solistes. Cette œuvre sera redonnée au même endroit les 25 et 27 août 1901, et à Paris les 5 et 15 décembre 1907. Avec l'aide de Roger Ducasse, il en réalise une version pour orchestre symphonique qui est créée à l'Opéra de Paris le 17 mai 1817. C'est au cours de la première, à Béziers qu'il rencontre la pianiste Marguerite Hasselmans (sœur du violoncelliste et chef d'orchestre Louis Hasselmans) qui restera sa compagne.
De 1903 à 1921 il est critique musical au Figaro.
Le 5 avril 1903 il est fait Officier de la Légion d'honneur. Pendant l'été, il est sujet aux premiers troubles auditifs.
Entre 1904 et 1913 il enregistre une série de rouleaux pour la société Hupfeld and Welte-Mignon dont on a conservé ou réédité : 3e Romance sans paroles, 1ère Barcarolle, 3e Prélude, Pavane, 3e Nocturne, Sicilienne, Thème et variations, 1ère, 3e et 4e Valses-caprices.
Le 15 juin 1905, il succède à Théodore Dubois à la direction du conservatoire de musique de Paris. Il y entreprend quelques réformes qui lui valent le surnom de «Robespierre». Il est élu en 1909 à l'Institut au fauteuil laissé vacant par Ernest Reyer.
En 1910 il entreprend un tournée de concerts qui le mène à Saint-Petersburg, Helsinki et Moscou.
La première de Pénélope le 10 mai 1913 à Paris est un triomphe, mais la faillite du Théâtre des Champs-Élysées en mois d'octobre interrompt les représentations, et la première guerre mondiale ne laisse pas envisager une reprise dans un autre théâtre.
En 1917, il est élu président de la Société Nationale de Musique. Le 26 avril il est fait Grand officier de la Légion d'honneur, et le premier octobre suivant quitte la direction du Conservatoire. Le 20 juin 1922, on lui rend un hommage national en Sorbonne. Le 31 janvier 1923 il reçoit la Grande croix de la Légion d'honneur

FAUTRIER (Jean), 1898-1964 :

FAUVISME :

FAVRE (Jules), 1809-1880 :

FÉDÉRATION NATIONALE CHRÉ-TIENNE :

FÉDÉRATION RÉPUBLICAINE :

FEMMES (vote des) :

FERRY (Jules), 1832-1893 :
Homme politique. Né à Saint-Dié (Vosges), Jules Ferry est l’une des figures emblématiques de la IIIème république. Son nom reste attaché à l’œuvre scolaire et à la conquète coloniale, qui marquent la France pour plusieurs décénnies.
Lorsqu’il est appelé à former son premier cabinet en septembre 1880, Jules Ferry était connu pour les servives qu’il avait rendus, depuis de longues années, à la cause républicaine. Brillant avocat, i avait pris part dès la première heure à la lutte contre l’Empire et s’était illustré notamment par l’attaque habile qu’il avait portée à la gestion financière douteuse du préfet de Paris en publiant les Comptes fantastiques d’Hausmann. Député en 1869, membre du gouvernement de la Défense nationale au lendemain du 4 septembre 1870 puis préfet de la Seine et maire de Paris, il s’était distingué par sa fermeté contre les manifestation du mouvement communaliste.
De 1871 à 1880, il est éclipsé par la haute stature de Gambetta. Tenté un moment par la carrière diplomatique, il revient sur la scène parlemantaire et, discètement, s’efforce de contenir les excès de son rival, dont il estimait qu’il était trop impulsif et trop lié avec l’extrême gauche pour devenir un homme de gouvernement. C’est sous doute pourquoi le président de la République, qui partage son point de vue, se tourne vers lui pour constituer un gouvernement après la chute du cabinet Freycinet, en septembre 1880.
Le cabinet était sensiblement le même que le précédent : Ferry conservait l’Instruction publique La différence principale était que Jules Ferry était prêt à prendre à son compte la politique anticléricale et que, il était soutenu par des amis de Gambetta.
L’œuvre principale de Ferry est de constituer la réforme scolaire qu’il a commencée dans le cabinet précédent : loi du 21 décembre 1880 sur l’enseignement secondaire des jeunes filles, loi sur la gratuité de l’enseignement primaire (16 juin 1881) et naturellement loi sur l’obligation. Par ailleurs, c’est sous ce ministère qu’aboutissement les grandes lois libérales examinées depuis que les républicains avaient accédé au pouvoir : liberté des réunions publiques (30 juin 1881), liberté de la presse (29 juillet 1881) et laïcisation des cimetières (28 juillet 1881). Dans tous les débats, il se révèle un orateur de talent.
Ferry est véritablement, durant ce premier ministère, un président du Conseil « sous haute surveillance ». Au parlement, le gouvernement est sans cesse sous la pression de l’Union républicaine, soit qu’elle le critique, soit qu’elle le soutient, mais toujours du bout des lèvres.
Dès la rentrée parlementaire, le 9 novembre, commence l’épreuve du harcèlement. Alors que Ferry réclamae la priorité pour les lois sur l’enseignement, Waldeck-Rousseau, qui venait de passer à l’Union européenne, demande que la Chambre se préocuppe plutôt de la réforme sur la magistrature, loi militaire, intervention de l’Etat pour la poursuite du programme de construction de chemins de fer, dégrèvement fiscaux. La réforme du mode de scrutin et la révision constitutionnelle ont été écartées.
Ferry a de nouveau besoin de l’appui de Gambetta pour obtenir, le 12 mai 1881, la ratification du traité du Bardo qui établissait le protetorat de la France sur la Tunisie. A cette occasion, se révèle l’existence d’un fort courant anticolonial, dominé par Clemenceau, qui va pendant quatre ans lutter contre la politique d’expansion menée sous l’égide de Jules Ferry. Toute la force de persuasion de Gambetta est nécessaire pour emporter la décision.
La question du scrutin de liste occupe la devant de la scène politique en mai-juin. Le projet, défendu par l’Union républicaine, n’est pas soutenu par Jules Ferry qui décide que le cabinet s’abstiendra de prendre position. Voté par la Chambre le 19 mai, le scrutin de liste est rejeté par le Sénat le 9 juin.
Ces péripéties illustrent l’ambiguïté des rapports entre Ferry et Gambetta. Aucun désacoord fondamental ne les sépare. Rivaux dans la conquête du pouvoir, ils avaient besoin l’un de l’autre pour son exercice. Mais Gambetta n’a pas su ou ne pouvait empêcher les plus intransigeants de ses amis, qui souhaitent le voir au pouvoir, de harceler son adversaire.
La chute du cabinet Ferry, le 8 novembre 1881, est le résultat des élections d’août plus qu’une attaque frontale. Il est renversé sur la question tunisienne. Malgré tout, Ferry a1881vait conservé le soutien de l’ensemble des républicains non radicaux et était parvenu à faire aboutir bon nombre de lois réclamées de longue date par la majorité.
Le deuxième cabinet Ferry est constitué et gouverne dans des conditions totalement différentes. Depuis la chute du « Grand Ministère », en janvier 1882, Gambetta et ses amis s’étaient réfigiés dans une opposition hautaine et dédaigneuse. La mort de celui-ci le 31 décembre de la même année, est à l’origine d’un reclassement politique : les amis du tribun se réconcili-rent avec Ferry. Après quelques semaines de négociations, dans un climat de tension, Ferry constitue un cabinet, le 18 février 1883. Il songe à une formule de concentration républicaine, mais il ne peut la mettre sur pied. Il constitue alors un ministère essentiellement Union républicaine, avec une lègère ouverture sur les autres groupes. Le cabinet est véritablement, dans sa structure et par les hommes qui le composent, un cabinet « opportuniste », c'est-à-dire dans la continuité du « Grand Ministère » de Gambetta. L’Union républicaine est le groupe le mieux représenté et détient les principaux ministères : Martin-Feuillée est à la Justice, Waldeck-Rousseau à l’Intérieur, Challemel-Lacour aux Affaires étrangères, Raynal (secondé par Baïhaut) aux Travaux publics, Félix Faure au sous-secrétariat d’Etat aux Colonies, Margue à celui des Cultes. Cette collaboration s’accentue au fil des remaniements ministériels, avec l’entrée de Rouvier au Commerce et celle de Fallières à l’Instruction piblique. Quatre des ministres ont fait partie du « Grand Ministère » (cinq avec l’arrivée de Rouvier). Les Colonies sont de nouveau érigées en sous-secrétariat d’Etat, rattaché cette fois à la Marine. Le ministre de la Guerre est flanqué d’un sous-secrétaire civil en la personne de Casimir-Perier. La Gauche radicale entre pour la première fois dans un cabinet avec Hérisson (Commerce) et Labuze (sous-secrétaire d’Etat aux Finances) ; elle est également assurée des sympathies du général Thibaudin. Cette ouverture se double d’une déclaration de bonne volonté. Devant ses troupes, Ferry précise que la frontière de la majorité peut-être portée « très en avant et très loin sur la gauche ». Pourtant, cette entente cordiale ne dure pas.
La Gauche républicaine, groupe parlementaire de Ferry, est paradoxalement sous représentée. Elle n’obtient, en effet, que trois ministères : les Finances (Tirard), la Marine (Charles Brun, mais celui-ci démissionna rapidement), et l’Agriculture (Méline) et le sous-secrétariat d’Etat à la Guerre (Casimir-Perier, qui quitte le gouvernement également avant sa chute).
Comme Gambetta, Ferry avait envisagé de prendre la présidence sans portefeuille pour, disait-il, se placer un peu au-dessus de toutes les affaires et les diriger un peu toutes. Mais il recule devant les obstacles matériels e se contente de prendre le ministère de l’Instruction publique, ce qui, à ses yeux, revient au même. Rue de Grenelle, il se considère presque sans portefeuille. Il fait immédiatement savoir à ses ministres qu’il entend exercer une véritable présidence, c'est-à-dire qu’il désire lire toutes les dépêches importantes, recevoir tous les préfets, étudier tous les mouvements du haut personnel, d sorte que rien d’important n’arrive en aucun lieu sans qu’on lui ait référé.
Ferry semble avoir réussi à construire un équilibre relativement solide. Il s’agit d’une véritable équipe, unie par une connivence intellectuelle et des liens amicaux. Ferry se sent proche des uns et des autres. Cependant, jamais l’aile gauche de l’Union républicaine ne se rallie totalement à lui. Et il a à faire face rapidement à un bon nombre de défections, à commencer par celle de Charles Brun et Challemel-Lacour. Ferry s’attribue alors les Affaires étrangères et nomme Fallières à l’Instruction publique.
Jules Ferry reprend les thèmes et parfois les mots de Gambetta. La déclaration qu’il fait le 21 février 1883 annonce, sans le dire explicitement, que le style du ministère serait à peu près celui qu’avait tracé celui-ci. Son gouvernement serait réformateur et pour cela saurait « faire preuve d’une méthode politique et parlementaire qui consiste à ne pas aborder toutes les questions à la fois, à limiter avec soin le champ des réformes pour le parcourir plus sûrement, à écarter les questions et les débats stériles… »Le gouvernement serait, ’autre part, autoritaire. Ferry entend modérer l’initiative individuelle, de façon à aisser au gouvernement l’initiative qui lui appartient de droit. Cette autorité serait manifestée par exemple lors de nombreux remaniements qui se produisent durant les deux années que dure le ministère. Ainsi, Ferry ne demande jamais à la Chambre son approbation après les nouvelles nominations.
Le programme annoncé le 22 février s’apparente de même à celui du « Grand monistère » ; réforme de la magistrature, loi municipale, lois militaires, lois sociales (caisses de retraite, sociétés de secours mutuels, syndicats professionnels), négociations avec les grandes compagnies de chemin de fer, organisation du protectorat de Tunisie. Il faut également rajouter deux engagements implicites, qui sont probablement la condition de cet accord gouvernemental : le scrutin de liste et la révision de la Constitution.
La réforme de la justice est l’une des préoccupations majeures des républicains. Il s’agit, dit-on, de la rendre indépendante de l’exécutif – l’avancement des magistrats était alors opéré par la chancellerie et obéissait davantage à des critères politiques qu’à des critères de compétence. Les radicaux veulent rendre les fonctions de magistrats électives et temporaires. Le 10 mars 1883, Martin-Feuillée dépose un nouveau projet. Il propose de suspendre temporairement l’inamovibilité et conserve au gouvernement la nomination des magistrats. Quelques mesures consistent à améliorer le bon fonctionnament de la justice : augmentation des traitements, réduction du personnel sans supprimer de tribunaux et création d’un Conseil supérieur pour exercer les attributions disciplinaires. Les journaux intransigeants s’emportent sur cette réforme qui n’en est pas une ; les conservateurs crient à la dictature jacobine et à l’arbitraire. Après d’âpres discussions, la loi est votée par la Chambre, le 5 juin 1883, et par le Sénat le 1er août.
Le cabinet Ferry est également très attendu sur sa politique économique et financière. L’Union républicaine a en effet dénoncé, depuis un an, le ralentissement du programme de travaux publics opéré par Léon Say pour raisons budgétaires et continue de réclamer la nationalisation de certaines compagnies de chemin de fer. Raynal, ministre des Travaux publics, entame immédiatement les négociations et propose de nouvelles conventions, qui sont signées de mai à juillet 1883. Les compagnies s’engagent à trminer le programme de Freycinet, conttre toutes sortes d’avantages : abandon du droit de rachat des lignes déjà exploitées, concession d’exploitation de lignes construites au titre du plan Freycinet. L’Etat accorde de plus sa caution aux emprunts et garantis les dividendes. En échange, toutefois,, il contrôle plus étroitement le cahier des charges. Ces accords sont dénoncés par les radicaux et certains gambettistes comme une concession excessive faite aux compagnies, qui échappaient au contrôle tarifaire et au rachat par l’Etat.
Méline crée le conseil supérieur de l’Agriculture et l’ordre du Mérite, tandis ue les subventions étaient attribuées aux comices et que l’enseignement primaire agricole était instauré. Toute une série de lois, décrets et mesures sont institués pour protéger la petite propriété, susciter les associations et moderniser l’Agriculture. Un projet de loi sur le crédit agricole est également déposé mais est ajourné par le Sénat.
Cependant la crise économque de 1882 provoque un chômage important, notamment au sein de la population ouvrière de Paris. L’industrie du bâtiment est plus particulièrement touchée par ce retournement de tendance. A plusieurs reprises, les radicaux somment le gouvernement d’agir. Ferry repousse fermenemnt la proposition de constituer un vaste atelier national du Bâtiment sur le modèle de 1848. A ses yeux, le rôle de l’Etat n’était pas de substituer à l’initiative privée, mais d’atténuer les effets de la crise. Les travaux de l’Etat – Sorbonne, Ecole de médecine, Palais de Justice, écoles, casernes de pompiers, etc. – seraient donc accélérés. Au nom du libéralisme économique, il repouse, dans un premire tamps, les mesures protectionnistes préconisées par Méline puis fini par accepter de relever les droits de douane portant sur certains produits agricoles : betteraves, céréales, bétail.
Des projets de lois sont déposés sur les accidents du travail, sur la réduction du temps de travail (journée de onze heures, repos dominical, interdiction du travail de nuit des femmes), sur les sociétés de secours mutuels, sur les retraites. Quelques-uns aboutissent, mais un grand nomnre sont renvoyés en commission, tandis que d’autres sont rejettés par le Sénat. A ceux qui se plaignaient de ces lenteurs, Ferry rétorque qu’il les préfère au despotisme d’un homme.
La loi sur les associations professionnelles, qui est votée en 1884 est conçue dans cet esprit très libéral. Loi de reconnaissance officielle, préalable indispensable à la discussion avec les patrons. Le 13 mars 1883, Challemel-Lacour pronoçe son premier discours de ministre des Affaires étrangères au sénat, affirmant la nécessité pour la France d’avoir une politique d’envergure en matière coloniale. C’est ainsi que le gouvernement appuie les expéditions menées au Tonkin, au Congo et à Madagascar. Cette politique coloniale constitue le volet le plus contesté de la politique du gouvernement. Elle rassemble contre le « Tonkinois » non seulement la droite mais également l’extrême gauche et une bonne partie de la Gauche républicaine. Elle est directement à l’origine de la chute du cabinet, le 30 mars 1885, après l’annoce du désastre de Lang Son qu’avait subi l’expédition française au Tonkin.
La politique étrangère de Bismarck continue d’inquiéter. Ferry dit cependant Refuser l’affacement préconisé par les conservateurs. Il préfère suivre une autre politique extérieure, un epolitique circonspecte et prudente, mais cative et digne de la France.
La dernière grande réforme opérée par le cabinet concerne la révision des institutions. Depuis le vote des lois constitutionnelles de 1875, les radicaux ne cessaient de dénoncer l’existence du Sénat et celle du président de la République qui, à leurs yeux, n’étaient pas conformes à l’idéal républicain. Chaque année, un projet de révision visant à les supprimer était déposé mais il était ajourné.
Pour circonscrire cette opposition qui, à terme, risquaot de fragiliser la république, Jules Ferry décide d’opérer lui-même cette révision des institutions, en supprimant les éléments les plus conservateurs dont la disparaition ne remettrait pas en cause l’ensemble de l’édifice. Il dépose son projet le 24 mai 1884. Après quelques inquiétudes, les mesures limitées qu’il préconisait sont acceptées. On supprime l’inamovibilité des sénateurs et on modifie le collège électoral en faveur des grandes villes. Cette réforme ne suffit pas cependant à faire accepter par les radicaux l’existence de la Chambre haute qu’ils jugeaient décidément trop monarchique.
Le ministère Ferry est souvent mentionné pour son exceptionnelle longévité. Or, il est renversé quelques mois à peine avant les élections, alors que la question coloniale avait déjà donné lieu à plusieurs explications sans gravité. Comment l’expliquer ? Une étude détaillée du scrutin du 30 mars 1885 peut nous permettre d’avancer des élements de réponse. Le gouvernement, en butte à des difficultés militaires, avait demandé la priorité sur l’obstention d’un crédit de 200 millions pour le Tonkin, destiné à envoyer des renforts militaires. Le débat est l’occasion d’une grande explication sur la politique d’expansion coloniale menée par Ferry mais, malgré la virulence des échanges et sans vouloir sous-estimer les arguments échangés, il nous semble qu’il ne soit que la partie visible d’un combat politique souterrain. La question coloniale est le prétexte ; les motivations des uns et des autres étaient principalement politiciennes.
Sur 455 votants, 149 seulement soutiennent le cabinet. Il avait manqué 80 voix à Ferry pour l’emporter.Des députés des deux groupes modérés l’avaient abandonné : 58 de l’Union républicaine et une trentaine de la Gauche républicaine.
Ceux de l’Union républicaine qui ne soutiennent pas le cabinet appartiennent à l’aile gauche du groupe. Parmi ceux qui étaient inscrits simultanément à l’Union républicaine et à la Gauche radicale, 4 seulement accordèrenet leur soutien à Ferry, 17 votent non et 4 s’abstiennent. Parmi les refus, on relève les noms d’Allain-Targé, de Paul Bert, Constans, Turquet, Edmond Caze, etc. tous réputés pour leur connivence avec le radicalisme.
Une partie de la gauche républicaine abandonne aussi son ancien chef : à partir du moment où Ferry s’était rapproché des opportunistes, il s’était éloigné d’une partie des députés de son groupe, ceux qui avaient toujours combattu Gambetta.
Après avoir laissé Ferry instituer le scrutin de liste, beaucoup avait eu peur qu’il soit le principal bénéficiaire de cette réforme. Les législatives devaient avoir lieu à l’automne et seraient suivies de l’élection présidentielle. Or, ce n’était un mystère pour personne que Jules Ferry pensait à la succession de Grévy. Si les opportunistes avaient de nouveau la majorité à la Chambre, l’autoritaire Ferry serait probablement porté à l’Elysée. Les radicaux et certains membres de la Gauche républicaine frémissaient de cette perspective. Si la camapgne électorale n’était pas patronnée par Ferry, on lui ôtait l’arme formidable que constituait la direction de l’administration, la situation serait plus ouverte.
Le ministère est renversé le 6 avril 1885 après le vote du scrutin de liste, pour éviter que Ferry ne procède à la dissolution anticipée dont il avait le projet. La postérité a retenu l’apostrophe assassine de Clemenceau : « Oui, tout est fini entre nous ; nous ne voulons plus vous entendre ; nous ne pouvons plus discuter avec vous les garnds intérêts de la patrie, nous ne voulons plus vous connaître…Ce ne sont plus des ministres que j’ai devant moi : ce sont des accusés de haute trahison sur lesquels, s’il subsiste en France un principe de responsabilité et de justice, la main de la loi ne tardera pas à s’abattre. »
Il décède à Paris le 17 mars 1893.

Discours et opinions politiques de Jules Ferry, Paris, Armand Colin, 1898, 7 tomes.
FERRY (J.) : La Républiques des citoyens, Paris, Imprimerie nationale, 1996, 2 volumes
Lettres de Jules Ferry, Paris, Calmann-Lévy, 1914.
BARRAL (P.) : Jules Ferry, une volonté pour la République, Nancy, Editions Serpenoises, 1985.
GAILLARD (J.-M.) : Jules Ferry, Paris, Fayard, 1989.
GREVY (J.): La République des oppotunistes, Paris, Perrin, 1998.
Jules Ferry, fondateur de la République, Actes du colloque de l’EHESS, 1985.

FEUILLET (Octave), 1821-1890 :
Ecrivain.

FEYDEAU (Georges), 1862-1921 :
Auteur dramatique. Issu d’une vieille famille noble, les Feydeau de Marville, Georges est le fils d’Ernest Feydeau, coulissier en bourse et écrivain, et d’une belle polonaise, Léocadia Zelewska, qui à l’époque de son mariage était la maîtresse du Duc de Morny. La vocation dramatique de Feydeau s’éveille dès l’âge de sept ans et il interrompt ses études avant le baccalauréat pour se consacrer au théâtre. À quatorze ans, il fonde avec son condisciple de lycée, Adolphe Louveau, le cercle des Castagnettes, association dont l’objet est de donner des représentations dramatiques et des concerts.
Il s’essaie à l’écriture de pièces en un acte ou de monologues qu’il lui arrive d’interpréter lui-même. Il fréquente des acteurs comme les frères Coquelin et Galipeau, des auteurs débutants comme Maurice Desvallières, avec lequel il écrira plusieurs pièces, Léo Clarétie, Albert Guinon. Par ailleurs, il rencontre chez sa mère, remariée au chroniqueur Henri Fouquier après le décès de son père, des personnalités du monde des lettres et notamment Alexandre Dumas fils, ami de la famille.Il se produit également avec ses monologues dans certain nombre de salons parisiens, dont celui de la princesse Mathilde où il se fera de précieuses relations.
En 1882, à dix-neuf ans, il donne sa première pièce Par la fenêtre, qui reçoit un accueil favorable. En 1886, il remporte un assez beau succès avec Tailleur pour dames avant de connaître une suite d’années difficiles. L’auteur, qui connaît alors de graves difficultés financières, songe à se faire comédien, mais les projets qu’on lui propose n’aboutiront pas. Cette année là, il épouse la très belle Marianne Carolus-Duran, fille d’un des plus célèbres artistes peintres de l’époque. Ce mariage d’amour s’accompagne d’heureuses retombées financières, car la dot de Marianne lui permet d’envisager plus sereinement une carrière d’auteur dramatique.Le triomphe viendra enfin en 1892 avec, coup sur coup, Monsieur chasse, Champignol malgré lui, Le Système Ribadier. Dès lors, Feydeau connaît une suite ininterrompue de succès, tant en France qu’en Europe, et même aux Etats-Unis, avec notamment Un fil à la patte (1884), Le Dindon (1896), La Dame de chez Maxim (1899), La Main passe (1904), La Puce à l’oreille (1907) et Occupe-toi d’Amélie (1908).Mais si l’auteur est comblé, l’homme est plutôt taciturne. Son mariage bat de l’aîle. Bien que l’on manque singulièrement d’informations sur sa vie, il semblerait que son existence de noctambule et sa passion du jeu soient à l’origine de cette dégradation. En effet, un des moyens pour Feydeau d’échapper à la monotonie quotidienne, c’est la vie de café. Ses restaurants préférés sont Maxim’s et Prunier. Chez Maxim’s, il a une table réservée en permanence et il peut observer jusque tard dans la nuit une faune cosmopolite qui attire sa curiosité. « Feydeau chez Maxim’s, c’est Molière à Pezenas » dira l’un de ses contemporains. Le jeu, son autre passe-temps favori, lui procure des émotions fortes. Il joue à tous les jeux : la bourse, les courses, le baccara, le trente et quarante, la roulette, aussi bien dans les tripots les plus mal famés que dans les cercles les plus aristocratiques. Il y engloutira des sommes énormes. Les disputes avec Marianne éclatent à tous propos, notamment au sujet de l’éducation des enfants.
En 1904, sa femme demande la séparation judiciaire afin de préserver sa propre fortune. En 1909, Feydeau quitte le domicile conjugal et s’installe à l’hôtel Terminus. Le divorce est prononcé en 1916 aux torts de l’auteur qui doit verser à son épouse une pension alimentaire. Pendant l’hiver 1918-1919, il attrape la syphilis et sombre dans la folie. Il est interné dans un centre à Rueil Malmaison où il décèdera le 5 juin 1921 à l’âge de 58 ans.

FICHES (affaires des) :
Le général André, ministre de la Guerre dans le gouvernement d'Émile Combes, est à l'origine d'une affaire qui éclate le 4 novembre 1904. Son idée : faire rédiger par des francs-maçons des fiches de renseignements sur les opinions religieuses des officiers républicains ou plus exactement ficher les "bons" et les "mauvais" officiers républicains. Au début du XXe siècle, la République est certes bien affirmée mais il existe des poches de résistance, notamment au sein de l'armée. L'institution a eu le sentiment d'une atteinte à son honneur et à sa crédibilité avec l'affaire Dreyfus. De plus, dans l'armée et la marine, le recrutement des officiers est loin de s'être démocratisé. Les monarchistes y sont encore nombreux, l'antirépublicanisme y règne. Face au danger, réel ou supposé, d'une armée peu sûre pour le régime républicain, le général André, ministre de la Guerre (non maçon), a fait établir deux fichiers. L'un, Carthage, comprend les noms des officiers « douteux » ; l'autre, Corinthe, ceux des officiers « sûrs ». Cela ne lui semble pas suffisant.
En 1901, avec l'aide du capitaine Mollin, gendre d'Anatole France, membre de son cabinet et franc-maçon, il contacte Desmons, alors président du Grand Orient de France, afin que les loges de province apportent leurs propres renseignements sur la conduite des officiers et leur républicanisme. Convaincues d'oeuvrer au renforcement du régime, les autorités maçonniques acceptent. Pendant trois ans, parviendront au ministère près de 20 000 fiches. L'affaire éclate lorsque le frère Bidegain, qui appartient au secrétariat du Grand Orient, vend le fichier établi par les loges au député nationaliste Guyot de Villeneuve. A l'ouverture de la séance à la Chambre, le 28 octobre 1904, ce dernier fait état de l'existence des fiches. C'est un scandale aux yeux de la droite nationaliste. A la chambre des députés, le député nationaliste du IIe arrondissement, Syveton gifle à deux reprises le ministre de la Guerre, et, plus tard, son suicide, sans doute pour des raisons de moeurs, passera pour un crime maçonnique.
Car l'antimaçonnisme va se déchaîner. Certes, le capitaine Mollin quitte l'armé, le général André démissionne le 15 novembre et le gouvernement Combes se retire, bien qu'il conserve une courte majorité théorique. Mais le mal est fait. On voit la pieuvre maçonnique partout. L'affaire a-t-elle affaibli la franc-maçonnerie ? Pas si l'on en juge par les effectifs. Le Grand Orient, longtemps fort de 17 000 membres, connaît une progression importante à partir de la victoire du Bloc des gauches : on passe de 21 000 membres en 1903 à plus de 30 000 en 1910. La progression est identique à la Grande Loge. La raison ? La franc-maçonnerie apparaît à beaucoup comme un rempart fondamental contre les menées antirépublicaines et l'établissement de fiches passe dès lors pour un simple moyen de rendre le régime plus stable.

FINANCES (ministres des) :
4 septembre 1870 - 19 février 1871 : Ernest Picard § 19 février 1871 - 25 février 1871 : Louis Joseph Buffet § 25 février 1871 - 23 avril 1872 : Augustin Pouyer-Quertier § 23 avril 1872 - 7 décembre 1872 : Eugène de Goulard § 7 décembre 1872 - 25 mai 1873 : Léon Say § 25 mai 1873 - 20 juillet 1874 : Pierre Magne § 20 juillet 1874 - 10 mars 1875 : Pierre Mathieu-Bodet § 10 mars 1875 - 17 mai 1877 : Léon Say § 17 mai 1877 - 23 novembre 1877 : Eugène Caillaux § 23 novembre 1877 - 13 décembre 1877 : François Dutilleul § 13 décembre 1877 - 28 décembre 1879 : Léon Say § 28 décembre 1879 - 14 novembre 1881 : Pierre Magnin § 4 novembre 1881 - 30 janvier 1882 : François Allain-Targé § 30 janvier 1882 - 7 août 1882 : Léon Say § 7 août 1882 - 6 avril 1885 : Pierre Tirard § 6 avril 1885 - 16 avril 1885 : Jean Clamageran § 16 avril 1885 - 11 décembre 1886 : Sadi Carnot § 11 décembre 1886 - 30 mai 1887 : Albert Dauphin § 30 mai 1887 - 12 décembre 1887 : Maurice Rouvier § 12 décembre 1887 - 3 avril 1888 : Pierre Tirard § 3 avril 1888 - 22 février 1889 : Paul Peytral § 22 février 1889 - 12 décembre 1892 : Maurice Rouvier § 13 décembre 1892 - 4 avril 1893 : Pierre Tirard § 4 avril 1893 - 3 décembre 1893 : Paul Peytral § 3 décembre 1893 - 30 mai 1894 : Auguste Burdeau § 30 mai 1894 - 26 janvier 1895 : Raymond Poincaré § 26 janvier 1895 - 1er novembre 1895 : Alexandre Ribot § 1er novembre 1895 - 29 avril 1896 : Paul Doumer § 29 avril 1896 - 28 juin 1898 : Georges Cochery § 28 juin 1898 - 22 juin 1899 : Paul Peytral § 22 juin 1899 - 7 juin 1902 : Joseph Caillaux § 7 juin 1902 - 17 juin 1905 : Maurice Rouvier § 17 juin 1905 - 14 mars 1906 : Pierre Merlou § 14 mars 1906 - 25 octobre 1906 : Raymond Poincaré § 25 octobre 1906 - 24 juillet 1909 : Joseph Caillaux § 24 juillet 1909 - 3 novembre 1910 : Georges Cochery § 3 novembre 1910 - 2 mars 1911 : Louis-Lucien Klotz § 2 mars 1911 - 27 juin 1911 : Joseph Caillaux § 27 juin 1911 - 22 mars 1913 : Louis-Lucien Klotz § 2 mars 1913 - 9 décembre 1913 : Charles Dumont § 9 décembre 1913 - 17 mars 1914 : Joseph Caillaux § 17 mars 1914 - 9 juin 1914 : René Renoult § 9 juin 1914 - 13 juin 1914 : Étienne Clémentel § 13 juin 1914 - 26 août 1914 : Joseph Noullens § 26 août 1914 - 20 mars 1917 : Alexandre Ribot § 20 mars 1917 - 12 septembre 1917 : Joseph Thierry § 12 septembre 1917 - 20 janvier 1920 : Louis-Lucien Klotz § 20 janvier 1920 - 16 janvier 1921 : Frédéric François-Marsal § 16 janvier 1921 - 15 janvier 1922 : Paul Doumer § 15 janvier 1922 - 29 mars 1924 : Charles de Lasteyrie § 29 mars 1924 - 14 juin 1924 : Frédéric François-Marsal § 14 juin 1924 - 3 avril 1925 : Étienne Clémentel § 3 avril 1925 - 17 avril 1925 : Anatole de Monzie § 17 avril 1925 - 29 octobre 1925 : Joseph Caillaux § 29 octobre 1925 - 28 novembre 1925 : Paul Painlevé § 28 novembre 1925 - 16 décembre 1925 : Louis Loucheur § 16 décembre 1925 - 9 mars 1926 : Paul Doumer § 9 mars 1926 - 23 juin 1926 : Raoul Péret § 23 juin 1926 - 19 juillet 1926 : Joseph Caillaux § 19 juillet 1926 - 23 juillet 1926 : Anatole de Monzie § 23 juillet 1926 - 11 novembre 1928 : Raymond Poincaré § 11 novembre 1928 - 21 février 1930 : Henry Chéron § 21 février 1930 - 2 mars 1930 : Charles Dumont § 2 mars 1930 - 13 décembre 1930 : Paul Reynaud § 13 décembre 1930 - 27 janvier 1931 : Louis Germain-Martin § 27 janvier 1931 - 3 juin 1932 : Pierre Étienne Flandin § 3 juin 1932 - 18 décembre 1932 : Louis Germain-Martin § 8 décembre 1932 - 31 janvier 1933 : Henry Chéron § 31 janvier 1933 - 30 janvier 1934 : Georges Bonnet § 30 janvier 1934 - 4 février 1934 : François Piétri § 4 février 1934 - 9 février 1934 : Paul Marchandeau § 9 février 1934 - 1er juin 1935 : Louis Germain-Martin § 1er juin 1935 - 7 juin 1935 : Joseph Caillaux § 7 juin 1935 - 4 juin 1936 : Marcel Régnier § 4 juin 1936 - 22 juin 1937 : Vincent Auriol § 22 juin 1937 - 18 janvier 1938 : Georges Bonnet § 18 janvier 1938 - 13 mars 1938 : Paul Marchandeau § 13 mars 1938 - 10 avril 1938 : Léon Blum § 10 avril 1938 - 1er novembre 1938 : Paul Marchandeau § 1er novembre 1938 - 21 mars 1940 : Paul Reynaud § 21 mars 1940 - 5 juin 1940 : Lucien Lamoureux

FINOT (Alfred), 1876-1946 :
Statuaire, décorateur. Après un apprentissage à l'Ecole des Beaux-Arts de Nancy, Alfred Finot entre en 1895 dans l'atelier du sculpteur Barrias à l'Ecole nationale des Beaux-Arts de Paris. Portraitiste, Alfred Finot réalise de nombreux bustes et médaillons de personnalités locales. Dans le domaine de la statuaire, il est l'auteur de plusieurs compositions monumentales dont certaines commandées par Eugène Corbin (haut reliefs des Magasins Réunis, sculptures du tombeau Corbin) ou issues d'une souscription publique (monument au peintre Sellier). Ses statuettes et objets décoratifs (vases, encriers, vide-poches) d'inspiration symboliste ou naturaliste sont édités en céramique par les frères Mougin et à Rambervillers (S.A.P.C.R.), en bronze par le bijoutier Séverin Ronga (1857-1931) ou en pâte de verre par Amalric Walter (1870-1959).
Alfred Finot est membre du Comité directeur de l'Ecole de Nancy dès 1901.

FISCALITÉ :

FLAMMARION (Camille), 1842-1925 :
Camille Flammarion naît le 26 février 1842 à Montigny-le-Roi, près de Langres. Il est l'aîné d'une famille de quatre enfants. Ernest, son frère cadet, sera d'ailleurs le fondateur de la maison d'éditions qui porte son nom. De modeste condition, ses parents confient son éducation au curé du village. S'il possède quelques terres et une exploitation agricole, son père tire ses revenus du négoce de la draperie et de la mercerie. Son affaire connaît cependant des difficultés, qui le mènent à la ruine et le contraignent, lui et sa famille, à venir s'installer à Paris en 1854. Pendant deux années encore, Camille demeure en Haute-Marne où il poursuit ses études au petit séminaire de Langres. C'est un élève doué et studieux. Aussi le curé de Langres se charge-t-il du paiement de sa pension, ses frais d'étude étant prise en charge par la maîtrise de la cathédrale.
En 1856, Camille Flammarion rejoint les siens dans la capitale. Il trouve alors à s'employer chez un graveur ciseleur. L'apprenti s'initie ainsi à l'art du dessin. Si la nécessité l'a amené à arrêter ses études, ce travail lui permet tout de même de suivre les cours du soir d'une association. Son objectif est en effet d'obtenir le Baccalauréat. Passionné depuis son plus jeune âge d'astronomie et de choses célestes (enfant, il a pu assister à deux éclipses), Flammarion rédige à cette époque une Cosmogonie universelle. Cette étude du monde des origines sera rééditée en 1885 sous le titre de Le Monde avant l'apparition de l'Homme. Mais ce rythme de vie trop harassant le conduit au surmenage. Alité, le jeune homme fait néanmoins une rencontre opportune, en la personne du médecin appelé à son chevet. Celui-ci, intrigué par son ouvrage, obtient en effet à son patient un entretien avec Urbain Le Verrier, alors directeur de l'Observatoire de Paris. Le 28 juin 1858, Camille Flammarion est admis au sein de l'institution.
C'est cependant au Bureau des calculs que lui sont confiées les taches les plus courantes, lui qui espérait observer les astres. Qu'importe. Après ses heures de travail, Flammarion rejoint l'astronome Jean Chacornac près de son télescope. En 1862, il fait paraître un second ouvrage, La Pluralité des Mondes habités. Ce dernier, qui tente de répondre à la question de l'existence des extra-terrestres, obtient un grand succès auprès du public, mais est à l'origine de son renvoi. Charles-Eugène Delaunay, autre scientifique de renom, le prend alors à son service. Quelques années plus tard, ayant enfin fait l'acquisition d'une lunette (fabriquée par Secretan et muni d'un objectif de 108 mm), Camille Flammarion peut enfin se livrer à l'observation du ciel sur une petite terrasse de location. Dès l'année suivante, il adresse une première communication à l'Académie des Sciences et livre des articles aux revues scientifiques (à Cosmos notamment) ou grand public (entre autres au Magasin pittoresque). Peu après la guerre de 1870, l'homme de sciences s'installe rue Cassini, à proximité de l'Observatoire, qui le réintègre d’ailleurs en 1876. Deux années auparavant, il s'était marié à Sylvie Petiaux, un amour d'enfance. C'est en ballon que les jeunes époux partent en voyage de noces.
Flammarion s'intéresse à présent au problème que posent les étoiles doubles. Ses travaux sont publiés en 1878. L'astronome décrit pour la première fois le mouvement propre d'Aldébaran, la plus brillante étoile de la constellation du Taureau. Cependant, plus que ses nombreux mémoires scientifiques, ce sont surtout ses ouvrages de vulgarisation destinés au grand public qui lui donnent la célébrité. En 1880, paraît ainsi l'Astronomie populaire. Ce volume, qui lui vaut le prix Montyon de l'Académie française, est mis en vente au prix de dix centimes et il se vend à un million d'exemplaires. L'année suivante, paraissent également Les Étoiles et les Curiosités du Ciel, ainsi qu'une Petite Astronomie descriptive, cette dernière étant surtout destinée aux néophytes. A la fin de l'année 1882 et fort de cette nouvelle notoriété, Camille Flammarion reçoit d'un riche propriétaire bordelais, grand admirateur de ses ouvrages, une propriété dans la commune de Juvisy-sur-Orge, près de Paris, afin d'y installer l'observatoire nécessaire à ses recherches. A partir de 1884, la villa est transformée par ses soins. Au sommet d'une tour crénelée, est bientôt placée une coupole, à l'intérieur de laquelle se trouve la lunette d'observation, doublée d'un matériel de photographie. L'Observatoire de Juvisy est officiellement inauguré le 29 juillet 1887, avec la venue de Don Pedro II d'Alcantara, roi du Brésil et grand amateur d'astronomie.Afin de financer ses travaux scientifiques, Camille Flammarion avait fondé en 1882 la revue L'Astronomie. Dans ses pages sont publiés ses travaux. D'autres savants viennent également le rejoindre à Juvisy, qui devient ainsi un des hauts lieux de l'astronomie en cette fin de siècle. Flammarion reçoit ainsi la visite de l'Américain Lowell et de l'Italien Schiaparelli, qui comme lui, s'intéressent à la planète Mars et postulent l'hypothèse de la présence de la vie à sa surface. En 1886, la municipalité, reconnaissante à l'astronome de la célébrité acquise par la commune, attribue son nom à une des rues du village. L'année suivante, une autre initiative de l'astronome destine de nouveau à rendre accessible sa passion scientifique au grand public. En 1887, il fonde en effet la Société astronomique de France, qui s'installe rue Serpente, à Paris. A cette adresse, un observatoire permet aux adhérents de la Société d'étudier le ciel.En 1912, la Légion d'Honneur est attribuée à Flammarion, au savant comme au vulgarisateur. Au moment du solstice d'été, ce dernier organise depuis 1904 une fête du soleil autour de la Tour Eiffel. Et à cette époque, il nourrit un autre grand projet que le déclenchement de la première guerre mondiale interrompra : la transformation de la Place de la Concorde en un vaste cadran solaire... A la fin du conflit, Camille Flammarion, qui a perdu son épouse quelques temps plus tôt, se remarie en 1919 avec son assistante Gabrielle Renaudot. Se situant désormais en marge de l’évolution des sciences, comme nombre de savants de sa génération, il s'intéresse désormais au problème de la vie après la mort, lui qui a toujours eu un penchant pour le spiritisme. N'avait-il pas prononcé en 1869 un discours d'hommage à Allan Kardec, lors des funérailles du célèbre spirite ? En 1923, l'astronome est d’ailleurs élu président de la Society for Psychical Research de Londres. Camille Flammarion décède à Juvisy-sur-Orge, le 3 juin 1925.

FLANDIN (Pierre-Etienne) : 1889-1958 :
Homme politique. Fils d'Etienne Flandin : avocat, magistrat, professeur de droit, procureur général à Alger, résident général en Tunisie, mais aussi député de l'Yonne puis sénateur des Indes françaises. Jeune avocat inscrit au barreau de Paris, Pierre-Etienne Flandin débute dans le cabinet d'Alexandre Millerand, belle entrée en matière pour se lancer dans la politique. En 1914, il est élu député de l'arrondissement d'Avallon, battant le radical Gallot, le vieil adversaire de son père ; il est alors le plus jeune député de la Chambre.Pilote breveté dès 1912, il est affecté au début de la guerre à l'escadrille MF 33 et participe à la bataille de l'Yser. Très vite, il devient le député spécialiste des questions aéronautiques et, à ce titre, est chargé de plusieurs missions importantes.Au sortir de la guerre, son ascension et sa réussite politiques, qui vont s'affirmer désormais, peuvent s'appuyer sur tout un acquis de relations et d'influences locales et nationales.L'une des personnalités les plus écoutées de l'Alliance démocratique, la principale formation du Centre droit, député de l'Yonne sans interruption dans l'entre-deux-guerres, il est à neuf reprises ministre ou sous-secrétaire d'Etat et devient président du Conseil en 1934 d'un gouvernement qui, comme tant d'autres, ne durera que quelques mois (novembre 1934-juin 1935) .Arrivé au sommet de son parcours politique au cours des années trente, il est, comme toute la classe politique française, confronté à de graves difficultés : la crise économique, financière et sociale, la montée des totalitarismes. Il avait conscience qu'une réforme des institutions alliée à une politique d'union et de trêve des partis était indispensable.
Attaché à la paix, mais aussi déterminé à défendre la France contre la menace hitlérienne, il mène avec son ministre des Affaires étrangères Pierre Laval une politique de rapprochement avec l'Italie et l'URSS et de resserrement de nos liens avec la Grande Bretagne. En 1938, il approuve les accords de Munich, croyant comme beaucoup qu'ils ont sauvé la paix ou du moins accordé un répit pour renforcer notre défense, et envoie des télégrammes de félicitations aux quatre signataires dont Hitler, ce qui lui sera particulièrement reproché, notamment par les communistes.En juillet 1940, à Vichy, il vote, non sans hésitations, les pleins pouvoirs au maréchal Pétain, qui fait appel à lui, au lendemain du mini-coup d'Etat par lequel il a chassé Laval jugé trop allemand, en lui confiant le poste de ministre des Affaires étrangères. Il ne l'occupera que 56 jours, les Allemands refusant tout contact avec lui.Il rejoint l'Afrique du nord en 1942. Arrêté à Alger, en 1943, pour « intelligence avec l'ennemi », il est traduit en Haute Cour à la Libération, mais acquitté pour « services rendus aux Alliés » et tout de même frappé d'inéligibilité.

FLERS (Robert de), 1872-1927 :
Né à Pont-l’Évêque (Calvados), le 25 novembre 1872, descendant d’une des plus vieilles familles de Normandie, Robert de Flers était le fils d’un sous-préfet de Pont-l’Évêque.
Ayant un temps songé, après des études de lettres et de droit, à faire carrière dans la diplomatie, c’est finalement vers la littérature et le journalisme qu’il s’orienta. Un voyage en Orient qu’il avait fait à la fin de ses études lui inspira ses premiers écrits : une nouvelle, La Courtisane Taïa et son singe vert, un récit de voyage, Vers l’Orient, et un conte, Ilsée, princesse de Tripoli.
C’est au théâtre cependant qu’il atteignit à la célébrité. Il écrivit avec Gaston de Caillavet toute une série de pièces, parmi lesquelles : Les Travaux d’Hercule (1891), Le Sire de Vergy (1903), Les Sentiers de la vertu (1904), Pâris ou le bon juge (1906), Miquette et sa mère (1906), Primerose (1911), L’Habit vert enfin, en 1913, dans lequel les auteurs raillaient avec beaucoup d’esprit l’Académie française !
Après la mort de Caillavet, Robert de Flers poursuivit son œuvre théâtrale en collaboration avec Francis de Croisset : ils écrivirent ensemble Les Vignes du seigneur (1923), Les Nouveaux Messieurs (1925), Le Docteur miracle (1926), et un livret d’opérette, Ciboulette (1923), sur une musique de Reynaldo Hahn.
En 1921, Robert de Flers devint directeur littéraire du Figaro et fréquenta un temps l’arène politique comme conseiller général de la Lozère.
Les « Immortels » ne tinrent pas rigueur à Robert de Flers de la pièce qu’il avait écrite sur l’Académie, et l’élurent, le 3 juin 1920, par 26 voix sur 30 votants, au fauteuil d’un autre marquis, Pierre de Ségur. Robert de Flers appartenait à une famille qui comptait déjà plusieurs membres de l’Institut : il était arrière-petit-fils de Charles Giraud, membre de l’Académie des Sciences morales et politiques, et petit-fils d’Eugène de Rozière, membre de l’Académie des Inscriptions et belles-lettres, et était devenu par son mariage le gendre de Victorien Sardou, membre de l’Académie française de 1877 à 1908.
Dans Un régulier dans le siècle, Julien Benda a tracé de Robert de Flers le portrait suivant : « Il me représentait une race d’esprits : ceux qui ne savent que l’anecdote, l’individu, le pittoresque, s’y montrent de vrais virtuoses (celui-ci était un merveilleux conteur) et sont devant les idées, pris d’une sorte d’hostilité fébrile comme sous une injure personnelle.»
Reçu par René Doumic, le 16 juin 1921, Robert de Flers, devait lui-même recevoir Édouard Estaunié en 1925.
Il meurt le 30 juillet 1927.

FLOQUET (Charles), 1828-1896 :
Homme politique. Né à Saint-Jean-Pied-de-Port (Basses-Pyrénées), le 2 octobre 1828, Charles Floquet est issu de la haute bourgeoisie positiviste et oncle par alliance de Ferry. Cet ardent républicain, longtemps collaborateur du Temps, vit sur la réputation d’avoir apostrophé le tsar Alexandre II a coup de « Vive la Pologne, monsieur » à l’occasion de la visite de l’autocrate lors de l’exposition universelle de 1867. Député de Paris à partir de 1871, puis des Basses-Pyrénées de 1882 à 1889, avant de redevenir député de la Seine jusqu’en 1893, ce franc-maçon, très lié avec Brisson, se définit comme un radical de gouvernement, favorable au « radicalisme légal contre l’agitation révolutionnaire ».
Président apprécié de la Chambre depuis 1885, il succède à Tirard le 3 avril 1888 avec pour mission de réunir les différentes fractions républicaines contre la menace boulangiste. Agé de 59 ans, il semble plus à même de le faire que sa riche expérience parlementaire se double d’un talent oratoire reconnu et d’une certaine prestance. Floquet s’empare de l’Intérieur, découvrant sa volonté d’affronter directement Boulanger. Il compose une équipe à son image, républicaine de toujours et expérimentée, comme en témoigne la nomination de Goblet aux Affaires étrangères et surtout celle, toute symbolique, du premier civil à la guerre en la personne de Freycinet. Dans sa déclaration aux Chambres, le nouveau président du Conseil prône la « conciliation des républicains ». Récusant la « révision monarchiqu » et les « énigmes plébiscitaires », il se déclare pourtant favorable à une « révision démocratique » afin de contrer les accusations récurrentes d’immobilité qui affaiblissent le régime et font le jeu du boulangisme. Nouvellement élu député du Nord, le général Revanche vient justement défier le président du Conseil à la tribune en lisant un manifeste anti-parlementaires le 4 juin. Floquet lui répond par la phrase restée célèbre : « A votre âge, monsieur, Bonaparte était mort ». A l’issue d’une nouvelle joute oratoire, ponctuée d’attaques féroces du général contre sa personne, Floquet n’hésite pas à défier en duel à Neuilly le 12 juillet 1888 en faveur du président du Conseil qui blesse le militaire.
Fort de la popularité qu’il retire de cet épisode, Floquet se sent assez fort, à la mi-octobre, pour donner lecture de son projet, très ambitieux, de réforme constitutionnelle. Il préconise l’élection du Sénat au suffrage universel à deux degrés, le renouvellement par tiers (et simultanément) des deux Chambres tous les deux ans,, un conseil d’Etat élu par le Parlement en charge de péparer et de soutenir les lois devant les Chambres, la réduction sensible du contrôle législatif et financier du Sénat, et la suppression du droit de dissolution. Pour lutter contre l’instabilité, il propose enfin de subordonner le retraitdes ministres à un vote de la Chambre. L’ampleur de la révision suscite d’emblée une série de critiques qui rappellent celle formulées naguère à l’encontre de Gambetta. L’élection triomphale de Boulanger depuis un siècle, le 27 janvier 1889, achève ed’ébranler le ministère.
Résolu à poursuivre la lutte, le président du Conseil se décide à faire établir le scrutin d’arrondissement en vue des prochaines législatives. Mais la Chambre repousse la révision, contraignant Floquet à présenter sa démission le 22 février 1889.
Revenu à la présidence de la Chambre, Floquet est compromis par les retombées du scandale de Panama. Il perd cette préidence, puis son siège de député, au cours de l’été 1893. Elu au Sénat l’année suivante, il y termine sa carrière dans une relative discrétion. Il décèdé à Paris le 18 janvier 1896.

FOCH (Ferdinand, maréchal), 1851-1929 :

FONVIELLE-VOJTOVIC (Aline) :

FORT (Paul), 1872-1960 :
Poète.

FOUILLÉE (Alfred), 1838-1913 :
Moraliste.

FOURMIES (Fusillade de) :
Le 1er mai 1891, pour la deuxième fois, les organisations ouvrières du monde entier se préparent à agir par différents moyens dont la grève pour l'obtention de la journée de 8 heures, conformément aux directives de l'Internationale ouvrière. En France, le contexte est plus répressif qu'il ne l'était l’année précédente. A Fourmies, petite ville textile du Nord proche de la frontière belge tout juste sortie d'une longue grève, le patronat a menacé de licenciement les ouvriers qui arrêteraient le travail et obtenu du préfet qu'il mobilise un important dispositif de maintien de l'ordre. En l'absence de forces spécialisées, c'est alors, en France, à l'armée qu'incombe cette mission. Deux compagnies d'infanterie ont été mobilisées. En fin de journée, les soldats tirent sur quelques centaines de manifestants qui tentent d'obtenir la libération de grévistes interpellés dans la matinée et emprisonnés dans la mairie. Les affrontements se soldent par neuf morts, dont quatre jeunes femmes et un enfant. Ces morts, promus martyrs, vont devenir un symbole de la République répressive et de classe. « Car à Fourmies, c'est sur une gamine que le lebel fit son premier essai… » (Montéhus).

FOURNIER (Henri-Alban, dit Alain-Fournier), 1886-1914) :
Henri-Alban Fournier naît le 3 octobre 1886 à la Chapelle-d'Angillon, dans le département du Cher. Il est le fils d’un instituteur qui est nommé à l'école d'Epineuil-le-Fleuriel en 1891. Henri-Fournier est son élève jusqu'en 1898. Il passe ainsi son enfance dans le sud du Berry, avant d'entrer en sixième au lycée Voltaire à Paris. Quelques années plus tard, en 1901, Henri-Alban Fournier, qui songe à présent à devenir marin, poursuit ses études de seconde au lycée de Brest dans le but d’entrer à l'École Navale. Il renonce rapidement à ses projets et obtient finalement son Baccalauréat au lycée de Bourges au mois de janvier 1903. Au mois d’octobre suivant, l’adolescent s’inscrit au lycée Lakanal de Sceaux afin de préparer le concours d’entrée à l'École Normale Supérieure. Au sein de l’établissement, il fait la rencontre de Jacques Rivière, avec lequel il entame une correspondance nourrie. Ce dernier devient par la suite son meilleur ami et enfin son beau-frère, en 1909, après avoir épousé Isabelle Fournier, sœur cadette d’Henri-Alban. En 1906, le lycéen échoue dans ses projets scolaires. Après une nouvelle année de Khâgne, au lycée Louis Le Grand cette fois-ci, et à la suite d’une ultime tentative en 1907, les portes de l'École Normale Supérieure lui demeurent de nouveau fermées.
Le 1er juin 1905, le lycéen croise une jeune fille d’une grande beauté en sortant du Petit Palais où il était venu visiter le Salon de la Nationale. La scène décidera de la vie sentimentale d’Henri-Alban Fournier. Il suit celle-ci à distance jusqu'à son domicile, boulevard Saint Germain. Revenu sur les lieux, le 11 juin suivant, il l'accoste cette fois-ci dans la rue et lui murmure : "Vous êtes belle". Yvonne de Galais ne répond pas à ses avances et s’en va vers l'église de Saint-Germain des Près, où elle assiste à la messe. Après la cérémonie, les deux jeunes gens ont enfin une longue conversation au terme de laquelle Yvonne lui avoue qu’elle est fiancée et que son destin est maintenant tracé. Yvonne de Galais se marie en 1907.
L’année suivante, Henri-Alban Fournier effectue son service militaire. Après avoir suivi le peloton des élèves-officiers à Laval, il est affecté au 88e R.I., à Mirande, dans le Gers, avec le grade de sous-lieutenant. Hanté par le souvenir d'Yvonne, il rédige alors quelques poèmes et essais, ses premiers pas dans la littérature qui seront publiés sous le titre Miracles. Son service militaire achevé, Henri-Alban Fournier trouve à s’employer au mois d’avril 1910 en tant que journaliste à Paris-Journal. Au même moment commence une liaison avec Jeanne Bruneau, une modiste de la rue Chanoinesse, une jeune provinciale venue de Bourges. Leur idylle prendra fin au mois d'avril 1912.
Installé maintenant rue Cassini, Henri-Alban Fournier entreprend la rédaction d’un roman autobiographique, Le Grand Meaulnes. En 1912, il quitte la rédaction du quotidien parisien pour entrer au service de Claude Casimir-Perier, qui vient d’achever l’année précédente son mandat de Président de la République. Le jeune homme entame alors une liaison orageuse avec l’épouse de l’homme politique, l’actrice Pauline Benda, plus connue dans les milieux artistiques de la capitale sous le pseudonyme de Madame Simone.
A la fin du mois de juillet 1913, grâce à l'entremise de Jeanne de Quiévrecourt, sa sœur, Henri-Alban Fournier obtient pour la dernière fois une entrevue avec Yvonne de Vaugrigneuse, son amour de jeunesse, maintenant mère de deux enfants. Au même moment, La Nouvelle Revue française commence la publication de son œuvre romanesque, Le Grand Meaulnes, achevée au début de l’année. Elle paraît ensuite en volumes chez l’éditeur Émile-Paul, l’écrivain ayant pris à cette occasion le nom d’Alain-Fournier. Sélectionné pour le prix Goncourt, Le Grand Meaulnes obtient cinq voix au dixième tour de scrutin. Il lui suffisait d’en avoir une de plus pour être lauréat du prix littéraire. Cet honneur revient à Marc Elder et au Peuple de la Mer. Au début de l’année 1914, Alain-Fournier entame l’écriture d’une pièce de théâtre, la Maison dans la forêt, et d’un nouveau roman, Colombe Blanchet. Ces deux dernières œuvres demeureront inachevées.
En effet, l’écrivain est mobilisé dès la déclaration de guerre à l’Allemagne de Guillaume II, au mois d’août 1914. Il rejoint alors le front comme lieutenant d'infanterie avec le régiment de réserve de Mirande, le 288e R.I.. Le 22 septembre suivant, après quelques semaines de combat, Alain-Fournier est tué au sud de Verdun, dans les Hauts de Meuse. Porté disparu avec vingt de ses compagnons d'armes, son corps a été découvert en 1991 dans une fosse commune où les soldats allemands l'avaient enterré. Henri-Alban Fournier est maintenant inhumé dans le cimetière militaire de Saint-Remy-la-Calonne, dans la Meuse.

FRACHON (Benoît), 1893-1975 :
Né le 13 mai 1893 au Chambon-Feugerolles (Loire), mort le 4 août 1975 aux Bordes (Loiret) ; ouvrier métallurgiste ; secrétaire de la CGTU de 1933 à 1936 ; secrétaire de la CGT de 1936 à 1939 ; secrétaire général de la CGT de 1945 à 1967 ; président de la CGT de 1967 à 1975 ; membre de l'Assemblée consultative provisoire (1944-1945). Troisième enfant d'une famille ouvrière qui devait en compter cinq, Benoît Frachon naquit au Chambon-Feugerolles, ville minière et industrielle située en plein bassin houiller de la Loire. Le père, mineur, surveillant des travaux de fond, mourut prématurément à cinquante et un ans d'une crise d'urémie. Comme ses frères et s½urs, Benoît reçut une éducation religieuse, mais il fréquenta l'école publique. Il fut reçu au Certificat d'études primaires en juillet 1904 - 29e (sur 88 reçus) du canton, 1er (sur 6) de son école, dont il conservera toute sa vie un souvenir vivace. Il entra au Cours supérieur de l'école du Chambon-Feugerolles, mais, après avoir échoué au concours des bourses, il abandonna les études deux ans plus tard. Il avait alors treize ans. Apprenti chez un petit patron - ancien ouvrier métallurgiste, il acquit les bases du métier et put se faire embaucher après la mort de son père dans une boulonnerie, où il devint tourneur grâce à l'aide de l'outilleur avec lequel il travaillait. En 1909, il adhéra au syndicat. L'adolescent a déjà été sensible aux solidarités ouvrières comme à la rigueur de la répression des mouvements sociaux : pendant la grève des mineurs d'octobre 1902, ainsi qu'à l'occasion du Premier Mai. Lui-même fit grève pour la première fois en janvier 1910, dans un conflit parti de la boulonnerie et qui s'étendit bientôt à toute la métallurgie de la Loire. C'est à la suite d'un nouveau conflit qu'il perdit son emploi en 1911, mais il fut vite réembauché dans une usine de constructions mécaniques. Le jeune Frachon ressentait déjà vivement l'humiliation - qu'il connaîtra chaque fois que l'expérience se renouvellera - de devoir tirer la sonnette des patrons pour retrouver du travail. Il appartint alors à un petit groupe libertaire créé en 1909 par des mineurs et des ouvriers métallurgistes. Il diffusait La Guerre sociale, l'hebdomadaire de Gustave Hervé, lisait La Vie ouvrière de Pierre Monatte, participait à quelques manifestations d'"action directe" comme le sabotage de lignes télégraphiques et téléphoniques. Avec ses camarades, il prêcha l'abstention lors des élections législatives de 1910. Chaque dimanche, les membres du groupe se retrouvaient, confrontant leurs idées et leurs espérances. La fréquentation assidue de la Maison du Peuple du Chambon élargit l'univers du jeune ouvrier qui participa au "groupe artistique éducatif de la maison syndicale" - il tint quelques rôles dans des pièces "sociales". Surtout par les nombreuses lectures - de Descartes à Flammarion - que lui permettait la bibliothèque, il pénétra dans les mondes nouveaux du roman, de la philosophie, de la science. " Dans ce petit groupe, écrira-t-il dans ses Mémoires, nous avions de dix-sept à vingt ans, nous étions nés à la lutte des classes en plein centre anarchiste et anarcho-syndicaliste. Nous étions encore ignorants des courants qui se heurtaient, y compris à l'intérieur de la CGT. "
Frachon, qui a participé à la grève générale de décembre 1912 contre la loi de trois ans, est appelé au service militaire en 1913. Comme pour beaucoup de jeunes gens issus des couches populaires, ce fut l'occasion pour lui de quitter pour la première fois son pays natal. Affecté dans le service auxiliaire à cause de sa forte myopie, il se trouvait au magasin d'habillement du 30e régiment d'artillerie à Orléans lorsque la guerre éclata. Réintégré alors dans le service actif, il fut mobilisé comme ouvrier à l'Arsenal de la Marine de Guérigny dans la Nièvre : sa qualification professionnelle lui évita ainsi le front.
Dans ce milieu ouvrier fortement syndicalisé aux traditions très spécifiques, Frachon découvrit le passage de la CGT à l'Union sacrée. Il se sentit proche des positions de Merrheim contre la participation de la CGT à l'effort de guerre. A l'Arsenal, le syndicat des ouvriers mobilisés - qui seront 1 800 en 1917 - était en place. Sa participation à une action de refus d'effectuer des corvées nouvelles lui valut d'ailleurs d'être muté dans un autre atelier. Comme nombre d'usines, l'Arsenal de Guérigny connaissait en 1917 le mécontentement provoqué par la hausse des prix, l'aggravation des conditions de travail, la poursuite d'une guerre dont l'issue n'apparaissait pas, tandis que le choc des révolutions russes alimentait des discussions passionnées. Frachon, qui entretenait des relations suivies avec ses camarades du bassin de la Loire - où l'opposition à l'Union sacrée était vive -, et qui se déplaça plusieurs fois à Bourges - autre lieu de lutte syndicale intense contre la guerre - devint un fervent partisan de la Révolution d'Octobre. Aussi son élection comme délégué suppléant de son atelier en janvier 1918 prit-elle une nette signification d'opposition à la guerre, d'autant que le délégué titulaire était connu pour avoir les mêmes opinions que lui. " Ramassé ", selon son expression, dans la relève des jeunes classes, Frachon quitta Guérigny ce même mois et reçut diverses affectations dans l'aviation, où il poursuivit sa propagande personnelle contre la guerre. C'est près de Belfort que l'armistice le surprit. Après une brève participation à l'occupation de la Rhénanie, il fut démobilisé le 19 août 1919. Le 8 septembre 1919, il était de retour au Chambon-Feugerolles. C'est à ce moment qu'il adhéra à la SFIO : la séparation avec l'anarchisme était bien en marche.
La difficulté de trouver du travail dans la région stéphanoise conduisit Frachon à partir pour Marseille. Il travailla dans l'entreprise métallurgique Giraud-Soulay, où il devint vite délégué d'atelier. Il négocia à ce titre au cours de deux conflits avec la direction, et déclina l'offre d'un des directeurs de le nommer contremaître. Surtout, il se trouva au c½ur des controverses et des affrontements sur l'orientation syndicale, et chemina alors vers une rupture complète avec les conceptions anarcho-syndicalistes, tout en passant un temps très court par la " gauchiste " Confédération des travailleurs du monde, et en ferraillant sans cesse contre les dirigeants réformistes et la collaboration de classe.
Revenu au Chambon, Frachon fut embauché en juin 1921 dans une grosse entreprise de métallurgie, la Société anonyme des aciéries et forges de Firminy, qu'il dut quitter après avoir refusé d'usiner des réservoirs de torpille. Ses activités syndicales lui valurent ensuite d'être encore plusieurs fois renvoyé, mais il put à chaque fois, sa qualification aidant, retrouver du travail. Il devint en 1922 secrétaire du syndicat des métaux du Chambon. Partisan de l'adhésion à la IIIe Internationale, il fut membre de la section locale du Parti communiste après le congrès de Tours. Candidat à des élections municipales partielles en 1922, il fut élu et devint adjoint au maire de Chambon. Mais le mandat municipal ne le passionnait guère. " C'était le mouvement de masse, le travail syndical qui continuaient à capter mon attention " écrira-t-il. Aussi bien, démissionne-t-il le 25 août 1924 de ce mandat électif. A la fin de 1924, Benoît Frachon est secrétaire permanent de l'Union départementale CGTU.
Il avait préalablement participé, comme secrétaire du syndicat des métallos, au congrès constitutif de la CGTU, du 26 juin au 1er juillet 1922, à Saint-Etienne. Son autorité s'était affirmée, en mars-avril 1924, avec la grande grève des métallurgistes foréziens, conduite par les militants communistes de la CGTU, et qui avait rassemblé jusqu'à 20 000 grévistes. Arrêté avec d'autres dirigeants pour atteinte à la liberté du travail, Frachon était condamné à quatre mois de prison et 200 francs d'amende. La grève contribua beaucoup, grâce à l'activité intense, sur le terrain, des communistes de la CGTU qui surent rassembler autour d'eux les métallurgistes, à battre la direction anarcho-syndicaliste de l'Union départementale CGTU. En novembre 1924, le congrès de l'UD-CGTU de la Loire approuva la motion d'orientation des amis de Frachon, qui se prononçaient " contre un syndicalisme de secte, pour un syndicalisme de masse ". Frachon devint ainsi secrétaire de l'UD-CGTU, et permanent. Dans ces nouvelles fonctions, il prit, en mars 1925, l'initiative d'une conférence de tous les syndicats de la Loire, expérience, pour l'heure sans lendemain, d'unité d'action, qui se heurta à de vives réticences parmi les dirigeants de la CGTU, mais que Frachon devait toujours considérer comme positive. Parallèlement, l'influence politique du jeune dirigeant croissait dans le Parti communiste : il contribua à faire accepter les orientations de l'Internationale dans le rayon de Saint-Etienne. Membre du comité de rayon en 1924, il devint, en janvier 1925, secrétaire de la commission syndicale d'une nouvelle et vaste région du Parti communiste qui comprenait le Rhône, la Loire, la Saône-et-Loire, la Haute-Loire, l'Ain, le Jura, l'Ardèche, une partie de l'Isère : Frachon accédait ainsi à une importante responsabilité dans l'organisation communiste, au poste essentiel du travail syndical. Cette année-là, le 25 avril, il se maria avec Marie-Louise Péalat, née au Chambon, couturière. De ce mariage naîtra un fils, Henri, le 7 janvier 1929. C'est comme secrétaire d'UD-CGTU qu'il fit partie de la délégation française à la conférence d'organisation et à la sixième session du Comité exécutif de l'Internationale (février-mars 1926) : il en tira pleine confirmation de son engagement politique - par les travaux de la conférence comme par la découverte de la construction d'une société nouvelle - et conviction que dans les rangs communistes eux-mêmes, les obstacles ne manquaient pas à la mise en ½uvre " d'une activité nouvelle, de structures nouvelles " (Mémoires). A son retour de Moscou, Frachon remplaça le secrétaire de la région lyonnaise du Parti communiste parti à l'école de l'IC. En juillet 1926, lors du congrès de Lille, il devint membre du Comité central. A Lyon, il impulsa un Parti communiste déjà en partie réorganisé sur les bases nouvelles, veillant notamment à la vie des cellules d'entreprise, luttant avec efficacité contre les influences trotskystes, cherchant à prendre pied dans la paysannerie, exaltant l'exemple soviétique, développant la lutte antimilitariste, ce qui lui valut en 1928 d'être encore condamné - mais il fut acquitté en appel. Période où il battait la campagne, de localité en localité, de ville en ville : la moitié de l'activité du dirigeant, qui se faisait souvent accompagner par un membre des Jeunesses communistes, était consacrée à des réunions. Candidat du Bloc ouvrier et paysan aux élections législatives d'avril 1928 dans la 3e circonscription de Lyon, il y obtint 13,39 % des suffrages exprimés au 1er tour, mais son maintien dans le cadre de la tactique classe contre classe fit tomber son score à 8,17 % au second.
Benoît Frachon acquit alors pleinement dans ces fonctions la carrure d'un dirigeant national - au milieu des mille difficultés d'une vie quotidienne très désargentée, ponctuée parfois de jeûnes, et souvent de longues marches à pied... Il put ainsi porter le témoignage de son expérience à la Conférence nationale du Parti communiste de juin 1928, qui le désigna délégué au VIe congrès de l'Internationale (juillet-septembre 1928). Il en revint membre suppléant du Comité exécutif, et fut proposé par Thorez au Comité central en novembre pour entrer au Bureau politique. Ses capacités à se lier avec la direction du parti et ses militants, mais " surtout avec la masse des ouvriers et sympathisants du parti " comme il le dit lui-même, sont pour beaucoup dans cette promotion rapide depuis 1925, typique de cette génération de dirigeants communistes. A la fin de l'année, Frachon quittait Lyon pour Paris, définitivement. Il devait en principe se consacrer au mouvement syndical, mais " en réalité, il faudrait se mêler un peu de tout " (Mémoires), entre autres en raison de la répression qui désorganisait alors la direction communiste, contraignant les uns à une clandestinité plus ou moins complète, d'autres purgeant des peines de prison : ainsi il s'occupa de la section d'organisation, " suivit " les conférences régionales, participa à des campagnes électorales. Il était membre du secrétariat collectif mis en place au congrès de 1929, avec Barbé, Célor, Thorez. Lui-même fut arrêté le 24 juillet 1929, avec d'autres dirigeants, pendant la réunion tenue à Villeneuve-Saint-Georges pour la préparation de la journée internationale du 1er août contre la guerre. Tous furent inculpés de complot contre la sûreté intérieure et extérieure de l'Etat. De la Santé où il était incarcéré, Frachon publia sous le pseudonyme de Laforge plusieurs articles dans l'Humanité et La Vie ouvrière, essentiellement sur la lutte contre le réformisme dans le syndicat.
Mis en liberté provisoire avec tous ses camarades en mai 1930, avant de bénéficier d'un non-lieu l'année suivante, quelques mois écarté du Bureau politique, mais y participant à nouveau dès janvier 1931, Frachon participa à la " lutte sur les deux fronts " et à la mise à l'écart du " courant sectaire " incarné par Barbé et Célor. Il fut dès 1931, le porteur d'analyses alors nouvelles - et loin d'être admises - sur le mouvement syndical, attirant particulièrement l'attention sur la nécessité de s'attacher aux petites revendications des travailleurs. A leur écoute, il devint le porte-parole convaincu de la lutte pour l'unité syndicale, sous la bannière de la CGTU, et sur la base de la défense des revendications et des intérêts de la classe ouvrière. Il interprétait à sa façon, cheminant ainsi vers son dépassement, l'orientation classe contre classe, qu'il dit devoir aboutir, non " à nous couper des masses, mais à les gagner ". Il connut, avec Thorez à qui il se lia par une véritable communauté de pensée, les avancées, les reculs, les contradictions, de la mutation engagée au début des années 1930 par le Parti communiste et l'IC, face au développement de la crise et à l'essor, puis au succès du nazisme. Ecrivant beaucoup dans l'Humanité, Les Cahiers du bolchevisme, La Vie ouvrière, mais aussi fréquemment présent sur le terrain des luttes ouvrières, il contribua beaucoup à faire pénétrer l'idée qu'il faut d'abord s'occuper de la réalité ouvrière, réaliser le front unique des exploités, refuser de faire "faire le tour du monde à des prolétaires dont la préoccupation dominante est l'augmentation de leurs salaires ou quelque autre revendication terre à terre " (Cahiers du Bolchevisme, juillet 1930). Il affirmait aussi qu'il faut s'adresser aux ouvriers confédérés en sachant les comprendre, en ne les traitant pas en ennemis, en s'appuyant sur la volonté de lutte que décelait leur réformisme même (congrès de la CGTU, septembre 1933). Autant de jalons vers une pratique novatrice, qui se dégageait des gangues anciennes. L'ascension de Frachon dans la CGTU est significative de ce fait des nouvelles donnes qui émergent peu à peu dans le mouvement communiste, plus particulièrement français. Membre du Bureau confédéral désigné par le congrès de la CGTU de novembre 1931, il quitta le secrétariat du Parti communiste en octobre 1932, pour devenir - après le plénum du Comité exécutif de l'IC d'août-septembre 1932 qui recommandait au parti français d'accorder une plus grande place aux conditions de vie des travailleurs - secrétaire de la CGTU, en remplacement de Monmousseau délégué auprès de l'Internationale syndicale rouge à Moscou.Il avait été, entre temps, candidat pour la dernière fois à un mandat politique électif, pour les difficiles élections de 1932 : proposé pour le siège d'Ivry, il déclinait l'offre au profit de Maurice Thorez, estimant (à juste titre) que celui-ci y avait ses chances, et se portait candidat à Aulnay-sous-Bois, espérant rassembler dans cette circonscription un grand nombre de voix populaires : il fit effectivement bonne figure, avec 45 % des voix au second tour.Il n'est pas étonnant que cet artisan des changements en cours ait été l'initiateur dès le 7 février 1934 de la riposte de la CGTU à l'émeute du 6, et que, dans les instances dirigeantes du Parti communiste, il axe ses interventions sur l'absolue nécessité de développer l'unité d'action, de telle sorte que le mouvement révolutionnaire en soit la cheville ouvrière. Il soulignait à la conférence nationale d'Ivry, en juin 1934, que la CGTU avait été, dans la région parisienne, le moteur de l'action et que l'activité du Parti communiste n'avait pas été sans défauts. Il appelait les communistes à bousculer la routine, à liquider l'héritage anarcho-syndicaliste, à s'engager à fond dans la recherche de l'unité syndicale, à surmonter les résistances dans leurs propres rangs à ces évolutions nécessaires. Le pacte d'unité d'action avec la SFIO conclu, l'orientation Front populaire mise en route, il devait y consacrer toute son énergie. Cette période demeurera pour lui jusqu'à la fin de sa vie, un moment exemplaire. Si, comme membre du Bureau politique du Parti communiste, Frachon contribua à la lutte contre Doriot dans le rayon de Saint-Denis, c'est désormais essentiellement à ses activités syndicales qu'il se consacra. Signe du temps : le Comité confédéral national de la CGTU d'octobre 1934 fut exclusivement consacré à l'unité syndicale. Frachon dira plus tard qu'il travailla beaucoup au rapport qu'il y présenta, dans lequel il insistait fortement sur " l'enjeu de la bataille contre le capitalisme " : " la défense victorieuse des libertés ouvrières contre le fascisme sanglant, la défense des salaires, des lois sociales, l'obtention du pain et du travail pour les chômeurs ", face à la misère, aux camps de travail et de concentration, à la guerre. Il encourageait la création de syndicats uniques et proposait à la CGT de lancer un mot d'ordre de fusion de tous les syndicats. Il excluait toutefois l'adhésion pure et simple à la CGT, car " il s'agissait d'une position fondamentale : lutte de classe ou collaboration de classe ". Un syndicat de classe et de masse : cet objectif, déjà présent lors de la désignation de Frachon comme secrétaire de la CGTU en 1933, devenait désormais réalisable.Non sans obstacles : jusqu'à l'unification syndicale au congrès de Toulouse en mars 1936, Frachon multiplia les interventions publiques, participa aux contacts avec les confédérés, ferrailla pour surmonter les difficultés, se rallia d'autant plus facilement (en dépit des réticences de l'Internationale) à l'abandon des fractions communistes dans le syndicat qu'il les estimait désormais inutiles ; il accepta finalement, malgré ses réserves, la thèse de l'incompatibilité des mandats politiques et syndicaux. Au terme du congrès de Toulouse, Frachon devint secrétaire confédéral de la CGT réunifiée, aux côtés de quatre ex-confédérés et d'un autre unitaire, Racamond : il avait été, de ce résultat, un inlassable promoteur. Dès le 9 mars, il adressait au Parti communiste sa démission de membre du Bureau politique ; il continuera néanmoins à participer à la direction du parti. Frachon passa donc du petit siège de la rue de la Grange-aux-Belles à l'immeuble confédéral de la rue Lafayette. Lui-même habitait alors, depuis la fin de 1930, au premier étage d'une villa de Choisy-le-Roi, où sa femme, qui exerçait encore sa profession de couturière à domicile, l'avait rejoint avec leurs fils. Début 1937, le ménage s'installa dans un logement d'une cité HBM à Montreuil, où il resta jusque fin 1938. Il emménagea alors, début 1939, toujours à Montreuil, dans un petit pavillon disposant d'un jardinet, mis à sa disposition par le Parti communiste, et qui était mitoyen de celui de J. Duclos.
Frachon aimait toutes les joies de la vie, les rencontres amicales, les présences - et les aventures - féminines, les plaisirs reposants. Mais sa vie privée, assez mouvementée, était toujours très discrète. En 1936 - comme tout au long de sa vie - seul l'homme public est connu de l'homme de la rue. Il a acquis une réelle popularité, est devenu l'une des figures marquantes du Front populaire, quoique estompée par celle des grands leaders politiques du rassemblement. La signature des accords Matignon, en juin, devait confirmer Frachon comme dirigeant de la nouvelle CGT. Il avait déjà, dans la presse communiste et dans La Vie ouvrière qui continuait de paraître, souligné l'urgence d'une revalorisation substantielle des salaires. Il présenta au cours de la négociation ses pièces à conviction : des feuilles de paye particulièrement éloquentes, qu'il tirait de la poche de son veston. Restera aussi de la négociation l'image de Frachon opposant, au patronat qui s'étonnait de l'importance des augmentations demandées, l'ampleur exceptionnelle du mouvement gréviste. Les accords signés, Frachon enfin refusera que la CGT lance, comme l'aurait souhaité le patronat, un appel à la radio pour inviter les travailleurs à la reprise - devançant peut-être ainsi des réponses différentes de la part de certains de ses camarades. Observant l'entrée dans la vie des accords Matignon grâce aux luttes entreprise par entreprise pour la signature effective de conventions collectives, il pouvait se féliciter de l'existence en France, pour la première fois, d'un syndicalisme de masse, et lancer des idées neuves sur le rôle des syndicats dans l'organisation des loisirs.
Brève période d'enthousiasme. Avec la pause, puis la démission du premier gouvernement Blum, et la structuration dans la CGT de la tendance anticommuniste de Belin et Dumoulin autour de Syndicats, et alors même que l'ancien courant unitaire se renforçait dans la Confédération, Frachon reprit le bâton de pèlerin pour le maintien de l'unité, afin de sauvegarder toutes les potentialités du syndicat, voire pour tenter de sauver l'expérience du Front populaire. Sur diverses questions, et sans jamais rien concéder sur le terrain de classe, il acceptait des compromis avec Jouhaux, pour souder la CGT face au courant Belin. Devant la montée des périls, il réfléchissait également au rôle de la classe ouvrière dans la défense nationale importante nouveauté dans le courant syndical révolutionnaire - , encourageant, début 1939, Henri Jourdain, secrétaire du syndicat des métaux de la région parisienne, à intervenir sur ce thème à propos de l'industrie aéronautique. Pèlerin de l'unité, Frachon le fut également dans le domaine international. Lors de la réunification, il n'a pu obtenir que la CGT établisse des relations avec l'ISR, comme elle en avait avec la FSI. Il intervint à la FSI, de 1936 à 1938, en faveur de l'unité syndicale mondiale, contribua à établir un dialogue, à vrai dire sans lendemain, avec les syndicats soviétiques, se rendant pour cela à Moscou avec Jouhaux (novembre 1937). C'est de Washington - revenant de Mexico où il avait participé avec Jouhaux au congrès des syndicats mexicains que Frachon intervint dans la crise tchécoslovaque, lors d'un entretien accordé à United Press le 17 septembre 1938 : il dénonça les capitulations devant le fascisme, et exalta l'union des partisans de la liberté et de la paix pour faire échec à l'agresseur. Mais il voulait également éviter à tout prix l'isolement des ex-unitaires dans la CGT. Ce double souci conduisit Frachon, au CCN de la CGT qui suivit les accords de Munich, à approuver la déclaration de Jouhaux, personnellement défavorable à ces accords, et qui insista très fortement sur l'unité syndicale. Frachon réussissait ainsi à isoler le courant Belin. L'accord Frachon-Jouhaux était renouvelé, quelques semaines plus tard, au congrès de Nantes, à la fois contre les décrets-lois Daladier et pour l'action antifasciste contre les menaces de guerre. Il se maintint, face à la poussée pacifiste, début 1939. Le déferlement anticommuniste qui suivit en France la nouvelle du Pacte germano-soviétique y mit fin. Bien que La Vie ouvrière, fin août et septembre, se soit prononcée pour une défense nationale antifasciste - Frachon lui-même y ayant écrit le 31 août que " pour le service des intérêts supérieurs du pays, la classe ouvrière est au premier rang ", les communistes de la CGT sont sommés de désavouer le pacte : aussi, le 6 octobre, Frachon est-il déchu de son mandat par le bureau confédéral, conséquence des décisions des CA de la CGT des 18 et 25 septembre. Le 30 septembre, avait paru dans la revue Le Monde de Bruxelles la déclaration " Pour l'unité syndicale en France ", signée notamment par Frachon et Racamond, qui dénonçait les man½uvres scisionnistes, en appelait à l'indépendance de la CGT à l'égard des partis et des gouvernements et à l'union de tous les ouvriers " dans leurs organisations régulières ", stigmatisant la renaissance d'une " union sacrée antiouvrière " en France. Comme pour l'ensemble de la direction communiste, l'acceptation de la nouvelle ligne de l'Internationale caractérisant la guerre comme impérialiste des deux côtés, passa chez Frachon par le constat de la situation française et de la répression anticommuniste et antiouvrière : il avait d'ailleurs participé en septembre à plusieurs réunions de direction. Contraint désormais à la clandestinité, objet de poursuites, il commença une vie nouvelle de militant illégal, qui devait durer jusqu'en août 1944, et pendant laquelle il ne quittera pas Paris et la région parisienne, sauf pendant la débâcle de 1940. Sa grande expérience du mouvement ouvrier, la surface qu'il avait acquise dans le monde syndical, son incontestable autorité politique et syndicale le firent désigner le 8 octobre, comme secrétaire du Parti pour le territoire français, au cours d'une réunion de la direction communiste en Belgique à laquelle il ne participa pas : il ne voulut pas traverser la frontière, car il craignait que des mesures de renforcement des contrôles, qui devaient entrer en vigueur le soir même, ne l'empêchassent de revenir en France où, personnellement, il estimait devoir rester.
Lourde responsabilité, dont il ressentit tout le poids dans la solitude des premiers temps. Portant barbe et moustache, il devint " l'oncle ", " tonton ", en liaison avec Duclos à Bruxelles et Thorez à Moscou. Les mois de la drôle de guerre furent employés à renouer les fils, organiser la parution de l'Humanité clandestine, des Cahiers du bolchevisme, participer à la défense des députés lors de leur procès, faire revivre illégalement La Vie ouvrière, appeler les travailleurs à reconstruire leur syndicat et à se débarrasser des chefs réformistes, à lutter pour leurs revendications.Avec l'invasion allemande, Frachon fut de ceux qui, comme Thorez, infléchirent la ligne de l'Internationale vers la recherche des conditions d'une défense nationale. C'est dans cette perspective qu'il fit transmettre, par l'intermédiaire de Politzer, au ministre de Monzie, le 6 juin 1940, des propositions qui visaient à faire de la guerre " une guerre nationale pour l'indépendance et la liberté ", et demandaient pour cela la libération des communistes, l'arrestation des agents de l'ennemi, l'organisation de la défense de Paris. Cette importante démarche demeura sans réponse, et elle passa inaperçue dans la débâcle.
Lors d'une réunion à Paris à la fin de la première décade de juin, Frachon, A. Dallidet, Catelas, Péri, Politzer décidèrent d'envoyer Frachon et Dallidet dans le Limousin pour y reprendre tout de suite les contacts nécessaires à la reconstitution de l'activité communiste. Frachon quitta donc Paris le 12 juin et se rendit dans la famille de Marguerite Montré - radio-décodeur du Parti communiste - près de Saint-Sulpice-Laurière, dans la Haute-Vienne. Tout en participant aux travaux des champs, Frachon (et, de son côté, Dallidet) faisait rétablir des liaisons avec Bordeaux, Clermont-Ferrand, Toulouse. Ce premier travail effectué, une réunion eut lieu dans les bois de Saint-Sulpice-Laurière, au cours de laquelle Frachon apprit la demande de reparution de l'Humanité, que tous les présents désapprouvèrent. Frachon rejoignit alors au plus vite Paris, et dès le 10 août, rencontra Duclos. Les deux secrétaires du parti assureront désormais de concert la direction politique, en France, de la lutte clandestine du PCF et, dans l'immédiat, sa progressive sortie des contradictions nées des analyses de la guerre par l'Internationale, ½uvrant pour commencer, à nouveau, à renouer les fils avec les militants communistes, avec la classe ouvrière, avec les diverses couches de la population. Ils décidèrent ensemble, dans le courant de l'automne, de désigner Tillon pour organiser les premiers éléments constitutifs de groupes armés de protection du PCF, l'organisation spéciale (OS). Début novembre 1940, Frachon rencontra à cet effet Tillon, qui accepta la responsabilité et devint désormais membre du secrétariat. Frachon était étroitement associé à la définition et à la mise en ½uvre de l'ensemble de la politique du PCF : il participa par exemple à l'élaboration et à la mise au point de l'appel à la constitution du Front national. Cependant, son secteur essentiel d'activité était le mouvement syndical. A travers de multiples interventions dans la presse clandestine, l'Humanité, les Cahiers du bolchevisme, La Vie du parti, La Vie ouvrière, Frachon démystifia la démagogie sociale et économique de Vichy, appela à l'unité des travailleurs dans la lutte, les invita à s'organiser dans les comités populaires clandestins et dans les syndicats légaux pour y agir contre Vichy et les directions aux ordres. Pendant toute la guerre, ses directives visèrent à reconstruire, par les moyens appropriés, légaux et illégaux, l'organisation syndicale de masse et de lutte, et à recommander continûment d'agir sur tous les terrains, à commencer par les plus modestes revendications. Avant la grève des mineurs du Nord et du Pas-de-Calais de mai-juin 1941, il rencontra des dirigeants communistes de cette région, comme Martha Desrumeaux. L'audience de la résistance élargie, les perspectives de libération se dessinant avec le changement du rapport des forces dans le monde et en France, Frachon contribua à définir les conditions de l'insurrection nationale libératrice, liant étroitement lutte pour les salaires, le ravitaillement, contre le STO, sabotage de la production, intervention des groupes de combat organisés dans les entreprises par les travailleurs eux-mêmes. Signant souvent ses articles en clair (Benoît Frachon, secrétaire de la CGT), réservant son pseudonyme Joseph pour les liaisons internes au PCF, Frachon apparut comme l'organisateur de la résistance syndicale liée à l'action immédiate contre Vichy et l'occupant.Il était encore, à nouveau, le réunificateur. Dès l'automne 1940, il établit un contact avec L. Saillant. L'hostilité commune au projet de Charte du Travail et à la collaboration avec l'ennemi permit l'organisation d'une réunion entre représentants des confédérés et des unitaires, le 17 mai 1941. Rompus à cause de la répression, les contacts reprirent en juillet 1942. Frachon proposa alors à Jouhaux un appel commun à la classe ouvrière, sur les revendications immédiates, les libertés syndicales, le refus de la Charte du Travail et du travail forcé en Allemagne, qui exhorterait les travailleurs à participer à la lutte armée, annoncerait la réunification de la CGT et inviterait Fédérations et UD à la réaliser effectivement. En septembre, Semat, porteur de ces propositions, au nom de Frachon, rencontrait Jouhaux à Cahors. Le désaccord sur la lutte armée et les réserves de Jouhaux pour entrer dans la clandestinité firent tourner court la rencontre. De nouveaux contacts devaient finalement conduire aux accords de réunification du Perreux en avril 1943. Frachon avait participé directement à l'élaboration de la plate-forme revendicative proposée aux confédérés. Au demeurant, jusqu'à la Libération, l'essentiel de l'activité syndicale sur le terrain comme sur le plan national, les grandes directives d'action, demeurèrent essentiellement le fait des unitaires, sous la direction de Frachon : c'est dans la clandestinité que ceux-ci conquirent la majorité de la CGT, et Frachon l'autorité pour en devenir l'un des secrétaires généraux. C'est d'ailleurs sur sa proposition qu'il sera décidé que la CGT aura désormais deux secrétaires généraux.
Les derniers mois de l'Occupation, Duclos et Frachon, qui habitaient tous deux depuis l'été 1941 dans deux villages voisins de la vallée de Chevreuse, se rencontraient plus fréquemment pour faire le point d'une situation sans cesse mouvante, et, dans la phase finale de la Libération, contribuer à préparer l'insurrection. Le 19 août 1944, Frachon quittait son pavillon de banlieue, bientôt suivi par Duclos. Le 22, il signa dans l'Humanité qui sortait enfin au grand jour un appel aux armes aux métallos parisiens. Ils retrouvèrent bientôt le siège du Comité central du PCF, 44, rue Le Pelletier. Il retrouva également son pavillon de Montreuil qu'il habitera jusqu'en 1973. Son voisin, comme les derniers mois de l'avant-guerre, est et restera Jacques Duclos. Les épreuves communes avaient scellé une amitié définitive entre les deux hommes.
Le 27 août, Frachon s'installait avec le Bureau confédéral au siège de la CGT rue Lafayette. Jouhaux en captivité, il exerçait le secrétariat général avec Saillant : symbole de l'unité retrouvée, et consécration de la modification du rapport des forces. Dès le 10 septembre 1944, il énonçait les grandes tâches de la CGT devant les cadres syndicaux de la région parisienne : achever victorieusement la guerre, reconstruire l'économie ; il lançait ainsi la bataille de la production, en reliant sans ambiguïté le redressement du pays à la satisfaction des revendications ouvrières : épuration des entreprises, salaires, application des lois sociales. Ce sera désormais chez Frachon une attitude constante : autant il estimera que la bataille de la production est un combat de classe décisif, autant il interviendra constamment pour dénoncer les entraves à la remise en marche de l'économie, à l'épuration, à l'initiative des travailleurs qu'il soutint avec force, notamment dans les entreprises mises sous séquestre ou réquisitionnées. Affirmant la nécessité de défendre les revendications ouvrières, comme condition de la renaissance, il ne manqua pas de rappeler, dès 1945, l'existence de raisons légitimes de mécontentement (notamment dans les instances de la CGT, mais également dans la presse syndicale ou communiste). Le glissement vers le discours purement productiviste fut rare : il se manifesta surtout à propos de la " bataille du charbon " fin 1945. Mais, début 1946, l'insistance était à nouveau très vive sur les revendications économiques. A ce moment, la " dyarchie " Jouhaux-Frachon a été officialisée, au cours du CCN du 5 septembre 1945. Elle était confirmée par le congrès d'avril 1946, qui consacra l'autorité de Frachon sur une CGT dont 80 % des mandats revenaient aux unitaires, mais dont le bureau confédéral demeurait paritaire. C'est essentiellement sur deux terrains qu'intervint Frachon les mois suivants : en premier lieu en faveur des augmentations de salaire, en relation avec les progrès constatés de la production depuis 1944 ; d'où l'idée que la classe ouvrière devait profiter de ses efforts et qu'il était possible de le faire. Il manifesta d'autre part son inquiétude face aux tensions internes dans la CGT. Il avait déjà évoqué, lors du congrès, les " coups de canif dans le contrat " commun, pratiqués à ses yeux par certains dirigeants ex-confédérés. La grève des PTT de l'été 1946 lui fit dénoncer les " man½uvres de division " dont il donna paternité à la SFIO. Début 1947, s'il approuvait la baisse des prix du gouvernement Blum, il maintenait très fortement les exigences en matière salariale, notamment à propos du minimum vital, et s'interrogeait en février dans l'Humanité, sur le rôle de l'Etat, selon qu'il est ou non " démocratique ". Le soutien de la grève Renault (fin avril 1947) lui parut découler de l'attitude de la CGT à l'égard des revendications. Après l'éviction des ministres communistes du gouvernement Ramadier, Frachon accentua par ses interventions la pression syndicale, justifia les mouvements par la situation intolérable des salaires et l'hostilité systématique aux revendications, rejeta les responsabilités sur les promesses non tenues des pouvoirs publics et du patronat, réfuta l'existence d'un quelconque " chef d'orchestre clandestin " dans les mouvements sociaux. Ces thèmes traversent toutes les interventions du secrétaire général du printemps à l'automne 1947, en même temps qu'il regrette l'abandon du plan Monnet, que la CGT avait approuvé, et critique vigoureusement le plan Marschall ; mais il situait la lutte contre celui-ci - notamment au CCN de novembre 1947 - exclusivement sur le terrain revendicatif. Des grèves de la fin 1947, que dans le feu de l'action il soutint de toutes ses forces, il tira sur-le-champ un bilan critique : il rappela la force et la légitimité du mécontentement des travailleurs, jugea positive cette bataille de classe, même soldée par l'échec final, fustigea la scission de Force ouvrière, mais critiqua l'existence d'un comité national de grève regroupant l'ensemble des Fédérations, estimant qu'il aurait fallu le limiter aux seules Fédérations en grève. Aussi bien, pendant le conflit, avait-il souligné avec force que la CGT ne s'engageait pas dans la grève générale. La scission consommée - il en sous-estima d'ailleurs la portée - il fut secrétaire général aux côtés d'A. Le Léap, l'un des vice-présidents de la Fédération syndicale mondiale, dont la création et les premiers pas devaient beaucoup à l'action internationale, toujours intense, de Frachon. Le Léap s'étant retiré en 1957, Frachon fut désormais seul secrétaire général ; l'unicité du poste sera consacrée en 1959 par le Congrès confédéral.Cette période de la vie de Frachon fixe dans les mémoires les traits familiers de l'homme, désormais quinquagénaire : trapu, un embonpoint assez accentué, cheveux courts et petite moustache, grosses lunettes d'écaille, inséparable pipe. L'abord, quelque peu bourru, masque une réelle chaleur humaine. L'esprit est vif, pétillant même. Toujours bon vivant, il a le goût des plaisirs simples, partagés avec les amis. Sa détente favorite : la pêche sur les bords de Loire, loin des agitations d'une époque difficile. Moments indispensables : car " Benoît ", comme on l'appelle désormais affectueusement, travaille beaucoup ; homme de silence et de lectures, homme d'écriture, et homme de terrain : s'il consacre beaucoup de temps au siège de la CGT, il va souvent sur place, prend contact, discute. Il demeure ainsi toujours attentif à ce que pensent les travailleurs, à leur réactions, qu'il les partage ou non : dans nombre de ses textes, l'idée qu'il faut d'abord écouter et comprendre ses interlocuteurs revient fréquemment. Homme d'écriture : la masse de ses écrits, dans l'Humanité, journal dans lequel il intervient le plus fréquemment, dans la presse de la CGT, etc., est considérable. Il en publia lui-même un choix sous le titre Au rythme des jours, pour la période 1944-1967. Ils expriment bien son mode de pensée et de communication : souci du concret, de la pédagogie, de l'enracinement dans l'expérience et dans l'histoire, reprise opiniâtre des thèmes qu'il estime fondamentaux (ainsi prix/salaires/profits, unité de la classe ouvrière comme condition sine qua non de toute avancée), refus des prospectives douteuses, et, bien représentatif en cela d'anciennes traditions du mouvement ouvrier français, une certaine défiance à l'égard des théorisations. Son pragmatisme n'est pas étroit parce qu'il se nourrit de la réalité sociale. Il le conduit donc à percevoir d'importantes nouveautés (ainsi le rôle croissant des ingénieurs et des techniciens) ; mais il ne dépassera pas cette approche directe et conservera les cadres d'analyse économique, sociale, politique, hérités de ses années d'apprentissage, alors même que la société française s'engageait dans des mutations considérables. Frachon est par là bien représentatif encore de sa génération de dirigeants communistes. Militant communiste, il l'est passionnément. Sa participation est continue - officielle ou non - aux instances dirigeantes. Sa préoccupation majeure - la CGT dans sa vocation de rassembleur de tous les salariés pour la défense de leurs revendications et de leurs droits - le conduit à diverses reprises à être réservé - fût-ce seulement par son silence - à l'égard d'inflexions de la politique du PCF coupant celui-ci de la réalité sociale et des couches qu'il influence : ainsi, l'année 1952, il s'abstiendra, plusieurs mois, de toute intervention dans les instances dirigeantes du PCF. Formé dans les années 1930, il est profondément attaché à l'expérience de l'URSS, qu'il exaltera toute sa vie en termes très chaleureux, mais il ne se démarque pas de la direction du PCF en 1968 quand elle condamne l'intervention soviétique en Tchécoslovaquie. La réussite, avec le Front populaire, du processus unitaire qu'il avait grandement contribué à lancer lui fait considérer cette expérience comme exemplaire : il appellera maintes fois les travailleurs, des années 1950 à la fin de son mandat, à s'y référer dans les luttes présentes et il en valorisera continûment les résultats. Tel apparaît l'homme, dont l'activité s'identifie désormais à la vie même de la grande centrale syndicale, dans les conditions nouvelles nées de la rupture des deux courants principaux du syndicalisme français. Surmonter les effets de la scission : c'est tout de suite une préoccupation majeure de Frachon. Dépasser les ranc½urs, pour reconstituer l'unité d'action, s'ancrer pour cela sur les revendications, sans faire de la lutte contre le plan Marshall, vigoureusement combattu au demeurant, la condition sine qua non du rassemblement, recentrer pleinement sur le terrain de classe, en dénonçant au besoin la " gestionnite " des membres des CE pour valoriser le rôle des délégués ouvriers : cette ligne de conduite fait intervenir directement le secrétaire général de la CGT dans toutes les grandes campagnes lancées par la centrale (par exemple, en 1950, les 3 000 francs), lui fait retenir tout signe permettant d'espérer un renouveau du mouvement unitaire, l'alimentant de références implicites au Front populaire. Le fil conducteur demeurant décidément l'action revendicative, Frachon, bien qu'il valorise - avec le PCF - la nécessité de la lutte pour la paix en ce début des années 1950, n'en fait pas l'axe fondamental de l'activité syndicale et il reste sourd aux accusations d'" économisme " que le PCF lance fin 1949 à ceux qui ne font pas de la lutte pour la paix la condition première de la lutte revendicative. Aussi, même si l'on retrouve sous sa plume les schématisations propres à la période (par exemple le thème de la " fascisation " de l'Etat), on le voit réticent devant des mots d'ordre de grève politique (ainsi, début 1952, précisément " contre le fascisme ") et il reste surtout attentif à confirmer la CGT dans sa vocation de centrale unitaire de défense des intérêts les plus immédiats des travailleurs, et insister souvent sur les conditions que la CGT elle-même doit remplir pour y parvenir (d'où ses réflexions fréquentes sur la " démocratie ouvrière "). Avec "l'expérience Pinay ", ces axes essentiels demeurent, malgré l'accent mis sur le " complot " contre la classe ouvrière, car son existence même conforte pour Frachon le bien-fondé de l'action de la CGT : il ne faut surtout pas se laisser détourner de ses tâches, les revendications économiques et sociales. La répression qui frappe alors la CGT n'épargne pas Frachon. Il n'échappe à l'arrestation, le 23 mars 1953, qu'en reprenant le chemin de la clandestinité. Il continue cependant d'intervenir très régulièrement dans la presse, surtout l'Humanité. Son rapport au XXIXe congrès (juin 1953) est lu par Monmousseau ; il y revient sur une démarche qui lui est alors chère, et qu'il avait déjà explicitée au congrès de mai 1951 : face à la " trahison des classes dirigeantes ", la CGT propose un programme de redressement économique et social, propre à restaurer l'indépendance nationale mise à mal par les présents gouvernements. Des grandes grèves de l'été 1953, il tirera conclusion que des luttes - et l'unité - sont possibles, malgré les man½uvres de division : message de confiance qui traverse ses écrits des mois suivants, et que conforte l'échec final de la répression. Les premières libérations de l'été 1953 avaient encouragé Frachon à se montrer au grand jour, lorsqu'il le déciderait. Aussi participe-t-il, en novembre 1953, au congrès de l'Union des syndicats de la Seine, à la Grange-aux-Belles. Arrêté le soir même, il était libre quelques jours après, sur décision de la Chambre des mises en accusation.Face au réformisme social de Pierre Mendès France, il refuse de lier le sort de la classe ouvrière à la hausse de la productivité, soutient la thèse de la paupérisation relative des travailleurs par rapport à l'avant-guerre, rappelle qu'en régime capitaliste il n'est pas possible de satisfaire les besoins des travailleurs. Est-ce la double préoccupation de mettre à nu les mécanismes d'exploitation qu'il estime renforcés, et de porter au tout premier plan les revendications immédiates ? est-ce refus de tout risque de compromis social ? Echo également de débats qui traversent le Parti communiste ? Affirmant opposer la réalité aux mythes, Frachon fait abandonner par le congrès de juin 1955 le programme économique de la CGT, comme générateur d'illusions, et frein aux luttes, au profit d'un programme de revendications immédiates : car, dans un programme général, déclare-t-il, il y a tout, sauf les questions du pouvoir d'Etat et de la socialisation des entreprises. L'esquisse d'une politique contractuelle, attestée par les accords Renault de l'automne 1955, que la CGT refuse de signer, entraîne une réflexion et un jugement nuancés de Frachon, qui, devant les travailleurs de Renault eux-mêmes, explique la position de la CGT, mais examine également les clauses favorables (l'obtention de la troisième semaine de congés payés par exemple), prend en compte le fait que les travailleurs paraissent souhaiter que la CGT s'associe à l'accord, précise les conditions dans lesquelles cela serait possible. Exemple typique de cette adaptation réaliste à des situations nouvelles dont les enjeux - ici le risque d'incompréhension des travailleurs - sont pressentis. Pourvu d'une bonne maîtrise de la spécificité de son organisation syndicale, Frachon lui fait franchir sans tempête la difficile année 1956, qu'il vit lui-même traversé de multiples interrogations. Il maintient le cap revendicatif, pierre de touche de l'attitude, vite très réservée, face au gouvernement Mollet ; surtout, au moment du drame hongrois, Frachon fait la distinction entre son attitude personnelle - celle du Parti communiste, favorable à l'intervention soviétique - et celle des adhérents et des organisations de la CGT, laissés libres de leurs appréciations. Il peut d'autant mieux dénoncer ensuite le refus de Guy Mollet de recevoir la CGT sous prétexte de son attitude dans l'affaire hongroise. L'agonie de la IVe République, les menées factieuses qui l'accompagnent, ne manquent pas d'inquiéter le secrétaire général de la CGT : du début de 1958 jusqu'au retour du général de Gaulle, les menaces contre les libertés, la place de la classe ouvrière dans la lutte pour la démocratie, la nécessité de ripostes unitaires, ponctuent ses interventions. Au fil des ans, les contributions écrites de Frachon se font moins fréquentes. La première décennie de la Ve République, il revient - outre, jusqu'en 1962, ses prises de position contre la guerre d'Algérie - sur plusieurs thèmes majeurs. En premier lieu, et de façon permanente, son terrain familier : la lutte revendicative et l'unité d'action. Ponctuellement, il met toute son autorité morale aux côtés des travailleurs dans les grands conflits de la décennie (défense de la sécurité sociale, grève des mineurs, journées nationales de lutte, notamment dans la Fonction publique et les transports, actions pour l'emploi, etc.). Il fait sienne la démarche du programme commun de gouvernement et soutient en 1965 la première candidature de François Mitterrand à la présidence de la République. Peu après la création de la CFDT, il se félicite de son rapprochement avec la CGT et intervient fréquemment pour en surmonter les obstacles. Ce faisant, il multiplie les références à 1936, à la préparation et au succès du Front populaire, aux accords Matignon. Il célèbre avec conviction, en juin 1966, le trentième anniversaire des accords Matignon. Autour de ce terrain privilégié d'intervention, se greffent d'autres préoccupations. Frachon attire l'attention sur des revendications nouvelles, notamment l'extension du droit des travailleurs dans l'entreprise par l'exercice de l'activité syndicale sur les lieux du travail, question qu'il soulève fin 1960 au congrès de la CGT, et qu'il relie à ses idées familières sur la démocratie syndicale. Dès 1959, il demande que la CGT prête le plus grand intérêt aux catégories nouvelles de salariés - ingénieurs, cadres, techniciens - qu'il voit émerger sur la scène sociale, demandant pour eux le plein exercice des droits syndicaux, défendant la hiérarchie des salaires, et soulignant le rapprochement de ces catégories avec la classe ouvrière (ainsi en 1966). Il observera encore les mutations qui se produisent dans le monde étudiant, insistant fortement sur les solidarités qui lient les futurs cadres de la nation à la classe ouvrière (avril 1965). Sans doute sera-t-il de ceux qui appréhenderont le mieux la portée de l'explosion universitaire de mai 1968. A ce moment-là, il n'est plus secrétaire général. En médiocre santé, il a passé la main à Georges Séguy, lors du XXXVIe congrès de la CGT (juin 1967), dont il est désormais président. Son rôle n'est pas terminé pour autant. Il participe en 1968 aux négociations de Grenelle - seul survivant de celles de 1936 - et donne physiquement de sa personne, toujours en homme de terrain - ainsi chez Renault, aux côtés de Séguy. Les années suivantes sont encore actives : articles sur des sujets divers, déplacements fréquents à l'occasion de manifestations syndicales, publication du recueil d'articles de 1944 à 1967, Au rythme des jours, mise en route de souvenirs - qui ne paraîtront qu'après sa mort. Au printemps 1973, Frachon s'installe aux Bordes, dans le Loiret. Il est victime en octobre d'un accident cardio-vasculaire et cérébral, dont il se remet en apparence convenablement. Il paraît une dernière fois, en juin 1975, au congrès de la CGT, qui l'ovationne et le fait président d'honneur. En fait, sa santé est irrémédiablement ébranlée. Il meurt aux Bordes le 4 août 1975 - quelques mois après son vieil ami Duclos. Le 7, le cortège funèbre conduit le vieux leader, de la Maison des métallos, rue J.-P. Timbaud, au Père Lachaise, accompagné d'une foule considérable, ultime hommage à celui qui avait incarné si longtemps la CGT et la volonté unitaire de millions de travailleurs, et qui avait si fortement affirmé la force et le rôle spécifiques de l'organisation syndicale de classe, de masse et de lutte dont, jeune militant, il rêvait déjà.SOURCES : R. Mouriaux, La CGT, Seuil 1982. - B. Frachon, Au rythme des jours, 1944-1967, deux tomes, Editions sociales 1968. Benoît Frachon, Pour la CGT, mémoires de lutte, 1902-1939, éditions sociales 1981. - Documentation personnelle et témoignage de Mounette Dutilleul.
FRANC-MAÇONNERIE :
La franc-maçonnerie est une société secrète et initiatique dont les origines prêtent à de nombreuses polémiques. Généralement, on subdivise l’évolution de la maçonnerie en trois grandes étapes schématiques. La première, dite « opérative » et remontant au Moyen âge, correspond à une franc maçonnerie de métier liée aux corporations de maçons et de bâtisseurs de cathédrales. La deuxième période est nommée « intermédiaire » ou de « transition ». La maçonnerie s’ouvre alors à des personnes étrangères à la profession. Enfin, le stade « spéculatif », où l’Ordre se détache du métier, n’en gardant que ses symboles.

FRANCE (Thibault Anatole, François, dit Anatole), 1844-1924 :
Anatole France est né à Paris, le 16 avril 1844. Il avait d’abord adhéré au positivisme mais comme son maître Renan, il est bientôt partagé entre les séductions d’un rationalisme universel et la conviction que, dans nos pensées, dans nos sentiments, dans nos œuvres, demeure un sentiment de liberté et de mystère qui en fait le prix. Les prétentions scientifiques du roman naturaliste l’exaspèrent tout autant que la grossièreté du nouveau langage. Il en vient à affirmer que tout en nous est subjectif et individuel ; quand il s’agit de l’homme, les notions de lois et d’expérimentation sont illusoires.
L’opposition des doctrines littéraires n’empêche pas Anatole France de soutenir Emile Zola dans l’affaire Dreyfus en 1897. Anatole France est un démocrate défenseurs des droits de l’Homme, et persuadé que la démocratie assure la liberté de l’individu, de l’individualisme même dont il est épris. Mais son ami politique reste son adversaire littéraire, et son œuvre le prouve.
Poète de l'école parnassienne, il collabora au Journal des Débats, au Journal officiel, au Temps, etc. ; il a écrit des études biographiques et de critique littéraire et publié divers romans : Le Crime de Sylvestre Bonnard, membre de l’Institut, publié en 1881, est couronné par l'Académie. Il conte les aventures d’un savant humaniste, bibliophile acharné et coeur généreux, aventures où les servantes deviennent des princesses, où l’imaginaire bouleverse le réel, où l’auteur révèle ses goûts de lettré ironique. Thaïs, publié en 1890, est le roman historique de la rencontre du paganisme et du christianisme. Les quatre romans de L’Histoire contemporaine (notamment L’Orme du Mail publié en 1896) ont pour héros un humble professeur de province. Par son regard pénétrant et à travers son ironie socratique, nous voyons toute la société contemporaine, hommes politiques, femmes du monde, officiers, ecclésiastiques… L’affaire Dreyfus est évoquée au tome III, L’Anneau d’Améthyste ; ni les milieux étudiés, ni le style brillant et nuancé n’apparentent cette fresque à celle de Zola.
Les romans de l’enfance : Le livre de mon ami publié en 1885, le Petit Pierre en 1918, sont l’œuvre d’un être délicat, tourné vers le passé, vers le rêve, vers sa propre personne. Il rouvre discrètement le récit psychologique et le plaisir de conter.
Il a été élu à l'Académie française le 23 janvier 1896 au premier tour par 21 voix contre 12 à Francis Charmes en remplacement de Ferdinand de Lesseps. Il est reçu le 24 décembre 1896 par Octave Gréard. Anatole France a pris parti dans les luttes politiques qui ont divisé la France à la fin du XIXe siècle et au commencement du XXe siècle ; il a publié des articles dans les journaux et prononcé des discours à l'occasion de ces événements, notamment à l'enterrement d’Émile Zola et à l'inauguration de la statue d'Ernest Renan à Tréguier. Prix Nobel de Littérature en 1921. Il meurt le 12 octobre 1924.

FRANCHET D’ESPEREY :

FRANCISME :

FRANCO-ALLEMANDES (relations) :

FRANCO-AMÉRICAINES (relations) :

FRANCO-BRITANNIQUES (relations) :

FRANCO-ITALIENNES (relations) :

FRANCO-RUSSES (relations) :

FRANCO-SOVIÉTIQUES (relations) :

FRANÇOIS-MARSAL (Frédéric), 1874-1954 :
Homme politique. Né à Paris le 16 mars 1874, Frédéric François-Marsal est major de sa promotion d’infanterie à Saint-Cyr en 1894 puis membre de l’état-major de Paul Doumer en Indochine (1900-1904). Il devient ensuite banquier evant de rejoindre le grand quartier général de Joffre en 1915, puis le cabinet de Clemenceau en 1917 dont il dirige les services d’études financières et économiques. Attaché à la délégation française à la conférence de paix, il est l’un des trois non-parlementaires à intégrer le cabinet Millerand de janvier à septembre 1920, comme ministre des Finances. Il garde le même portefeuille dans le gouvernement suivant de Leygues de septembre 1920 à janvier 1921 et le redevient dans le troisième ministère Poincaré de mars à juin 1924. Entre temps, il a été élu sénateur du Cantal en janvier 1921.
Le Cartel des gauches, vainqueurs des législatives de 1924, entend pousser le président de la République Millerand à la démission pour être sorti de son devaoir de réserve en s’engageant publiquement en faveur du Bloc national. Ayant subi successivement les refus d’Herriot, Steeg et Painlevé, Millerand charge un de ses proches, François-Marsal, de constittuer un gouvernement minoritaire, dans le seul but d’affirmer publiquement ses droits et de placer les gauches devant leurs responsabilités. Partisan d’une politique déflationniste et de rigueur budgétaire, ardent défenseur de l’occupation de la Ruhr, il a tout pour déplaire au Cartel qui interprète logiquement sa nomination à la présidence du Conseil le 9 juin 1924 comme un défit à la souveraineté parlementaire. Le ministère présidé par François-Marsal est l’un des rares ministères mort-nés de la IIIème République et le plus bref après le quatrième cabinet Ribot (juin 1914), et le deuxième ministère Herriot (juillet 1926).
Son ministère, présenté le 10 juin, est aussitôt renversé à l’issue d’un débat contradictoire durant lequel il a rempli sa mission en lisant le message de Millerand dénonçant l’irresponsabilité politique de la présidence et, par ricochet, le « coup d’Etat parlementaire » orchestré par le Cartel. François-Marsal démissionne aussitôt, entraînant dans sa chute Millerand qui refuse d’engager une crise politioque de grande ampleur. Une nouvelle fois, la présidence sort vaincue et gravement affaiblie de son duel contre la souveraineté parlementaire.
Battu aux sénatoriales en octobre 1929, François-Marsal retourne à l’écriture et aux affaires. Administrateurs de nombreuses sociétés, président de plusieurs organismes dont l’Union coloniale française, il collabore régulièrelent à La Revue des Deux Mondes et intègre l’Académie des sciences morales et politiques comme membre libre ne 1928 Il décède à Gisors (Eure), le 28 mai 1958.

BURNAND (R.) : Un homme, un Français, un chef, François-Marsal, Paris et Aurillac, U.S.H.A., 1928.

FREYCINET (Charles de), 1828-1923 :
Homme politique. Né le 14 novembre 1828 à Foix (Ariège), Charles de Freycinet commence sa carrière d’ingénieur dans la compagnie des Chemins de Fer du Midi. Malgré tout, ce brillant technocrate ne se désintéresse pas de la chose politique : de 1864 à 1871, il est condidat officiel du pouvoir impérial, il est conseiller du Tarn-et-Garonne. Il est hostile au régime de Napoléon III et n'est pas non plus un grand fanatique de la république.
La véritable entrée en politique de Freycinet est le fruit de la guerre franco-prussienne et de sa rencontre avec Gambetta. En 1870, Freycinet lui propose ses services à pour le gouvernement de Défense nationale. Au lendemain de la défaite de Sedan, il est nommé préfet du Tarn-et-Garonne le 6 septembre 1870 et démissionne le 7 octobre 1870 pour rejoindre Gambetta à Tours. Ce dernier fait de Freycinet son délégué auprès du département de la guerre (8 octobre 1870-9 février 1871), fonction où celui-ci se relève un auxiliaire précieux dans l’organisation de la lutte armée en province. Cette participation à la défense nationale est décisive pour la carrière politique de Freycinet : son travail avec Gambetta allait définitivement l’inscrire dans le camp républicain, tandis que l’expérience d’une fonction très technique le distinguerait de la majorité de la classe politique.
Gambetta avait saisi combien les compétences de Freycinet pourraient être utiles au parti républicain qui comptait plus d’avocats que d’ingénieurs. C’est pourquoi il l’intégre à l’équipe du journal qu’il fonde en 1871, La République française, et appuie auprès de ses amis républicains sa candidature à diverses élections partielles. Après l'armistice, il se retire en même temps que Gambetta et ne reviendra à la politique qu'en 1876 où il est élu au sénateur de la Seine. A partir de cette date, il prend quelque distance avec son mentor. Au palais du Luxembourg, il ne s’inscrit pas au groupe gambettiste de l’Union républicaine mais à la Gauche républicaine, plus modérée et proche de Jules Ferry et cessa sa collaboration avec La République française. Mais il ne rompt pas ouvertement avec Gambetta et passe pour un de ses fidèles. Le 14 décembre 1877, c’est en tant que tel que Dufaure, en constituant son cabinet, le choisit comme ministre des Travaux publics jusqu’au 4 février 1879. Il occupe, dans le ministère Waddington (4 février-28 décembre 1879), ce même portefeuille très technique où il montre sa capacité de médiation, réunissant Léon Say et Gambetta, que leurs conceptions économiques séparaient, autour d’un fameux plan de développement des voies ferrées et des voies navigables. Ce plan ouvre la voie à des discussions tarifaires avec les compagnies, et permet d'aboutir aux conventions de 1883 stipulant que le gouvernement accordait sa garantie aux compagnies pour l'achèvement du réseau ferroviaire. Ce plan d'équipement ambitieux prévoyait la construction de 18 000 km de voies ferrées, 1 900 km de canaux modernisation des ports, etc.... La Chambre lui vote 350 millions de crédits le 7 mars 1878, qu'il affecte essentiellement aux développements portuaires. Il obtient en janvier 1879 un décret de Mac Mahon sur la réorganisation des voies navigables et ferroviaires. Il réforme la législation minière en février 1879.
A la fin décembre 1879, après la chute du cabinet à majorité centre gauche de Waddington, le président de la République Jules Grévy demande à Freycinet de former un nouveau gouvernement. Ce choix est habile. Appeler Freycinet, c’est écarter Gambetta tout en espérant que le nouveau président du Conseil saurait affirmer son autonomie.
La composition du cabinet se fait cependant sous l’égide secrète de Gambetta, qui se venge ainsi de ne pas avoir été consulté, en tant que président de la Chambre des députés, par le président de la République. La liste définitive du nouveau cabinet est arrêtée le 28 décembre. Freycinet s’est réservée les Affaires étrangères. Le cabinet est résolument de tonalité gauche républicaine, puisque la majorité de ses membres y étaient inscrits : Magnin aux Finances, Jules Ferry à l’Instruction publique, Varroy aux Travaux publics, Tirard à l’agriculture, le vice-amiral Jauréguiberry à la Marine ainsi que les sous-secrétaires d’Etat Wilson, Raynal, Cyprien Girerd et Sadi Carnot. L’Union républicaine, toutefois, connaissait une notable progression, avec trois ministres choisis dans ses rangs : Cazot à la Justice et Lepère à l’Intérieur, qui tous deux avaient présidé le groupe parlementaire gambettiste, le général Farre à la Guerre ainsi que les sous-secrétaires d’Etat Constant et Turquet. Le Centre gauche voyait sa participation réduite à la portion congrue, puisque seul Cochery, ministre des Postes et Télégraphes, était inscrit dans ce groupe.Ce cabinet marque la fin de la tentative républicaine libérale sous la IIIème République et le glissement vers la gauche du centre de gravité de la vie politique. Il gouverne pendant huit mois, jusqu’au 19 septembre 1880, sous la haute surveillance de Gambetta que Freyciney consulte régulièrement. Les deux questions majeures que Freycicinet eut à gérer sont celle de l’aministie des communards et celle des décrets anticléricaux, en constiruent les deux exemples manifestes. Les deux furent lises à l’ordre du jour par les radicaux, soutenus par l’aile gauche de l’Union républicaine, impatients de réaliser immédiatement des mesures qu’ils estimaient conformes à un régime républicain.Freycinait jugeait l’amnistie trop prématurée, mais doit céder à la pression de Gambetta, lui-même poussé par certains de ses amis et par son électorat de Belleville. Après des débats mouvementés, l’amnistie est votée en juin-juillet 1880. En revanche, Freycinet ne veut pas céder aux mesures réclamées par les mêmes contre les congrégations, à commencer par les jésuites. La politique anticléricale inaugurée par le précédent cabinet est cependant poursuivie, à l’initiative de Jules Ferry et malgré les réticences de centre gauche, d’une partie de la Gauche républicaine, du président de la République et du président du Conseil. Freycinet tente, à propos des décrets relatifs aux congrégations, de négocier secrètement avec le vatican afin de trouver une formule de conciliation qui éviterait l’expulsion brutale. Le 20 20 août 1880, de passage à Montauban, il affirme publiquement sa volonté de ne pas brusquer la situation. Il est alors attaqué par les journaux radicaux et gambettistes. Les ministres proches de Gambetta, Constans et Cazot, donnèrenet leur démission, ce qui oblige le cabinet à se retirer, le 19 septembre 1880.
Ainsi s’inaugurait l’ère de l’instabilité parlementaire, qui allait âtre la maladie chronique du régime. La politique de surenchère menée par l’extrême gauche, jointe à l’inexistence d’une droite constitutionnelle, allait fragiliser les gouvernements en place sans permettre à l’opposition, formée d’une coalition de circonstance entre les extrêmes, de constituer une majorité de substitution. De fait, le cabinet que compose Jules Ferry pour succéder à Freycinet est, à l’exception de Varroy et du vice-amiral Jauréguiberry, qui a préféré suivre Freycinet dans sa disgâce, composé des mêmes hommes que celui de son prédécesseur. Entre deux postes ministériels, Charles de Freycinet revenait dans l'Administration. Lorsqu'il venait de démissionner de ses fonctions de président du conseil, Freycinet est chargé en qualité d'ingénieur en chef d'une mission d'étude sur l'exploitation des chemins de fer en France et à l'étranger.
Président du Conseil et Ministre des Affaires étrangères du 30 janvier au 7 août 1882, Freycinet met en place un cabinet dans un contexte fondamentalement différent. Il avait refusé, en novembre 1881, d’entrer dans le « Grand ministère »dans lequel Gambetta avait voulu, sans succès, rassembler tous les chefs républicains. Pis encore, en laissant annoncer dans les couloirs de la Chambre des députés qu’il était prêt à constituer un cabinet de remplacement, Freycinet avait sans aucun doute précipité la dislocation de la majorité. Gambetta es ses amis lui en gardent un rancune tenace.
La nouvelle équipe ministèérielle prend ses fonctions le 30 janvier 1882, soit à peine trois jours après la démission de Gambetta. Freycinet qui prenait les Affaires étrangères, réussit à attirer près de lui les personnalités du parti républicain. Léon Say avait laissé la présidence du Sénat pour prendre les Finances, Jules Ferry est ministre de l’Instruction publique (avec les Beauc-Arts : on avait supprimé le ministère des Arts créé par Gambetta). Presque tous les ministres sont issus des rangs de la Gauche républicaine, les deux exceptions les plus notables sont Goblet, ministre de l’Intérieur, proche du radicalisme, et Léon Say. Freycinet aurait voulu garder quelques ministres du précédent cabinet, pour s’assurer du soutien des opportunistes, mais Gambetta décline, en leur nom, la prposition. Le nouveau cabinet comprenait, en outre un nolbre relativement important de sénateurs. Il pouvait donc apparâitre comme le cabinet de la revanche, celle de la Gauche républiacine et celle du Sénat sur Gambetta. Freycinet avait, sur le papier, réussi à former un cabinet prestigieux, mai suaquel il manquait un élément essentiel, l’unité. Il allait apprendre a ses dépens que l’on ne pouvait pas gouverner sans l’Union républicaine de Gambetta.
Toutes les réformes attendues et promises aux républicains (réforme judiciaire, loi sur le divorce, organisation du protectorat tunisien, question de la mairie centrale de Paris, etc), avortent, faute d’une véritable direction et d’une majorité solide à la chambre des députés. Les mesures principales sont menées à l’initiative du ministre de l’Instruction publique Jules Ferry, qui conduit à son terme la loi sur l’obligation et la laïcité de l’enseignement primaire et engage la réforme de l’enseignement secondaires spécial. Finalement, c’est sur une suestion de politique extérieure, et plus excatement les négociations relatives à la question d’Egypte, que l’indécision du président du Conseil allait éclater au grand jour. Freycinet fait l'erreur de ne pas associer la flotte française à la flotte britannique pour bombarder Alexandrie, ce qui a conduit à l'abandon de l'influence française en Egypte ce qui provoque la chute de son cabinet, le 7 août 1882.
Après la chute de son gouvernement, Freycinet devient ministre des Affaires étrangères dans le cabinet Brisson du 6 avril 1885 au 7 janvier 1886 puis inspecteur général de 1ere classe des mines en mars 1886.
Le troisième cabinet Freycinet, qui gouverne du 7 janvier au 11 décembre 1886, est, lui aussi, une formule composite rassemblée après la fin du long ministère Ferry. Le cabinet Brisson, formé pour préparer les élections de l’automne 1885, n’avait duré que quelques mois. Après sa chute, en décembre suivant, Jules Grévy pressent de nouveau Freycinet, qu’il affectionne. Celui veut se récuser mais le président insiste si bien qu’il accepte, à son corps défendant, écraira t il ultérieurement.
Freycinet, qui ne dispose pas d’une équipe soudée et soucieux de se démarquer de Jules Ferry, met sur pied une combinaison de concentration républicaine, c'est-à-dire non pas un cabinet homogène, comme celui de son prédécesseur, mais une équipe hétéroclite, fruit d’une large coalition parlementaire. Granet (Postes et Télégraphes), Lockroy (Commerce) appartiennent à l’extrême gauche, Goblet (Instruction publique et Sarrien (Intérieur) à la Gauche radicale. La Gauche républicaine était représentée par Carnot (Finances) et Jules Develle (Agriculture). Les gambettistesobtenanient les Travaux publics (Baïhaut et la Justice (Demole), Freycinet gardait les Affaires étrangères. La presse républicaine salue l’évènement de celui qui, après l’autoritaire et impopulaire Jules Ferry, passait pour un libéral, dans la mesure où il ne refuse pas tout contact avec les radicaux et acceptait même de les faire entrer dans son gouvernement. Cette coalition était trop large pour avoir un vrai programme. En tenaient lieu la réduction des dépenses, que Sadi-Carnot s’efforce de mettre en œuvre, et la loi sur la Laïcité du personnel enseignant (30 octobre 1886).
Ce cabinet est marqué principalement par les débuts du mouvement boulangiste. Freycinet confie le portefeuille de la Guerre au général Boulanger (recommandé par Clemenceau) qui ne tarde par à se faire remarquer de l’opinion publique. Ses premières mesures et ses déclarations ronflantes enthousiasment les radicaux. Il raye des cadres de l’armée les ducs d’Aumale, d’Alençon, de Nemours et de Chartres, ainsi que le prince Murat. Il améliore l’ordinaire de l’armée et prend diverses initiatives patriotiques : guérites peintes aux couleurs nationales, revues équestres et la propagande habile qu’il sut distiller dans le pays lui valent rapidement une grande popularité. Lors de la revue du 14 juillet 1886, à Longchamps, la foule l’acclame longuement.
Ferry, lui, décide de ne plus soutenir le gouvernement si Freycinet ne se séparait pas de son encombrant ministre. Il est suivi dans sa campagne par Jules Develle qui réclame un remaniement ministériel. Jules Steeg, qui préside le principal groupe parlementaire républicain, l’Union des gauches, s’efforce d’entraîner les républicains modérés à sa suite tandis que Joseph Reinach, nouveau directeur de La République française, inaugure une virulente camapgne de presse contre Freycinet. La personnalité de Boulanger restant un ferment de division.
La majorité reste fragile. Le 18 octobre, les radicaux interpellent le cabinet à propos de l’emploi des troupes dans la grêve de Vierzon. Le gouvernement Freycinet est renversé sur une question budgétaire annexe malgré le gouvernement, la Chambre avait voté la suppression des sous-préfets), le 3 décembre 1886.
Ce troisième cabinet Freycinet ne finit donc pas plus glorieusement que les deux autres. A chaque fois, le président du Conseil manquait d’une assise parlementaire solide. Sa nomination était le fruit d’un choix personnel du président de la République et d’une coaltion républicaine de circonstance. Son excessive discrétion est sans doute le meilleur faire-valoir du bouillant Boulanger, les Français préférant le brillant de l’officier de parade à la grisaille de l’homme de dossiers.
Cet échec ne met pas fin à la carrière politique de Freycinet. Candidat à la Présidence de la République en 1887 après la démission de Jules Grévy, il se retire face à Sadi Carnot qui est élu. Paradoxalement, il est appelé à la rescouse par Floquet, dans son gouvenement du 3 avril 1888 au 17 mars 1890, pour aider à circonscrire le boulangisme où il est nommé ministre de la Guerre. Premier civil à accéder à ce poste, il conserve ce portefeuille sous cinq cabinets successifs. Après que le cabinet Tirard fut tombé sur le problème de la politique douanière, Freycinet va prendre la présidence du Conseil pour près de deux ans, du 17 mars 1890 au 18 février 1892 avec le portefeuille de la Guerre ; c'est de loin le plus long de ceux qu'il a présidés. Son gouvernement n’était qu’un replâtrage du précédent où, encore une fois, il cherche à constituer ule large coalition de toutes les tendances du parti républicain. Les radicaux Léon Bourgeois (Instruction publique) et Jules Roche (Commerce) côtoient les libéraux Ribot (Affaires étrangères) et Yves Guyot (Travaux publics) et les opportunistes Rouvier (Finances), Fallières (Justice), Jules Develle (Agriculture), Constan (Intérieur), Eugène Etienne (sous-secrétariat aux Colonies).
En dépit de sa durée (environ deux ans), aucune réforme ne distingue se ministère, trop hétérogène pour élaborer un vrai programme. Placé entre l'agitation boulangiste et le scandale de Panama, il connut des heures relativement paisibles et même quelques succès.
Sur le plan social, il dut faire face aux premières manifestations du 1er mai. Celles de 1891, à Fourmies, dégénérèrent en une fusillade qui fit plusieurs victimes. Un début de législation sociale marque cette période : loi du 8 juillet 1890 sur les délégués mineurs, loi du 2 juillet 1890 sur la suppression des livrets ouvriers ; préparation de la loi du 31 octobre 1892 sur le travail des femmes et des enfants. Le vote des tarifs douaniers en 1892 occupa longuement les Chambres pendant toute la durée du ministère. Charles de Freycinet n'avait pas été, dans ses précédents cabinets, un grand ministre des Affaires étrangères. Mais il faut lui rendre cette justice que c'est sous sa direction et en plein accord avec lui que Ribot réussit le coup de maître de l'alliance franco-russe. Désormais, la France cessait d'être isolée.
Le ministère tomba sur la question religieuse. Le pape Léon XIII, soucieux de détacher la cause de la religion catholique de celle de la monarchie, entreprend des démarches afin d’inciter le clergé et les catholiques de France à accepter le régime républicain. Mais les radicaux, craignant que ces déclarations ne cachent une volonté d’investir la République pour mieux la détruire de l’intérieur, cherchent à empêcher le rapprochement entre le pape et le ministère. Le radical Trouillot demande l’urgence sur un projet de loi relatif aux associations, préalable indispensable à la séparation des Eglises et de l’Etat. Le ministère se retire le 18 février 1892. Encore une fois, Freycinet avait été dépassé par la surecnchère des radicaux, qui refusaient le principe même d’une quelquonque entente avec le clergé.
Ses difficultés à gouverner sont en partie le reflet des contradictions et des divisions du « parti républicain » qui se révèle incapable de former une véritable majorité de gouvernement. S’il a fait entrer les radicaux dans ses cabinets, Freycinet ne parvient pas à les plier aux contraintes de l’exercice du pouvoir. Son tempérament quelque peu indécis, qui passait pour du libéralisme, ne put jamais dominer le manque de discilple et d’unité de la gauche.
Ministre de la Guerre du 27 février 1892 au 11 janvier 1893 dans le gouvernement Loubet, mais sans que son nom ne soit jamais officiellement prononcé, il fut indirectement compromis dans l'affaire de Panama. Simplement, le 10 janvier 1893, il fut discrètement éliminé au cours du remaniement du cabinet Ribot. Il occupe également le même portefeuille du 1er novembre 1898 au 6 mai 1899.
Ministre d'Etat du 29 octobre 1915 au 12 décembre 1916. Membre de l'Académie des sciences (1882, division des académiciens libres). Membre de l'Académie française le 11 décembre 1890.
Charles de Freycinet rentre dans le rang, entouré du respect de ses collègues. Il se tient quelques mois sur la réserve, mais il ne pouvait rester inactif. Il est élu en 1894 président de la commission de l'armée au Sénat, poste important et délicat en cette période où commence l'affaire Dreyfus. Le 1er novembre 1898, il est de nouveau ministre de la Guerre, dans le quatrième Cabinet Dupuy. Freycinet est alors dans sa 70e année et l'acceptation d'un tel portefeuille, en de semblables circonstances, constitue une preuve de dévouement. Faire respecter l'armée, ce sera la mission de confiance que devra assumer Freycinet. Mais le climat politique est tel qu'il n'y pourra pas tenir plus de six mois et demi. « Je suis trop vieux pour la bataille », confiera-t-il à Raymond Poincaré. Freycinet, apparemment, n'était pas très favorable à la cause de Dreyfus. L'opposition révélera après sa démission et malgré les dénégations gouvernementales, qu'un désaccord sérieux l'opposait à ce sujet à Delcassé. Mais officiellement, la raison de son départ fut l'extrême découragement qu'il ressentait après une interpellation des plus houleuses. Ce départ était un adieu, ou presque. Freycinet retourna à la présidence de la commission sénatoriale de l'armée. Ses interventions en séance publique se raréfièrent au fil des années. Esprit universel et travailleur acharné, il écrivit alors, en dehors de quelques souvenirs politiques, comme son ouvrage sur La Question d'Egypte (1905) des oeuvres de hautes mathématiques : Les planètes télescopiques, application de la théorie de Laplace (1900), Sur les principes de la mécanique rationnelle (1902), De l'expérience en géométrie (1903). Il fera une symbolique réapparition au gouvernement d'octobre 1915 à décembre 1916 comme ministre d'Etat dans un cabinet Briand. A quatre-vingts-sept ans, il faisait encore l'admiration de Poincaré par son énergie au travail et l'intelligence de ses vues.
En 1920, il se retire définitivement de la vie politique après avoir été constamment réélu, dès le premier tour, les 4 janvier 1891, 28 janvier 1900 et 3 janvier 1909, avec 579 voix sur 667 votants, 456 sur 765 et 630 sur 934. Il mourait à Paris le 14 mai 1923, dans sa 95e année. Comme il occupait à l'Académie française, depuis 1891, le fauteuil d'Emile Augier, son éloge y fut prononcé le 11 février 1926. Son successeur, Emile Picard, concluait ainsi : « Un homme n'a pas été mêlé pendant cinquante ans aux affaires de son pays sans être en butte à bien des critiques. Mais quelque jugement que l'Histoire prononce sur certains points de son oeuvre, le délégué de 1870 qui, en des circonstances désespérées, réussit à organiser la défense nationale, le ministre de la guerre qui mit notre armée au niveau de sa tâche nous apparaît dès aujourd'hui comme ayant bien mérité de la Patrie. » Il meurt le 14 mai 1923 à Paris.

FREYCINET (C. de) : Souvenirs, Paris, Librairie Delagrave, 1912 et 1913, 2 volumes.
GREVY (J.) : La République des opportunistes, Paris, Perrin, 1998.
FRIANT (Emile), 1863-1932 :
Peintre. Emile Friant commence sa formation à l'Ecole des Beaux-Arts de Nancy et expose dès l'âge de quinze ans au Salon local. Il poursuit ses études à Paris dans l'atelier du peintre Alexandre Cabanel et devient à vingt ans second prix de Rome.
Peintre naturaliste, Emile Friant réalise essentiellement des portraits et des scènes de la vie quotidienne. Ses toiles puisent leur caractère instantané dans le procédé photographique. Après le succès de l'Exposition universelle de 1889, qui le couronne d'une médaille d'or pour La Toussaint, Emile Friant reçoit de nombreuses commandes de portraits de personnalités nancéiennes et américaines. Son apport aux arts décoratifs est plus restreint que ceux des peintres Camille Martin ou encore Victor Prouvé. Il donne à Louis Majorelle, en collaboration avec Camille Martin, un décor de mobilier sur le thème de Don Quichotte et fait réaliser chez René Wiener une reliure illustrant " La guillotine et les exécuteurs des arrêtés criminels pendant la Révolution ". Il est membre du Comité directeur de l'Ecole de Nancy dès 1901. Il enseigne à l'Ecole Nationale des Beaux-Arts en 1906.

SALMON, MIDANT, WEISBERG. L'Ecole de Nancy, peinture et Art nouveau. Cat exposition musée des Beaux-Arts. Paris, RMN, 1999
Emile Friant (1863-1932). Regard sur l'homme et l'oeuvre. Cat.exposition musée des Beaux-Arts. Nancy, 1988

FRONT POPULAIRE :

FROSSARD (Louis-Oscar), 1889-1946 :

FROT (Eugène), :

FUCHS (Paul), 1864-1940 :
Né à Paris (IVe) le 9 avril 1864. Fils de Philippe, Jacques, Edmond Fuchs (1837-1889), célèbre géologue et minéralogiste français, et d'Emma, Henriette Ledoux.Etudiant en droit, il rencontre probablement Laurent Tailhade vers 1888 dans le salon de la comtesse de Beausacq ou dans celui de la marquise d'Osmond, qu'il fréquente en compagnie de son père. Dès lors une indéfectible amitié le liera à l'auteur du Pays du Mufle. C'est Tailhade qui l'introduit au Décadent, où il donne des " Quatorzains " inspirés par son mentor, avec lequel il signe également des chroniques sous le pseudonyme collectif d'Hotspur. Alors qu'il rencontre Mallarmé chez Madame Manet (Suzanne Leenhoff) en 1893, il n'ose aborder le maître et il demandera à Tailhade de l'introduire dans le cénacle de la rue de Rome.Avocat à la Cour d'Appel de Paris, il aura surtout exercé le métier de journaliste et de conférencier. Rédacteur au Figaro, où il rédige le courrier des Lettres, dans la rubrique signée "les Alguerils", de 1905 à 1932, il y cumulera, après la guerre, la fonction de secrétaire de Robert de Flers, le directeur littéraire. Engagé volontaire en août 1914. Il sera envoyé au front en Picardie, mais sera réformé en juin 1915 pour raison de santé ; ce qui l'amènera à occuper le poste de secrétaire de la rédaction de Je Sais Tout de 1916 à 1920. Critique dramatique au Crapouillot à partir de 1919, il collabore à L'Echo National, fondé le 10 janvier 1922, par André Tardieu et qui regroupe l'état-major clemenciste. Le grand magazine culturel viennois, Die Bühne, fera également appel à sa plume entre 1925 et 1928, pour des articles de critique dramatique. Chevalier de la Légion d'Honneur et membre du Comité de la critique dramatique et musicale, Paul Fuchs décédera, à Paris, le 23 novembre 1940. Il était le beau-frère de Pierre Lalo (1866-1943), fils du célèbre compositeur et critique musical du Temps.

FURET (François), :

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