Tuesday, December 06, 2005

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DADAÏSME :

DALADIER (Edouard), 1884-1970 :
Homme politique. Edouard Daladier naît le 18 mai 1884 à Carpentras dans le Vaucluse. Fils de boulanger, le jeune Edouard est un élève appliqué. Il entame des études supérieures d'histoire et suit les cours du professeur Edouard Herriot (membre du Parti Radical) à Lyon. Daladier est reçu à l'agrégation en 1909. Dès 1911, il se lance dans la politique et devient maire de sa ville natale où il réalise un bon travail de gestion. De 1914 à 1918, Daladier traverse la Grande Guerre comme sergent avant d'être nommé Lieutenant. Ses états de service révèlent un homme courageux et combatif.
Socialiste convaincu, dès son retour du front après l'armistice, il milite ardemment pour ses idéaux radicaux-socialistes et brigue le mandat de député du Vaucluse. Il remporte les élections de 1919. Il occupera ce siège au palais bourbon jusqu'en 1940. En marge de ses responsabilités politiques, Daladier collabore au quotidien régional "le petit provençal" ancré à gauche.
A la Chambre, Daladier fait son travail consciencieusement et se taille une réputation de combativité politique. Pour le coup, il est surnommé "le taureau du Vaucluse". En 1924, il entre au gouvernement comme ministre des Colonies puis ensuite de la Guerre. En 1933, il devient enfin Président du Conseil et forme son premier gouvernement. Nous sommes le 30 janvier... le jour même de l'accession au pouvoir d'Adolf Hitler en Allemagne. Avec les émeutes et les manifestations des mouvements d'extrême-droite liées à l'affaire Stavisky, Daladier est obligé de démissionner de son poste le 06 février 34. De 1934 à 1936, Edouard Daladier prépare le Front Populaire. Dans le cabinet Blum, il est à nouveau ministre de la Guerre, responsabilité qu'il cumule avec celle de vice-président du Conseil. Suite à la chute du cabinet Blum, le Président Lebrun fait appel à Daladier pour former un nouveau gouvernement.
En tant qu'ex-ministre de la Guerre, Daladier est conscient de la situation militaire de la France. Il renonce à tenir les promesses sociales du Front Populaire pour "remettre la France au travail" et la préparer à l'inévitable affrontement avec l'Allemagne nazie. Cet acte politique courageux lui vaut l'hostilité de la Gauche et une impopularité sans cesse croissante. Il met en oeuvre des séries d'amélioration en terme d'organisation de travail et industrialise l'outil productif de la défense nationale. En septembre 1938, en compagnie du Prime Minister britannique Neville Chamberlain, il signe sans aucune illusion les accords de Munich, dont Hitler sort grand vainqueur. A son retour de Munich, il confie à ses proches sa surprise quant à l'accueil enthousiaste du peuple français et déclare en regardant la foule : "les cons"...
En septembre 39, la guerre éclate. A Paris, Daladier décide la dissolution du Parti Communiste Français. Cette décision est motivée par la signature du pacte entre le Reich allemand et l'U.R.S.S. En mars 1940, Daladier cède sa place à Paul Reynaud, mais conserve le Ministère de la Guerre entre temps devenu Ministère de la Défense. En pleine débâcle, le 18 mai 1940, il devient Ministre des Affaires Etrangères.
Après la défaite, il est arrêté à Marseille (20 juillet 1940) sur ordre du gouvernement Pétain alors qu'il tentait d'embarquer à bord du paquebot S/S "Massilia" en partance pour l'Afrique du Nord. Placé en résidence surveillée au château de Chazeron puis au fort de Portalet, il est jugé lors du célèbre procès de Riom organisé par Vichy. Après l'échec du dit procès il est déporté au camp de Buchenwald en 1943. Transféré dans le Tyrol, il est libéré en mai 1945 par les forces américaines.
A la Libération, il retrouve son mandat de député (1946-1958), et redevient président du Parti Radical-Socialiste de 1957-1958. Il meurt à Paris le 10 octobre 1970.

DALIMIER (Albert) :

DALOU (Aimé-Jules), 1838-1902 :
Fils de gantier né à Paris en 1838, Aimé-Jules Dalou retiendra l'attention de Jean-Baptiste Carpeaux qui le fera entrer à la Petite Ecole en 1852, puis à l'Ecole des Beaux-Arts en mars 1853. Il y étudiera la peinture sous l'égide d'Abel de Pujol (1785-1861) et la sculpture dans l'atelier de Duret, l'ancien maître de Carpeaux.
Ses quatre échecs au Prix de Rome susciteront en lui des sentiments d'hostilité envers le pouvoir institutionnel. Dalou approfondira les valeurs artistiques de la Petite Ecole dans une carrière aux multiples facettes qui prendra sont ampleur après une décade d'obscurité. Il gagnera sa vie dans les années 1860 en collaborant avec les Frères Fannière, orfèvres, ainsi que plusieurs décorateurs. Il contribuera à l'architecture sculpturale des grandes demeures du Second Empire Paris et participera à ce titre à l'aménagement de l'hôtel Païva sur les Champs-Elysées.
Le gouvernement se portera acquéreur de son Daphnis et Chloé, présenté au Salon de 1869, ainsi que de La Brodeuse qui remportera le troisième prix au Salon de 1870. Ces marbres ne seront jamais achevés et les plâtres détruits. Dalou, curateur du Louvre en 1871, sera déclarée persona non grata du fait de ses sympathies pour la Commune. Il se réfugiera à Londres avec sa famille et n'en reviendra qu'en 1880, après avoir été amnistié. Le gouvernement Français de 1876 inclura toutefois le bronze de La Brodeuse dans sa sélection pour l'exposition internationale de Philadelphie (The Needle-Woman). Le peintre Alphonse Legros (1837-1911), très introduit dans toutes les grandes expositions de la City depuis les années 1860, favorisera le succès de Dalou à Londres. Le sculpteur deviendra professeur de modelage à la National Art Training School - South Kensington (Royal College of Art depuis 1896) puis très brièvement à la South London School of Technical Art (Lambeth). Il deviendra le chef de file d'une approche nouvelle des techniques de sculpture que l'on appellera "The New Sculpture" (la nouvelle sculpture), alliant la sculpture à l'architecture. Charity (Charité), une fontaine publique derrière le Royal Exchange, constituera sa première commande publique londonienne. Dalou, revenu en France, se consacrera à des projets d'utilité sociale. Il sculptera notamment des monuments et des portraits de grands hommes. La ville de Paris lui commandera le Triomphe de la République (Place de la Nation), oeuvre arrivée en seconde position lors du concours remporté par les frères Morice pour le monument de la place de la République.
Les commandes officielles se succéderont alors, parmi lesquelles des bas-reliefs historiques ou allégoriques célébrant la République Française (Mirabeau répondant à Dreux-Brézé en 1789, relief de bronze, Chambre des députés - 1883), Fraternité (marbre, Musée du Petit Palais - 1883), Monument à Alphand (pierre, avenue Foch à Paris - 1899). On lui doit également la tombe de Victor Noir, journaliste du siècle dernier tué à 22 ans par le Prince Pierre Bonaparte et représenté en gisant au moment de sa mort. Le sculpteur prendra soin de suggérer une virilité post mortem impressionnante. Cette partie du corps est depuis lustrée par les milliers de mains et de fesses féminines venues quérir une stimulation érotique, la nuit ... iL MEURT 0 PARIS EN 1902.

DARESTE DE LA CHAVANNE (Rodolphe), 1842-1911 :

DARIEN (Georges), 1862-1921 :
Écrivain. Anarchiste sans le savoir, puis individualiste absolu, Georges Darien s'est opposé au régime parlementaire, au cléricalisme, au militarisme et au colonialisme. Il publie quelque 375 articles entre 1890 et 1918, collabore à une vingtaine de revues, dont L'Ennemi du peuple, et dirige deux périodiques, L'Escarmouche et La Revue de l'impôt unique.
Pour mieux connaître l'auteur et ses œuvres, voir le beau site d'Emmanuel Pollaud-Dulian, Les excentriques
Le patriotisme exacerbé qui résulte de la défaite française de 1870 en même temps que la volonté d'échapper à l'emprise familiale a incité l'engagement militaire de Darien à 19 ans. Son indiscipline est punie en 1883 par 33 mois de bagne militaire à Gafsa, jusqu'à la fin de son service. Il y révèle les tortures, l'homosexualité des camisards et exprime un antimilitarisme corrosif. Il meurt le 19 août 1921
Une édition populaire du livre est mise au pilon par l'éditeur après que le Ministère de la Guerre en ait interdit l'affichage publicitaire.
Par le scandale qu'il suscite, l'ouvrage contraint l'État républicain à changer le nom des "compagnies de pionniers de discipline"en "bataillons disciplinaires". L'opposition socialiste approuve...

DARLAN (François, Amiral), 1881-1942:

DARAND (Joseph), 1897-1945 :

DAUDET (Alphonse), 1840-1897 :
Romancier. Daudet est né à Nîmes le 13 mai 1840 et est mort à Paris en 1897. Il laisse le souvenir d'un être généreux, plein de sollicitude pour ses camarades malchanceux et attentif à son époque : il sera l'un des premiers à apprécier et à prendre la défense des impressionnistes.Reconnu tardivement de son vivant par ses pairs, Alphonse Daudet aura toutefois le soutien de Zola, des frères Goncourt, et de Maupassant. Il sera également l'un des fondateurs de l'Académie Goncourt (sa mort prématurée, en 1897, l'empêchant d'en être membre, 1903). Très aimé du grand public qui voit en lui le chantre généreux et tendre d'une Provence idéale en même temps qu'un Dickens à la française, Daudet fut à la fois romancier, conteur, dramaturge et poète. Il n'en souffre pas moins d'être prisonnier du succès des lettres de mon moulin et de Tartarin de Tarascon .Il faut redécouvir les différentes facettes d'Alphonse Daudet : il a su faire preuve de sobriété et de pudeur ( Sapho), de talent mélodramatique (Jack) et d'émotion autobiographique (Le Petit Chose) Et puisqu'il est difficile d'échapper à son destin , on peut relire les lettres de Mon Moulin, une oeuvre certes légère , mais certainement immortelle; et les enfants n'ont pas fini de pleurer la chèvre de Monsieur Seguin...

DAUDET (Ernest), 1837-1921 :
Journaliste, romancier et historien.

DAUDET (Léon), 1867-1942 :
Le talentueux polémiste maniait tour à tour l’ironie, l’humour, le rire, l’indignation aux dépens de la canaille et des salopards.
Léon Daudet naît le 16 novembre 1867 à Paris dans le quartier du Marais. Il est le fils d’Alphonse Daudet. Sa famille est originaire du Gard.
Après de brillantes études au Lycée Charlemagne, puis au Lycée Louis le Grand (il est lauréat du concours général), il suit les cours de la faculté de médecine et devient interne des hôpitaux. Par son père cependant, il fait la connaissance de grands écrivains de son temps, Edmond de Goncourt, Flaubert, Drumont, etc... Après son mariage (seulement civil) avec Jeanne Hugo, en 1891, la petite-fille du poète, il est introduit dans les salons fréquentés par des personnalités républicaines.
Il commence à publier des ouvrages écrits d’une plume vigoureuse et témoignant d’une grande richesse de vues, notamment Les Morticoles et Le voyage de Shakespeare. En même temps il collabore à plusieurs journaux dont La Libre Parole d’Édouard Drumont. Il semble promis à un bel avenir comme écrivain encensé par les serviteurs du régime. L’affaire Dreyfus est pour lui comme pour tant d’autres un révélateur. Il mène le combat nationaliste contre les détracteurs de l’Armée et va rompre avec les milieux républicains.
En 1903 il épouse sa cousine Marthe Allard qui, sous le pseudonyme de “Pampille”, possède déjà un joli talent de plume. En 1905 il rejoint Charles Maurras et l’Action française. Ce fut un des prodiges de l’A.F. que de réunir des tempéraments aussi contrastés que Maurras, Daudet, Vaugeois, Pujo, etc. Point de rivalité entre eux, chacun s’appliquait avec abnégation à servir la cause de la France et du Roi. Seule la mort put mettre fin à leur profonde amitié.
En 1908, Daudet apporte 300.000 francs qu’il a reçu en héritage pour contribuer à la fondation du quotidien L’Action Française. Dans les années précédant la guerre de 1914, il publie des articles prophétiques qui seront rassemblés dans un ouvrage sous le titre L’Avant-Guerre.
Durant la guerre, il s’attache à soutenir le moral des Français par ses écrits. Il s’engage aussi à fond dans la chasse aux espions et aux traîtres, dénonçant la collusion du ministre de l’Intérieur Malvy avec eux. Il en informe le président de la République Raymond Poincaré et provoque ainsi des poursuites judiciaires et des sanctions. En 1917, il est l’un des artisans de l’arrivée de Clemenceau au pouvoir.
Élu député de Paris en 1919, il va dominer la Chambre de sa puissante personnalité. Il ne mène pas seulement un combat politique pour préserver les acquis de la victoire face à Aristide Briand. Il défend aussi la culture française, notamment dans un discours demeuré célèbre sur les humanités.
L’assassinat de son fils Philippe, âgé de quatorze ans, en novembre 1923, l’atteint cruellement. Condamné pour avoir défendu sa mémoire, il s’enferme dans les bureaux de l’Action française avant de se rendre à la police (juin 1927). Il est emprisonné mais bientôt libéré par un stratagème des Camelots du Roi. Il s’exile alors en Belgique d’où il ne reviendra, gracié, qu’en janvier 1930.
Ces malheurs, supportés avec courage, n’ont pas empêché Léon Daudet de poursuivre une abondante production littéraire. Celle-ci compte de nombreux romans, mais aussi plusieurs ouvrages de souvenirs où Léon Daudet se montre un narrateur et portraitiste inégalable. C’est aussi le mémorialiste qui écrira les deux volumes de Paris vécu et le Bréviaire du journalisme où beaucoup de nos confrères aujourd’hui puiseraient d’utiles conseils. On n’aura garde d’oublier Le stupide XIXe siècle qui est une critique percutante du libéralisme demeurée très actuelle.
Léon Daudet avait l’art de rendre les idées vivantes en les personnalisant. Les hommes politiques et les journalistes se précipitaient chaque matin sur son éditorial de L’Action Française en redoutant d’être “épinglé” par le talentueux polémiste qui maniait tour à tour l’ironie, l’humour, le rire, l’indignation aux dépens des canailles et des salopards.
Orateur incomparable, il était souvent demandé en province où il transportait les foules. Il prit notamment la parole au rassemblement du Mont des Alouettes en avril 1926, devant 60 000 Vendéens.
On a parfois caricaturé Léon Daudet en ne retenant que certains aspects extérieurs de sa personnalité, il ne faut pas s’en tenir aux apparences.. Ce bon vivant, qui savourait les plaisirs de la table, était aussi un homme d’une vaste culture. Tout l’intéressait, à la manière des humanistes de la Renaissance. Ce polémiste était aussi un homme profondément bon, animé d’un véritable esprit de charité. Ajoutons qu’engagé dans un combat politique, solidement attaché à ses convictions, il n’en avait pas moins une grande ouverture d’esprit. Membre de l’Académie Goncourt depuis sa fondation, son goût littéraire sûr lui fit reconnaître le talent de Marcel Proust, André Gide, Louis-Ferdinand Céline, Pierre Benoît.
En janvier 1999, un universitaire borné, traitait Léon Daudet d’« anarchiste de droite ». Daudet n’était pas un polémiste qui tapait à tort et à travers. Ils savait contrôler ses humeurs car il s’était mis à l’école de Maurras qui lui avait enseigné les vertus de l’ordre. Il se battait avant tout pour le service de la France et dans le souci d’éviter aux Français de nouveaux malheurs. C’est pourquoi Maurice Pujo dans un article d’hommage à sa mémoire a pu dire de Daudet qu’il était bien plus qu’une force de la nature, « une force humaine » et une « force française ».
Léon Daudet meurt le 1er juillet 1942 à Saint-Rémy-de-Provence où il est enterré.

DAUM (Antonin), 1864-1930 ; (Auguste), 1853-1909 :
Industriels et maîtres-verriers. Jean Daum (1825-1885) achète en 1878 à Nancy la verrerie Sainte Catherine. Il y associe ses deux fils, Auguste en 1879 et Antonin en 1887.
Après des études classiques à Bitche, à Metz et à Nancy, Auguste Daum passe sa licence de droit à la faculté de Paris. Il abandonne la carrière notariale pour s'occuper de la gestion de la manufacture de son père. Il devient, en 1904, président du tribunal de commerce de Nancy. En 1909, à sa mort c'est son frère Antonin qui reprend seul l'affaire familiale. Antonin, quant à lui, fait ses études à Lunéville, puis au lycée de Nancy. En 1887, il sort diplômé de l'Ecole Centrale de Paris, date à laquelle il entre dans la verrerie pour s'occuper du renouvellement des formes et des décors des pièces.
Le caractère de gestionnaire d'Auguste et le talent créatif d'Antonin vont donner à l'entreprise une nouvelle dimension économique et artistique, notamment avec la création en 1891 de la section artistique des verreries de Nancy. Plusieurs techniques sont développées par l'entreprise, la vitrification des poudres entre autres. Un brevet est déposé en 1899 concernant le décor intercalaire.
De nombreux artistes de talent vont se succéder chez Daum comme responsables de l'atelier de décoration : le premier est Jacques Gruber, décorateur et verrier, à partir de 1893, ou encore Henri Bergé à partir de 1895. L'arrivée d'Amalric Walter en 1904, après un apprentissage à la manufacture de Sèvres, diffuse chez Daum la technique de la pâte de verre. Le musée des Beaux-Arts de Nancy abrite, depuis le milieu des années 80, plus de 400 verreries, cristaux et pâtes de verre de Daum, illustrant ainsi un siècle de production verrière à Nancy.
Antonin Daum est un des vice-présidents et le trésorier de l'Ecole de Nancy dès sa création en 1901.

SALMON, BARDIN, Daum. Collection du musée des Beaux-Arts de Nancy. Paris, RMN, 2000
DURET-ROBERT, Daum dans les années 50. Paris, L'Amateur, 1996
PETRY, MAURY, Daum dans les musées de Nancy. Nancy, 1989
DAUM, Daum, maîtres verriers. Lausanne, Edita, 1980.

DAVID-NEEL (Alexandra), 1868-1969 :
Louise, Eugénie, Alexandrine David naît à Paris, le 24 octobre 1868. Alors qu’elle est âgée de six ans, les David s'installent en Belgique, à Ixelles, au sud de Bruxelles. Fille unique, l’enfant vit dans ambiance pesante, celle du foyer familial, avec un père français et protestant, et une mère catholique et d'origine scandinave. Aussi plusieurs fugues jalonnent-elles sa jeunesse. Celle-ci est également empreinte de spiritualité et de désir d‘aventures. Alexandra est une grande lectrice des œuvres de Jules Verne. Alors que ses parents sont en villégiature à Ostende, l’adolescente effectue un premier voyage, seule, en Angleterre, en 1883. Elle récidive, deux années plus tard, cette fois-ci sans leur autorisation. Sa mère est ainsi contrainte de venir la retrouver en Suisse, sur les bords du lac Majeur, après qu’Alexandra y est parvenue en train, sans bagages, accompagnée des seules Pensées d’Épictète. Ayant traversé le Saint-Gothard à pied et visité les lacs italiens, elle promet alors de ne voyager de nouveau qu’à l’heure de sa majorité. En 1886, Alexandra part ainsi visiter l'Espagne, un baluchon accroché au guidon de sa bicyclette !
Dés cette époque, attirée par les choses de l’Orient lointain, Alexandra commence à étudier les philosophies bouddhistes, tout en se faisant à l’usage de la langue anglaise. En 1889, elle quitte définitivement sa famille et gagne Paris. Dans la capitale, la jeune fille fréquente la Société Théosophique de Madame Blavatsky, tout comme l’Université. On la rencontre fréquemment sur les bancs des amphithéâtres, en Sorbonne ou au Collège de France, assistant en auditeur libre au cours de Langues Orientales. Alexandra David devient également familière du musée Guimet, haut lieu de l’orientalisme dans la capitale. Ayant adhérée à la maçonnerie, elle nourrit également quelques amitiés au sein des milieux féministes et anarchistes. En 1899, un traité libertaire rédigé de sa main, Pour la Vie, est d’ailleurs préfacé par le géographe Élisée Reclus. L’année suivante, un héritage légué par sa marraine lui permet d’entreprendre son premier voyage en Extrême-Orient. Délaissant la société européenne et coloniale, Alexandra parcourt l'Inde pendant plusieurs mois, s’immergeant dans cette civilisation pluri-millénaire. A Bénarès, Swami Bhaaskarananda lui-même lui enseigne le yoga.
De retour à Paris, le besoin d’argent se fait sentir. Se souvenant de ses études musicale et lyrique passées, elle entame une carrière d’artiste. Celle-ci sera néanmoins de courte durée. Sous le pseudonyme de Mademoiselle Myrial, la Parisienne part pour le Tonkin, ayant tout d’abord pris un engagement avec les théâtres de Haiphong et d’Hanoi. A l'opéra d'Athènes, puis à Marseille, Alexandra David interprète divers rôles : la Marguerite du Faust de Gounod, Manon de Massenet et Carmen de Bizet. Cependant, après avoir rempli son contrat, Alexandra délaisse la scène, qu'elle n'apprécie pas. En 1902, elle accepte la direction artistique du Casino de Tunis. C’est là, en Afrique du Nord, qu’elle fait la rencontre d’un ingénieur des Chemins de Fer, Philippe Neel. Ils se marient en 1904. Alexandra est à présent âgée de trente-six ans et elle a abandonné ses activités artistiques. Même si cette union est heureuse, la vie de couple la conduit au bord de la dépression. Quelques croisières à bord de leur voilier baptisé l'Hirondelle distraient bien la jeune femme, mais celle-ci est toujours avide d’horizons lointains, ce que comprend son mari. Alexandra David-Neel prononce à cette époque en Europe ses premières conférences sur les religions orientales, bouddhisme et hindouisme. En 1911, dans son essai, Le Modernisme bouddhiste et le Bouddhisme de Bouddha, elle dénonce la vision traditionnelle d’une spiritualité appartenant d’avantage au passé et à l’histoire des religions. Il est vrai que depuis plusieurs années déjà l’enseignement de Bergson bousculait les assises du positivisme au sein des milieux intellectuels.
Enfin, au mois d’août 1911, Alexandra David-Neel, chargée de mission par le ministère de l’Instruction publique, quitte Tunis. Ayant traversée les Indes, et ayant ainsi parcouru des milliers de kilomètres à travers l'Extrême-Orient et une grande partie de l'Asie Centrale, elle parvient au Sikkim en 1912, un petit État himalayen. Au cours de ce périple, la voyageuse, au gré des rencontres, perfectionne sa connaissance du sanskrit et, surtout celle du tibétain. Ceci lui permet de recueillir l’enseignement des plus grands sages, avec lesquels Alexandra David-Neel s’entretient dans les monastères, mais également de traduire les manuscrits anciens. Le prince Sidkeong, avec lequel elle s'est liée, lui organise une entrevue avec le Dalai-Lama, à l’époque en exil. En 1914, elle fait la connaissance d‘Aphur Yongden, un jeune moine qui deviendra par la suite son fils adoptif. Tous deux décident de se retirer dans une caverne à 3.900 mètres d'altitude, au nord du Sikkim. Auprès d’autres Gomchens (ermites), la voyageuse pratique à présent la méditation, un art qui participe de son initiation au bouddhisme tantrique. Ayant franchit à deux reprises la frontière tibétaine et parvenant alors jusqu'à Jigatzé, une des grandes villes du sud du Tibet, elle s’attire l’hostilité des autorités britanniques qui l’expulsent du Sikkim, un de leurs protectorats, en 1916.
Après avoir affronté les rigueurs de trois hivers himalayens, Alexandra David-Neel, suivie de Yongden, gagne l’Inde voisine, avant de s'embarquer pour le Japon. Il lui est en effet impossible de retourner en Europe, en raison de la guerre. Ce pays la déçoit. Ses montagnes intérieures lui rappellent trop les paysages de France. En Corée, puis en Chine, elle retrouve des Lamas tibétains. Avec l’un d’entre-eux, les deux voyageurs traversent la Chine d'est en ouest, parcourant le désert de Gobi et la Mongolie. Enfin, après trois années d'études passées au monastère de Kum-Bum, vêtue d'une robe de mendiante, Alexandra David-Neel entre au mystérieux Tibet. Parvenue à Lhassa au mois de février 1924, la Française est alors la première occidentale à pénétrer dans la ville sainte. Avec son compagnon, elle y séjourne deux mois, durant lesquels elle visite également les grands monastères environnants : Drépung, Séra, Ganden, Samyé...De retour en France, après un périple de quatorze années, l’exploratrice se sépare d’avec son mari et s’installe à Digne, en Provence, en 1928. Au fur et mesure des travaux d’aménagement, sa villa, baptisée Samten-Dzong, prend l’allure d’une maison tibétaine. Elle publie plusieurs livres qui relatent ses voyages - Voyage d’une Parisienne à Lhasa en 1927 - et commente les écrits des mystiques qu'elle a rencontrés - Initiations lamaiques en 1930, Le Lama aux cinq Sagesses en 1930 aussi. Ces succès d’édition lui apportent la notoriété, ce que confirme la nombreuse assistance qui est présente lors de grandes tournées de conférences en France et en Europe. Ayant obtenu l’aide de divers ministères et touché de confortables droits d'auteur, Alexandra David-Neel, toujours accompagnée de Yongden, repart en 1937 à destination de la Chine. Parvenue à Moscou à bord du train Nord Express, la voyageuse, âgée à présent de soixante-neuf ans, emprunte ensuite le Transsibérien. Arrivée en Chine, elle est surprise par le déclenchement de la guerre sino-japonaise. Le froid rigoureux, la famine et les épidémies qui sévissent, les bombardements meurtriers contribuent à rendre ce second périple difficile. D’autant plus qu’en 1941, Philippe Neel, avec qui elle correspondait jusqu’alors, décède. L’exploratrice est désormais seule, sans ressources, au milieu de l’horreur.
Parvenue enfin en Inde en 1946, près de dix années se sont écoulées. Alexandra David-Neel a soixante dix-huit ans. A regret, elle rentre en France pour régler la succession de son mari et, de nouveau, s'installe à Digne où elle reprend la plume afin de raconter ses nouveaux souvenirs : Au Cœur des Himalayas en 1949, Ashtavakra Gita en 1951, L’Inde où j’ai vécu en 1961... Quelques années auparavant, en 1955, l’exploratrice a perdu Yongden, son compagnon de voyage. C’est à Digne, le 8 septembre 1969, que décède Alexandra David-Neel. Elle allait avoir cent un ans et jusqu’à sa mort, inlassablement, l’exploratrice avait écrit, étudié. Ayant fait renouveler son passeport, l’orientaliste comptait d’ailleurs retourner au Tibet, annexé depuis son départ par la Chine communiste. A deux reprises, le 15 octobre 1982, puis du 21 au 26 mai 1986, Sa Sainteté le XIVe Dalaï-Lama viendra à Digne visiter la maison d’Alexandra David-Neel et rendre hommage à celle qui a tant contribué à faire connaître son peuple et sa culture aux Occidentaux. C'est à Bénarès, le 28 février 1973, que les cendres de l'exploratrice du Tibet et de son fils adoptif le Lama Yongden sont dispersées dans le Gange. En 1975 et 1976, est publié son Journal de Voyage.

DÉAT (Marcel), 1894-1955 :
Homme politique. Né à Guérignyen 1894, Marcel Déat est issu d’un milieu modeste, républicain et patriote. Il fait des études brillantes, et entre en 1914 à l’école Normale après avoir été l’élève de Alain, professeur actif dans le milieu des radicaux. La même année, il adhère la SFIO, plus par « idéalisme philosophique que par matérialisme ».
Il est mobilisé au front pour la guerre, qu’il terminera avec le grade de capitaine. Sous le pseudonyme de Taëd, il publie cadavres et maximes, philosophie d’un revenant, où il exprime son horreur de la guerre, des tranchées, qui explique un pacifisme viscéral qui sera déterminant pour ses choix dans sa carrière. Il est aussi fasciné par la discipline collective et pour la camaraderie au front. En 1918, il reprend ses études et passe l’agrégation de philosophie avant de s’orienter vers la sociologie, sous la tutelle de Célestin Bouglé, sociologue radical et ami d’Alain. Bouglé place Déat au secrétariat du centre de documentation de la rue d’Ulm. À la scission socialiste de Tour, il se situa à droite de la SFIO, dans le groupe de la Vie socialiste, aux côtés de Renaudel.
En 1925, il est élu conseiller municipal de Reims, où il enseigne. À la faveur d’une élection partielle, en 1926, il est élu à la chambre des députés, mais sera battu en 1928. À cette époque, Léon Blum cherchait à favoriser quelques jeunes car la montée dans la hiérarchie du parti était difficile. Il nomme Déat, considéré comme son dauphin, secrétaire du groupe parlementaire de la SFIO. Il fonde un centre documentaire pour ces parlementaires.
En 1931, Déat publie Perspectives socialistes, un ouvrage théorique de réflexion sur la doctrine socialiste. Il pense qu’il faut s’adapter à l’évolution de la société capitaliste qui ne paraît pas s’autodétruire, contrairement à l'affirmation Marxiste. L’État doit avoir un rôle privilégié dans la gestion de la propriété qui doit être individuelle. Il est contre la collectivisation, contre la révolution, car le chaos est le credo des fascistes, et en ces points, il s’oppose farouchement aux marxistes, mais se rapproche des planistes. Déat pense qu’il faut passer par un régime intermédiaire, et non pas attendre le vide politique pour que le socialisme s'installe.
En 1932, il est élu député d’une circonscription de Paris, aux dépens de Jacques Duclos, qui avait lui-même battu Léon Blum en 1928.
En 1933, Déat appartient au groupe des néo-socialistes (avec entre autres Marquet et Renaudel) qui font scission avec la, SFIO, pour créer le Parti Socialiste Français (PSF). Leur devise est « ordre, autorité, nation ». Ce mouvement qui veut « renforcer l’État contre la crise économique » s’ouvre aux classes moyennes, lutte contre le fascisme en le contrant sur son terrain, le cadre national, et en participant aux gouvernements non socialistes (Déat est ministre de l’air en 1936, dans le cabinet Sarraut). En outre, Il veut défendre la nation à tout prix en évitant la guerre. Déat ne rentrera pas dans le front populaire, car il était anti-communiste. En 1939, il est élu député à Angoulême, pour le « rassemblement anticommuniste », après avoir perdu son ancien mandat au profit d’un communiste. Cette année-là, il affirme sa position Munichoise et son pacifisme dans Mourir pour Dantzig ?, article parut dans l'Œuvre, journal dont Déat prit la direction en 1940. Il tente de faire un parti unique avant l’armistice de 1940, et s’éloigne de Vichy.
En 1941, il fonde le Rassemblement National Populaire, parti socialiste et Européen, destiné à « protéger la race », et à collaborer avec l’Allemagne nazie, mais pas opposé à la démocratie. Son ambition personnelle le mènera au collaborationnisme. En 1944, il entre à Vichy comme ministre de la guerre et de la solidarité nationale de Pierre Laval, et appuie les revendications de l’Allemagne. Il critiquera toutefois l’extrémisme du gouvernement de Vichy. En 1944, il s’enfuie en Allemagne et reste dans la Commission gouvernementale à Sigmaringen. En avril 1945, il quitte l’Allemagne pour l’Italie où il finira ses jours en exil à cause de sa condamnation à mort par contumace à la Libération. Il meurt à San Vito près de Turin en 1955.

DEBIERNE (André-Louis), 1874-1949 :

DEBUSSY (Claude), 1862-1918 :
Né le 22 août 1862 à Saint-Germain-en-Laye. Ses parents tiennent un commerce de porcelaine. Pendant la guerre de 1870, la famille se réfugie chez sa tante qui lui fait avoir ses premières leçons de musique avec un musicien italien, Jean Cerutti. A Paris, son père rejoint la Commune et sert comme capitaine dans la Garde Nationale. Quand la Commune de Paris est écrasée par les forces de Thiers, il est arrêté et condamné à quatre ans de prison. Selon Charles de Sivry, Achille est confié à Antoinette Mauté de Fleurville, élève de Chopin et belle-mère de Verlaine ; elle le prépare à entrer au Conservatoire de Paris : il y est admis en 1872. Debussy suit les cours de Marmontel (piano), Lavignac (solfège), Durand (harmonie), puis Guiraud (composition) et obtient le Grand Prix de Rome en 1884 avec la cantate L'Enfant prodigue. Entretemps, il avait été engagé comme pianiste par la baronne Von Meck, la protectrice de Tchaïkovsky, avant de rencontrer Madame Vanier et d'en devenir l'accompagnateur. De retour à Paris, il compose La Damoiselle élue, se lie avec les poètes symbolistes, découvre les Impressionnistes et les musiques d'Extrême-Orient. Atmosphère et couleur prennent dans ses oeuvres le pas sur les structures formelles. C'est l'époque des Ariettes oubliées, de Fêtes galantes et de la Suite bergamasque. En 1894 est créé à Paris le Prélude à l'après-midi d'un faune, partition novatrice qui connaît un grand succès. Tout en travaillant à Pelléas, Debussy crée ensuite Les Chansons de Bilitis, les Trois Nocturnes, et, pour le piano, les Estampes. Cette «première période», que l'on peut qualifier d'impressionniste dans la mesure où les contours mélodiques semblent s'y estomper dans une mosaïque de sensations, se clôt avec le scandale de la création de Pelléas et Mélisande (30 avril 1902). Si elle divise profondément la critique, l'oeuvre place Debussy au premier rang des compositeurs français. Achevée et créée en 1905, La Mer, «la» symphonie de Debussy est attaquée avec plus de violence encore par le milieu musical officiel. Mais la profonde originalité de l'oeuvre aura une grande influence sur la génération suivante. Suivent Images, autre tryptique symphonique dans lequel chatoient les rutilantes couleurs d'Iberia, les deux livres des Préludes et les douze Etudes pour le piano, le ballet Jeux, En blanc et noir, ou le Martyre de saint Sébastien, «mystère» d'après D'Annunzio, trop méconnu. Dans cette deuxième période éclate la modernité d'un style qui semble s'être affranchi de toutes les conventions formelles antérieures et Debussy fait de plus en plus figure de chef d'école. Mais dès 1910, sa santé se détériore. Il doit renoncer à de nombreux projets. Ses dernières oeuvres, en particulier les sonates, sont créées pendant la guerre, dans un climat de réaction nationaliste auquel lui-même ne reste pas étranger. Terrassé par le cancer, Debussy meurt à Paris le 25 mars 1918, dans l'indifférence générale d'une ville bombardée par la «Grosse Bertha». De son second mariage, Debussy (qui eut une vie sentimentale tumultueuse) avait eu une fille, Claude-Emma dite «Chouchou», dédicataire de Children's Corner.
La musique de Debussy est aux antipodes du post-romantisme et du wagnérisme alors en vogue en Europe. Le développement traditionnel est abandonné, les thèmes fragmentés. La couleur et la sensation prédominent (souvent violentes : rien de plus faux que l'idée d'un Debussy flou ou vague ; son dessin est toujours net et sa musique puissamment sensuelle), la dissonance s'émancipe. L'influence des traditions exotiques (gamme pentatonique, gamme par tons entiers...) est considérable. Enfin, dans cette oeuvre exigeante, si l'expérimentation prime, le résultat n'est jamais inférieur à la pensée ; harmoniste extraordinaire, excellent pianiste, orchestrateur d'exception, Debussy était aussi un artisan de la création musicale au sens fort du terme. Avant Stravinsky et Bartok, il est l'un des grands émancipateurs de la musique occidentale. Dès 1910 apparaissent les premiers symptômes d’un cancer chez le musicien, une maladie qui l’affaiblit et finit par l’emporter. Le 25 mars 1918, Claude Debussy décède à son domicile à Paris.

BOUCHER M., Claude Debussy. Rieder, Paris 1933.
CHENNEVIÈRE D., Claude Debussy et son oeuvre. Durand, Paris 1913.

DÉCORATIONS (scandale des) :
En septembre 1887, une enquête de police découvrit un trafic de décorations apparemment organisé par une femme du nom de Limouzin.
Le scandale des décorations débuta le 7 octobre de la même année lorsque la presse dévoila un trafic de décorations mis en place par Daniel Wilson (1840-1919), député d'Indre-et-Loire et gendre du Président de la République, Jules Grévy. Wilson fut mis directement en cause.
L'enquête révéla que Wilson revendait depuis un bureau de l'Élysée où il logeait, des milliers de décorations - notamment la Légion d'honneur pour 25 000 Francs de l'époque notamment pour verser des subventions à des journaux de province. Parmi ses complices, on compta le général Caffarel, madame Limouzin et madame Ratazzi.
La Chambre autorisa le 17 novembre 1887, la création d'une commission d'enquête, puis d'une action judiciaire contre Wilson. On constata que certaines pièces du dossier avaient été faussées. La rue, les journalistes, les politiciens dont Georges Clemenceau et Jules Ferry s’acharnèrent sur le Président de la République Jules Grévy et le poussèrent à la démission.
Clemenceau prononça un discours le 19 novembre qui força le cabinet Rouvier à démissionner et Jules Grévy fut directement accusé.
Le parti majoritaire des " opportunistes " refusa de former un nouveau ministère. Tous les jours, ce furent de violentes manifestations dans les rues. Le Président fut totalement isolé et le 2 décembre 1887, le Sénat et la Chambre réunis votèrent une résolution pour demander la démission de Jules Grévy, qui s'exécuta.
Quant à Daniel Wilson, protégé par son immunité parlementaire, il siégea crânement dans l'hémicycle. Il finit par être condamné en à deux ans de prison le 23 février 1888 mais fut acquitté en appel : il avait été poursuivi pour « corruption de fonctionnaire », or un député n'étant pas fonctionnaire, la procédure avait été déclarée nulle. Aussitôt il revint imperturbablement à l'assemblée, indifférent aux quolibets et à l'opprobre de ses collègues. Il sera réélu en 1893 et en 1896.
Le 3 décembre, les Chambres se réunirent à Versailles pour lui donner un successeur. Jules Ferry, candidat, n'obtint pas les suffrages ni des radicaux, qui ne voulurent plus d'expansion coloniale, ni des conservateurs, ni d'un enseignement laïc. Ce fut Georges Clemenceau qui évitera de nouvelles émeutes en obtenant l'élection de Sadi Carnot. Le 12 décembre, ce fut la création du gouvernement Tirard, et la situation s'apaisa.
Le scandale des décorations contribua à discréditer le régime parlementaire de la IIIe République, mais a renforcé le général Boulanger, désormais à la tête de " des syndicats de tous les mécontents ".
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DÉFENSE NATIONALE (Gouvernement de) :

DÉFENSE RÉPUBLICAINE (Gouver-nement de) :

DEGAS (Edgar), 1834-1917 :
Peintre.

DELAHAYE (Jules) :

DELAUNAY (Robert), 1885-1941 :
Né à Paris en 1885 Robert Delaunay est passionné par les problèmes de la lumière. Il s’engage sur les traces de Seurat avant d’adhérer au cubisme. La rencontre avec la russe Sonia Terk précipite leurs recherches respectives. Ils se marièrent en 1910. La structure colorée devient pour le couple « fou de couleurs » à la fois forme et sujet de leurs œuvres. Ce nouveau langage plastique aboutit dès 1914 à la peinture inobjective, qui cherche à exprimer le rythme de la société moderne selon la conscience perceptive que nous en avons. Ils réalisent en 1937, le palais de l’air et le palais des chemins de fer pour l’Exposition internationale de Paris. Il meurt à Montpellier en 1941.

DELCASSÉ (Théophile), 1852- :
Homme politique. Théophile Delcassé naît à Pamiers, dans le département de l’Ariège, le 1er mars 1852, au sein d’une famille de la petite bourgeoisie rentière. Au terme de ses études secondaires effectuées au collège de la ville, il obtient son baccalauréat en 1870, avant de s’inscrire à la Faculté de Lettres de Toulouse. Licencié en 1874, il est ensuite nommé en tant que maître répétiteur dans plusieurs établissements du Sud-Ouest, à Tarbes et à Montauban notamment, avant de monter à Paris.
Dans la capitale, Théophile Delcassé se lance dans le journalisme, collaborant tout d’abord à La République française, le journal que dirige Léon Gambetta, à l’époque un des principaux chefs de file de la gauche républicaine. A partir de 1877, alors que prend fin l’Ordre Moral et que bientôt le maréchal de Mac-Mahon quitte la présidence de la République, il signe également quelques articles qui paraissent dans Le Temps, Le Matin ou Le Jour. Après ces années de formation parisienne, vient pour Delcassé le moment d’entrer en politique.
Dans son Ariège natale, il est candidat dans l'arrondissement de Foix aux élections législatives d’octobre 1885. Il s’efface au second tour par soucis d'union républicaine, contribuant ainsi au succès de la gauche. De conviction anticléricale, Delcassé est initié à la franc-maçonnerie au mois de janvier 1886, dans la loge de "la fraternité latine" de Foix. L’année suivante, le 26 octobre, il se marie avec Geneviève Wallet, veuve du député Massip. Élu conseiller général du canton de Vicdessos en 1888, Théophile Delcassé fait son entrée à la Chambre l’année suivante, après sa victoire aux élections législatives de 1889. Constamment réélu, il demeurera député de Foix pendant trente années, jusqu’en 1919 !
Attiré par le radicalisme, le parlementaire ariégeois soutient néanmoins la politique colonialiste du président du Conseil Jules Ferry, à la différence par exemple de Georges Clemenceau. Delcassé est ainsi lié au parti colonial qu’anime le député d’Oran Eugène Etienne et qui recrute plutôt au centre. Attiré par les affaires diplomatiques, le jeune parlementaire reçoit en 1893 la charge de sous-secrétaire d'État aux Colonies. Il occupe ce poste qui vient d’être créé du 18 janvier au 25 novembre, puis est nommé l’année suivante ministre des Colonies. Le 28 juin 1898, il devient ministre des Affaires étrangères. Il sera reconduit dans ses fonctions dans six gouvernements successifs. Sept années durant, l’inamovible ministre conduit ainsi la politique diplomatique de la France. Au cours de cette période, servi par des ambassadeurs de talent (Camille Barrère à Rome ou Paul Cambon à Londres), Delcassé œuvre de manière décisive pour l’avenir de l’Europe.
A son arrivée à l’âge de 46 ans, le Quai d'Orsay est en effervescence. Les diplomates français s’inquiètent des évènements qui se déroulent à Fachoda (aujourd’hui appelé Kodok) dans le Soudan Oriental. Le 10 juillet 1898 en effet, le commandant Marchand, à la tête de la Mission Congo-Nil, prend possession des lieux au nom de la France. Le 19 septembre, les choses se compliquent avec l’arrivée de lord Kitchener et de ses 3.200 hommes de troupe. Celui-ci ne compte pas laisser des "Européens quelconques" interdire à l'empire britannique de contrôler le cours du Nil, de son delta jusqu’à ses sources... Après quelques négociations, les Britanniques établissent un blocus autour de la place de Fachoda et la crise, de locale, devient très vite internationale. Les relations entre la France et le Royaume-Uni se tendent à un point qui fait craindre, l’espace d’un instant, qu’une guerre soit possible. Après l’ultimatum anglais cependant, Delcassé donne l’ordre à l’officier français de se retirer, le 4 novembre suivant. En France, cette reculade choque l'opinion, gagnée au nationalisme.
Pourtant l’habile négociateur transforme ce départ sans gloire en succès diplomatique. La crise de Fachoda permet en effet de réconcilier les deux puissances coloniales, puisqu’un accord est conclu dès le 21 mars 1899 qui fait disparaître les points de friction sur le continent africain. Celui-ci offre la totalité du bassin du Nil à l'Angleterre, qui renonce en échange à ses ambitions marocaines. Sont alors jetés les prémices d'une "Entente cordiale" entre les deux nations. Celle-ci se concrétise le 8 avril 1904 sous le ministère que dirige Émile Combes. Depuis deux années, ce dernier accorde une totale confiance à Théophile Delcassé, qui bénéficie déjà de l’accord tacite du Parlement dans la réalisation de ses ambitions internationales. Réputé pour avoir le goût du mystère, le ministre des Affaires étrangères avait exposé son projet diplomatique à ses collaborateurs dès le mois de février 1899. Celui-ci a pour objectif de rompre l’isolement de la France et de bouleverser l’équilibre européen au détriment de l’Allemagne. Il lui faut pour cela casser le système d’alliances élaborées par le chancelier Bismarck dans les décennies précédentes, qui lie le Second Reich à l’Empire austro-hongrois, à l’Italie ainsi qu’à la Russie.Le 9 août 1899, la Troisième République conclut ainsi une alliance diplomatique avec la Russie du tzar Nicolas II, qui vient compléter les accords militaires signés six années auparavant. Suite à la conclusion d’un accord secret, le 24 décembre 1900, Théophile Delcassé parvient à détacher l'Italie de la Triplice, en accordant au gouvernement de Rome des avantages territoriaux en Libye. En échange, les diplomates français obtiennent le 16 décembre 1900 la reconnaissance par l’Italie des droits français sur le Maroc. Ceux-ci ne seront d’ailleurs pas remis en question, malgré l'incident de Tanger. Le 31 mars 1905, l’empereur Guillaume II, en visite au Maroc, proclame dans un discours retentissant son soutien au sultan Moulay Abd al-Aziz, à qui la France veut imposer un protectorat. Le Kaiser se déclare soucieux de défendre les intérêts allemands conformément à l’esprit de sa Weltpolitik. Le Président du Conseil Maurice Rouvier accepte alors la réunion d'une conférence internationale qui doit se dérouler à Algésiras l’année suivante. Une pareille concession est un désaveu de la politique menée par son ministre des Affaires étrangères. Conformément aux exigences allemandes, Théophile Delcassé préfère se retirer le 6 juin 1905, à la suite d’un conseil des ministres dramatique. Par la suite, il respectera la promesse de ne rien dévoiler des conditions de son départ du quai d’Orsay.
Au mois de janvier 1911, le député de l’Ariège retrouve un portefeuille, celui du ministère de la Marine. Théophile Delcassé doit alors faire face à l’incident d’Agadir. Le 1er juillet, une canonnière allemande, la Panther, est envoyée au large du Maroc, pour tenter de s'opposer au coup de force français. Le 4 novembre suivant, un accord de troc entre les deux puissances rivales est signé : l’Allemagne accepte de se désintéresser de l’Afrique du Nord en échange de la concession d’une part importante du Congo, entre le Cameroun et les possessions belges.
Du mois de février 1913 au mois de janvier 1914, Delcassé est ambassadeur à Saint-Pétersbourg. A partir du 26 août suivant, alors que l’Europe vient de s’embraser, le principal artisan de la Triple Entente retrouve le ministère des Affaires étrangères, dans le cabinet formé par René Viviani. Il s’emploie alors à détacher l'Italie de la cause allemande, celle-ci entrant en guerre aux côtés des Alliés le 23 mai 1915. Cependant, Théophile Delcassé ne peut empêcher la Bulgarie de se joindre aux puissances centrales. Dépité par cet échec et critiqué par l’opinion, Delcassé, surmené, démissionne le 13 octobre 1915.
Réélu député en Ariège, il s’oppose avec violence le 20 juin 1916, à la Chambre, au projet d’une expédition militaire à Salonique. Il se retire peu après de la vie politique, ébranlé par la mort de son fils Jacques des suites de sa captivité en Allemagne. Il décède à Nice le 22 février 1923. Théophile Delcassé est inhumé au cimetière parisien de Montmartre. Sur sa tombe, est gravée cette épitaphe : "Ces quelques mots où se résume toute ma vie : pour la France, tout, toujours".

DELONCLE (Eugène), 1890-1944 :

DÉMOCRATIE CHRÉTIENNE :

DÉMOGRAPHIE :
DERAIN (André), 1880-1954 :
Né à Chatou (Yvelines) en 1880, André Derain rentra à dix-neuf ans à l’académie Carrière, où il rencontra Vlaminck. Il travailla au Louvre, attirant l’attention de Matisse par la liberté et la force de ses copies. Après son service militaire, il se consacra définitivement à la peinture et exposa au salon d’automne en 1905 dans la célèbre « cage aux fauves ». Puis, sur la suggestion de Vollard, il se rend à Londres où il peint ses toiles de Hyde Park aux couleurs éclatantes et au dessin simplifié, mais à la composition toujours lisible. En 1907, il s’installe à Montmartre, près du Bateau-Lavoir et de ses nouveaux amis Braque, Apollinaire, Van Dongen, Picasso.
Curieux de tout, il découvrit l’un des premiers l’art nègre et l’imagerie populaire. Sans adhérer totalement au cubisme, il introduisit une structure de plus en plus forte dans ses toiles : Baigneuses en 1908.
Après la guerre, s’interrogeant sur les arts du passé, il reviendra à une certaine tradition par l’usage de la perspective, du modelé et du clair-obscur, comme en témoigne la série des Tables garnies des années 1921-1923. Il meurt à Chambourcy en 1954.

DÉROULÈDE (Paul), 1846-1914 :
Paul Déroulède naît le 2 septembre 1846 à Paris. Neveu d'Émile Augier, auteur dramatique et académicien, il est le fils d’un avoué d’origine charentaise. L’enfant passe son enfance à Croissy puis effectue ses études à Versailles. Ayant ensuite fait son droit, Déroulède effectue un long périple à travers l’Europe, qui le mène jusqu’en Orient où il assiste à l’inauguration du canal de Suez par l’Impératrice Eugénie, le 17 novembre 1869. De retour en France, il s’inscrit en 1870 au barreau de Paris. Au cours de ces années, le jeune homme s’essaie également à la littérature, faisant publier ses premiers vers dans la Revue nationale sous le pseudonyme de Jean Rebel. Une de ses œuvres dramatique, un acte en vers baptisé Jean Strenner, est représentée au Théâtre français.
Peu de temps plus tard, la guerre est déclarée entre la France du Second Empire et la Prusse, le 19 juillet 1870. Le 4 août suivant, Déroulède gagne Metz où les autorités militaires dénigrent son engagement. Au camp de Chalons, il est néanmoins nommé sous-lieutenant des Mobiles de la Seine. Le jeune homme, qui désire ardemment combattre, préfère cependant s’engager dans les Zouaves et rejoint l’armée de Mac-Mahon. Sous le commandement du colonel Brocher, il combat à Mouzon puis à Bazeilles. A Balan, Déroulède est fait prisonnier par les armées ennemies et emmené de ce fait sous leur surveillance en captivité à Breslau. Il s'évade peu après puis, alors qu’en France la République est proclamée, se met au service du Gouvernement de la Défense nationale.
Paul Déroulède est alors affecté au 15ème corps de l’armée de l’Est, avec le grade de lieutenant au Tirailleurs algériens. Il participe bientôt aux campagnes de la Loire et de l'Est. L’officier se distingue à Montbéliard notamment ; il est mis à l’ordre du jour de l’armée puis décoré au mois de février 1871. Quelques semaines plus tard, après la signature d’un armistice mettant fin aux hostilités, Déroulède prend part aux côtés des armées versaillaises aux combats face aux Communards parisiens. Il est d’ailleurs blessé au bras en conduisant l’assaut d’une tranchée. En 1874, une chute de cheval, par laquelle il se brise une jambe, le contraint ensuite à quitter l’armée.
Lors de sa première convalescence, Paul Déroulède, qui poursuit en parallèle à sa vie de garnison son travail littéraire, rédige Les Chants du Soldat. Publiés en 1872, ceux-ci lui assurent par leur succès une grande popularité. Il décide alors de vivre de sa plume et ajoute une suite à sa première œuvre avec les Nouveaux Chants du Soldat, en 1874. Hanté par la défaite face aux armées allemandes, Déroulède entend ainsi lutter pour la régénération morale de la France. Afin d’entretenir dans l’esprit de ses compatriotes l’idée de la Revanche, celle-ci devant permettre de récupérer les provinces perdues, il se lance également dans l’action politique. En 1877, Déroulède donne un nouveau drame, L'Hetman.
Avec la démission du maréchal de Mac Mahon et l’arrivée au gouvernement des Opportunistes, Paul Déroulède, qui affiche ses convictions républicaines et nationalistes, se rapproche des cercles du pouvoir. C’est ainsi que Paul Bert, ministre de l’Instruction publique dans le cabinet Gambetta, le convie en 1881 aux travaux d’une Commission d’éducation militaire créée dans le but de contribuer au développement de " l’esprit patriotique et des aptitudes physiques " des jeunes Français. Toujours à la tête des " sonneurs de clairon ", Paul Déroulède rédige les Marches et sonneries la même année. Le 12 mai 1882, il fonde la Ligue des Patriotes. Placée sous le patronage moral de l’historien Henri Martin et de quelques autres personnalités de la Troisième République, celle-ci doit permettre à Paul Déroulède de donner davantage d’audience à son discours nationaliste. Il en devient le président au mois de mars 1885.
Après un voyage effectué en Russie en 1886, Déroulède prône à présent l'alliance avec ce pays pourtant autocratique. Celle-ci cependant doit conduire à la victoire contre l'Allemagne de Guillaume Ier et de son chancelier Bismarck. Dans les années qui suivent, Paul Déroulède rompt avec les milieux gouvernementaux dont il dénonce la corruption, en ces temps où les scandales politico-financiers se multiplient. Les convictions politiques du tribun nationaliste ont en effet évolué. L’avènement d’une République plus autoritaire emporte son adhésion, Paul Déroulède étant convaincu que l’absence d’autorité met la France en danger. Et la grande figure patriotique du général Boulanger pourrait devenir l’âme de la régénération. C’est pourquoi la Ligue des Patriotes, qu compte 182.000 adhérents, soutient l’action de l’ancien ministre de la Guerre. Le parti boulangiste obtient ainsi quelques victoires électorales retentissantes, avant de s’essouffler. Paul Déroulède est élu député de la deuxième circonscription d’Angoulême en 1889, alors que ses Chants du Soldat connaissent leur cent vingt neuvième éditions.
Ayant démissionné de son mandat en 1892, il se consacre alors à son activité d’écrivain. Sont publiés en 1894 les Chant du paysan, puis Messire Du Guesclin l’année suivante et enfin La Mort de Hoche en 1897. L’Affaire Dreyfus le décide ensuite à sortir de sa retraite. Réélu au mois de mai 1898, toujours à Angoulême, Déroulède tente lors des obsèques de Félix Faure, le Président de la République défunt, de prendre la tête du cortège officiel de la garnison de la Seine, en se jetant au col du cheval du général Roguet, afin de marcher vers l’Élysée. Traduit en cour d'assises pour cette pitoyable tentative de coup d'État, il est acquitté le 31 mai suivant. Cependant, à l’initiative du président du Conseil, Pierre Waldeck-Rousseau, désireux d'éloigner celui qui tient la rue depuis plusieurs mois à Paris, la Haute-Cour le condamne à dix ans de bannissement le 5 janvier 1900 pour " complot contre la sûreté de l’État ".
Paul Déroulède se rend dans l’Espagne voisine. Gracié puis amnistié après cinq années d’exil passé à San Sebastian, il est enfin de retour en France. Battu aux élections législatives dans le département des Charente en 1906, le leader nationaliste se consacre dès lors à la propagande patriotique. Déroulède continue d’animer la vieille Ligue des patriotes dont les militants organisent à présent des cérémonies du souvenir à Paris, devant les statues de Jeanne d'Arc et de la ville de Strasbourg, place de la Concorde.
Paul Déroulède décède à Nice, le 30 janvier 1914, quelques mois avant le déclenchement de la guerre face à l’Allemagne qu'il appelait de ses vœux depuis plus de quarante années. Ses obsèques ont lieu le 3 février suivant en l'église Saint-Augustin, tandis que le journal Le Figaro lance peu après une souscription afin d'élever un monument à sa mémoire.

DELIBES (Léo), 1836-1891 :
Compositeur.

DENIS (Maurice), 1870-1943 :
Peintre et théoricien. Né à Granville, Maurice Denis entreprend des études à l'École des beaux-arts, où il fait la rencontre de Sérusier, ami de Gauguin, avec lequel il forme le groupe des nabis (« nabi » signifiant prophète en hébreu). Inspiré du symbolisme syncrétique de Gauguin, ils appellent à un renouvellement de l'art religieux en ramenant la peinture à la source de l'icône. La peinture de Maurice Denis demeure primitive et archaïque, aussi bien dans son traitement formel (des surfaces en aplats purs découpées par des cernes) que dans sa thématique : Mystère catholique (1889, musée de Saint-Germain-en-Laye). Il fait ainsi l'apologie des valeurs traditionnelles dont l'amour familial est la quintessence. Il considère le caractère archaïque de ses toiles comme garant d'un retour aux sources même de son art, lavé ainsi de tous les oripeaux de l'anecdote.
Critique et théoricien, Maurice Denis publie, en 1890, le manifeste du style nabi, Définition du Néo-traditionnisme dont le premier article est capital pour la compréhension de la modernité picturale : « Se rappeler qu'un tableau, avant d'être un cheval de bataille, une femme nue ou une quelconque anecdote, est essentiellement une surface plane recouverte de couleurs en un certain ordre assemblées. » Il illustre, suivant ainsi son penchant pour la littérature symboliste, Sagesse, de Verlaine et le Voyage d'Urien, de Gide. Ces lithographies sont l'occasion pour dépouiller son style et n'en retenir que le rythme général des figures. Le travail de Maurice Denis, au tournant du siècle, évolue vers un classissisme décoratif monumental avec la décoration murale de nombreux édifices. Il est le créateur des Ateliers d'art sacré.

DEPÉRET (Charles), 1854-1929 :

DESCHANEL (Paul), 1855-1922 :
Homme politique. Le parcours de Paul Deschanel dans le monde politique de la 3ème République fait figure de modèle d’une promotion honorifique comme seule la République parlementaire pouvait en assurer la réussite et la légitimité. Né en le 13 février 1856 à Bruxelles, Deschanel a pu gravir tous les échelons jusqu’à la présidence de la République sans avoir à assumer de véritable responsabilité politique. Ce parcours s’appuie d’abord sur un héritage politique et symbolique. Son père, Emile Deschanel, ardent républicain et ancien acteur de la révolution de 1848, proscrit du Second Empire, exilé à Bruxelles, journaliste-conférencier, ami de Victor Hugo et d’Edgar Quinet, est député en 1876 puis sénateur inamovible en 1881. Evoluant lui-même beaucoup moins à gauche, Paul Deschanel pourra cependant toujours bénéficier de cette marque d’authenticité républicaine.
Après l’administration préfectorale et un échec initial aux élections de 1881, il devient député d’Eure et Loir en 1885. Bien que partisan de la représentation proportionnelle, son ancrage dans la circonscription de Nogent-le-Rotrou de 1889 à 1919 est un exemple saisissant d’encadrement du suffrage universel à moindre frais et avec le minimum de structure politique : réélu sans concurrent à chaque échéance législative (sauf celle de 1910), Paul Deschanel n’a besoin d’entretenir ni permanence électorale, ni comité ou embryon de parti. Quelques réunions éloquentes sur place, quelques interventions pour défendre les intérêts agricoles de ses électeurs et puis, très vite, la renommée « nationale » supplée à tout appareil.
A Paris, il décide de son positionnement parlementaire en toute liberté, hors et « au dessus » des partis. S’il est classé parmi les progressistes dans les années 1890, aux cotés de Poincaré et de Barthou, il ne s’engage pas directement dans les débats de politique générale. Son élection à la présidence de la Chambre des députés en 1898 résulte de la convergence et de la mobilisation de multiples réseaux. Fils de républicain de l’Empire, il est devenu une sorte de modèle de l’éloquence parlementaire fin de siècle, reconnu aussi bien à la Chambre des députés que dans les salons et à l’Académie française où il est élu en 1899. Modéré, libéral, mais reconnu d’office comme républicain de pure souche, partisan d’une forme administrative de « décentralisation », soucieux de la « question sociale », plaidant en faveur du mutualisme et d’une intervention protectrice de l’Etat mais prenant position contre le socialisme de Jaurès et le radicalisme de Clemenceau*, il va à la rencontre des conservateurs comme des radicaux de gouvernement, apprécie d’Albert de Mun* et de Joseph Caillaux*. De 1898 jusqu’à la guerre, il se conforme à cette vocation exclusive d’arbitre des débats parlementaires. Président de la Chambre de 1898 à 1902, il le redevient de 1912 à 1920. Ce choix de carrière est une règle absolue. Deschanel est l’un des rares hommes politiques à avoir refusé le pouvoir avec obstination. N’ayant pas voulu faire ses armes comme ministres dans les années 1890, il refuse la présidence du Conseil, à quatre reprises, en 1899 puis en 1913, 1914 et 1917. Curieusement, à mesure de ses succès d’éloquence et de renommée personnelle, il paraît vouloir s’enfermer de lui-même dans une voie purement honorifique. Sa victoire à l’élection présidentielle de janvier 1920 contre Clemenceau accusé de « dictature » récompense avant tout une image de monarque appliqué, élégant mais sans pouvoir du Palais-Bourbon.
Cette forme de surinvestissement dans la fonction honorifique, depuis sa députation renouvelée sans combat jusqu’au poste de chef de l’Etat en passant par la Présidence si prestigieuse de la Chambre, a cependant masqué un déni du pouvoir et de ses responsabilités. Toute une vie politique si tendue vers le même but éclaire la désillusion ressentie devant le vide du pouvoir présidentiel au moment où Deschanel exprime le besoin de s’engager enfin, contre les conditions de la paix, contre la politique de Clemenceau.
Le 23 mai 1920, le Président prend le train en gare de Lyon. Il doit se rendre à Montbrison pour l'inauguration d'un monument à la mémoire d'un sénateur mort à la guerre. Il est grippé et très fatigué. Peu avant minuit, s'étant penché par la fenêtre de son compartiment alors qu'il éprouvait une sensation d'étouffement, il chuta accidentellement hors du wagon. Heureusement pour lui, le convoi circulait à ce moment-là à relativement faible allure dans une zone de travaux à Mignerette (Loiret, à une douzaine de kilomètres au nord-ouest de Montargis). Relativement hébété et malgré tout ensanglanté (en dépit du caractère bénin de ses blessures), et vêtu de son seul pyjama, Paul Deschanel ne tarda pas à rencontrer André Radeau, ouvrier cheminot qui surveillait la zone de travaux, et auquel il se présenta comme étant le président de la République.
L'image des hommes publics étant à l'époque encore peu diffusée dans la population, le cheminot se montra sceptique mais le conduisit jusqu'à une maison de garde-barrière toute proche, où le blessé fut soigné et mis au lit par ses sauveteurs, tandis que le garde-barrière partait prévenir la gendarmerie de Corbeilles, malgré tout impressionné par la dignité du blessé et la cohérence de ses explications.
La lenteur des communications entre les divers échelons fit que, malgré la faiblesse des distances, le sous-préfet de Montargis, M. Lesueur, ne fut prévenu par télégramme que vers 5 heures du matin. L'incident commença à avoir un retentissement certain lorsque l'on s'aperçut, avant l'arrivée du train en gare de Roanne, vers 7 heures du matin, que le président de la République avait disparu. La suite présidentielle, qui attendait sur le quai de la gare, et qui était menée par Théodore Steeg, alors ministre de l'Intérieur, ne resta pas longtemps sans nouvelles puisque lui fut rapidement transmis le contenu d'une dépêche envoyée par la gare de Montargis à celle de Saint-Germain-des-Fossés (Allier), et qui expliquait succinctement le déroulement des événements survenus dans le courant de la nuit.
L'incident donna évidemment lieu, dans la presse de l'époque, à de nombreuses caricatures, souvent cruelles, et inspira la verve des chansonniers. Tout le monde ne s'est toutefois pas laissé aller à broder de manière démesurée voire mensongère sur un incident certes curieux (et qui a frappé les esprits en raison de la notoriété de sa victime).
Le 10 septembre 1920, il descend à l'aube se promener dans le parc de l'Élysée, à demi-vêtu, discute quelques instants avec un jardinier puis entre jusqu'à mi-corps dans un bassin. Ramené dans ses appartements, il semble n'avoir conscience de rien.
Souffrant d’une grave dépression, le 21 septembre, Deschanel renouvelle son offre de démission présentée une première fois après l'incident du train, et sur laquelle Alexandre Millerand, président du Conseil, l'avait convaincu de revenir. L'offre est cette fois acceptée et Paul Deschanel quitte l'Élysée.
Les rumeurs sur une prétendue folie de Paul Deschanel recevront toutefois un démenti d'importance, avec l'élection de l'ancien président de la République comme sénateur d'Eure-et-Loir, le 9 janvier 1921, dès le premier tour, par 50,34 % des suffrages exprimés (360 voix).
Il sera en outre élu à la présidence de la commission des Affaires étrangères du Sénat, en janvier 1922, lorsque Raymond Poincaré, qui occupait le poste depuis son propre départ de la présidence de la République, est pressenti pour devenir président du Conseil. Les personnes qui le côtoient à cette époque ne relèvent pas le moindre signe de démence. Au contraire. C'est un homme en pleine possession de ses moyens intellectuels qui commence une seconde carrière. Mais celle-ci n'est que de courte durée, puisqu'il meurt subitement le 28 avril 1922.
DETAILLE (Edouard), 1848-1912 :
DÉVÉ (Félix), 1872-1951 :
Médecin et chercheur. De son père, médecin d’origine elbeuvienne, Félix Dévé, né le 10 novembre 1872 à Beauvais, retiendra le goût pour les sciences médicales. Etudiant à Paris à partir de 1897, il est reçu docteur le 18 juillet 1901. Atteignant une renommée internationale, sa thèse de doctorat cause une véritable révolution dans le domaine de la parasitologie en mettant pour la première fois en évidence l’existence de l’échinococcose secondaire, affection qui fait alors des ravages dans certains pays sous-développés. De retour à Rouen, il est nommé médecin adjoint des Hôpitaux puis professeur suppléant des chaires de pathologie et de clinique médicale et chef des travaux pratiques d’anatomie et d’histologie à partir de 1903. Mathématique et rigoureux dans son travail, il recours toujours à l’anatomopathologie pour étayer ses recherches cliniques. Médecin chef à l’Hospice Général dès 1907, il devient professeur titulaire de pathologie médicale en novembre de l’année suivante. Correspondant de nombreuses sociétés, médecin et professeur, il est reconnu tant par ses pairs que par ses élèves. Appelé à effectuer son devoir militaire, il est mobilisé comme médecin aide major de 1ère classe dans le 3e corps d’armée. De décembre 1914 à mai 1918, il est médecin chef de l’ambulance 11/3 puis médecin consultant de la 3ème armée jusqu’en janvier 1919 et passe toute la durée de la guerre sur le front. Il y collecte alors de nombreux titres et décorations. Au retour du conflit, il reprend ses fonctions et devient titulaire de la chaire de clinique médicale qu’il occupera de 1924 à 1940. Ses collègues et principalement ses élèves sont subjugués par son enseignement et l’étendue de son savoir. Durant toute sa vie, il lutte contre l’échinococcose, y réservant l’essentiel de son travail de recherche. L’échinococcose est une parasitose provenant d’une variété de ténia. Ingéré par le mouton, contaminé en broutant l’herbe souillée, puis transmis au chien par voie naturelle, l’oeuf se transforme en larve hydatique. En contact direct avec le chien, l’homme peut devenir un hôte intermédiaire. Dans le cas d’une contamination, l’embryon libéré par l’oeuf atteint généralement le foie ou les poumons. Dans le foie, l’embryon se transforme en kyste hydatique qui, s’il se rompt, entraîne des infestions multiples de l’organisme. Félix Dévé est le premier à prouver l’existence de cette affection et participe activement à son éradication. Ses découvertes le rendent mondialement célèbre, principalement dans les pays les plus frappés : Afrique du Nord, Argentine, Balkans, Moyen-Orient, Uruguay. Voyageur infatigable, dessinateur à ses heures, il accumule une quantité impressionnante de documents dont la plupart seront malheureusement détruits lors du bombardement de Rouen le 29 avril 1944. Devenu sourd suite à ce tragique événement et assombri par ses conséquences, Félix Dévé décède à Paris le 1er septembre 1951.
DIEULAFOY (Paul-Georges), 1849-1911 :
Né à Toulouse le 18 novembre 1839, il vint à Paris pour faire ses études médicales et d'emblée s'inscrivit dans le service de Trousseau dont il allait se faire remaqrquer au bout de quelques jours par l'exacte citation d'un vers d'Ovide qui avait fui la mémoire du Maître. En 1865 Paul-Georges Dieulafoy est reçu premier au concours de l'internat le 24 décembre 1865 et choisit d'être l'élève de Trousseau. Marcel Proust dont le père était médecin, fait apparaître dans ses romans un savant mélange d'autobiographie et de fiction. Dans du "Côté de Guermantes" apparaît le professeur Dieulafoy, un personnage réel, appelé in extremis, comme un notaire, au chevet de la grand-mère. Le moins que l'on puisse dire est que Proust et le narrateur ne tiennent pas les médecins en haute estime. "Mon père alla le recevoir dans le salon voisin, comme l'acteur qui doit venir jouer. On l'avait fait demander non pour soigner, mais pour constater, en espèce de notaire. Le docteur Dieulafoy a pu en effet être un grand médecin, un merveilleux professeur; à ces rôles divers où il excella, il joignait un autre dans lequel il fut pendant quarante ans sans rival, un rôle aussi original que le raisonneur, le scaramouche ou le père noble, et qui était de venir constater l'agonie ou la mort. Son nom déjà présageait la dignité avec laquelle il tiendrai l'emploi, et quand la servante disait: "Monsieur Dieulafoy", on se croyait chez Molière. A la dignité de l'attitude concourait sans se laisser voir la souplesse d'une taille charmante. Un visage en soi-même trop beau était amorti par la convenance à des circonstances douloureuses. Dans sa noble redingote noire, le professeur entrait, triste sans affectation, ne donnait pas une seule condoléance qu'on eût pu croire feinte et ne comettait pas non plus la plus légère infraction au tact. Aux pieds d'un lit de mort, c'était lui et non le duc de Guermantes qui était le grand seigneur. Après avoir regardé ma grand-mère sans la fatiguer, et avec un excès de réserve qui était une poilitesse au médecin traitant, il dit à voix basse quelques mots à mon père, s'inclina respectueusement devant ma mère, à qui je sentis que mon père se retenait pour ne pas dire: ""Le Professeur Dieulafoy".
"…Il avait la souplesse d'un prestidigitateur à faire disparaître le cachet qu'on lui remettait, sans pour cela perdre rien de sa gravité de grand consultant à la longue redingote avec revers de soie, à la belle tête pleine d'une noble commisération…"
"…Sa lenteur et sa vivacité montraient que, si cent visites l'attendaient encore, il ne voulait pas avoir l'air pressé. Car il était le tact, l'intelligence et la bonté mêmes."
Le 14 mai 1869 il soutient sa thèse dont le sujet: "De la mort subite dans la fièvre typhoïde" attira d'emblée l'attention par la sagacité de son observation et le caractère saisissant de son exposé.
Peu après la même année, Dieulafoy perfectionna la thoracenthèse de Trousseau dans les pleurésies et il se fit connaître d'un plus vaste public en inventant un appareil pour évacuer les liquides pleuraux l'appareil à thoracenthèse qui porte son nom.En 1872 il publie: "Diagnostic et traitement des épanchements aigus et chroniques de la plèvre par aspiration" après un Traité sur l'aspiartion des kystes hydatiques du foie, et en 1873 il publie un Traité de l'aspiartion des liquides morbides.Cette invention s'inscrit dans l'ensemble de ses fameux travaux sur les pleurésies et l'on sait l'importance qu'il donna aux pleurésies enkystées, particulièrement à la pleurésie interlobaire. La finesse de ses examens cliniques lui permit de décrire les petits signes du mal de Bright (maladie inflammatoire, chronique et douloureuse du rein) et, l'un des premiers, à découvrir l'appendicite. A une époque où médecins et chirurgiens s'ignoraient trop souvent, il eut le grand mérite de mettre l'accent sur l'urgence chirurgicale et de réaliser ainsi un exemple de collaboration médico-chirurgicale dont l'avenir montra toute la fécondité.
Je vous livre ci-dessous une description clinique détaillée, d'une appendicite telle qu'elle a été observée par le Professeur Dieulafoy, chez une femme enceinte:
"Le 5 mai 1898, c'était un jeudi, je me trouvais dans une famille dont je suis depuis longtemps le médecin, quand on me pria de donner quelques conseils à une jeune femme qui venait d'être prise de douleurs abdominales. Cette jeune femme, grosse de cinq mois, avait auprès d'elle une garde qui parla de douleurs utérines, prélude probable d'une fausse-couche. Je me récusai, me jugeant incapable de donner un avis, en pareille circonstance, et je demandai qu'on fît aussitôt prévenir M.Pinard, ce qui avait déjà été fait. La mère de la malade insista néanmoins et me supplia de voir sa fille. La pauvre jeune femme souffrait cruellement, ses douleurs étaient accompagnées de vomissements, son état était angoissant et la garde qui l'assistait continuait à parler de contractions utérines. J'examine le ventre, je recherche avec soin le siège et l'origine des douleurs, et j'acquiers la conviction que les douleurs partent, non de l'utérus, mais de la fosse iliaque droite, au niveau de la région caeco-appendiculaire. Je poursuis l'examen et j'en arrive à conclure que cette jeune femme est atteinte d'appendicite; la localisation précise de la douleur au point de Mac Burney, la défense musculaire, l'hyperesthésie, rien n'y manque. M.Pinard voit la malade dans la soirée et porte le même diagnostic; il ne constate aucun travail du côté de l'utérus, il affirme nettement l'existence de l'appendicite et il me fait demander un rendez-vous pour le lendemain matin.
Que je vous dise d'abord comment les choses s'étaient passées. Dans le cours d'une excellente santé, au 5∞ mois de sa grossesse, cette jeune femme, sans avertissement, sans le moindre trouble intestinal antérieur, après avoir déjeuné de fort bon appétit, avait été prise vers une heure et demi de l'après-midi, de douleurs abdominales qui, peu vives au début, avaient acquis en deux heures, une très forte intensité. Les douleurs avaient été bientôt suivies de vomissements répétés. C'est à ce moment que j'avais vu la malade.
Le lendemain matin, nous constatons les progrès du mal, la nuit a été mauvaise, les douleurs ont été très vives, les vomissements ont persisté, la fièvre a été fort élevée et la température atteint encore 39 degrés. Nous jugeons, M. Pinart et moi, que nous sommes en face d'une appendicite à forme grave, et, malgré la grossesse, nous décidons l'intervention chirurgicale immédiate. A midi, le ventre est tendu, la défense musculaire se généralise, la péritonite est imminente ou déclarée, aussi l'opération est-elle décidée pour quatre heures.
Quand nous revenons, à quatre heures moins un quart, la famille que nous avions laissée quelques heures avant dans la tristesse et dans la consternation, nous reçoit maintenant avec des accents de joie non déguisée. Les visages sont souriants "la malade va mieux, nous dit-on, elle a eu une garde-robe naturelle, les douleurs ont en partie disparu, les vomissements ont cessé, la fièvre est presque tombée; la température est tombée de 39∞ à 37∞4. Ce qui dans l'esprit de la famille voulait dire :"Nous espérons bien qu'en face de ce nouvel état, vous n'allez pas donner suite à l'opération". Et cependant tout était préparé, l'interne tenait le chloroforme et l'opérateur n'attendait plus que sa malade. Au premier abord, il faut le dire, le joyeux accueil de la famille nous avait un peu déconcerté bien des pensées nous avaient traversé l'esprit; notre diagnostic serait-il erroné? la malade ne serait-elle pas atteinte d'appendicite ? l'opération aurait-elle été indûment conseillée ? Voilà les moments difficiles de notre belle profession; prendre d'aussi graves décisions et en assurer la responsabilité, tel est le rôle auquel nous ne devons jamais nous soustraire quand notre conscience nous l'ordonne. Nous nous rendons auprès de la jeune femme, et après l'avoir examiné de nouveau, nous maintenons dans son intégrité notre diagnostic et notre verdict, que la famille accepte sans mot dire. L'opération est immédiatement pratiquée. A l'ouverture du péritoine apparaît une péritonite diffuse, caractérisée par une notable quantité de liquide louche et roussâtre, sans tendance à l'enkystement. (...) J'ai vu bien des appendicites, j'ai assisté à bon nombre d'opérations, mais je ne me rappelle avoir jamais rien vu de pareil. L'appendice avait pris des proportions démesurées; il avait doublé de longueur et triplé de volume; il était énorme, turgescent, induré, en érection, avec deux plaques de gangrène (...). L'opération fut un succès..."
Ainsi la discussion sur le traitement de l'appendicite aiguë s'est poursuivie pendant un an. Dieulafoy décrivit une triade (douleur de la fosse iliaque droite, défense, hyperesthésie), suivi ou accompagné de vomissements et température. Dieulafoy avait déclaré: "le traitement médical de l'appendicite aiguë n'existe pas." Poirier précise: "on doit intervenir systématiquement aussitôt le diagnostic assuré ou même simplement soupçonné et l'on doit toujours enlever l'appendice."
Si les médecins appelés en consultation auprès de Gambetta avaient suivi l'avis de ces deux éminents médecins, l'homme politique n'en serait pas mort (31-12-1882), l'autopsie ayant confirmé le diagnostic de Dieulafoy.
Dieulafoy fit de nombreuses publications sur l'exulcération simplex de l'estomac son diagnostic et son traitement: l'intervention chirurgicale dans les hématémèses foudroyantes consécutives a l'exulcération simple de l'estomac ( Bulletin de l'Académie de médecine, Paris, 1898, 39: 49-84.)
Il ne fut pas seulement un fondateur dans la sémiologie clinique ou dans certaines indications opératoires, il le fut aussi dans le recours aux méthodes de laboratoire pour compléter l'examen du malade et aider au diagnostic.
Convaincu de l'importance des examens de laboratoire en médecine Georges Dieulafoy faisait pratiquer des analyses de sang et d'autres paramètres en plus de son propre examen clinique. Pour cela, il y a près d'un siècle, il fit équiper sa clinique de l'Hôtel-Dieu de Paris de laboratoires.
Dieulafoy fut aussi un éminent professeur. Sa renommée était telle que chaque samedi l'amphithéâtre Trousseau où il dispensait ses cours se remplissait non seulement d'élèves et de médecins mais aussi d'un public moins averti représentant le monde des arts et des lettres.
Avec une allure toujours jeune et alerte, il plaçait lui-même, avec préséance, ses illustres visiteurs.
Puis il commençait sa leçon. Il exerçait malgrè son autoritarisme un certain charme. Il savait tenir son auditoire attentif et en suspens tout autant par par la tonalité de sa voix, par l'élégance de son geste que par des hardiesses ou des curiosités de présentation qui gravaient à jamais dans l'esprit la singularité d'un cas ou les traits dominants d'une
DIX JUILLET 1940 (Séance de l’Assemblée nationale du) :

DORGÈRES (d’Halluin Henri, dit), 1897-1985 :

DORIOT (Jacques), 1898-1945 :

DORMOY (Max), 1888-1941 :

DOULLENS (Conférence de) :
Après l’attaque allemande du 21 mars 1918 sur Amiens-Montdidier et la rupture du front britannique, une conférence réunie à Doullens (Somme), le 26 mars 1918, en présence du Président de la République Raymond Poincaré, des représentatnts des gouvernements alliés et des grands chefs militaires français et anglais. Une mesure s’imposait : créer l’unité d commandement, et l’intervention énergique de Clemenceau triompha des dernières hésitations de l’Angleterre. Le général Foch fut chargé de coordonner l’action des armées alliées sur le front de France. Haig, souvieux avant tout de couvrir les ports du Pas de Calais, désespératit déjà de sauver Amiens. Pétain, préocuppé de se maintenir en liaison avec les Anglais et de couvrir cette place, ne voyait pas sans appréhension le front de ses armées s’étirer au Nord, au risque de se rompre vers le fond de la poche de Montdidier. La solution qu’imosa le nouveau généralissime, dans le premier ordre qu’il rédigea à Doullens même, était : « Tenir, tenir à tout prix, chacun où il se trouve, pour établir un front défensif et solide, à l’abri duquel pourront se masser les puissantes réserves avec lesquelles, plus tard, on prendra l’offenseive ».

DOUMER (Paul), 1857-1932 :
Homme politique. Né en 1857, l’itinéraire de Paul Doumer répond à un bon nombre maladie. Le "Manuel de pathologie interne" qu'il rédigea entre 1880 et 1884 et les six volumes de "cliniques" qu'il publia entre 1899 et 1910 furent, pendant plus de vingt ans, les sources où les jeunes médecins vinrent puiser leur formation.
A propos d'un régime alimentaire:
Une diète sévère était à la fin du XIX e siècle fréquemment prescrite pendant les maladies sérieuses.
Dieulafoy rendant visite à une jeune fille convalescente de fièvre typhoïde , permit une reprise progressive de l'alimentation et autorisa une pomme.
La mère: "Docteur, ma fille préfère les poires, est-ce important?"
Dieulafoy indigné: "Madame voulez-vous la tuer?"
S'agit-il de naïveté du médecin ou d'une simple ironie?
L'hépatite épidémique: La jaunisse suit les armées en campagne; des épidémies apparaissent sur les lieux où les troupes se regroupaient, on parla alors de jaunisse des "camps". Georges Dieulafoy en 1898, parlait de "l'ictère vernal ou automnal"
Il avait pour habitude d'arriver chaque matin à l'Hôtel-Dieu dans un coupé à deux chevaux que le cocher faisait entrer au galop sous le porche de l'hôpital après un savant virage sur le parvis de Notre-Dame.
Habillé d'une élégante redingote, il donnait ses consulations avec une allure un peu solennelle qui peut sembler d'un autre temps mais qui contribuait à imposer le respect de la médecine à la société.
Dans Germinal, Pour décrire la mort du Dr Pascal causée par une angine de poitrine Zola a utilisé le Manuel de pathologie interne de Georges Dieulafoy, la documentation médicale a aidé le romancier naturaliste à ancrer ses récits dans le "réel" ou plus exactetement dans "l'illusion référentielle".
Il fut élu Président de l'Académie de médecine en 1910.
Dieulafoy est décédé le 16 août 1911 à Paris, à un moment où le progrès des sciences et l'évolution des mœurs peuvent changer la vie.
Bibliographie:
- Cliniques médicales de l'Hôtel Dieu à Paris (1897) par Georges Dieulafoy (1839-1911)
- Etude sur l'appendicite, Dieulafoy, (La Presse Médicale 1896, p.12)
- Germinal, Emile Zola
- A la recherche du temps perdu, Le côté de Guermantes Marcel Proust
- Histoire de la Médecine par Maurice Bariéty et Charles Coury , Fayard Editeur.
- Traité de l´aspiration des liquides morbides. Méthode médico-chirurgicale de diagnostic et de traitement. Paris, Masson and Londonm, 1873. 483 pages.
-Manuel de pathologie interne. Paris, 1880-1884.
- Histoire d la Médecine et des Médecins Jean-Charles Sournia Larousse éditeur.
des valeurs « républicaines ». D’abord par ses origines et par cet idéal de promotion sociale qu’il incarne si fortement. Fils d’ouvrier cheminot, Paul Doumer a dû travailler jeune et suivre des cours du soir avant d’obtenir son baccalauréat puis une licence ès sciences. Enseignant, journaliste, il devient en 1885 chef de cabinet de Floquet, alors présidente de la Chambre. Il est lancé dans une carrière parlementaire et politique par le radicalisme. Député de l’Aisne (partielle de 1888) puis de l’Yonne en 1896, il est ministre des Finances à l’occasion de la première expérience radicale, celle de Léon Bourgeois (1895-1896), au cours de laquelle il tente de promouvoir l’impôt sur le revenu.Classé à gauche, il accepte cependant dès 1896 le poste de gouverneur général de l’Indochine que lui offre Méline* et double son image de spécialiste des finances pour celle de serviteur de l’Etat ou de l’empire (organisation administrative et grands travaux). De retour en France en 1902, réélu député de l’Aisne (jusqu’en 1910), il s’oriente vers une carrière plus « nationale » en obtenant la présidence de la Chambre (1905) mais en échouant devant Fallières pour la présidence de la République en 1906. Echec qui sanctionne son évolution vers le centre droit et sa rupture avec le parti radical-socialiste.
A ce moment sa carrière parait quelque peu compromise. Déjà battu aux élections de 1889, il connaît de nouveau sa défaite devant les électeurs en 1910. Réfugié au Sénat à partir de 1912 (élu de la Corse), il prend figure d’expert attaché à la rigueur budgétaire mais demeure éloigné du pouvoir. En fait, il doit attendre les changements politiques et culturels consécutifs à la guerre pour commencer une seconde carrière. Le recentrage des majorités parlementaires en cours de législature et à la recherche de figures modérées lui permettent de revenir au ministère des Finances au milieu du Bloc national* en 1921-1922 (cabinet Briand*) comme au milieu du Cartel des gauches* en 1925-1926 (de nouveau Briand). Même si son action ministérielle n’aboutit pas, faute de temps ou d’audace – la crise du Franc continue -, sa position parlementaire est renforcée car plus centrale, comme le prouve son accession à la présidence du Sénat en 1927.
Quand Doumer devance Briand de 41 voix (442 contre 401) au mois de mai 1931, lors du premier tour de l’élection présidentielle, on peut considérer qu’une nouvelle fois les parlementaires ont préféré une figure de second plan à l’un des principaux chefs politiques. Mais c’est oublier qu’à travers le choix de son président de la République* se célèbre d’abord elle-même par la représentation de ses symboles les plus stables. Son élection doit beaucoup au rejet et à la méfiance qu’inspirent la personne et la politique extérieure de Briand*, mais pas seulement. Dans le contexte des années 1920, Paul Doumer est l’un des derniers représentants avec Poincaré* et Doumergue* de la génération des républicains d’avant-guerre auxquels les parlementaires aiment avoir recours. Il est un repère. Limitant au minimum le protocole et le train de vie de l’Elysée, il symbolise aussi dans une époque d’incertitudes budgétaires, une République austère, économe. Enfin, avec la perte de quatre de ses cinq fils à la guerre, il incarne le sens du sacrifice que l’on retrouve au cœur de la culture politique d’après-guerre.
Au cours de son année de présidence (1931-1932), il tente de favoriser comme Doumergue, son prédécesseur, les solutions de concentration républicaine entre radicaux et modérés. Le 6 mai 1932, Doumer se rendant à la fondation Rothschild où avait lieu une vente de livres au profit des écrivains anciens combattants, il est assassiné. Même si l’acte est le fait d’un isolé visiblement malade du nom de Gorguloff (mais jugé responsable, condamné a mort et exécuté), intervient entre les deux tours des élections législatives et contribue à dramatiser l’atmosphère politique de ce début des années 1930.

→DANSETTE (Adrien), Histoire des présidents de la République, Paris, Amiot-Dumont, 1953.

DOUMERGUE (Gaston), 1863-1937 :
Homme politique. Le parcours de Paul Deschanel dans le monde polit
Né à Aigues-Vives dans le Gard en 1863, il est fils de vignerons aisés, protestants et républicains. Il fait ses études à Nîmes devient avocat en 1885 mais choisit la magistrature coloniale. Juge en Cochinchine puis juge de paix en Algérie. Il est élu député à Nîmes en 1893, il sera ensuite constamment réélu. Il sera ministre des colonies dans le gouvernement Combes de 1902 à 1905 puis ministre du commerce en 1906, de l'instruction publique de 1906 à 1908. Sénateur du Gard en 1910, il est chargé de former un gouvernement en 1913 qui durera 6 mois. Pendant la guerre il est ministre des colonies dans le gouvernement Viviani et dans les deux gouvernements Briand. Il est élu Président de la République fonction qu'il exercera du 13 juin 1924 au 13 juin 1931. En 1934 il a 71 ans le président Lebrun fait appel à lui pour rétablir la situation qui est explosive

DRAPEAU BLANC (affaire du) :
Après la chute de l'empereur Napoléon III, la France doit supporter l'occupation allemande. Des élections générales sont organisées dans la précipitation en février 1871. Elles entraînent la formation d'une Assemblée nationale conservatrice, avec une majorité de députés favorables à une restauration de la monarchie.
La plus grande partie des monarchistes se tournent vers le prétendant légitime au trône, le comte de Chambord. Ce quinquagénaire, petit-fils de Charles X et fils du duc de Berry, a été éduqué par Madame Royale, fille de Louis XVI et ancienne prisonnière du Temple, dans la haine de la Révolution. Dès l'âge de dix ans, il a vécu en exil en Autriche. Il a épousé une princesse étrangère dépourvue de sympathie pour la France. Le couple n'a pas eu d'enfant.Le comte de Chambord méconnaît la réalité française, garde la nostalgie du passé et se berce de l'illusion de restaurer une monarchie de droit divin.
Il déçoit ses partisans en exigeant dans un manifeste en date du 6 juillet 1871 que la France renonce au drapeau tricolore bleu-blanc-rouge en préalable à sa restauration sur le trône.Il écrit notamment : «Je ne laisserai pas arracher de mes mains l'étendard d'Henri IV, de François 1er et de Jeanne d'Arc. C'est avec lui que s'est faite l'unité nationale... Il a flotté sur mon berceau, je veux qu'il ombrage ma tombe... Français ! Henri V ne peut abandonner le drapeau blanc d'Henri IV».
Même les plus farouches monarchistes ne peuvent le suivre dans cette voie, considérant que le drapeau tricolore de la Révolution a acquis sa légitimité du sang de tous les Français qui sont morts pour lui jusqu'aux extrémités de l'Europe. L'affaire est d'autant plus consternante pour les royalistes que le drapeau blanc auquel se réfère le prétendant au trône ne fut le drapeau officiel de la France que pendant les quinze années de la Restauration (1815-1830).
Sous l'Ancien Régime, avant 1789, il n'existait pas, en effet, de drapeau officiel de la Nation ! Sous l'effet de leur déception, les députés décident le 31 août 1871 de se constituer en Assemblée constituante et, dans la foulée, ils votent la première loi constitutionnelle. Celle-ci confère au chef du pouvoir exécutif, Adolphe Thiers, le titre de président de la République. Adolphe Thiers, vieux chef conservateur et serviteur du roi Louis-Philippe 1er, commence dès lors à se dire qu'il vaut mieux être président de la République que Premier ministre d'un roi, fût-il constitutionnel. Il se détache de ses amis royalistes et se rallie prudemment à l'idée d'une république conservatrice, à même d'éviter aux Français de renouer avec les déchirements du passé.

DROIT DE DISSOLUTION :
La dissolution se trouve curieusement à l’origine de la « République des députés », qui cependant l’abhorrait. C’est, en effet, le renvoi de la Chambre par le président de la République, le 16 mai 1877, qui fut l’occasion de la victoire des 363 députés républicains qui s’étaient opposés à lui : le désaveu des électeurs ne dissipa pas seulement les derniers rêves de restauration monarchique, il fut aussi interprété comme la condamnation des prétentions présidentielles et déboucha sur ce que Marcel Prélot

DROITE :

DREYFUS (affaire) :
Issu d’une vieille famille de juifs alsaciens, Dreyfus naît à Mulhouse le 9 octobre 1859. En 1871, son père, riche industriel, choisit la nationalité française pour lui-même et pour ses enfants mineurs.
Après un court séjour au collège Sainte –Barbe, il entre comme interne au collège Chaptal dont il déteste "le déplorable système scolaire qui l'étouffe". Il passe son baccalauréat en 1876 et retourne à Sainte Barbe préparer l'école Polytechnique. Il y est reçu 182ème après un an de préparation. Il en sort 128ème en 1880, sous-lieutenant. A l'âge de onze ans il avait assisté à l'entrée des Prussiens à Mulhouse et en avait ressenti un tel choc et une telle émotion qu'il avait décidé d'embrasser la carrière d'officier pour manifester son attachement à la France.
En 1880, il choisit l'artillerie et entre à l'école d'application de Fontainebleau. Il en sort en 1882, 32ème sur 97. Affecté à la 1ère division de cavalerie du 31ème régiment, il est promu Lieutenant en 1885. En 1889, adjoint au Directeur de l'Ecole de Pyrotechnie de Bourges, il est promu Capitaine.
Le 18 avril 1890, il épouse Lucie Hadamard, petite fille de polytechnicien. Elle descend d'une famille cultivée et très aisée de Metz, au patriotisme et à la réputation irréprochable. Le 21 avril, le capitaine Dreyfus reçoit confirmation de son admission à l'Ecole Supérieure de guerre. Sorti avec le numéro 9 et mention Très Bien en 1892, il est désigné pour servir comme stagiaire à l'Etat-major de l'armée.
En 1892, Dreyfus est nommé à l'Etat-Major de l'Armée, où il est le seul juif. Le 13 octobre 1894, un message apporte à son domicile une convocation ordonnant à Alfred Dreyfus de se rendre en tenue bourgeoise, à une inspection le 15 octobre.
Le 15 octobre 1894, il est arrêté par un officier du 3e bureau, le commandant du Paty de Clam. On l'accuse d'être l'auteur d'un document dérobé à l'ambassade d'Allemagne (désigné sous le nom de "bordereau"), annonçant la livraison de documents concernant la défense nationale.
Son procès s'ouvre le 19 décembre 1894, devant le Conseil de guerre de Paris. Il est condamné, le 22 décembre, à la déportation perpétuelle dans une enceinte fortifiée. Il est dégradé au cours d'une cérémonie publique qui a lieu dans la grande cour de l'Ecole militaire, le 5 janvier 1895. Le 21 février, il est embarqué pour l'Ile du Diable.
La famille Dreyfus, aidée par le journaliste Bernard Lazare, mène campagne pour la révision du procès. La publication par Zola dans l'Aurore, en janvier 1898, d'une lettre ouverte au président de la République ("J'accuse") et la condamnation à un an de prison qu'elle vaut à son auteur font éclater ce qui devient l'Affaire Dreyfus. L'opinion se divise alors en "dreyfusards", hommes de gauche, anticléricaux et antimilitaristes, et en "antidreyfusards", nationalistes, conservateurs et antisémites.
Le mouvement de protestation en faveur de la révision de son procès aboutit à une annulation de sa condamnation par la Cour de Cassation, le 3 juin 1899. Un deuxième procès s'ouvre pour lui à Rennes, du 7 août au 9 septembre 1899, à l'issue duquel il est condamné de nouveau, mais avec des "circonstances atténuantes". Le 19 septembre, il est gracié par le président de la République Emile Loubet.
Alfred Dreyfus vit ensuite à Carpentras, chez une de ses soeurs, puis à Cologny, près de Genève. Le 5 mars 1904, la Cour de Cassation déclare acceptable sa demande en révision du jugement de Rennes. Le 12 juillet 1906, le jugement est cassé sans renvoi, et, le lendemain, la Chambre vote une loi le réintégrant dans l'armée, avec le grade de chef d'escadron. Le 21 juillet 1906, il est nommé Chevalier de la Légion d'honneur. Il est ensuite nommé à la direction d'artillerie de Vincennes ; le 15 octobre, il est désigné pour commander l'artillerie de l'arrondissement de Saint-Denis.
Admis à la retraite en octobre 1907, il est mobilisé pendant la Grande Guerre : il est affecté d'abord à l'Etat-major de l'artillerie du camp retranché de Paris, puis, en 1917, à un parc d'artillerie divisionnaire.
Il meurt le 12 juillet 1935. Le cortège funèbre, pour rejoindre le cimetière Montparnasse, traverse la place de la Concorde au milieu des troupes célébrant la fête nationale, au garde à vous. Ce stoïcien n'a jamais voulu faire appel à la pitié, mais simplement demander justice. Il a rédigé durant son interminable supplice les Lettres d'un innocent dont Zola, qui sut réveiller la conscience humaine, disait " je ne connais pas de pages plus hautes, plus éloquentes, c'est le sublime dans la douleur et plus tard elles resteront comme un monument impérissable lorsque nos oeuvres à nous, écrivains, auront peut-être sombré dans l'oubli ".

DRIEU LA ROCHELLE (Pierre), 1893-1945 :
Écrivain. Agé de 14 ans, il découvre : Ainsi parlait Zarathoustra, de son maître à penser Friedrich Nietzsche. Après un séjour en Allemagne et en Angleterre, il se définit comme "germanophile et anglomane". Drieu La Rochelle fit ses études à l'École libre des sciences politiques de Paris. La lecture de Kipling, de Barrès, et plus encore, de Nietzsche, le marquera profondément ; il en gardera cette soif d'accomplissement par l'héroïsme. Mobilisé en août 1914, il sert dans l'infanterie et participa aux batailles de Charleroi et de Verdun. Blessé à deux reprises, hospitalisé, son expérience de la guerre le déçut où sera blessé trois fois. Le choc de la guerre le marquera à jamais et déterminera toute son oeuvre à venir. Au lendemain de la guerre, il se lie d'amitié avec Aldous Huxley, l'auteur du roman d'anticipation : Le meilleur des mondes. Il dévore les livres de Shakespeare, de Goethe, de Schopenhauer, de Dostoïevsky, de Proudhon, de Sorel, de Barrès, de Péguy et de Maurras.
Ses premiers poèmes sont publiés en 1917 avec Interrogation. Entre 1920 et 1924, il est tenté par le Dadaïsme, se rapproche des Surréalistes : André Breton et Paul Éluard. Mais en 1925, il signe un article historique dans la NRF : la véritable erreur des surréalistes qui le sépare pour toujours de l'avant-garde. Entre-temps, il écrit et alterne entre essai lyrique (Mesure de la France) et roman analytique (L'homme couvert de femmes). En 1926, il rencontre Emmanuel Berl à La Revue hebdomadaire. 1927 est l'année de l'amitié majeure de Drieu avec André Malraux. Il écrit des articles pour Bertrand de Jouvenel à La Lutte des Jeunes en 1934 et fait la connaissance du militant Pierre Andreu, son futur biographe. Il écrit sa profession de Foi dans Socialisme fasciste : "Cette envie de faire une politique de gauche avec des hommes de droite."La même année, il rencontre Ernst von Salomon à Berlin. Drieu excelle dans le journal intime ou le témoignage introspectif.Ses réflexions décadentistes et ses descriptions pessimistes du monde littéraire et politique font de lui le meilleur mémorialiste de son temps. Sans oublier, la grâce de sa plume de journaliste que l'on retrouve dans les recueils d'articles :Chronique politique, 1934-1942 et Le Français d'Europe. En 1936, il adhère au Parti Populaire Français dirigé par Jacques Doriot et écrit régulièrement dans L'Émancipation Nationale, organe de presse du parti.En 1939, il envoie sa lettre de démission au PPF.Directeur de la Nouvelle Revue française sous l'Occupation, auteur d'articles dans le Figaro et dans Je suis partout, son engagement politique lui apparaît très vite aussi inutile que ses aventures amoureuses, qu'il évoque dans l'Homme couvert de femmes (1925) et dans Gilles (1939). Il cherche alors un salut en littérature, publiant successivement l'Homme à cheval (1943) et les Chiens de paille (1944). Le 15 mars 1945, accusé de collaboration avec l'ennemi, il se suicide. Son oeuvre, qui illustre le malaise de toute une génération, a été complétée par la publication de récits (Récit secret, 1948; Exorde,1961; Mémoires de Dick Raspe, 1966) et du Journal 1944-1945 (1961).
Drieu La Rochelle, Pierre (1893-1945),;
il vit son espoir viril d'une "grande action" totalement ruiné: lui qui aspirait à être un "chef, un homme libre qui commande" se retrouva "veau marqué entre dix millions de veaux et de bœufs". C'est la découverte de cette immense duperie qu'il racontera en 1934 dans la Comédie de Charleroi, roman que l'on tient pour son chef-d'œuvre. Il a toutefois éprouvé de manière intense la fraternité mystique des tranchées, qu'il estime plus forte que l'antagonisme des belligérants, comme en témoignent ses poèmes écrits au lendemain de sa démobilisation (Interrogations, 1917). Ses romans mettent en scène une bourgeoisie veule, désabusée et débauchée, à l'image de sa propre famille et de lui-même: l'Homme couvert de femmes (1925), Drôle de voyage (1933), Rêveuse Bourgeoisie (1937) et surtout Gilles (1939) font de Drieu le témoin lucide mais trop faible du malaise de sa génération. Avide d'engagement mais convaincu de la vanité de toute action, il se rallia à l'idéologie d'extrême droite, nouveau remède à ses tiraillements intérieurs, après une longue hésitation entre fascisme et communisme (Socialisme fasciste, 1934 ; Chroniques politiques, 1942). La seconde guerre et l'hégémonie allemande lui parurent l'occasion de construire une Europe nouvelle, à la fois aristocratique et sociale (le Jeune Européen, 1927), et il s'engagea avec enthousiasme en 1940 dans la politique de collaboration avec le régime nazi (voir ses Notes pour comprendre le siècle, 1941). Il dirigea alors la Nouvelle Revue française, qui s'égara avec lui. Pourtant, après quelques années, la politique pétainiste et l'attitude de l'occupant l'inquiétèrent ; les réticences pointent peu à peu (le Français d'Europe, 1944), et la déception fait même place au dégoût, y compris celui de sa propre conduite. Contraint de se cacher à la Libération malgré la protection d'amis fidèles comme Malraux, il s'empoisonna en 1945 sans chercher à se justifier, au terme d'une vie très tôt marquée par la tentation de la mort: il évoquait dans son Récit secret une première tentative de suicide à l'âge de sept ans.

DRUMONT (Edouard), 1844-1917 :
Édouard Drumont naît à Paris le 3 mai 1844. Issu d'une famille de paysans et d'artisans, son père est employé sous le Second Empire dans les bureaux de la préfecture de la Seine. Son fils Édouard suit la même voie. Dès cette époque, celui-ci collabore également à de nombreux journaux parisiens, dont Le Petit Journal, La République, La Liberté d'Émile de Girardin. Dans leurs colonnes, il livre régulièrement des articles de critique. Dans les premières années de la Troisième République, Édouard Drumont fréquente les cercles littéraires et artistiques de la capitale. Curieux de l'histoire de la ville, il publie en 1878 un premier ouvrage qui lui est consacrée, Mon vieux Paris.
Édouard Drumont rompt bientôt avec les traditions familiales républicaines. A partir de 1880, il se fait le partisan du comte de Chambord, qui représente la branche aîné des Bourbons. Par son intransigeance, développée notamment dans le manifeste du 5 juillet 1871 adressé aux Français, celui-ci complique la tache de ceux qui œuvrent pour la restauration de la Monarchie. Drumont s'en détache d’ailleurs rapidement, estimant que le prétendant légitimiste à la couronne de France manque d'audace politique.
Influencé par les écrits de Louis de Bonald et de Joseph de Maistre, Édouard Drumont demeure cependant attaché à ses convictions politiques. Celles-ci ont pour fondement la tradition chrétienne et monarchiste de la France. Au cours de ces années et alors que l’idée de Revanche contre l’ennemi allemand hante les esprits, celle-ci s’enrichit avec le nationalisme. Comme nombre de ses contemporains, Édouard Drumont s’attache alors à trouver une explication à la décadence de la France.
Au mois de janvier 1886, il publie ainsi chez Flammarion un pamphlet intitulé La France juive, essai d'histoire contemporaine. Drumont dénonce " les puissances d'argent ", et plus spécialement la mainmise des grandes familles juives sur la finance internationale. Cet antisémitisme puise son inspiration dans un racisme radical. Au " Sémite mercantile, cupide, intrigant, subtil et rusé ", il oppose " l’Aryen enthousiaste, héroïque, chevaleresque, désintéressé, franc, confiant jusqu’à la naïveté ". L’ouvrage, qui a un grand retentissement, est également un succès commercial. La France juive connaît ainsi plus de deux cent éditions successives, auxquelles son auteur adjoint plusieurs suites issues de l’actualité.
L’ouvrage vaut à Édouard Drumont deux duels, face à Arthur Meyer notamment, le directeur du journal conservateur Le Gaulois, mais il accède également à la notoriété. Celle-ci s’entretient de ses talents de polémiste. En 1888, Drumont récidive et rédige La Fin d'un monde, un anathème lancé contre la société bourgeoise décadente. Le 5 septembre de l’année suivante, en compagnie du marquis de Morès, il est à l’origine de la création d’une Ligue antisémitique française qui soutient bientôt le général Boulanger. En 1892, le pamphlétaire fonde enfin son propre quotidien, La Libre Parole, dont le premier numéro paraît le 20 janvier. Dans ses colonnes, Édouard Drumont est un des premiers journalistes à dévoiler le scandale politico-financier de l'affaire de Panama. Celui-ci ébranle la République en mettant en cause nombre de parlementaires. Les articles, écrits à cette occasion, sont ensuite réunis en un volume, De l'or, de la boue, du sang, en 1896. Entre temps, sont également publiés maint écrits polémiques : La Dernière Bataille en 1890, Le Testament d’un antisémite l’année suivante, Le Secret de Fourmies en 1892…
Collabore bientôt à La Libre Parole André du Quesnay de Boisandré, François Bournand, Jean Drault, Gyp (pseudonyme de la comtesse de Martel), Gaston Méry, Adrien Papillaud, Raphael Viau… Cette équipe de rédacteurs adhèrent ainsi au sous-titre explicite du quotidien, La France aux Français ! Celui-ci prend tout son sens lorsqu’au mois de mai 1892 Édouard Drumont mène campagne contre la présence des juifs dans l’armée, " l’arche sainte ", dénonçant la pénétration sémite dans le corps des officiers. Il raconte ainsi que le moment venu, " Rothschild se fera communiquer les plans de la mobilisation. On sait bien dans quel but. " Dans les semaines qui suivent, deux duels l'opposent au capitaine de dragons Cremieu-foa, qui souhaite réparer l'insulte faite au " trois cent officiers français de l'armée d'active qui appartiennent au culte israélite ". Au cours de ces années, Drumont multiplie les articles, laissant libre cours à son délire antisémite, une haine véritablement obsessionnelle. Le journal augmente son audience, le tirage au quotidien approchant les 100.000 exemplaires vendus. C’est que le terreau de l’intolérance devient fertile avec la chronique de l’Affaire, le complot enfin révélé au grand jour…
Le 29 octobre 1894, un entrefilet dans La Libre Parole demande la confirmation de la récente arrestation d’un traître : est-il vrai, interroge le journal, " que, récemment, une arrestation fort importante a été opérée par ordre de l’autorité militaire ? ". Durant l'affaire Dreyfus ainsi déclenchée, Édouard Drumont milite ardemment dans le camp anti-dreyfusard. Ceci lui permet d’être élu député " anti-juif " d'Alger au mois de mai 1898, une ville où de violentes manifestations antisémites ont eut lieu quelques mois plus tôt. A la Chambre ainsi que dans les colonnes de son journal, il s'oppose alors vivement à la révision du procès du capitaine Dreyfus, puis réclame des poursuites contre Émile Zola, auteur du J’accuse, et milite même en 1899 en faveur de l'abrogation du décret Crémieux...
Non reconduit dans son mandat en 1902, son influence, tout comme celle de son journal, déchiré par les dissensions internes, déclinent ensuite. Les militants nationalistes préfèrent désormais se tourner vers L’Action française de Charles Maurras. En 1910, La Libre Parole passe ainsi dans les mains d'un groupe financier catholique et conservateur qui écarte son fondateur de la direction éditorialiste du quotidien. Aussi, le 22 février 1915, il prend la direction du journal Le Peuple français. Alors que le premier conflit mondial met entre parenthèses les conflits qui ont déchiré la France, Édouard Drumont, à présent solitaire et quasi-oublié, décède à Paris, le 5 février 1917.

DUCHÊNE (Denis-Auguste), 1862-1950 :
Né le 23 septembre 1862 à Juzennecourt, dans la Haute-Marne, Denis Auguste Duchêne est entré à l’École Spéciale Militaire de Saint-Cyr le 28 octobre 1881. A partir de sa sortie de l’école, en 1883, le sous-lieutenant Duchêne a vécu la carrière classique d’un officier d’infanterie de l’époque, alternant les séjours outre-mer et les périodes en corps de troupe dans des garnisons métropolitaines. En 1886 et 1887 notamment, il fit campagne au Tonkin comme lieutenant au 4e régiment de Tirailleurs Tonkinois. Promu capitaine le 11 octobre 1892, il entra à l’École Supérieure de Guerre, dont il sortit breveté.
Il fut nommé chef de bataillon le 16 mars 1901 puis lieutenant-colonel le 25 décembre 1908. Depuis sa sortie de l’École de Guerre, il avait occupé divers emplois en corps de troupe (au 32e R.I. en 1898 puis au 147e R.I. en mars 1901) et en états-majors (4e D.I. en 1895, 9e C.A. en 1896, 14e D.I. le 10 février 1904, 20e C.A. en décembre 1908).En 1912, comme colonel, il commandait le 69ème régiment d’infanterie. Il occupa ensuite (23 mars 1914) le poste envié de chef d’état-major du 20e corps d’armée. A cette époque, une telle promotion constituait l’assurance d’un avancement régulier et la garantie d’une certaine compétence. Le 20e Corps en effet était considéré comme l’élite de l’armée française. Chargé de garder la frontière de Lorraine, il était alors commandé par un certain Ferdinand Foch...Après la bataille des frontières, la désastreuse défaite de Morhange et le repli sur Nancy, le colonel Duchêne a participé à la défense du Grand-Couronné (5-12 septembre 1914). Il s’y est distingué puisqu’il reçut peu après la rosette d’officier de la Légion d’Honneur et fut nommé général de brigade un mois plus tard (le 27 octobre). Il devint alors chef d’état-major de la 2e Armée.
De cette époque, son avancement se fit encore plus rapide. Le 9 mars 1915, il recevait le commandement du 32e corps d’armée ; le 12, il était général de division à titre temporaire (il passait à titre définitif le 28 septembre 1915). L’année suivante il recevait la cravate de commandeur de la Légion d’Honneur, était nommé général de division et prenait la tête du 2e corps d’armée, qu’il conduisit dans la bataille de la Somme, en octobre 1916. Le 27 décembre suivant, il gravissait un échelon supplémentaire en devenant le chef de la 10e Armée. Autoritaire et colérique, il était craint par ses subordonnés et peu aimé de ses hommes. "Il a l'art de se rendre partout indésirable", écrivait de lui le général des Vallières...Le 11 décembre 1917, revenant du front d'Italie, il prenait la tête de la 6e Armée. Celle-ci avait alors la garde du chemin des Dames. Au delà de son aspect tactique, cette mission avait valeur de symbole. Car cette ligne de crête entre l’Aisne et l’Ailette, de Soissons à Reims, était encore dans toutes les mémoires. De la plus douloureuse des façons. Il était donc hors de question que cette position conquise dans la douleur entre avril et septembre 1917, puisse un jour retomber au pouvoir des Allemands. Lors des premières offensives de Ludendorff (mars et avril 1918), l’armée Duchêne resta en marge de la bataille. Son secteur était considéré comme calme et hors de danger. On y affecta donc des troupes usées par les derniers combats (les 19e et 22e D.I. bretonnes ou le 9e C.A. britannique, par exemple). Et pourtant... Lorsque le 27 mai la troisième bataille de l’Aisne se déclencha, son front fut percé en quelques heures ! Effet de surprise et surnombre des troupes d’assaut allemandes face à des défenseurs fatigués sont deux éléments d’explication. L’obstination du général Duchêne à ne pas vouloir aménager une deuxième position et son opposition sur ce point avec le G.Q.G. de Pétain restent toutefois les facteurs déterminants de la défaite. L'héroïsme désespéré de ses troupes submergées n'y a rien pu. De surcroît, une fois le premier choc encaissé, Duchêne rechigna à faire replier son armée au sud de l'Aisne. Il lui semblait que la crête du chemin des Dames devait être son seul et ultime rempart. En refusant le repli immédiat sur une forte ligne de résistance (manœuvre si bien exécutée par le général Gouraud en Champagne, le 15 juillet suivant), c'est tout son dispositif qui fut ébranlé et c'est jusqu'à la Marne qu'il fut contraint de rétrograder...
Le 10 juin 1918, le général Duchêne payait le prix de son échec et le général Degoutte prenait sa place à la tête de la 6e Armée. C’est lui qui devait la conduire lors de l’offensive victorieuse du 18 juillet. Placé en disponibilité le 12 septembre 1918 puis soumis à une commission d'enquête sur son échec de mai, il retrouvait un commandement important (la 19e D.I., à Rennes) le 27 mars 1920. Il dirigea ensuite successivement les 13e et 3e C.A., avant d’être placé dans la position de réserve le 23 septembre 1924.
Cet homme dont la carrière prometteuse avait été brisée par un choix défensif malheureux et auquel les événements ne permirent pas qu’il fût donné de seconde chance, est mort le 9 juin 1950 à Bihorel, dans le département de la Seine Inférieure).

DUCLERC (Charles), 1812-1888 :
Homme politique. Né à Bagnères-de-Bigorre (Hautes-Pyrénées), le 9 novembre 1812, Charles Duclerc est d’abord correcteur puis journaliste économique au National. Ce disciple de Garnier-Pagès avait été sous-secrétaire d’Etat puis ministre des Finances (7 mars-24 juin 1848), avant de s’opposer à Cavaignac et, naturellement à Napoléon III. Battu à plusieurs législatives, il s’était réfugié dans les affaires, devenant notamment directeur du Crédit mobilier espagnol. Elu député des Basses-Pyrénées En février 1871, il soutient Thiers et les lois constitutionnelles de 1875 avant d’être élu un des premiers sénateurs inamovibles en décembre de la même année.
Les échecs successifs de Ferry, Gambetta et Freycinet conduisent Grévy à faire appel à ce « glorieux ancien » de la cause républicaine. A presque 70 ans, ce modéré incarne les valeurs dont le régime semble avoir besoin : l’expérience, la fermeté, la sagesse et la stabilité. Il constitue son cabinet le 7 août 1882. Or, la combinaison qu’il préside ne comporte aucun des grands noms de l’opportunisme, ce qui l’affaiblit d’emblée. Duclerc est lui-même un orateur médiocre. S’il envoie des renforts contre la Chine pour affermir la présence française au Tonkin, Duclerc passe en revanche pour un faible dans le traitement de la question égyptienne qui oppose alors la France à l’Angleterre. Cette dernière, après avoir occupé Le Caire, met fin unilatéralement à la cogestion économique jusqu’alors partagée avec la France, le gouvernement qui a laissé faire, passe pour dupe auprès d’une large partie de l’opinion.
C’est pourtant la politique intérieure qui va avoir raison du ministère. Floquet, suivi de plusieurs députés, demande le 16 janvier 1883 l’expulsion des membres des anciennes familles régnantes. Duclerc s’y oppose, jugeant la mesure liberticide et donc contraire à l’esprit de la République. Il défend en particulier le duc d’Aumale dont la bravoure militaire et la loyauté envers les institutions ont forcé l’estime des modérés et de la l’armée. Mais les pressions des parlementaires, aiguillonnés par les radicaux, le contredisent et l’obligent à démissionner le 29 janvier 1883, son ministère s’étant déchiré sur la question. A nouveau pressenti en mai 1887, il doit décliner l’invite en raison de l’hostilité des radicaux. Il décède à Paris le 21 juillet 1888.

DUCLOS (Jacques), 1896-1975 :

DUFAURE (Armand), 1798-1881 :
Homme politique. Ministre de trois régimes, ce proche de Thiers incarne, à l’instar de son mentor, l’évolution du libéralisme politique de l’orléanisme de mouvement au républicanisme conservateur. Né à Saujon (Seine inférieue) le 4 décembre 1798, Armand Dufaure est reçu docteur en droit et s’inscrit au barreau de Saintes, puis à celui de Bordeaux. Elu député de Saintes, il est nommé conse
Profondément affligé par la déroute des troupes françaises en 1870, il demeure cependant dans Paris assiégé afin de soutenir par la parole les combattants, au nombre desquels se trouvent ses deux fils. La capitulation donne à cet homme énergique et travailleur l’occasion de revenir à la politique dans le sillage de Thiers. Le 8 février 1871, il est envoyé à l’Assemblée nationale par cinq départements, dont la Charente-inférieure qu’il choisit finalement de représenter. Le 19 février suivant, Thiers, chef du pouvoir exécutif, en fait son ministre de la Justice, avant de le nommer, par décret spécial du 2 septembre 1871, vice-président du Conseil des ministres avec possibilité de convoquer et présider ce dernier s’il est absent. Il s’agit deux jours après la loi Rivet, d’établir le chaînon manquant entre l’exécutif et le législatif, maintenant que les ministres, à la différence du nouveau président, sont politiquement responsables devant la Chambre
En réalité, le président de la République, de temlpérament autoritaire ne laisse à son bras droit aucune autonomie. Partisan, tout comme son chef, d’une république conservatrice, Dufaure proclame le moratoire des loyers, organise des conseils de guerre afin de réprimer les désordres engendrés par la Commune et, sur un plan symbolique, procède à la restitution des biens non vendus de la maison d’Orléans. Son zèle et son efficacité dans la répression des troubles ne sont peut-être pas étrangers au fait que deux de ses propriétés avaient été mises à sac par les fédérés. D’abord et surtout garde des Sceaux, il traite la délicate question de la réforme de la magistrature, procède à son épuration partielle avant de faire voter l’importante loi du 21 novembre 1872 qui modifie les attributions du jury criminel.
Après la chute de Thiers, le 24 mai 1873, il réintègre les rangs de centre gauche à l’Assemblée. Moins de deux ans plus tard, le 15 mars 1875, il retrouve la Chancellerie dans le cabinet de l’orléaniste Louis Buffet. La démission de ce dernier, après son cuisant échec aux législatives, permet à Dufaure, recemment élu député de l’arrondissement de Marennes, d’accéder enfin à la tête du gouvernement.
Signe de la « parlemantarisation » au cours des institutions, « le sanglier », comme on le surnomme souvent en raison de sa rudesse, inaugure le titre de président du Conseil le 9 mars 1876. Conservant la plupart de ses collègues du ministère Buffet dont Decazes aux Affaires étrangères et Léon Say aux Finances, le premier président du Conseil républicain de la IIIème République pratique cependant l’ouverture à gauche avec l’entrée de Waddington à l’Instruction publique. Très actif malgré son âge avancé, il continue à s’opposer aux radicaux dont il fait avorter toutes les propositions d’amnistie en faveur des communards. Partisan d’une politique de détente dans la fermeté, il institue cependant une commission de grâces chargée de l’aider à effacer progressivement les blessures de la guerre civile. Dans le même esprit, il fait lever l’état de siège dans les quatre derniers départements où il subsiste. Il réussit d’autre part à imposer une diminution des droits d’enregistrement sur les ventes immobilières et, surtout, en se fondant sur l’exemple des auditeurs au Conseil d’Etat, à moraliser le recrutement des magistrats par l’institurion d’un concours. Victime de l’hostilité croissante de la majorité républicaine qui le juge trop timoré, et sans appui ferme du Sénat, Dufaure finit par démissionner, le 12 décembre 1876, après avoir été mis en minorité devant la Chambre haute. Ayant cédé la place à Jules Simon, il rentre au Sénat dont il devient un membre inamovible depuis son élection le 14 août 1876. Opposé à la dissolution de la Chambre après la crise du 16 mai 1877, il marque son hostilité envers le second cabinet du duc de Broglie dont il craint qu’il ne mène la France au chaos.
Le départ de ce dernier provoqué par la dissolution manquée de 1877, suivi du fiasco du ministère Rochebouët permettent à Dufaure de constituer son dernier cabinet, le 13 décembre suivant, non sans avoir reçu préalablement du chaf de l’Etat, le maréchal Mac-Mahon, l’assurance de sa soumission au parlementarisme. Cette dernière prend la forme d’un message à la Chambre qui signe l’abaissement durable de la fonction présidentielle : « La constitution de 1875 a fondé une République parlementaire en établissantmon irresponsabilité, tandis qu’elle a institué la la responsabilité solidaire et individuelle des ministres. Ainsi sont déterminés nos devoirs et nos droits respectifs : l’indépendance des ministres est la condition de leur responsabilité nouvelle. » Le gouvernement s’ouvre largement aux républicains « historiques » avec la nomination de Waddington aux Affaires étrangères et surtout du gambettiste Freycinet aux Travaux publics. Pris entre un président de la République affaibli mais tenace et une Chambre avide de vangeance, Dufaure manœuvre avec finesse. Il laisse Marcère procéder à l’Intérieur à une vaste épuration des préfets mais veille à moderer les ardeurs de la gauche, ce qui lui vaut d’être accusé d’immobilisme. Il entreprend une importante révision des codes criminels et ramène l’administration pénitentiaire sous la tutelle du ministère de la Justice dont il a la charge. Vu l’ampleur de la crise passée, Dufaure s’acquitte bien de sa mission de transition, veillant notamment à la bonne orchestration de l’Expostion universelle de 1878 qui oblige les partis à observer une trêve tacite et salutaire. Ses relations avec Mac-Mahon, tendues à l’origine, se bonifient toutes les semaines. Toutefois, le basculement républicain du Sénat en janvier 1879 rompt l’équilibre fragile mis sur pied par le président du Conseil. L’impatience épuratrice des assemblées oblige Dufaure à réclamer des têtes, notamment au sein du haut commandement, ce qui précipite la démission du président de la République, effective le 3 février 1879. Emu, le président du Conseil s’est échiné en vain à trouver un compromis acceptable avec le vainqueur de Magenta. Usé par l’âge et le pouvoir Dufaure présente selon l’usage sa démission au nouveau président de la République Jules Grévy qui ne le retient pas. Se retirant dans sa maison de à Rueil (Seine et Oise), il y décède le 27 juin 1881.

DUFY (Raoul), 1877-1953 :
Né au Havre en 1877, Raoul Dufy suivit à partir de 1892 des cours du soir à l’école municipale des beaux-arts du havre, où il rencontra Othon Friesz. Il vint à Paris en 1900, entra aux Beaux-Arts dans l’atelier Bonnat. Il s’intéressa aux impressionnistes et aux post-impressionnistes.
En 1906, il peint Affiches à Trouville dont les couleurs et les thèmes l’apparentent au mouvement fauve. Dufy revint ensuite à un art plus sévère, notamment à la suite de ses contacts avec Matisse puis Braque. Il remit à l’honneur la xylographie illustrant le Bestiaire d’Apollinaire en 1910. Il dessina des tissus pour Paul Poiret et exécuta les décors du Bœuf sur le toit de Jean Cocteau. Des séjours dans le Midi et en Italie libèrent ensuite son art, son trait devient d’une extraordinaire acuité et ses couleurs pures s’étalent en aplats.
Il réalisa pour le pavillon de la lumière à l’Exposition internationale de 1937 la Fée Electricité, le plus grand tableau du monde, qui raconte sur 600 mètres carrés l’histoire de l’électricité. A la fin de sa vie, Dufy tendra vers un plus grand dépouillement, témoignant d’une grande faculté d’invention, de vitalité et de jeunesse. Il meurt à Forcalquier en 1953.

DUHEM (Pierre), 1861-1916 :
Chimiste et philosophe des sciences. Né le 10 juin 1861, Entré premier au concours de l'École Normale Supérieure en 1882, Duhem écrivit une thèse en chimie critiquant Marcellin Berthelot, qui refusa la thèse et qui devait être son adversaire universitaire et idéologique toute sa vie.Duhem ne put jamais être nommé à Paris, en partie à cause de ses idées politiques et religieuses car il était catholique pratiquant et anti-républicain. Il enseigna la chimie à l'Université de Bordeaux mais refusa un poste en histoire des sciences à Paris.
Opposé à toute interprétation matéraliste et réaliste de la chimie et de la physique, Duhem proposa une conception qu'on qualifiera ensuite d'« instrumentaliste » de la science dans La Théorie physique, son objet et sa structure (1906). Selon l'instrumentalisme, la science ne décrit pas la réalité au-delà des phénomènes mais n'est qu'un instrument le plus commode de prédiction. Il rejetait l'atomisme et l'interprétation réaliste de la mécanique statistique ou de la thermodynamique au profit de « l'énergétisme » de Wilhelm Ostwald. Il prit parti pour Ernst Mach et Josiah Willard Gibbs contre l'atomisme de Ludwig Boltzmann. Le dernier chapitre de ce livre s'appelle « la Physique d'un croyant » et il défend l'idée que c'est le Cardinal Robert Bellarmin qui avait raison contre Galileo Galilei puisque la science ne doit que « sauver les apparences » sans prétendre décrire la réalité ultime.
Il soutient aussi qu'il n'y a aucune « expérience cruciale » (contrairement à ce que disait Francis Bacon) en science. Une expérience, une observation ou un fait ne peut pas suffire à trancher entre deux théories puisque chaque théorie peut s'adapter à une expérience récalcitrante en faisant d'autres aménagements. Une proposition isolée n'est donc pas en jeu dans une expérience, c'est toute la théorie qui peut être confrontée à l'expérience. La thèse fut reprise par Willard Van Orman Quine et est appelée « Thèse de Duhem-Quine » ou « holisme de la confirmation ».Il fut aussi un historien des sciences, notamment dans sa monumentale Le Système du monde, Histoire des doctrines cosmologiques, de Platon à Copernic (1913-17) où il défend une interprétation continuiste du progrès scientifique et réévalue l'importance du Moyen Âge avant l'émergence de la science moderne. Il meurt le 14 septembre 1916)
Duhem (Pierre), Les théories de la chaleur (1895) Duhem (Pierre), Le mixte et la combinaison chimique. Essai sur l'évolution d'une idée. (1902)
Duhem (Pierre), L'évolution de la mécanique (1902)
Duhem (Pierre), Les origines de la statique (1903)
Duhem (Pierre), Sozein ta phainomena. Essai sur la Notion de Théorie physique de Platon à Galilée (1908) Duhem (Pierre), Traité d'énergétique (1911) STOFFEL (Jean-François), Le phénoménalisme problématique de Pierre Duhem, Bruxelles, Académie royale de Belgique, 2002, 391 p.

DUKAS (Paul), 1865-1935 :
Compositeur, professeur et critique. Né à Paris, le 1er octobre 1865. Il étudie au Conservatoire de Paris : l'harmonie avec Théodore Dubois, le piano avec Georges Mathias, la composition avec Ernest Guiraud dans la classe duquel il côtoie Debussy. En 1888, il obtient le second Grand Pris de Rome. En 1891 il compose l'ouverture de concert de Polyeucte. De 1892 à 1901, il écrit des critiques musicales dans «La Revue hebdomadaire». En 1895, il participe à l'édition ces oeuvres complètes de Rameau. De 1896 à 1902il écrit dans «La Gazette des Beaux- arts». En 1897 il compose l'apprenti sorcier. La sonate en mi bémol pour piano, dédiée à Saint-Saëns date de 1901, Variations, Interlude et Finale sur un Thème de Rameau, de 1903. Ariane de Barbe-Bleu, opéra en 3 actes est créé à l'Opéra-Comique en 1907. De 1910 à 1913 et à partir de 1928 il enseigne l'harmonie au Conservatoire de Paris. Il a Olivier Messiaen, Tony Aubin, Jean Cartan, Georges Hugon Georges Favre comme élèves. Il aide et conseille de Falla. Le «Poème dansé» La Péri est créé en 1911-1912. Il détruit toutes ses oeuvres qui ne le satisfont pas.

Homme de grande culture, critique fécond qui collabora à la plupart des grandes revues artistiques et musicales de son temps, professeur de composition au Conservatoire de Paris (où il succèda à Charles-Marie Widor et eut parmi ses élèves Olivier Messiaen, Jehan Alain, Maurice Duruflé) de 1928 à 1935, brillant orchestrateur, apprécié de Saint-Saëns comme de Debussy, de Vincent d'Indy comme de Fauré, disciple de Franck et grand admirateur de Wagner, Paul Dukas reste souvent pour le public l'homme d'une oeuvre, L'Apprenti sorcier. Dans ce «scherzo symphonique» d'après une ballade de Goethe, qui fut créé en 1897, Dukas manifeste son génie de l'orchestration. On ne saurait cependant passer sous silence l'opéra Ariane et Barbe-Bleue, sur un livret de Maurice Maeterlinck, et La Péri, poème dansé initialement destiné à Diaghilev. Il meurt le 17 mai 1935 à Paris
dukas paul abraham

Je suis né à Paris le 1er octobre 1865. Naturellement, je n'étais pas destiné à faire de la musique et c'est seulement vers ma quatorzième année que je commençais à manifester quelques dispositions sérieuses : j'avais appris à pianoter comme tout le monde, et c'est spotanément que, pendant une maladie que je fis à cette époque, je mis en musique une strophe d'un choeur d 'Esther de Racine. Je ne savais rien et comme je ne montrais de goût pour rien en dehors de la musique, on résolut de me la faire apprendre. J'appris seul le solfège, tout en cotinuant à composer en cachette, car on me l'avait défendu (!) et en 1882 je crois, ou fin 1881, Th. Dubois m'admit comme auditeur libre dans la classe d'harmonie.
Je fus un assez mauvais élève, ayant l'esprit porté à prendre le contre-pied d'un enseignement qui me semblait tout empirique. Dubois en conclut qu'il s'était trompé sur mon compte et je crois qu'il me considéra toujours comme comme un garçon subversif. Toujours est-il que, ne mettant jamais la «quarte et sixte» à l'endroit voulu, je pris part à deux concours sans résultat.
Pendant ce temps, j'étais entré, pour satisfaire mon père, dans la classe de piano de Mathias : bien qu'au bout d'un an on m'eût pris come élève, je profitai aussi mal de son enseignement que celui de Dubois. Je ne fus jamais admis à coucourir.
Toutes mes idées, à ce moment, étaient tournées vers la composition et j'écrivis entre autres une ouverture du Roi Lear que j'allai bravement porter à Pasdeloup. A ma grande joie, il m'en complimanta et me promit de l'essayer. Mais l'expérience n'eut pas lieu, grâce à mon... inexpérience : à dix-sept ans, j'ignorais encore qu'il y eût encore des copistesv et j'avais trouvé trop long le travail de récrire cet interminable morceau à tant d'exemplaires.
L'année suivante, mieux instruit, je pus m'entendre à l'orchestre, grâce à un excellent homme que vous avez sans doute connu : Hugo de Senger. Un de mes amis lui avait présenté une ouverture que j'avais écrite pour Goetz der Berlichingen et quelques mélodies. Il en fut enchanté et poussa la bonté jusqu'à rassembler son orchestre, bien qu'on ne fût pas encore dans la saison, afin de me faire entendre ma musique. Ceci se passait à Genève en septembre 1884. Je quittai la Suisse enchanté de la façon dont mon orchestre «sonnait». Néanmoins je ne fus pas joué encore cette année là.

J'entrai, à la rentrée des cours, dans la classe de Guiraud, qui m'apprit le contrepoint et la fugue. En 1886 je pris part au concours du Prix de Rome sans être admis à concourir d'essai non plus qu'en 1887, bien que j'eusse obtenu le premier prix de fugue un mois après le premier de ces concours d'essai. J'attribue le second de mes échecs auprès de l'Institut au voyage de Bayreuth que je fis en 1886. C'était alors très mal porté.

En 1888, admis enfin à concourir , j'obtins le second Grand Prix à l'unanimité avec une cantate intitulée Velléda. C'est Erlanger qui eut le premier à une vois de majorité, après plusieurs tours de scrutin où nous eûmes le même nombre de suffrages.

L'année suivante, pour me dédommager de mes déboires, on ne me donna pas de prix du tout : Gounod se mit en quatre pour m'empêcher de l'obtenir et me prodigua en revanche tous les conseile et les meilleures consolations. Saint-Saëns, au contraire, prit partie pour moi et m'engagea à persister. Il s'agissait cette année là d'une Semelée.

Ne me sentant pas d'humeur à concourir plus longtermps, je tirai ma révérence à l'Institut et partis pour le régiment où je me livrai à des occupations très antimusicales de 1889 à la fin de 90.
Je me remis au travail en 1891 et, en janvier 1892, Lamoureux acceptait et faisait entendre une ouverture de Polyeucte qui fut depuis rejouée pas Ysaÿe à Bruxelles et Sylvain Dupuis à Liège.

La même année, je terminai le poème d'un drame lyrique en trois actes Horn et Rimenbild, mais je n'en poussai pas la musique plus loin que le premier acte, m'apercevant trop tard que les développements de l'oeuvre étaient plus littéraires que musicaux.

En 1895, Saint-Saëns me choisit pour mettre au point les esquisses de la Frénégonde de Guiraud dont il écrivit les 5e et 4e actes. J'orchestrai les trois premiers. L'ouvrage eut huit ou neuf représentations.

En 1897 je donnai à l'Opéra une symphonie en trois parties qui fut fortement discutée.

La même année (en mai), j'ai conduit à la Société Nationale la première exécution d'un poème symphonique : l' Apprenti Sorcier, d'après Goethe, que les concerts Lamoureux ont joué cette année même ainsi que les concerts Ysaÿe à Bruxelles. Je travaille présentement à une sonate de piano qui sera certainement finie au moment où paraîtra le supplément que vous préparez pour le dictionnaire de Riemann, et a un drame lyrique en quatre actes L'Arbre de Science.

J'ai écrit également, en assez grand nombre, des mélodies et des choeurs, mais tout cela est et doit rester inédit.

Je suis critique musical à la Gazette des Beaux Arts et à la Revue hebdomadaire. J'ai fait partie à deux reprises du comité de la Société Nationale. Je prends part au travail de révision des oeuvres de Rameau pour la grande édition de Durand : c'est moi qui suis chargé des Indes Galantes.


PAUL DUKAS (1865-1935),
musicien d'élite, qui, dans notre époque friande de querelles esthétiques, de polémique: et de controverses, aura joui du privilège unique de n'être discuté par personne. En pleine mêlée, les combat tants de tous les partis ont déposé les armes pour salue sa maîtrise souveraine. Il fut l'élève de Théodore Dubok et de Guiraud, mais par l'esprit et le caractère, Pau Dukas se rattache à la lignée franckiste des grands mora. lisateurs de notre art. Il y a en lui des attitudes qui évoquent le souvenir de Franck, de Magnard et de d'Indy et pourtant sa musique échappe à toute influence directe des maîtres qui furent ses meilleurs amis. TravailIant dans un volontaire isolement, jaloux de sa liberté, plus sauvage encore que Debussy, il a ciselé dans la solitude et le silence des chefs-d'oeuvre dans lesquels un souci de la forme impeccable, le choix d'une matière sonore somptueuse et le sang-froid d'une volonté réfléchie composent une synthèse que l'on pourrait qualifier de parnassienne. La richesse verbale, la couleur éclatante, le purisme et la impassibilité de Hérédia, de Leconte de l'Isle et de Villiers de l'Isle-Adam, ce Parnassien d'avant le Parnasse, se retrouvent dans les partitions de Paul Dukas qui réussissent à provoquer l'émotion dans le domaine de l'intelligence et de la perfection réalisée.
Elles sont peu nombreuses parce qu'elles sont toutes les fruits d'une méditation prolongée. Une auto-censure impitoyable en a encore réduit le nombre. C'est ainsi qu'il ne laissa publier ni son Ouverture du Roi Lear ni celle de Goetz von Berlichingen. Toute sa gloire s'est établie sur ces piliers de marbre que sont sa S onate en mi bémol mineur pour piano, ses Variations interlude et final sur un thème de Rameau, sa Symphonie en ut majeur, son Ouverture de Polyeucte, son Apprenti Sorcier, son éblouissante Péri et son unique drame lyrique Ariane et Barbe-Bleue. La clarté, la solidité, la logique et la virtuosité supérieure qui caractérisent chacun de ces ouvrages semblent bien devoir en faire des monuments impérissables du génie français dans ce qu'il a de plus lucidement cartésien.
Des trois amis, qui furent trois grands maîtres, et qui disparurent tous trois après 1918, Gabriel Fauré, Vincent d'Indy et PAUL DUKAS, le troisième est celui dont nous avons le moins à dire, d'abord parce que c'était un homme secret et qui ne se laissait pas facilement pénétrer. Même avec l'aide de son grand admirateur et fervent biographe, Gustave Samazeuilh, nous ne savons pas grand'chose de sa vie.
Il ne se croyait jamais suffisamment préparé à ses tâches par ses études et ses réflexions antérieures. Il passait de longues périodes de sa vie dans un silence d'ailleurs fécond et un fructueux recueillement. Mais le fruit en était long à mûrir. L'oeuvre restait longtemps sur le métier. Extraordinairement soucieux de, perfection, Dukas ne se jugeait jamais satisfait de lui-même et de ce qu'il avait produit. Le compte est vite fait de ce qu'il consentit à faire connaître au public : l'Ouverture pour le roi Lear (1888), la Symphonie en ut majeur (1896), l'Apprenti sorcier (1897), d'après la ballade de Goethe, qui par son étourdissant succès, le fit connaître dans le monde entier, la Sonate de piano (1900), les Variations, également pour piano, sur un thème de Rameau (1903), une des plus hautes manifestations de la pensée du compositeur, où se révèle le plus évidemment la parenté de son art avec celui de Beethoven, du Beethoven des dernières sonates et des derniers quatuors : même solidité et même hardiesse dans l'architecture, même sereine poésie du détachement et de la résignation, — de la tendresse aussi, de la tendresse très pure, exempte de sensualité, — sombres angoisses parfois suivies d'allégresse éclatante. Mais ne nous arrêterons-nous pas quelques instants à ce chef-d'oeuvre, Ariane et Barbe-Bleue (Opéra-comique, 10 mai 1907) qui, passé au répertoire de l'Opéra, demeure un des ouvrages les plus marquants de notre théâtre musical ?

Barbe-Bleue n'a pas fait périr ses femmes successives, comme on le croit. Il les a enfermées dans un souterrain sans lumière et sans liberté. Et il a épousé Ariane, qui arrive dans le château tristement fameux pleine de curiosité, comme celles qui l'y ont précédée. Elle veut savoir le secret du maître. Elle aussi, elle ouvrira la porte défendue avec la petite clef d'or tentatrice. Mais c'est dans une intention différente : « D'abord, dit-elle, il faut désobéir. C'est le premier devoir quand l'ordre est menaçant et qu'il ne s'explique pas. » Elle ne juge pas commettre une faute et ne redoute point les conséquences de son audace. Elle ne craint pas Barbe-Bleue. Elle le brave. Les paysans du voisinage le lui livrent garotté, le livrent à la vengeance de ses victimes. Mais Ariane défait les liens de Barbe-Bleue et demeure à sa merci, sûre de sa beauté et du triomphant effet de sa calme volonté. Barbe-Bleue reste interdit. Ariane alors prononce ce simple mot : «Adieu ! » et dépose un baiser sur le front de celui qu'elle va quitter pour toujours. Barbe-Bleue fait un mouvement pour la retenir. C'est en vain. Suivie de sa nourrice, Ariane se dirige vers de nouveaux destins,tandis que les autres femmes, délivrées par Ariane, qui leur a montré la beauté de la vie libre dans la lumière, entourent le maître blessé qu'elles ne veulent point abandonner, non plus que leur monotone servitude.
Mæterlinck offrait à Paul Dukas un beau poème, le poème de la délivrance, un poème plein de pensée, plein de sous-entendus symboliques, de fécondes réticences, à dessein un peu vague dans quelques-unes de ses indications, pour mieux laisser sa part à la méditation, — riche d'humanité dans son fond un peu obscur.

L'essentiel n'est pas dit.
A nous de le deviner.
A la musique de l'exprimer, pour nous y aider.

En 1910, Paul Dukas écrivit quelques pages pour servir de commentaire à la signification poétique et musicale du personnage d'Ariane. Il débutait ainsi : « Personne ne veut être délivré. La délivrance coûte cher parce qu'elle est l'inconnu et que l'homme (et la femme) préférera toujours un esclavage « familier » à cette incertitude redoutable qui fait tout le poids du « fardeau de la liberté ». Et puis, la vérité est qu'on-ne peut délivrer personne : il vaut mieux se délivrer soi-même. Non seulement cela vaut mieux, mais il n'y a que cela de possible. » Et tout le drame d'Ariane est là : elle délivre des femmes qui ne veulent pas être délivrées. Elle s'aperçoit enfin de son erreur, elle comprend qu'elle est seule à mettre sa liberté au-dessus de son amour. Cas exceptionnel, cas unique qui rend justement impraticable l'amour, la plus étroite des servitudes. Vivre libre, idéal qui met l'homme en dehors de la société, en dehors de ses semblables, en dehors de son propre bonheur. Mais où va donc Ariane après son inutile effort ?...
Après Ariane, Paul Dukas a encore composé une très belle oeuvre, la Péri, ballet créé en avril 1912 au Châtelet aux Concerts de danse de la Trouhanowa.
Mais depuis la « grande guerre » jusqu'à sa mort survenue presque subitement en 1935, on regrette qu'il n'ait plus rien donné au public, — ou si peu : une seule pièce pour piano, l'émouvante Plainte au loin du Faune, composée pour la Revue musicale, en hommage à la mémoire de Claude Debussy.
Son art est d'un savant architecte dont les procédés de construction ressemblent parfois, nous l'avons dit, à ceux du Beethoven de la dernière manière. Ajoutons que cet art est d'une richesse somptueuse. Il emplit nos oreilles de savoureuses satisfactions que n'a jamais recherchées l'auteur de la Messe en ré et de la IXe Symphonie, et c'est en quoi il en diffère bien plus qu'il ne lui ressemble par certains côtés. La sensualité (harmonique et orchestrale) est une des plus saillantes caractéristiques du tempérament de Paul Dukas. Et cette sensualité s'allie en un singulier mélange à la haute intellectualité de ses ambitions architecturales et à son penchant si curieusement méditatif.
On a reproché à Paul Dukas de manquer d'abandon, de tendresse. Reproche très exagéré et qui n'atteint pas en particulier certaines pages si touchantes des Variations sur le thème de Rameau, auxquelles nous avons déjà fait allusion.
En tout cas, Paul Dukas possède, comme aucun autre, la force, l'éclat qui va souvent jusqu'à la splendeur éblouissante.
Il excelle à exprimer la noblesse de l'effort, la beauté morale de l'audace réfléchie, de la témérité victorieuse, de l'héroïsme. Il traduit avec autant de bonheur « la beauté physique de la lumière » et, par opposition, le «mystère tragique des ombres».
Ses dons expressifs ont d'autant plus de valeur qu'ils se révèlent dans une forme absolument parfaite.
Entre le romantisme de Vincent d'Indy et l'impressionnisme de Claude Debussy, — ses deux amis très chers, — Paul Dukas représente la tradition classique dans ce qu'elle a de plus noble, de plus fier et en même temps de plus vivant et de plus ouvert à tous les enrichissements progressifs du devenir musical.
Paul Dukas ne « s'abandonnait » pas souvent dans sa musique. Mais l'homme s'abandonnait volontiers dans l'amitié : il fut le plus sûr, le plus délicat, le plus affectueux des amis. Robert Brussel nous l'affirma, lui qui fut son ami pendant quarante années.
Cette sensibilité, elle se manifeste dans des oeuvres où il faut la chercher sous une enveloppe parfois brillante, parfois sévère; mais elle n'échappe pas à qui est vraiment sensible lui-même.
Cette sensibilité, c'est ce qui lui inspire ses plus belles pages, et lui-même était le premier à s'en rendre compte. Il le disait bien : « Il faut savoi& beaucoup et faire de la musique avec ce qu'on ne sait pas. » C'est l'inconscient qui dicte les chefs-d'oeuvre.
Il était extrêmement difficile pour lui-même. Il avait un senscritique impitoyable qui s'exerçait plus sévèrement sur ses propres ouvrages que sur ceux des autres. C'est ainsi qu'il fut amené à mettre de côté, à renoncer à publier, à brûler des oeuvres dont il a fait entendre à ses amis des fragments que ceux-ci avaient trouvés très beaux. Une 2e Symphonie, une Sonate piano et violon, une partition pour accompagner la traduction de la Tempête de Shakespeare, un drame musical, le Nouveau Monde, un poème chorégraphique, le Sang de Méduse, un morceau d'orchestre destiné à Konssewitzky, un ballet pour l'Opéra, un poème symphonique, le Fils de la Parque, ont ainsi disparu.
Paul Dukas n'était pas seulement un grand musicien. C'était aussi un esprit très cultivé et d'une érudition extrêmement étendue. Sa bibliothèque témoignait de la variété de ses goûts. On y trouvait Dominique à côté des Balzac et des Flaubert, quelques Russes, peu d'historiens, sauf Michelet, mais des poètes en renom et des philosophes, des contes et des légendes de tous les pays. On y trouvait, Villon, Charles d'Orléans, Ronsard, du Bellay, Verlaine, Rimbaud, à côté de Goethe et de Dante. Spinoza voisinait avec Nietzsche. On y trouvait Heine, Keats, Shelley, Rémy de Gourmont, Kipling, Conrad, Sainte-Beuve, Rabelais, Chateaubriand, Epictète, Pascal, Marc-Aurèle, Renan, Emerson, Hugo, Mallarmé, Jules Laforgue, M eterlinck et bien d'autres.
Telle fut la diversité de ses goûts. Il lui répugnait d'enchaîner sa pensée à un aspect limité de la réalité, de l'univers. Telle fut la mobilité de son esprit et de ses plaisirs intellectuels ou esthétiques.
Il aimait autant Mozart que Wagner.
Pour Mozart notamment il avait une admiration sans bornes. Ses grands finals lui paraissaient être « le sommet de la musique dramatique ». Mais il savait combien Mozart échappe à la foule et ce que la musique « a perdu à cesser de s'adresser à une élite » pour parler à la masse, « incapable de se complaire à l'émotion uniquement musicale ». Et maintenant il nous est difficile d'avoir pour Mozart l'oreille de ses contemporains. « Nous pouvons nous réfugier dans son oeuvre comme dans un Eden oublié. Il ne semble pas que nous puissions nous y établir à demeure;.., le refuge est pourtant délicieux. On conçoit que, lassés des outrances et des excès de l'art d'à présent, choqués de ses éclats souvent cruels, de son apparat parfois grossier et de cette atmosphère de tremble-ment de terre qu'il fait flotter autour de lui, d'aucuns viennent y rêver et regretter... Mais que sert le regret ? Rien n'y fera : la musique ne saurait plus être un langage en soi. Nous traduisons,
sans doute parce que nous ne sommes plus assez musiciens et peut-être aussi parce que Wagner et d'autres ont passé. »
Il y a quarante-deux ans que Paul Dukas écrivait ces lignes. Il ne les aurait peut-être plus écrites aujourd'hui. Car il aurait dû tenir compte du « retour à Mozart » et de cette tendance que témoignent, depuis environ 1918, nos jeunes musiciens, et sous l'influence peut-être de Strawinsky, deuxième manière, d'écrire de la « musique pure ». Paul Dukas a trop vécu dans l'atmosphère des musiques franckiste et wagnérienne pour s'imaginer qu'on renoncerait jamais à faire de l'expression le but principal de l'art. Il songeait à tant d'inutiles « wagnéries » qu'on écrivait encore en France, au début du xxe siècle, et il avait bien raison de s'écrier alors : « La composition d'un trio comme celui du balcon, si justement admiré dans Don Juan, exige une souplesse de facture et un art des nuances, infiniment plus difficiles à rencontrer que l'habileté de combinaisons basées sur des leitmotive conventionnels. » (Ceci pour les « imitateurs » de Wagner.)

En même temps qu'un musicien Paul Dukas était un philosophe, un penseur. Autant que la richesse et la variété de ses facultés il faut en admirer le bel équilibre (1).

DUNAN (Jean Henry), 1828-1910 :

DUPARC (Henri), 1848-1933 :

DUPUY (Charles), 1851-1923 :
Homme politique. Né au Puy (Haute-Loire) le 5 novembre 1851, Charles Dupuy a dirigé le gouvernement à trois reprises, toujours en période de crise et pour une durée brève. Normalien de formation et agrégé de philosophie, professeur puis inspecteur d’académie, Charles-Dupuy est élu député républicain en 1885. Rapporteur du budget de l’Instruction publique pendant trois ans, il devient ministre de l’Instruction publique, des Beaux-Arts et des Cultes dans les deux premiers ministères Ribot (décembre 1892-avril 1893). Après le retrait de ce dernier, le président de la République Carnot le charge le 4 avril 1893 de constituer un nouveau gouvernement. L’élévation de cet homme neuf, honorablement connu par plusieurs publications, maque la volonté de tourner la page du scandale de Panama qui continue d’infester le climat politique. Lié avec la plupart des jeunes parlementaires, d’une corpulence que beaucoup jugent rassurante – on le surnomme le pachyderme – et d’une intégrité irréprochable, Charles-Dupuy a pour mission de donner un second souffle à la République.S’il reprend la plupart des ministres du cabinet précédent, le nouveau président innove en confiant son premier portefeuille à Raymond Poincaré et en marquant, dès sa déclaration aux Chambres, son désir de rompre avec un passé marqué par des enrichissements illicites. Sa volonté réformatrice se concrétise par la loi du 15 juillet 1893 qui pose la première pierre d’une politique sociale d’envergure avec la mise en place de l’assistance médicale gratuite pour les plus défavorisés. Le 13 octobre suivant, il reçoit une escadre russe à Toulon, geste qui scelle publiquement le rapprochement franco-russe et prélude à la future alliance. Sortie de la spirale des affaire et de l’isolement diplomatique, la France reprend son rang et le régime son assise. Charles-Dupuy tente de capitaliser sa toute jeune popularité en favorisant l’intégration des catholiques. « Notre nation n’a pas peur des hommes nouveaux » déclare-t-il dans un discours à Toulon. Ce déplacement vers la droite du centre de gravité politique se confirme par ses discours très antisocialistes qui fustigent « les doctrines qui, sous des vocables divers, collectivisme ou autres, prétendent substituer la tyrannie anonyme de l’Etat à l’initiative individuelle ». Il joint les actes à la parole en faisant intervenir la troupe à Paris en juillet, suite à un début d’émeutes au Quartier latin.
Les législatives ne bouleversent pas l’équilibre de forces existant puisque les républicains de gouvernement sont largement majoritaires. Elles n’en soulignent pas moins le recul des conservateurs, l’échec des ralliés et la poussée des socialistes. Clemenceau, victime de l’onde de choc de Panama, est battu tout comme Floquet. Jaurès et Millerand déposent en novembre un ordre du jour condamnant « la politique rétrograde et provocatrice du gouvernement ». Charles-Dupuy persiste, en réfutant publiquement la célèbre formule de Brisson selon laquelle « il n’y a pas d’ennemis à gauche ». Cette fois, c’en est trop pour les radicaux qui quittent le ministère, entraînant la démission du cabinet le 3 décembre 1893.
Charles-Dupuy succède alors à la présidence de la Chambre, ce dernier étant investi comme président du Conseil. Le 9 décembre, l’explosion en pleine discussion d’une bombe posée par l’anarchiste Vaillant souligne son courage et son sang-froid : « Messieurs, la séance continue », commente-t-il simplement, attirant sur sa personne un élan de popularité qui l’impose à nouveau à la tête du gouvernement après la chute de Casimir-Perier.
Son deuxième ministère composé le 30 mai 1894, s’ouvre largement à la jeune génération montante dont il est maintenant l’incarnation. La plupart de ses ministres comme Raymond Poincaré, Félix Faure, Hanotaux, Delcassé, Leygues ou Barthou accéderont aux plus hautes fonctions de l’Etat en marqueront de leur empreinte l’histoire ultérieure du régime.
La politique sociale est poursuivie avec la loi du 29 juin 1894 qui institue les caisses de retraite et de secours des mineurs. En novembre sont fondés le Crédit agricole mobilier et les habitations à bon marché (H.B.M.). Mais l’opinion publique est surtout obsédée par la menace anarchiste. Elle se concrétise dès le 24 juin 1894 par l’assassinat du président de la République Carnot, poignardé par Caserio. Le Congrès porte Casimir-Perier à la présidence, Charles-Dupuy n’arrivant qu’en deuxième position. Selon l’usage, ce dernier présente sa démission au nouveau président le 1er juillet 1894. Réinvesti, il innove dans son troisième cabinet en ne procédant à aucun remaniement au sein de son cabinet. En outre, il marginalise d’emblée Casimir-Perier, le traitant en quantité négligeable. Les deux têtes de l’exécutif ne s’aiment guère et ne s’entendent sur rien, ce qui engendre une cohabitation d’autant plus conflictuelle que le nouveau chef de l’Etat entend réhabiliter sa fonction et jouir pleinement de ses prérogatives. Sauf la répression de l’anarchie qui fait l’objet d’une loi ad hoc (29 juillet 1894), le pouvoir exécutif s’affaiblit et va s’écrouler.
Début janvier 1895, le conseil d’Etat rend un avis favorable aux Compagnies de chemin de fer dans le bras de fer qui les oppose alors au gouvernement. Barthou, ministres des Travaux publics, démissionne, s’estimant désavoué. La Chambre rebondit en mettant en minorité le gouvernement. Logiquement, Charles-Dupuy démissionne le 26 janvier 1895, entraînant dans sa foulée le départ de Casimir-Perier qui prend acte du vote de défiance parlementaire pour constater la désagrégation de la majorité et quitter ses fonctions.Trois et demi plus tard, Charles-Dupuy retrouve le pouvoir en plaine affaire Dreyfus. Pour avoir participé au conseil restreint qui a ordonné l’arrestation du capitaine en octobre 1894, il connaît parfaitement le dossier. Comme ce fut le cas lors de la crise boulangiste, l’heure est à la « concentration républicaine ». Le quatrième gouvernement composé par Charles Dupuy le 1er novembre 1898 regroupe à parité radicaux et modérés. La nomination de Freycinet à la Guerre, poste qu’il a occupé avec succès de 1888 à 1893, témoigne de la prépondérance du pouvoir politique dans la question militaire. Le gouvernement marquant le point de départ de la politisation totale de l’affaire, la mort du président de la République Félix Faure, le 16 février 1899, précipite la crise. Elle affaiblit le régime – le chef de l’Etat étant décédé dans les bras de sa « connaissance » - au moment où il a le plus besoin de sa respectabilité. Elle porte les tensions à leur paroxysme, le président défunt étant connu pour son antidreyfusisme alors que son successeur, Emile Loubet, passe pour un révisionniste. Les ligues passent aussitôt à l’action et franchissent un degré de plus dans leur hostilité à la République. Paul Déroulède, qui a annoncé dès l’élection de Loubet son intention de recourir à un coup d’Etat, tente en vain de soulever l’armée le jour des obsèques du président Félix Faure. Le gouvernement réplique en l’arrêtant et en faisant lever son immunité parlementaire. De même, il fait poursuivre les ligues en justice afin d’obtenir leur dissolution. Or les ligues sont condamnées à de simples amendes tandis que Déroulède est acquitté fin mai par la cour d’assises. Le gouvernement paraît d’autant plus affaibli que Freycinet a démissionné début mai, laissant son portefeuille à Krantz, jusqu’alors détenteur du portefeuille des Travaux publics et qui ne jouit pas du même prestige que son prédécesseur. Sur ces entrefaites, le 3 juin 1899, la Cour de cassation annule le jugement dont Dreyfus avait été victime en 1894 et le renvoie devant un nouveau Conseil de guerre, à Rennes. Le lendemain, le président Loubet est vivement pris à partie par les antidreyfusards et molesté. Estimant la modération dépassée, Charles-Dupuy réagit avec vigueur. Il ferme des clubs royalistes, engage des poursuites contre l’avocat général et le président de la cour d’assises, suspectés de bienveillance envers Déroulède, demande à la Chambre la mise en accusation du général Mercier, dépose le 9 juin un projet de loi qui renvoie devant les tribunaux correctionnels les délits d’outrage ou de diffamation contre le président de la République et les corps constitués. Deux jours plus tard, il déploie un imposant appareil policier lors de la manifestation de protestation dreyfusarde orchestrée par Jaurès à Longchamp. Sa volonté d’éviter la guerre civile est interprétée par les gauches comme un outrage aux républicains, traités sur le même pied que les nationalistes. Interpellé par le député Vaillant, le ministère est renversé le 22 juin. Attaqué par les deux camps, il ne pouvait de toute façon plus espérer se maintenir.
Durant ces deux derniers ministères – le cinquième ayant été constitué à l’occasion de l’élection de Loubet – Charles Dupuy a dû également gérer la délicate question de Fachoda. Delcassé, le ministre des Affaires étrangères, met fin à la crise en rappelant Marchand et en signant avec son homologue britannique un traité reconnaissant la domination de la Grande-Bretagne sur le bassin du Nil. Certes, la France subit un échec mais elle préserve l’avenir en préparant les voies de l’Entente cordiale.
Elu sénateur de la Haute-Loire en 1900, Charles-Dupuy siège à la Chambre haute jusqu’à sa mort survenue à Ille-sur-têt (Pyrénées-orientales), le 23 juillet 1923.
Fachoda, Panama, la crise anarchiste, Dreyfus : les cinq gouvernements de l’ancien universitaire ont été placés sous le signe de la crise politique. Ajoutons-y la mort brutale de deux présidents de la République, Carnot et Faure – « C’est le second qui me claque dans les mains », comme le « pachyderme » qui aura dû également gérer une cohabitation tendue avec un troisième (Casimir-Perier) et l’agression physique d’un quatrième (Loubet). Tout cela sans jamais pouvoir gouverner dans la durée, donc faire prévaloir la vision politique d’une République pacifiée qui s’esquissait dans son rapprochement avec les ralliés et ses lois sociales. Etrange destin en définitive, empli de paradoxes puisque ce modéré dut travailler dans l’urgence et la fermeté, échoue à l’intérieur tandis qu’il avait réussi à l’extérieur en rapprochant la République de la Russie et de l’Angleterre.

DURAFOUR (projet) :

DURAND (Jules), 1880-
Syndicaliste-révolutionnaire. C'est au Havre, dans une famille ouvrière vivant le long des docks que naît, le 6 septembre 1880, Jules Durand. Très tôt amené à travailler, il fréquente l'université populaire des Bourses du travail, le soir après les heures de travail. C'est là qu'il découvre les écrits de Proudhon, Louise Michel, Pouget, etc., et qu'il prend conscience de la lutte des classes, qu'il se lance dans le militantisme syndicaliste-révolutionnaire.
Ses activités syndicalistes ne sont pas du goût de tout le monde et entraînent son licenciement de la société d'affrètement où il travaillait comme docker. A partir de ce moment, il devient, comme son père, charbonnier-journalier ; mais comme ses idées sont connues de l'employeur, il ne trouve du travail que lorsqu'il y a vraiment beaucoup de boulot. Ce qui l'arrange : les jours où il ne travaille pas, il participe activement à l'organisation syndicale. Devenant secrétaire du syndicat corporatiste des charbonniers, il le fait adhérer à l'union locale des Bourses du travail et à la C.G.T. ; il participe étroitement à la formation de l'union départementale des syndicats. La jeune union des charbonniers devient vite importante et compte, début 1910, plus de 400 adhérents. Les charbonniers forment une corporation ouvrière importante au Havre, cette ville vivant principalement du commerce du charbon. D'ailleurs la ville ouvrière et les docks ressemblent plus, à cette époque, aux corons du Nord qu'à une ville normande.
En août 1910, le syndicat des charbonniers lance une grève illimitée "contre l'extension du machinisme, contre la vie chère, pour une hausse des salaires et le paiement des heures supplémentaires". La grève est très bien suivie et Jules Durand se démène en démarches et collectes de solidarité. Pour contrer le mouvement de grève, la Compagnie transatlantique embauche des jaunes -on les appelle ici des renards- qu'elle paye triple. Le 9 septembre, Dongé, un des jaunes, ayant travaillé sans arrêt les 7 et 8 septembre et étant en plus, en état d'ivresse, menace de son revolver quatre charbonniers -grévistes, mais non syndiqués- aussi ivres que lui. Les quatre hommes ripostent aux menaces et le frappent, si fort que Dongé doit être emmené à l'hôpital où il meurt le 10 septembre. Les quatre coupables sont arrêtés. Trouvant que le mouvement de grève dure trop longtemps à leur goût et voulant se débarrasser de Jules Durand pour quelques temps en l'envoyant en prison, la Compagnie générale transatlantique, la bourgeoisie locale et sa presse, avec en première ligne Le Havre Eclair, exploitent le fait divers et achètent le témoignage de charbonniers qui affirment que l'assassinat de Dongé a été voté par le syndicat, à l'instigation de Durand, le 14 août. Même le chef de la Sureté du Havre dénonce cette machination grossière, maïs Jules Durand est arrêté, ainsi que les frères Boyer (secrétaire adjoint et trésorier du syndicat).
L'affaire Dreyfus du pauvre
Le procès a lieu en novembre 1910 à la Cour d'assise de Rouen. L'avocat général ne fait pas dans la dentelle et veut vraiment défendre sa classe contre les anarchistes ; il n'évite pas les coups bas en dénonçant avec acharnement Jules Durand, comme buveur d'eau et membre d'une ligue anti-alcoolique, au jury, composé de paysans pour la plupart bouilleurs de cru et fabricants de calva. Sa plaidoirie réussit à arracher la condamnation à mort de Jules Durand, le 25 novembre. Les frères Boyer sont acquittés et les quatre coupables condamnés l'un à 15 ans de travaux forcé, deux à 7 ans, le dernier étant relégué. A l'issue du procès, Jules Durand a une crise de nerf, on doit l'emmener et il est maintenu 40 jours en camisole de force. Au Havre, c'est la consternation, la stupeur. En solidarité, une grève générale éclate à partir du 28 novembre, paralysant toute la ville. Le Comité confédéral appelle à la grève de solidarité et dénonce les responsabilités de la Compagnie générale transatlantique, ainsi que le comportement de l'avocat général. Les gens ont encore à l'esprit l'affaire Dreyfus, et on parle alors d'affaire Dreyfus du pauvre. Au niveau international, la solidarité se fait également sentir : Ben Tillet et la Fédération internationale des ports et docks entraînent les mouvements des docks en Angleterre ainsi qu'aux Etats-Unis.En décembre, Francis de Pressensé et la Ligue des droits de l'homme lancent un mouvement général de protestation. Toutes ces actions sont efficaces et la peine de mort est commuée... en 7 ans de réclusion. Là encore, de nouvelles protestations éclatent, l'indignation augmente : la commutation en 7 ans de prison laisse entendre que Durand est tout de même responsable. Le 1er janvier 1911, de nouvelles campagnes de solidarité ont lieu, notamment celle de Emile Glay, Alcide Delmont et Paul Meunier (député de l'Aube) qui obtiennent la libération de Jules Durand avant la révision. Malheureusement, les nerfs et la tète de Jules Durand n'ont pas supporté l'affaire et le séjour de 40 jours en camisole : il est devenu " fou " et ne retrouvera jamais la raison. Le directeur de la prison de Rouen le minet aux mains du dirigeant de la C.G.T., Charles March, le 15 février 1911, mais c'est pour qu'il soit envoyé à l'asile. La révision entreprise en 1912 par la Cour de cassation proclame Jules Durand innocent, le 15 juin 1918. Jules Durand meurt le 20 février 1926 à l'asile d'aliénés -comme on disait à l'époque- de Sotteville lés-Rouen. Détail curieux : dans les archives du Palais de Justice de Seine-Inférieure ne figure pas le dossier de l'affaire Durand : il a brûlé pendant la Seconde Guerre mondiale, justement. Piètre consolation, aujourd'hui, un de ces grands boulevards dont Le Havre a le secret porte le nom de Jules Durand.

DURKHEIM (Emile), 1858-1917) :

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