Tuesday, December 06, 2005

C

CABINETS MINISTÉRIELS :

CACHIN (Marcel), 1869-1957 :
Issu d’une famille de paysans du Gers, Marcel Cachin est né le 20 septembre 1869 à Paimpol (Côtes-d’Armor). Il obtient une bourse d’études qui permet à ce brillant Membre du Parti ouvrier français dès 1891, Marcel Cachin (1869-1958) prit part aux congrès socialistes d’Amsterdam (1904), puis de Paris (1905). Député (1914-1932), rallié à la politique d’union nationale, il fut envoyé en mission diplomatique en Russie (1917). Lors du congrès de Tours (1920), Marcel Cachin se rangea du côté de la fraction majoritaire (communiste) qui adhéra à la IIIe Internationale. Directeur de l’Humanité (1918-1958), il fut membre du bureau politique du parti communiste (1923-1958) et sénateur (1935) puis de nouveau député (1946).

HERTZOG-CACHIN (Marcelle) : Regards sur le vie de Marcel Cachin, Paris, Ed Sociales, coll. Notre temps/Mémoires, 1980.

CAGOULE ;
Le complot dit de la Cagoule a été l'expression, sous le Front populaire, de l'opposition irréductible au communisme de l'extrême droite activiste. Il y a eu, en fait, plusieurs complots de la Cagoule, cette dénomination ayant été forgée par la grande presse de l'époque, avide de pittoresque plus que de vérité historique, pour désigner les groupes clandestins crées après la dissolution des ligues et leurs menées factieuses contre le gouvernement
Blum, accusé de faire le lit de la révolution soviétique. La première société cagoularde fut l'Union des comités d'action défensive (U.C.A.D.), crée par le général Duseigneur, as de l'aviation en 1914-1918, et son ami, le duc Pozzo di Borgo. Prenant pour prétexte la défense des institutions républicaines, ils organisèrent des tournées en province, donnant comme consignes à leurs partisans inquiets du « danger marxiste » : « créez des comités de quartiers, stockez les armes » ; ils provoqueront ainsi l'intervention de la police.
En relation étroite avec l'U.C.A.D., on trouve la plus sérieuse des organisations cagoulardes, le Comité secret d'action révolutionnaire (C.S.A.R.), dont le noyau dur était formé d'anciens Camelots du roi lassés par l'attentisme de Maurras. Trois personnalités y dominent : Jean Filliol, bagarreur redoutable et fanatique qui ira jusqu'au meurtre ; le docteur Martin, éternel comploteur; Eugène Deloncle enfin, polytechnicien à la vocation de condottiere, maître conspirateur, féru d'histoire des sociétés secrètes et d’ésotérisme. Le but du C.S.A.R. : renverser la « Gueuse » par « l'action souterraine et une franc-maçonnerie retournée au bénéfice de la nation ». Le moyen : une nébuleuse de sociétés secrètes, séparées les unes des autres et s'ignorant mutuellement. La méthode de recrutement : le parrainage doublé d'un serment prononcé au cours d'un rite symbolique d'initiation. En échange de son dévouement et de sa discrétion, le militant reçoit une garantie de protection. Pour les traîtres, une seule sanction : la mort. Létat-major de la Cagoule est organisé en « bureaux », sur le modèle militaire : le premier revient à Deloncle et à son homme de confiance, Jacques Corrèze. Le docteur Martin est responsable du deuxième, des renseignements et des « groupes Z ». Georges Cachier, administrateur de sociétés, et Jean Moreau de La Meuse sont respectivement à la tête des troisième et quatrième bureaux (opérations, recrutement et matériel).
Leurs seconds les plus efficaces sont François Méténier, commis voyageur du complot, et Joseph Darnand. Deloncle a assimilé les techniques modernes du coup d'État et prépare l'insurrection avec minutie : groupes de combat clandestins équipés d'armes automatiques, conseils tactiques d'officiers sympathisants affiliés aux « réseaux Corvignolles » animés au sein de l'armée par le commandant Loustanau-Lacau. L'armée joue un rôle essentiel dans le plan d’action du CSAR, dont les groupes de combat disposent de stocks importants d'armes volées dans les magasins de l'armée, dans les usines, ou achetées à l'étranger. Deloncle mise sur une réaction communiste assez dure pour obliger l’armée à intervenir et à prendre le pouvoir avec les nationalistes. Pétain, pressenti, refusa catégoriquement son concours. En 1937, Franchet d'Esperey est choisi. Malgré les précautions prises et les exemples faits, la police pénétra les réseaux des cagoulards. Ses informateurs mis en place, elle attendit, en étoffant ses dossiers, le moment que le gouvernement jugerait favorable pour intervenir. Le 11 mars 1937, deux bombes détruisent l’immeuble du patronat français et celui de l'Union patronale interprofessionnelle à Paris. On soupçonne les anarchistes italiens émigrés, mais l'arrestation de trafiquants d'armes oriente l'enquête vers la Cagoule.
Le 18 novembre, Marx Dormoy, ministre de l'Intérieur, dénonce le vaste complot contre la République. Une vague d'arrestations, opérées dans la France entière, permet d’écrouer cinquante-sept comploteurs et de mettre au jour les stocks d’armes. Filliol, Martin et Corrèze échappent à ce coup de filet. Des aveux précis établissent la responsabilité directe de la Cagoule dans les attentats de septembre et le meurtre des frères Rosselli en juin 1937. La guerre et l’occupation mirent fin aux enquêtes et aux poursuites judiciaires. Les cagoulards, très divisés, firent des choix souvent opposés : Deloncle, Corrèze et Schueller fondèrent un mouvement fasciste, le Mouvement social révolutionnaire (M.S.R.), qui devait fusionner avec le Rassemblement national populaire (R.N.P.) de Marcel Déat. Dewavrin (colonel Passy) et Corvisart rejoignirent de Gaulle à Londres ; Loustanau-Lacau, le docteur Martin, Pozzo di Borgo et Madeleine Fourcade participèrent activement à la résistance intérieure. Jeantet et Méténier servirent le régime de Vichy comme membres du cabinet du maréchal Pétain. Le procès de la Cagoule eut lieu à la Libération. Il fit bien paraître le caractère redoutable du complot de 1937 ; cette machine de guerre contre le régime parlementaire ne manque ni de chefs de valeur, ni d'exécutants déterminés.
Peu d'organisations d'extrême droite disposèrent d'une mécanique insurrectionnelle aussi élaborée. Elle inaugura un terrorisme contre-révolutionnaire dont la flambée O.A.S. devait constituer un autre exemple dans l'histoire contemporaine de la France.

BOURDEL (Philippe) : La cagoule: Histoire d'une société secrète du Front populaire à la cinquième république, Albin Michel, 1970.
BOURDREL (Philippe) : LA CAGOULE - 30 ans de complots, Paris, ALBIN MICHEL 1970.

CAILLAUX (Eugène), 1822-1896 :
Homme politique. Père de Joseph Caillaux. Représentant conservateur de la Sarthe à l’Assemblée nationale (1871-1876), sénateur de la Sarthe, il est ministre des Travaux publics dans les gouvernements de Cissey, Buffet et Dufaure (1874-1876) puis des Finances dans le ministère de Broglie en 1877.

CAILLAUX (Joseph), 1863-1944 :
Homme politique. Né en 1863, issu d'une riche famille bourgeoise originaire du Mans, fils d'Eugène Caillaux, ancien ministre des Finances dans le gouvernement du duc de Broglie en 1877, “Tu feras de la politique, mon enfant. Il y a une situation à prendre pour toi dans la Sarthe. Mais doucement, mon fils, doucement, défie-toi de la vivacité de ton tempérament” dit Eugène Caillaux à son fils. Ainsi, Joseph Caillaux hérite du virus de la politique mais non des convictions de son père, homme de la droite monarchiste et catholique. Jeune inspecteur des finances, il se présente à trente-cinq ans à la députation, à Mamers. Il enseigne à l'Ecole libre des Sciences Politiques de Paris, avant d’être reçu à l'Inspection des finances en 1888. Républicain talentueux et ambitieux, il commence une carrière politique en 1898 où il arrache au candidat des droites, le duc de La Rochefoucauld-Doudeauville, le siège de député de la Sarthe qu’il détenait depuis vingt-sept ans (mandat qu'il conservera jusqu'en 1919). Il ne tarda pas à s'imposer comme un spécialiste des questions financières et fut appelé au ministère des Finances par Pierre Waldeck-Rousseau en 1899, fonction qu'il occupa jusqu'en 1902.
Il a déjà en tête un projet d’impôt sur le revenu. Solidaire de son président du Conseil, il quitte avec lui le gouvernement en 1902 et se consacre à une intense activité parlementaire. Évoluant vers le centre gauche, il adhéra au Parti radical et retrouva le portefeuille des Finances dans le gouvernement Clemenceau (1906-1909). Durant cette période, il tenta de faire adopter son projet d'impôt progressif sur le revenu, consistant à remplacer les quatre impôts créés pendant la période révolutionnaire par un impôt unique, mais il se heurta à l'hostilité du Sénat, qui rejeta son texte en 1907. Ses idées servirent cependant de base à la réforme des contributions directes qui fut réalisée entre 1914 et 1917.
En juin 1911, le président Fallières lui confia la constitution du gouvernement. Le ministère Caillaux ne dura pas six mois (jusqu’en janvier 1912): il tomba sur une affaire de politique étrangère, l'incident d'Agadir où il négocia la liberté de manœuvre de la France au Maroc contre l'abandon à l'Allemagne de quelques territoires africains. C’est Clemenceau qui, à la tribune du Sénat, porta le coup décisif à son ancien ministre. Ecarté du pouvoir, Caillaux consolida son leadership à l’intérieur du parti radical, dont il devint le président en 1912.
Tenu à distance des ministères par l’hostilité de Clemenceau, il parvint pourtant à revenir comme ministre des Finances dans le cabinet Doumergue en 1913 et il dut démissionner en mars 1914. En effet, le 16 mars 1914, sa seconde épouse, Henriette Caillaux tua Gaston Calmette, le directeur du Figaro. Elle fut excédée par une campagne qui visa son mari : depuis plusieurs mois, le Figaro publia au compte-goutte la correspondance privée de Joseph Caillaux à l'instigation de ses ennemis politiques et dans la volonté évidente de détruire sa carrière en raison notamment de son opposition à la guerre.
Défendue lors de son procès par son mari, elle sera finalement acquittée. Réélu à la députation, Caillaux passa le début de la guerre en retrait de la scène politique. Ce fut son vieil ennemi Clemenceau, devenu président du Conseil, qui le replaça sous les feux de la rampe en 1917. Caillaux, rival et adversaire de Poincaré et de Clemenceau, entama alors une forme de "traversée du désert". Partisan de longue date d’un rapprochement franco-allemand, Caillaux fut soupçonné de trahison pour avoir noué des contacts dans divers pays afin de négocier une paix séparée avec l'Allemagne. Il fut, à l'instigation de Clemenceau, ainsi accusé en 1917 et arrêté en janvier 1918 pour “intelligence avec l’ennemi”. Il fut jugé deux fois devant le Sénat réuni en Haute Cour et condamné en 1920 à trois ans de prison et à la privation de ses droits politiques. Caillaux quitta Paris et ne réapparu qu’en 1924. L’année suivante, il bénéficia d’une loi d’amnistie et se présenta au Sénat dans le département de la Sarthe. Sa réhabilitation fut complète : il fut à nouveau ministre des Finances, dans le cabinet Painlevé en 1925, puis dans le ministère Briand en 1926. Mais Caillaux évolua politiquement : il siégea désormais à la droite des radicaux et sa politique se heurta à une opposition massive de la gauche. Il se consacra alors à la Chambre Haute, devenant président de la puissante commission des Finances en 1923, fonction qu’il occupera pendant près de vingt ans.
Partisan résolu de l'orthodoxie financière, il prit ses distances avec la gauche, s'opposa à la politique économique du Front populaire et joua un rôle déterminant dans la chute du premier cabinet Blum, en juin 1937.

Bredin (Jean Denis), Joseph Caillaux, Paris, Hachette, 1980.

CAILLAVET (Gaston-Arman de), 1869- :
Né à Paris en 1869. Rien de plus "parisien" que le théâtre de MM Flers et Caillavet. Leurs comédies ont beaucoup de grâce et d'agrément, elles sont aimables, délicates et abondent en mots spirituels ou en traits de fine observation.OEUVRE(S) THEATRALE(S) : LES TRAVAUX D'HERCULE, LE SIRE DE VERGY, LA MONTANSIER, L'ANGE DU FOYER, LA CHANCE DU MARI, L'EVENTAIL, LA BELLE AVENTURE, L'AMOUR VEILLE, L'ANE DE BURIDAN, LE COEUR A SES RAISONS, LE ROI, LES SENTIERS DE LA VERTU, L'HABIT VERT, MIQUETTE ET SA MERE, MONSIEUR BROTONNEAU, PRIMEROSE

CALLIES (Alexis), 1870-1950 :
Alexis Eugène Callies est né à Annecy le 26 mars 1870. Bien que fils de médecin, il néglige la carrière médicale pour celle des armes. Le 20 octobre 1891, il souscrit un engagement volontaire pour trois ans, au titre de l’École Polytechnique. Après y avoir obtenu son galon de sous-lieutenant, il complète sa formation à l’École d’Application de l’Artillerie et du Génie de Fontainebleau, d’octobre 1893 au 31 mars 1895, dans la spécialité "artillerie de marine" puis dans celle d’artillerie "de terre". Le 26 août suivant, il se marie avec Marie Louise Elisabeth Amiot, fille de l’ingénieur télégraphiste attaché à la personne de Napoléon III de 1859 à 1870. Le premier octobre, il rejoint comme lieutenant le 7e régiment d’artillerie (Rennes). Il part ensuite pour Toulon le 8 juillet 1904 et y intègre le 17e bataillon d’artillerie à pied. Le 23 mars 1907, il reçoit son galon de capitaine avec sa mutation pour le 19e d’Artillerie (Nîmes). Il y sert toujours à la déclaration de guerre. Entre 1914 et 1918, Alexis Callies occupe successivement les fonctions de capitaine commandant une batterie de canons de 75, d’officier adjoint au commandant d’une artillerie de corps d’armée, puis de chef d’escadron commandant un groupe d’artillerie de campagne. Ses carnets de guerre rendent compte de ces emplois et reflètent leur diversité. Et c’est précisément cette diversité des portraits brossés, des mentalités, des missions, des moyens, des préoccupations et des conditions de vie qui fait la richesse et l’originalité de son témoignage.
Peu porté sur le travail scolaire, Alexis Callies est sorti dernier de sa promotion de l’École Polytechnique (ce qui explique son affectation dans l’artillerie de marine). Un an et demi plus tard, son appréciation de fin de stage à l’école d’application de Fontainebleau mentionne toutefois qu’il a " fait des progrès et en aurait fait davantage s’il avait montré plus d’assiduité au travail ". En outre, il y fait preuve de " bonnes aptitudes militaires ", d’intelligence et de certaines qualités d’orateur. Il en sort avec le 59e rang sur 85 élèves. C’est en corps de troupe qu’il se révèle être un excellent officier d’artillerie, comme en témoignent ses notations annuelles. A peine certains chefs de corps relèvent-ils chez lui une confiance en soi parfois excessive. Cavalier émérite, il suit les cours de l’école de Cavalerie de Saumur entre octobre 1897 et août 1898 et c’est tout naturellement qu’après un bref passage dans l’artillerie à pied il rejoint le 19e régiment d’artillerie à cheval. Ses qualités équestres lui furent salutaires à plusieurs occasions, pendant toute la guerre.Le 1er décembre 1919, il prend prématurément sa retraite comme chef d’escadron (il est placé en congé illimité en 1921) et, pour des raisons pécuniaires, se reconvertit dans l’industrie. Il dispose désormais du temps nécessaire à la mise au propre des notes qu’il avait rédigées sur son agenda personnel au jour le jour, pendant toute la campagne. Elles sont relues, vérifiées, parfois augmentées (mais en aucun cas réécrites), puis recopiées sur des cahiers d’écolier. A partir de 1925 et plus encore de 1928, date de son entrée en politique, Alexis Callies n’est plus en mesure de poursuivre son travail de mise à jour, faute de temps libre. Il l’interrompt donc pour ne le reprendre qu’en octobre 1935, sans changer de méthode. Il peut enfin achever son œuvre, laquelle occupe treize cahiers d’écolier, noircis d’une écriture serrée et parfois difficilement lisible.Si le commandant Callies décrit dans ses carnets ce que fut sa vie d’officier d’artillerie au front entre 1914 et 1918, il laisse également transparaître des soucis, des idéaux et des blessures propres à son époque et à son milieu. Quatre grands thèmes structurent son texte et sa réflexion : le poids du passé politique de l’armée, les considérations de pure tactique militaire, les rumeurs et la légende noire des troupes du Midi.
Catholique pratiquant mais clérical modéré, rallié à la République mais non sans méfiance envers le régime, le commandant Callies appartient à la génération d’officiers la plus éprouvée par les scandales qui ébranlèrent l’armée Française entre 1890 et 1910. De l’affaire Dreyfus à la séparation de l’Église et de l’État, sans oublier le scandale des fiches du ministère du général André, chaque soubresaut a laissé de profondes cicatrices dans l’âme, les amitiés ou les relations de service de chacun. Il suffisait d’une prise de position un peu trop avérée en faveur d’un camp ou d’un autre pour que s’inventent des réputations ou se créent des inimitiés tenaces. Lorsque l’Allemagne déclare la guerre à la France, ces remous sont encore cruellement sensibles, en dépit d’une "Union Sacrée" d’apparence. Ils le restent durant toute la guerre. Alexis Callies s’en est fait le témoin et ses convictions religieuses en firent parfois une victime. S’il a toujours su faire passer ses idéaux après son métier d’officier, il n’en fut pas de même pour certains de ses chefs et subordonnés dont le sectarisme provoqua bien des blessures et des rivalités. L’anticléricalisme d’un général Jullian, ainsi que le républicanisme forcené et sectaire d’un général Sarrail ou d’un capitaine Pellegrin donnent autant d’occasions à Alexis Callies d’exprimer sa méfiance à l’égard des uns et son mépris pour les autres, tout en réaffirmant, lorsque l’occasion se présente, ses options religieuses et politiques.
Dans le domaine strictement militaire, les carnets du commandant Callies fournissent d’utiles précisions sur les conditions de vie et de travail en campagne dans un petit état-major. Loin des tranchées d’un Barthas ou d’un Genevoix, ils décrivent un aspect un peu méconnu (et, il faut bien le dire, un peu méprisé) de la vie combattante. A l’échelon intermédiaire entre la troupe et les grands chefs, l’état-major de l’artillerie d’un corps d’armée (ainsi que tous les états-majors d’armes, d’une manière générale) peut sembler une "planque", vu des premières lignes. C’est une idée fausse, car on y meurt aussi. Au quotidien, le travail est harassant. Il afflue de toutes parts, en exigences péremptoires d’autant plus difficiles à respecter qu’elles ne tiennent souvent compte ni des délais ni des moyens nécessaires à leur satisfaction. Enfin, condition aggravante, la vie en petit état-major est généralement une vie en huis-clos, tout le monde partageant le même bureau, la même salle à manger, la même chambre... Les personnalités profondes s’y révèlent, les caractères s’y aigrissent et les rivalités de personnes ou d’opinions s’y font jour. Bien peu de carnets ou de mémoires jusqu’alors publiés rendent compte de ces réalités médianes entre le front et l’arrière. Après son retour en régiment, début 1916, Alexis Callies reprend le fil d’un récit plus classique. Le lecteur y retrouvera les évocations familières de la vie aux tranchées, des marmitages et des malheurs au quotidien des poilus. Il y sera également sensibilisé aux difficiles relations entre l’artillerie et l’infanterie. Relations tactiques, mais également relations humaines, tant les fantassins affectent d’ignorer et de mépriser les artilleurs, qui le leur rendent bien. Dans cet environnement délicat, le commandant Callies s’efforce constamment de rompre ce malentendu entre les deux armes. Pour ce faire, il doit lutter contre les idées préconçues des uns et les immobilismes des autres, sans parler des nombreuses méconnaissances mutuelles. Son action est à replacer dans le contexte plus global de la recherche (théorique mais aussi pratique) d’un combat commun harmonieux et efficace de l’artillerie et de l’infanterie, qui fut un incessant sujet de débat en France entre 1871 et 1945, avant que le principe d’un combat résolument interarmes (fondé tout d’abord sur l’exemple des "combat command" américains) ne s’impose durablement. En cherchant à renforcer les liens unissant fantassins et artilleurs, Alexis Callies fait profession de pragmatisme, mais surtout d’une indéniable modernité dans son approche des problèmes tactiques.
Tous les combattants de la Grande Guerre, officiers ou soldats, s’efforcent de se tenir informés des opérations en cours. Attachés à leur secteur, lorsque ce n’est pas à leur portion de tranchée, vivant dans la terre, le regard au ras du sol, ils n’en cherchent pas moins à acquérir maladroitement une connaissance plus globale de la guerre. Cela les rassure et leur donne le sentiment d’être autre chose que des pions disséminés sur le front. Dans les petits états-majors, on partage ces préoccupations, tout en cherchant à faire montre de science stratégique ; on échafaude les alliances, élabore des plans de campagne et des offensives victorieuses... Ainsi, une foule d’informations circule quotidiennement dans les cantonnements, des premières lignes à l’arrière. On les appelle "bobards" ou "bouthéons" et personne ne cherche vraiment à en vérifier l’exactitude puisque, comme de bien entendu, on les tient toutes de source sûre. Quand sera-t-on relevé ? Dans quel secteur notre régiment (ou notre corps d’armée) va-t-il être engagé prochainement ? Qui va remplacer le général en chef ? Où doit se faire la prochaine offensive décisive ? Combien de temps la guerre durera-t-elle encore ?... Alexis Callies s’est fait le témoin et le chroniqueur de ces rumeurs. Son texte en fourmille. Il en rend souvent compte avec humour, mais également parfois avec une certaine candeur qui en dit long sur l’oreille complaisante que l’on prêtait alors aux bruits les plus divers.Il est enfin un autre leitmotiv qui ne prête pas à sourire. C’est toujours accompagné d’une profonde douleur et d’une indignation sincère qu’il revient dans les écrits du commandant Callies. Il s’agit de la mauvaise réputation qui est faite aux troupes du Midi en général et au 15e C.A. en particulier. Celle-ci se fait jour très tôt dans la guerre, dès les premiers revers d’août 1914. Elle est injuste et parfaitement infondée, mais comment n’aurait-elle pas connu de succès, puisque le général Joffre lui-même lui apporte son concours ? Le 21 août à 19 heures en effet, il déclare par téléphone au ministre de la Défense : " L’offensive en Lorraine a été superbement entamée. Elle a été enrayée brusquement par des défaillances individuelles ou collectives qui ont entraîné la retraite générale et nous ont occasionné de très grosses pertes. J’ai fait replier en arrière le 15e Corps qui n’a pas tenu sous le feu et qui a été cause de l’échec de notre offensive. J’y fais fonctionner fermes les conseils de guerre ". Rien n’est moins faux que ces prétendues défaillances du 15e Corps et Joffre allait s’en rendre compte bien vite. Il n’en reste pas moins que la légende était forgée et qu’elle bénéficiait de la bien maladroite caution de la plus haute autorité de l’armée française. Trois jours plus tard, l’affaire prend une toute autre dimension. De rumeur, elle devient diffamation, sous la plume du sénateur Gervais qui, le 24 août, publie sur la demande du ministre Messimy dans Le Matin un article accusateur, dont les échos devaient se faire entendre jusqu'à la fin du conflit. Les réactions ne se font pas attendre. Émanant des milieux politiques ou journalistiques, elles démontrent l’inanité d’une telle accusation contre les hommes d’une région de France. Après tout, les troupes (lorraines) du 20e C.A. n’ont pas connu plus de succès devant Morhange que celles du 15e C.A. autour de Dieuze. En outre, les causes de l'échec avancées par Gervais sont fausses car elles passent sous silence la réalité des combats, la puissance de feu de l’artillerie allemande, la qualité des organisations défensives de l’ennemi, les vices de la doctrine officielle de combat de l’armée française, etc.. Mais le mal est fait. La "légende noire" du 15e Corps est en marche, en dépit de toutes les tentatives et de toutes les bonnes volontés visant à la réfuter. L’affaire prend de telles proportions qu’elle menace de compromettre sérieusement le moral d’une partie de l’armée. Le ministre se voit contraint d’en appeler à la vigilance des généraux commandant les régions dites "sensibles" (7e, 14e, 15e, 16e, 17e et 18e régions militaires) et de leur demander d’étouffer toute tentative de la presse locale visant à raviver la polémique. La rumeur survit tout de même jusque après l’armistice, plus sournoise car moins officielle. Le chef d’escadron Callies en fut blessé, comme la plupart de ses confrères du 15e Corps. L’injustice et la médisance soulèvent chez lui une indignation certes pudique et généralement laconique, mais sincère et douloureuse, qui émaille l’ensemble de ses textes, au hasard de ses rencontres ou de ses lectures.
Le 1er décembre 1919, Alexis Callies obtient sa mise à la retraite comme chef d’escadron et se retire à Levallois-Perret. Il commence alors une seconde carrière dans l’industrie et remplit un certain nombre de responsabilités, comme celle d’arbitre-expert près le tribunal de commerce de la Seine. Il n’abandonne toutefois pas l’armée, puisque versé dans la réserve puis la territoriale, il accomplit encore une douzaine d’années de service militaire, avant d’être rayé des cadres en 1933.
Le 29 avril 1928, il est élu au second tour des élections générales et devient député d’Annecy. A l’Assemblée, il s’inscrit au groupe de l’Union Républicaine Démocratique et fait partie de plusieurs commissions, dont celles de l’armée, des mines et des programmes électoraux. Entre autres activités, il est l’auteur d’un projet de loi en faveur du vote familial (1930), interpelle le gouvernement au sujet des entreprises dissidentes au Maroc et dans le Sud-Oranais, participe à la discussion des budgets de la Guerre, de l’Instruction Publique et de la loi de finances (entre 1930 et 1932) et sert de rapporteur pour la proposition visant à rendre un hommage national au maréchal Joffre (en 1931). Il est battu par Henri Clerc aux élections des 1er et 8 mai 1932 et ne se représente pas en 1936, mettant ainsi un terme à sa carrière politique pour ne plus se consacrer qu’à son industrie. Il décède à Mars-sur-Allier, dans la Nièvre, le 23 juin 1950.

CALMETTES M.

CAMBON (Paul), 1843-1924 :

CAMBON (Jules), 1845-1935 :
Né à Paris, le 5 avril 1845. Frère cadet de l’ambassadeur Paul Cambon (1843-1924), Jules Cambon s’illustra également dans la diplomatie. Après des études de droit, il devint avocat en 1866. Lors de la guerre de 1870, il servit comme capitaine d’une compagnie de mobiles. Il entra ensuite dans l’administration et devint auditeur à la commission provisoire qui remplaçait le Conseil d’État.
En 1874, il poursuivit sa carrière en Algérie, d’abord à la Direction générale des Affaires civiles, puis comme préfet de Constantine. Dans les années qui suivirent, il occupa les fonctions de secrétaire général à la Préfecture de Police de Paris (1879), de préfet du Nord (1882), puis du Rhône (1887). Il retrouva l’Algérie en 1891, comme gouverneur général et, en 1897, il fut nommé ambassadeur de France aux États-Unis. À ce poste, il négocia en 1897 la paix entre l’Espagne et les États-Unis.
De 1902 à 1907, il succéda à son frère comme ambassadeur de France en Espagne. Nommé en 1907 à Berlin, il y œuvra de toutes ses forces pour la détente des relations franco-allemandes et pour la sauvegarde de la paix. Il parvint à éviter la guerre en 1911, au moment de la crise d’Agadir. Après la Première Guerre mondiale, il participa à l’élaboration du traité de paix, puis devint secrétaire général au ministère des Affaires étrangères, et enfin président de la Conférence des Ambassadeurs. Ce diplomate, qui avait rendu de très grands services et dont la parole faisait autorité dans les milieux gouvernementaux, fut élu à l’Académie le 16 mai 1918, au fauteuil de Francis Charmes. Il obtint dès le premier tour 19 voix, contre 5 à Pierre Mille et 3 à Tancrède Martel. Il fut reçu le 20 novembre 1919 par Alexandre Ribot. Jules Cambon allait recevoir Louis Bertrand en 1926, et le général Weygand en 1932. Il est l’auteur d’un ouvrage intitulé Le Diplomate, nourri de son expérience et de ses souvenirs d’ambassadeur et de négociateur. Il mort le 19 septembre 1935.

CANTELOUBE
Surnommé " le barde d’Auvergne ", Canteloube, musicien régionaliste par excellence, puise son inspiration dans l’univers sonore de l’Auvergne auprès de ses amis les paysans : " les chants paysans s’élèvent bien souvent au niveau de l’art le plus pur, par le sentiment et l’expression, sinon par la forme ".
C’est à Malaret, en Auvergne du Sud, que CANTELOUBE grandit au contact de la nature et des animaux ; une mini ménagerie qui interpelle déjà ses délicates oreilles de musicien : " J’ai le souvenir, à Malaret, de six ou sept chiens et d’autant de paons. La nuit, le moindre bruit déchaînait un vacarme peu ordinaire ". Certes, CANTELOUBE ne composa aucun Concerto pour chiens et paons, mais l’univers sonore de la campagne l’amena très tôt à la création musicale : " Je commençais à courir fermes et villages pour écouter les chansons des paysans, faisant chanter les vieux et les vieilles, les pâtres et les bergères aux pâturages, les laboureurs et les moissonneurs au travail ".
Au début des années 1900, CANTELOUBE abandonne veaux, vaches, cochons et poulets pour étudier le piano, à Paris, avec Amélie DAETZER, élève de CHOPIN, ainsi que la composition avec Vincent d’INDY à la Schola Cantorum : " Quelle fière leçon donne l’art d’un Vincent D’INDY, à la fois pour le fond, c’est à dire la pensée, et pour la forme ! Cet art est si grand, si puissant et si vivant qu’aucun autre ne peut être aussi sain ni aussi salutaire ". Avec son maître D’INDY, CANTELOUBE s’attache à la tradition et à la mélodie
La première composition de CANTELOUBE date de 1903 avec COLLOQUE SENTIMENTAL, pour chant et quatuor à cordes. Très vite, il devient un compositeur reconnu et ses œuvres sont exécutées aux fameux Concerts Colonne, Lamoureux, Pasdeloup ainsi qu’à la Société des Concerts du Conservatoire. Entre 1910 et 1913, il compose son célèbre opéra LE MAS, témoignage de son attachement au Massif Central. Parmi ses œuvres les plus réputées, viennent ensuite ses CHANTS D’AUVERGNE, composés entre 1923 et 1954. Ansi que son ANTHOLOGIE DES CHANTS POPULAIRES FRANÇAIS (1939 à 1944).
L’Auvergne et ses auvergnats à Paris, c’est encore CANTELOUBE qui, en 1925, fonde LA BOURREE, une filiale de l’Auvergnat de Paris. Cet organisme réunit de jeunes auvergnats, désireux de faire connaître le folklore et la beauté de leur région.
En 1941, notre " barde " innocent rejoint le gouvernement de PETAIN à Vichy. Il écrit dans le journal nationaliste l’Action Française : " Il faut aux chants de la terre leur décor, leur cadre, leur accompagnement de nature, de plein air… ". Lors de son séjour champêtre à Vichy, CANTELOUBE participe à de nombreuses émissions radiophoniques sur le folklore français. La radio lui semble être le cheval de bataille idéal pour la diffusion de la musique populaire : " son action intellectuelle est indéniable…Mais pour qu’elle puisse remplir toute sa mission, la radio devrait être purgée de la basse musique… Le public n’en serait pas privé ; son goût se forme et s’élève vite ".
Parallèlement à sa carrière de compositeur, il recueille, harmonise et publie bon nombre de chants traditionnels français. Musicologue averti, il publie en 1949 une biographie de Vincent d’INDY ; et en 1950, une biographie de son ami Déodat de SEVERAC. " Je n’ai jamais cherché à faire de la musicologie à bon compte, mais simplement œuvre de cœur, œuvre de musicien désirant exalter et faire connaître ce qu’il aime ".
Passionné peut-être parfois à l’excès, il n’en reste pas moins que CANTELOUBE reste avant tout un musicien profond, vrai et sincère, à l’image de cette Auvergne qu’il aimait tant…

CARICATURES :

CARRÉ (Jean-Corentin), 1900-1918 :
Jean Corentin Carré est né le le 9 janvier 1900, dans la commune du Faouët (Morbihan). Témoignant d'une certaine précocité intellectuelle, le jeune homme se montre plutôt doué pour les études. En 1912, son maître d'école le recommande au percepteur de sa ville, qui l'emploie comme commis aux écritures. S'ouvre alors une carrière d'employé de bureau, vite interrompue par la déclaration de guerre.
Le père de Jean Corentin, mobilisé, part pour le front. Son fils veut le suivre mais, à 14 ans, il est bien trop jeune et sa demande d'engagement volontaire est refusée. Le maire du Faouët, sollicité, refuse de lui fournir de faux papiers. Ce n'est que partie remise. En avril 1915, il annonce à ses parents sa décision de quitter la France pour l'Amérique Latine. Mais s'il quitte bien le Morbihan, c'est pour se rendre à Pau. Là, il se présente au bureau de recrutement, où il déclare s'appeler Auguste Duthoy, né le 10 avril 1897 à Rumigny, dans les Ardennes. Ce lieu de naissance n'est pas anodin. La ville de Rumigny étant située dans zone envahie, il est impossible aux autorités militaires françaises de contacter sa municipalité pour demander confirmation de l'état-civil du jeune homme. Ainsi dispensé de prouver son âge et son identité, Jean Corentin Carré est incorporé. Il est alors l'un des plus jeunes soldats de France, sinon le plus jeune. Il effectue son temps d'instruction militaire à la 29e compagnie du 410e R.I., dont le dépôt est à Rennes. Son niveau d'instruction le destine tout naturellement à suivre le peloton des élèves caporaux. Toutefois, il n'est pas encore titulaire du grade lorsqu'il part pour le front, le 20 octobre 1915.
C'est en Champagne qu'il découvre la guerre. Après un bref passage à Sainte-Menehould puis une période d'instruction à Sivry-sur-Ante, il prend les tranchées le 15 novembre dans le secteur du Mesnil-lès-Hurlus. Il ne pouvait rêver pires conditions pour un baptême du feu. Depuis l'offensive de septembre, le secteur reste très agité. Le froid et la neige n'arrangent rien... Il est enfin nommé caporal le 25 janvier 1916, puis sergent le 19 juin suivant. En août, il part en permission et retrouve pour la première fois depuis un an et demi sa région natale. Soucieux de ne pas se faire démasquer, le sergent "Auguste Duthoy" avait fait établir son titre de permission pour une autre commune que Faouët, où les gendarmes auraient tôt fait de le reconnaître. Pourtant, son retour au pays ne passe pas inaperçu. Ses camarades de classe et son maître d'école le reçoivent en héros et sa réputation dépasse vite le cadre de la commune. Il est vrai qu'être soldat à 15 ans et sergent à 16 n'est pas banal !
Revenu au front, il retrouve le front de Champagne. C'est là, au nord de Reims, dans le secteur des Cavaliers de Courcy, qu'il reçoit sa première citation et la Croix de Guerre, pour un prisonnier capturé le 15 novembre, un an jour pour jour après son arrivée dans les tranchées. C'est que le sergent "Duthoy" se fait remarquer pour son courage et son entrain. Toujours volontaire pour les missions périlleuses (selon l'expression consacrée, qui sera employée dans sa deuxième citation), il est également très apprécié de ses hommes. C'est à eux qu'il distribue l'intégralité du pécule accompagnant sa citation. Le 29 décembre, il décide de jeter bas les masques et rédige une lettre à l'attention de son colonel. Il y confesse la supercherie, révèle son âge et sa vraie identité, demandant à pouvoir la recouvrer avant l'âge réglementaire de 17 ans. Ce faisant, il risque une lourde sanction, mais son chef de corps préfère le proposer pour le grade d'adjudant à compter du 1er janvier 1917.
Mais l'administration militaire ne l'entend pas de cette oreille. Elle exige que, pour respecter les textes officiels, l'adjudant Carré, que l'on commence à surnommer "le petit poilu de Faouët", abandonne son grade et souscrive un nouvel engagement comme simple soldat. Le 7 février, au bureau de recrutement de Châlons-sur-Marne, Jean Corentin Carré redevient donc homme de troupe, mais dans la plus parfaite légalité cette fois-ci. Sur l'insistance du colonel commandant le 410e R.I., son ancien grade lui est rendu et, trois mois après la régularisation de sa situation, il a retrouvé la pleine jouissance de ses titres antérieurs.
Le 16 juin 1917, il reçoit une autre citation, à l'ordre de la division cette fois-ci, qui mentionne notamment son "sang froid" et son "courage remarquables". C'est son dernier fait d'armes dans l'infanterie. A la fin du mois, il est muté sur sa demande dans l'aviation. Avant de quitter le front, son général de division l'invite à sa table, preuve de la notoriété de l'adjudant Carré. Les tourments administratifs du début de l'année sont bien passés. C'est à Dijon puis à Étampes qu'il effectue son temps d'instruction dans l'aéronautique militaire. Le 23 juillet, il reçoit l'insigne d'élève-pilote. Le 3 octobre, le brevet de pilote (n° 6642) lui est décerné, à l'issue d'un stage au camp d'Avord.
L'adjudant pilote Carré est ensuite affecté à l'escadrille S.O. 229. C'est avec elle qu'il combat dans le ciel de la Meuse. Le 18 mars 1918, il trouve la mort dans un combat aérien au dessus de Souilly. Cette action lui vaut sa dernière citation, à l'ordre de l'armée cette fois-ci : "Adjudant Carré Jean Corentin, du 410e Régiment d'Infanterie, pilote à l'escadrille S.O. 229. Attaqué par trois avions ennemis, le 18 mars, s'est défendu énergiquement jusqu'à ce que son appareil soit abattu, l'entraînant dans une mort glorieuse". ... Ainsi disparut, à l'âge de 18 ans, le "petit poilu de Faouët", l'un des plus jeunes soldats français de la Grande Guerre (le soldat Colin, du 92e R.I.T. était plus jeune que lui).

SADI-CARNOT (Sadi), 1837-1894 :

CARTEL DES GAUCHES :
Le "Cartel des gauches", victorieux en 1924 et en 1932, est la coalition des radicaux qui dominent alors la gauche (jusqu'en 1936) et des socialistes. Les premiers députés communistes qui sont élus en 1924 siègent dans l'opposition. Les socialistes ne participent pas au gouvernement et posent même en 1932 des conditions à leur participation qui sont rejetées par les radicaux (les "conditions Huygens")
Le Cartel des gauches se constitue à la fin de l'année 1923 contre le Bloc National. Le Bloc national est un bloc anti-collectiviste, dirigé contre les socialistes, qui se constitue à l'instigation de l'Alliance Démocratique, pour les élections de 1919 et qui remporte la victoire (70% des sièges, la « Chambre bleue horizon »). Il comprenait la Fédération Républicaine, l'Action Libérale (descendance des « ralliés »), les nationalistes et une partie des radicaux. Le Cartel des gauches associe 4 groupes :
-les radicaux indépendants (frange de droite des radicaux) ; -les radicaux-socialistes, unifiés désormais ;
-les républicains socialistes, des socialistes indépendants (Paul Painlevé) ;
-la SFIO.
Le Cartel met en place un réseau de comités dans tout le pays, il lance un quotidien (« Le Quotidien ») et un hebdomadaire (« Le Progrès Civique »). Il se reconstituera en 1932 et gagnera à nouveau les élections. En 1924 le Cartel obtient la victoire en raison de la division de la droite. La gauche obtient 48,3% et la droite 51,7% mais le Cartel obtient une majorité de sièges : 327 contre 254 (la droite et les premiers députés communistes). La majorité est dirigée par Edouard Herriot. Elle éclate en 1926. Les socialistes passent dans l'opposition.
Le gouvernement Poincaré bénéficie d'une forte majorité : droite et radicaux. La droite remporte les élections législatives de 1928 : il y a 329 députés de droite contre 285 pour la gauche. Comme à chaque élection les radicaux se présentent avec la gauche. En 1932, le second Cartel remporte les élections mais il n'y a pas de majorité de gauche associant radicaux et socialistes. Les socialistes posent leurs conditions à la participation (les "cahiers" ou les "conditions Huygens" du nom du gymnase dans lequel s'était tenu le congrès socialiste). Les gouvernements se succèdèrent, dirigés par des radicaux alliés aux "modérés". Cette majorité parlementaire, distincte de la majorité électorale, est fragile. Cette période de grande instabilité aboutit à la crise du 6 février 1934.

CASIMIR-PERIER (Jean) : 1847-1907 :
Homme politique. Né à Paris le 8 novembre 1847, Jean Casimir-Perier porte un nom qui incarne l’histoire du libéralisme politique dont sa famille a épousé l’évolution depuis la fin du XVIIIème siècle. Fils d’un ministre de Thiers, petit-fils du président du Conseil de Louis-Philippe, Jean Casimir-Perier est orléaniste d’éducation, s’étant sincèrement rallié à la République, tout comme son père auprès duquel il a commencé sacarrière politique comme chef de cabinet au ministre de l’Intérieur (octobre 1871-février 1872). Elu député de centre gauche en 1876, il devient rapidement sous-secrétaire d’Etat à l’Instruction dans le cabinet Dufaure puis sous secrétaire d’Etat à la Guerre, d’octobre 1883 à avril 1885, dans le dernier ministère Ferry.
L’homme ne manque ni de courage ni de conviction. Capitaine de la garde mobile de l’Aube, il se bat vaillamment durant la guerre de 1870, ce qui lui vaut de recevoir la Légion d’honneur. Son ralliement à la République est exempt de tout sectarisme et s’accomplit dans la fidélité à ses racines, comme le prouve son attitude devant l’exclusion annoncée en 1883 des anciennes familles régnantes, incluant les princes d’Oléans que sa famille a servis avec fidélité. Pour ne pas se déshonorer, il démissionne alors de son mandat parlementaire, attendant pour être élu que la loi ait été entérinée. Les années suivantes, il joue un rôle de premier plan à la Chambre, dirigeant notamment la commission du budget avant d’accéder à la présidence en janvier 1893. Quelques mois plus tard, la victoire des progressistes aux législatives et le renouvellement important de la classe politique après le scandale de Panama, lui ouvrent les portes du pouvoir. Elu président de la Chambre, il se fait longuement prier par le président de la République Carnot avant d’accepter de diriger le gouvernement.
Alors âgé de quarante-six ans, cet homme neuf et autoritaire entend opérer une recomposition politique d’envergure. Désireux d’éviter le reours aux radicaux tout comme aux droites antirépublicaines, il veut en réalité, dans la lignée de Thiers, rassembler les modérés des deux bords dans un grand parti républicain de gouvernement, largement ouvert aux ralliés afin de lutter contre le socialisme montant. S’il s’agit en somme de de bâtir une droite républicaine, tâche qu’il juge possible maintenant que l’aventure boulangiste a frappé à mort les monarchistes conservateurs.
Le cabinet, squ’il constitue le 3 décembre 1893, déçoit un peu. Le gouvernement étant constituer d’ancien gambettistes mûris dans le confort de l’ooportunisme à l’image de Spuller qui hérite de l’Instruction publique et des Cultes. Le grand notable, « symbole de la tradition larmoyante et hautaine du grand despotisme bourgeois », veut par là même afficher sa « républicanité », indispensable pour engager l’ouverture à droite qu’il appelle à ses vœux.
La menace anarchiste, qui s etraduit par une vague d’attentats meurtriers, semble pouvoir favoriser le dessein du nouveau président du Conseil. Comme son grand-père, Casimir-Perier a pour tâche première et essentielle de rétablir l’ordre. Le 9 décembre 1893, Auguste Vaillant lance une bombe dans l’hémicycle du Palais-Bourbon, blessant plusieurs personnes. Le gouvernement fréagit aussitôt en déposant, quarante-huit heures plus tard, quatre projets de lois destinés à briser l’anarchisme. Associant répression et prévention, ces lois durcissent considérablement les dispositions existantes contre le délit d’association de malfaiteurs, interdisent la détention d’explosif, renforcent le budget de la police, autorisent la saisie préventive des journaux faisant l’apologie de la violances et des attentats et l’arrestation des provocaturs. L’arsenal constitué n’est pas sans rappeler les célèbres lois de septem re 1835, sucitant de virulentes protestations des socialistes qui fistigent les « lois scélérates ». Le 4 février 1894, Vaillant est exécuté, entraînant une nouvelle série d’attentats sanglants qui obligent Charles-Dupuy à durcir les lois existantes.
C’est également durant son min istère, le 4 janvier 1894, que l’alliance franco-russe est finalisée par la ratification de la convention militaire d’août 1892. Même si elle est encore tenue secrète, la nouvelle transpire un peu partout, renforçant le gouvernement qui pense pouvoir orchestrer le rapprochement avec les ralliés. Pourtant l’opération demeure délicate, presuq eimpossible tant l’anticléricalisme reste le fer de lance du républicanisme, qoudant la plupart des opportunistes aux radicaux.
Le 3 mars 1894, le ministre Spuller appelle dans un discours célèbre a faire prévaloir un « esprit de tolérance » dans les questions religieuses, « esprit nouveau » destinée, « dans une société aussi profondément troublée que celle-ci, à ramener tous les Français autour des idées de bon sens, de justice et de charité qui sont nécédssaires à toute société qui veut vivre ». En dépit d’un vote de confiance, les gauches accusent aussitôt le gouvernement de « pactiser avec l’ennemi » tandis que la plupart des conservateurs s’abstiennent ou votent contre, et que le sradicaux complotent afin d’obtenir la chute du cabinet.
La majorité des centres est déjà bien affaiblie quand Jonnart, ministre des Travaux publics et autre partisan ardent du ralliement, est pris à partie pour son refus d’accorder la liberté de se syndiquer aux employés des chemins de fer de l’Etat. Le 23 mai, l’ordre du jour ministériel est repoussé. Le gouvernement n’aura existé qu’un semestre.
Après avoir permutté avec Charles-Dupuy, qui retrouve la présidence du Conseil tandis qu’il retourne à celle de la Chhambre, Casimir-Perier est élu président de la République le 24 juin 1894 en remplkcament de Sadi-Cranot, assassiné à Lyon. Sa courte présidence, qui durera à peine plus longtemps que son ministère, est pour lui un autre calvaire. Avide d’agir, il entend réhabiliter la fonction suprême qu’il juge trop affaiblie. Or, c’est exactement l’inverse qui se produit Totalement marginalisé par Dupuy, incessamment attaqué par la presse de gauche sans pouvoir répondre, il étouffe dans sa fonction et prend prétexte du renforcement du cabinet Dupuy pour démissionner le 15 janvier 1895 : « Je ne résigne pas à comparer le poids des responsabilités morales qui pèsent sur moi et l’impuissance à laquelle je suis condamné », affirme-t-il dans son message au parlement pour justifier sa décision.
Dégoûté de la politique, Casimir-Perier retourne aux affaires familiales , consistant essentiellement dans la gestion des mines d’Anzin, et à ses œuvres sociales. En 1899, Le président de la République Emile Loubet le sollicite en vain pour revenir au pouvoir. il décède précocement à Paris le 11 mars 1907, laissant le souvenir d’un grand destin brisé.

CASSAGNAC (Paul de), 1842-1904 :
Homme politique.

CASTAGNY (Armand, Alexandre de), 1867-1900 :

CASTELNAU (Edouard de Curières de, général), 1851-1944 :
Édouard de Curières de Castelnau est né en Aveyron, à Saint-Affrique, le 24 décembre 1851, et est mort en Haute-Garonne, à Montastruc-la-Conseillère, le 19 mars 1944. Troisième enfant d'une famille qui en comptera cinq, il est, dans son enfance, qualifié des plus remuants, des plus actifs, des plus intelligents et des plus batailleurs. La devise de sa famille "servir", a certainement été à l'origine de sa carrière.
Édouard étudia 9 ans chez les Jésuites du collège St Gabriel, puis au collège Sainte Geneviève à Paris. Il intégra ensuite l’École spéciale militaire, St Cyr, en 1869, alors qu'il n'avait pas encore 18 ans, et en sortit prématurément en août 1870, avec le grade de sous-lieutenant. Il fut affecté au 31ème régiment d'infanterie, et, six semaines plus tard, le 27 octobre 1870, Édouard fut promu capitaine, à l'âge de dix-neuf ans. Il participa ensuite à la guerre de 1870-1871. Il entra en 1893 au Premier bureau de l’État-major général, et put ainsi suivre l’affaire Dreyfus de très près, depuis son déclenchement en 1894. En effet, le capitaine Dreyfus avait effectué quelques mois plus tôt un stage, sous les ordres du général de Castelnau. On le chargea ensuite de commander le 37ème régiment d’infanterie cantonné à Nancy, ce qui le conduisit au Conseil supérieur de la guerre. Édouard de Castelnau assista aussi au procès du célèbre écrivain Émile Zola, en 1898. La première guerre mondiale lui permit de prouver ses capacités tactiques. La première défaite du conflit lui fut tout de même attribuée, alors qu'il n'en était nullement responsable. Il contribua à sauver Nancy et à triompher à la bataille de la Marne, mais ce n'est qu'en décembre 1915 que Joffre lui fit véritablement confiance, en le prenant pour adjoint. Il participa alors vaillamment à la bataille de Verdun, et un an plus tard, le 31 janvier 1917, envoyé en Russie, il rencontra le Tsar Nicolas II. Après l'armistice, il s'aventura dans la politique comme député de l'Aveyron, en 1919. Il créa la Fédération Nationale Catholique, regroupant plus d'un million d'adhérents.

CATHOLICISME :

CÉLINE (Louis-Ferdinand Destouches, dit), 1894-1961 :
Louis Ferdinand Auguste DESTOUCHES, le 27 mai 1894 au 11 Rampe du pont à Courbevoie (Seine). Son père, Fernand Destouches, travaille au sein d'une compagnie d'Assurances, Le Phénix, comme correspondancier depuis 1890. Fils d'une famille de cinq enfants, une fille et quatre garçons, Fernand est né au Havre. Auguste, son père, agrégé de l'enseignement spécial, est mort depuis 1874. La famille Destouches, sous l'aile d'Hermance, veuve d'Auguste, est venue s'installer à Courbevoie en 1884.
C'est là que Fernand va rencontrer Marguerite Guillou, fille de Céline Guillou. D'origine bretonne, Céline Guillou tient à Paris un commerce d'antiquités, de dentelles et porcelaines, au coin des rues de Provence et Lafayette. Le 13 juillet 1893, Fernand et Marguerite se marient et s'installent au 11 Rampe du pont à Courbevoie. Presque aussitôt après sa naissance, le petit Louis est placé chez une nourrice, d'abord dans l'Yonne, puis à Puteaux. A Courbevoie, la clientèle ne se précipite pas dans le magasin de lingerie tenu par Marguerite Destouches. En 1897, les époux Destouches décident de s'en débarrasser et emménagent au 19 rue de Babylone, à Paris. Marguerite est contrainte de travailler dans le magasin de sa mère. Très vite, Louis rejoint ses parents rue de Babylone (avril 1897), avant qu'ils ne s'installent au 9 rue Ganneron. Louis est plongé au cœur de la capitale...
En 1899, Marguerite reprend un fonds d'"objets de curiosité en boutique" au 67 du Passage Choiseul, dans le deuxième arrondissement. Louis découvre l'école communale de la rue de Louvois, située à quelques pas de la boutique de sa mère. Ses résultats scolaires ne brillent pas comme l'attestent les commentaires du directeur de l'école: "Enfant intelligent mais d'une paresse excessive, entretenue par la faiblesse de ses parents. Etait capable de très bien faire sous une direction ferme. Bonne instruction, éducation très relâchée". C'est également en 1899 qu'aura lieu à Paris l'Exposition Universelle et son cortège de modernités, annonciatrice d'un vingtième siècle en mouvement.
En 1904, les Destouches déménagent dans la boutique d'en face, au 64 du Passage Choiseul. La dentelle et les objets anciens restent leur fonds de commerce. En décembre, la mort de Céline Guillou, mère de Marguerite et grand-mère de Louis, affecte durement l'enfant. Son premier vrai contact avec la mort injuste date de là. L'héritage que leur lègue Céline offre aux Destouches la possibilité d'inscrire Louis dans une école privée, l'école Saint Joseph des Tuileries en février 1905. Le 18 mai, il fait sa première communion en l'Église Saint-Roch, puis intègre en octobre 1906 l'école communale d'Argenteuil. Il décroche son certificat d'études primaires le 21 juin 1907. De toute cette période, le petit Louis Destouches gardera une nostalgie certaine du petit commerce et de la difficulté à s'y faire une place. Le Passage Choiseul marquera à jamais l'enfant, et l'écrivain Céline s'en souviendra au moment de rédiger Mort à crédit.Entre 1907 et 1909, Louis Destouches est envoyé par ses parents en Allemagne et en Angleterre pour apprendre les langues étrangères avant de se destiner à une carrière commerciale. C'est aussi l'époque où son père, que sa condition professionnelle au sein de la compagnie d'assurances rend aigri, marque l'enfant par ses prises de position antisémites. Fin août 1907, Louis part en Allemagne, à la Mittelschule de Diepholz (Hanovre). L'enfant écrit de longues lettres à ses parents dans lesquelles son souci de l'argent transparaît. A partir de février 1909, il est inscrit à l'University School de Rochester et, un mois plus tard, change pour Pierremont Hall à Broadstairs. Ces expériences serviront également de matière au romancier narrant les péripéties du Meanwell College et du couple Merrywin...Après son retour en France, en novembre 1909, Louis Destouches entame sa période d'apprentissage. En janvier 1910, à l'âge de 16 ans, il entre chez Raimon, rue du 4 septembre, un marchand de tissus. De septembre 1910 à mars 1911, il travaille chez Robert, un bijoutier, puis est embauché chez Wagner, un joaillier de la rue du Temple. En octobre 1911, les frères Lacloche, joailliers, l'embauchent, et l'affectent dans leur sucurssale de Nice jusqu'au 12 mai 1912. Premiers grands moments de liberté avant l'armée...Le 21 septembre 1912, Louis Destouches devance l'appel et s'engage pour trois ans. C'est à Rambouillet, au 12e régiment de cuirassiers, qu'il effectue ses classes. Nommé Brigadier le 5 août 1913 puis Maréchal des Logis le 5 mai suivant, il partira en mission de reconnaissance avec le 12e cuirassiers dès la guerre déclarée. D'abord à Audun-le-Roman, en août, puis dans la région d'Armentières, au mois d'octobre, dans les Flandres, Louis Destouches connaît son baptême du feu. Les témoignages du jeune cuirassier Destouches l'attestent de manière claire. La guerre est une horreur absolue. Volontaire pour assurer une liaison risquée dans le secteur de Poelkapelle, entre le 66e et le 125e régiments d'infanterie, il est blessé par balle au bras droit. Opéré à Hazelbrouck, il est envoyé à l'hôpital du Val-de-Grâce à Paris et devient médaillé militaire le 24 novembre, avant de recevoir la croix de guerre avec étoile d'argent. Par la suite, Céline reviendra constamment sur les séquelles de cette blessure, auxquelles il attribuera des maux incurables. En tout cas, le Maréchal des Logis Destouches ne devait jamais se remettre véritablement du spectacle de cette guerre sanglante et destructrice... Plus tard, les "Carnets" écrits par le jeune soldat seront publiés en marge de Casse-pipe.Le 27 décembre 1914, Louis Destouches est transféré à l'hospice Paul-Brousse de Villejuif, dirigé par Gustave Roussy (le docteur Bestombes dans Voyage au bout de la nuit). Opéré une seconde fois au bras droit le 19 janvier 1915, il rejoint le nouveau domicile de ses parents, 11 rue Marsollier, pour une convalescence de trois mois. Louis Destouches restera, à cause des séquelles de cette blessure au bras, invalide à 70 pour cent. En mai, il est affecté au consulat général de France à Londres, au service des passeports. Il est réformé le 2 février 1915. Il fréquente les milieux londoniens mal famés et la pègre de Soho. Le 19 janvier 1916, il épouse Suzanne Nebout. Ce mariage ne sera pas déclaré au consulat et Louis Destouches rentrera seul en France, considéré comme célibataire par l'état français.
En mars 1916, Louis Destouches est engagé comme "surveillant de plantation" par la compagnie forestière Sangha-Oubangui et il part en Afrique, à Bikobimbo et Campo ("Topo" dans Voyage au bout de la nuit). Au bout de huit mois, il rompt son contrat et, en février 1917, il regagne Douala pour y être hospitalisé à la suite de crises de dysenterie. Le 10 mars, il réintègre le domicile de ses parents. Cette période passée en Afrique a permis à Louis Destouches de faire ses premiers essais littéraires (la nouvelle intitulée Des Vagues). En septembre, il travaille avec Raoul Marquis, dit Henry de Graffigny (Courtial des Pereires dans Mort à crédit), directeur d'Euréka, une revue scientifique. Louis Destouches y signera la traduction d'un article de l'anglais en février 1918. Embauchés tous les deux par la mission Rockfeller contre la tuberculose, ils parcourent la Bretagne de mars à novembre. C'est à Rennes, le 10 mars, que Louis Destouches rencontre le docteur Athanase Follet. En novembre Louis Destouches quitte la mission et prépare le baccalauréat, dont il obtient les deux parties en avril et juillet 1919. Il se marie avec Édith Follet, fille d'Athanase, le 10 août à Quintin (Côtes-du-Nord). Le couple s'installe à Rennes et Louis s'inscrit à l'école de médecine à partir de 1920. Le 15 juin, Édith donne naissance à Colette Destouches. En 1922, Louis Destouches effectue un stage à la maternité Tarnier à Paris, et poursuit ses études dans la capitale. Il fait un second stage obstétrical en janvier 1923 à l'hôpital Cochin. Il fréquente également le laboratoire de Félix Mesnil à l'Institut Pasteur. Edith et Louis emménagent à Paris en novembre 1923. Ce dernier soutient sa thèse le premier mai 1924, travail consacré au hongrois Philippe Ignace Semmelweis, précurseur dans la lutte contre l'infection puerpérale.
Dès le 27 juin, Louis Destouches entre à la Société des Nations, dans le service d'hygiène du docteur Ludwig Rajchman ("Yudenzweck" dans L'Église et "Yubelblat" dans Bagatelles pour un massacre). Il est nommé à Genève pour trois ans. En 1925, en qualité d'accompagnateur, il conduit un groupe de médecins aux Etats-Unis, à Cuba, au Canada et en Angleterre. Entre mars et juin 1926, il est envoyé en Afrique (Nigeria, Sénégal). Ces différents voyages l'obligent à délaisser sa vie de couple et Edith obtient le divorce le 21 juin 1926. Louis Destouches commence la rédaction de L'Église. A Genève, il rencontre une danseuse américaine de 23 ans, Elisabeth Craig.
Louis Destouches passe l'été 1927 à Paris et rédige Périclès, qui deviendra Progrès. Il ouvre un cabinet médical à Clichy, au 36 rue d'Alsace, mais le manque de clientèle l'oblige à fermer début 1929. Le jeune médecin est alors nommé comme vacataire au dispensaire de Clichy, sous la direction de Grégoire Ichok. Louis s'installe au 98 rue Lepic à Paris avec Elisabeth Craig. A cette époque, il fréquente le peintre Henri Mahé, la danseuse Karen Marie Jensen, la comédienne Nane Germon.
Au printemps 1931, une secrétaire du dispensaire de Clichy, Aimée Paymal, commence la dactylographie de Voyage au bout de la nuit. Louis Destouches portera son roman chez Bossard, Figuière, Gallimard et c'est finalement Robert Denoël qui acceptera de publier Voyage au bout de la nuit. Son auteur a 38 ans et s'appelle Louis-Ferdinand Céline... Céline, soucieux du style, va surveiller de très près la composition de son roman, finalement mis en vente le 5 octobre 1932. Le premier tirage est de 2000 exemplaires. Le 10 novembre, Céline accorde sa première interview et, le lendemain, son anonymat est levé. Il est reçu par Lucien Descaves, Léon Daudet et Jean Ajalbert, trois membres de l'académie Goncourt. Rapidement, Louis-Ferdinand Céline est annoncé comme favori pour le prix Goncourt mais, au dernier moment, quelques jurés préfèrent voter pour Les Loups de Guy Mazeline (six voix contre trois). Le scandale est immédiat et les premières querelles autour de Céline commencent. Voyage au bout de la nuit obtient le prix Renaudot et Céline répond aux journalistes tout en continuant d'exercer la médecine... Mais la grande peine de Louis Destouches en 1932 demeure la mort de Fernand, son père, le 14 mars...
En décembre 1932 il quitte Paris et part pour Genève avec sa mère. Le docteur Rajchman le nomme sur une mission en Autriche et en Allemagne et l'écrivain rédige un article, "Pour tuer le chômage, tueront-ils les chômeurs ?". Les fréquentations de Céline se diversifient et il commence à entretenir quelques correspondances avec Léon Daudet, Lucien Descaves, mais aussi Elie Faure, Georges Altman, Elisabeth Porquerol. Le 16 mars 1933, il publie "Qu'on s'explique" dans Candide afin de clore les débats autour de son roman.
Le succès de librairie est tel que Denoël publie L'Église en avril 1933, alors que son auteur parcourt l'Europe pour oublier le départ définitif d'Elizabeth Craig. Voyage est traduit en italien, en russe (par E. Triolet et L. Aragon) et en allemand. Céline se lie à Evelyne Pollet, se rapproche de Karen Marie Jensen. Il entame la rédaction de Mort à crédit, rédige la préface d'un album, 31 cité d'Antin, rassemblant des fresques d'Henri Mahé. A la recherche d'Elizabeth Craig, il part aux Etats-Unis en prétextant le lancement de l'édition américaine de Voyage, de mai à août 1934.Le travail que lui demande son nouveau roman, d'abord intitulé "L'Adieu à Molitor", puis "Tout doucement" et enfin Mort à crédit, est colossal. En 1935, Céline se rend à Londres, Copenhague, en Autriche et se lie avec la pianiste Lucienne Delforge. 1935 est aussi l'année de sa rencontre avec Lucette Almansor... Enfin, en 1936, le manuscrit de Mort à crédit, dont les épreuves sont corrigées par Marie Canavaggia, est remis à Denoël. L'éditeur s'affole de l'obscénité de certains passages et imprime l'ouvrage en laissant des blancs. Mis en vente le 12 mai, le roman devient l'objet d'un véritable scandale orchestré par la critique et les publicitaires. Les premières rancœurs de Céline à l'égard des milieux littéraires surgissent. La critique le blesse ou l'ignore et il en est très affecté. Fin juillet, Céline part en URSS jusqu'en septembre et publie Mea Culpa la dernière semaine de décembre.
Début 1937, Céline entame la rédaction de Casse-pipe, très vite abandonnée au profit de Bagatelles pour un massacre, pamphlet écrit en six mois et publié en décembre. Les polémiques sont instantanées, même si l'accueil reste plutôt tolérant. On considère alors ce pamphlet comme une farce (André Gide), comme un réquisitoire naïf... Céline démissionne du dispensaire de Clichy et, en 1938, compose à Dinard un nouveau pamphlet pacifiste et antisémite, L'Ecole des cadavres. L'écrivain est unanimement rejeté par la gauche qui avait encensé Voyage.
En mai 1939, le décret Marchandeau oblige Denoël à retirer de la vente ces deux pamphlets. Céline est exclu de la vie littéraire. En proie à de violentes polémiques, une lettre adressée à Je suis partout le 21 juillet dénote de son état d'esprit : "Mes livres sont retirés de la circulation... Moi aussi."En septembre, le docteur Destouches ouvre un cabinet à Saint-Germain en Laye, puis revient chez sa mère, rue Marsollier. Le 9 novembre, il est réformé définitivement et déclaré invalide à 70 pour 100. En qualité de médecin, il s'embarque sur le "Chella". Le navire sera accidenté et Céline rapatrié. Nommé au dispensaire de Sartrouville, il part en exode à La Rochelle au volant d'une ambulance avec Lucette.Après la défaite, Céline s'installe 4 rue Girardon à Paris et écrit "Notre Dame de la débinette", publié en février 1941 sous le titre Les beaux draps par les "Nouvelles Editions Françaises", une succursale de Denoël. Céline envoie une trentaine de lettres à différents journaux pour y parler de son antisémitisme. Pourtant, il refuse obstinément de rallier un quelconque parti politique ou un journal.
A partir de 1942, il cesse ses interventions publiques, écrit Scandale aux Abysses et l'essentiel de Guignol's Band. Denoël réimprime ses pamphlets. Voyage et Mort sont réédités, enrichis d'illustrations de Gen Paul. Le 23 février 1943, Louis Destouches épouse Lucette Almansor à la mairie du 18ème arrondissement de Paris. Ils passent l'été à Saint-Malo. Céline préface le livre d'Albert Serouille, Bezons à travers les âges, qui paraît en janvier 1944. L'écrivain est alors médecin-chef du dispensaire de Bezons.Le couple Destouches quitte Paris en juin 1944. Il séjourne à Baden-Baden où se trouve l'acteur Robert Le Vigan. Face à l'impossibilité de passer au Danemark, où Céline a déposé de l'or depuis plusieurs années, le couple se rend à Neu Ruppin, près de Krantzlin, chez la famille Scherz. En octobre, le couple, accompagné du chat Bébert et de Le Vigan, parvient à Sigmaringen. Céline loge à l'extérieur du château et soigne les réfugiés. Enfin, le 27 mars 1945, les Destouches réussissent à passer au Danemark et à atteindre Copenhague malgré les bombardements.
Céline et sa femme s'installent chez Karen Marie Jensen. Le 6 mars, l'écrivain apprend la mort de sa mère, bientôt suivie de l'assassinat de Robert Denoël le 3 décembre. Le 19 avril 1945, le juge d'instruction de la Cour de justice de la Seine lance un mandat contre Céline, qui reste sans effets. L'avocat Thorvald Mikkelsen légalise la présence de Céline au Danemark, pendant que ce dernier reprend le manuscrit de Guignol's band 2, commencé à Paris, et qu'il réfléchit au projet de Féerie pour une autre fois.Le 17 décembre, la légation française au Danemark demande l'extradition de Céline. Il est immédiatement écroué avec Lucette, et incarcéré à Vestre Faengsel. Lucette est libérée le 28 mais Céline, que l'état danois refuse d'extrader, demeure en prison près de onze mois. Le 6 novembre 1946, Céline signe un texte intitulé "Réponses aux accusations formulées contre moi par la justice française au titre de trahison et reproduites par la police judiciaire danoise au cours de mes interrogatoires, pendant mon incarcération 1945-1946 à Copenhague". Le 8, il est transféré au Sundby Hospital, puis à l'infirmerie de Vestre Faengsel le 24 janvier 1947. Le 26 février, Céline, pesant 62 kilos, entre au Rigshospital, un établissement civil. Le 24 juin, il promet de "ne pas quitter le Danemark sans permission des autorités danoises".
Il rejoint Lucette à Kronprinsessegade, achève Guignol's 2, reprend Féerie et ce qui deviendra Foudres et flèches. Le 19 mai 1948, Céline et Lucette emménagent à Klarskovgaard, près de Korsør, sur la mer Baltique, dans un pavillon appartenant à Thorvald Mikkelsen. Céline entretient une correspondance très abondante et quelques proches lui rendent visite : Pierre Monnier, Daragnès, Henri Mahé... Il rencontre Milton Hindus, un jeune professeur américain, mais leur amitié sera rapidement brisée.
Fin 48, Casse-pipe est publié d'abord dans Les Cahiers de la pléiade par Jean Paulhan, puis chez Frédéric Chambriand (maison d'édition créée par Pierre Monnier), ainsi que Foudres et flèches. Albert Paraz, dans Le gala des vaches, insère A l'agité du bocal, réponse de Céline à des accusations formulées par J.-P. Sartre, ainsi que leur correspondance. Voyage est réédité par Jacques Frémenger (Ed. Froissart, Bruxelles).
Le 17 octobre 1949, la Cour de justice de la Seine arrête les poursuites engagées contre Céline et le 3 décembre le commissaire du gouvernement réclame à son encontre l'application de la loi pénale concernant les délits mineurs contre la sureté de l'état. Le 25 janvier 1950, le président de la Cour de justice de la Seine convoque Céline et l'annonce de son procès est commenté dans la presse. Le 21 février 1950, la Cour de justice rend son arrêt. Céline est condamné à un an d'emprisonnement, à 50000 francs d'amende et à l'indignité nationale.
En mai paraît L.-F. Céline tel que je l'ai vu de Milton Hindus qui expose la brouille entre les deux hommes. Pierre Monnier publie Mort à crédit en avril 1950 et Scandale aux Abysses en novembre. Paraz, dans Valsez saucisses, continue de plaider en faveur de Céline. Le 25 avril 1951, le tribunal militaire de Paris ordonne l'amnisitie de Louis Destouches.Enfin, le 1er juillet 1951, Céline, Lucette, leurs chiens et le chat Bébert rentrent en France et atterrissent à l'aéroport de Nice. Les Destouches passent l'été chez Paul Marteau, à Nice, rendent visite aux parents de Lucette domiciliés à Menton et à Albert Paraz, à Vence. Céline signe en juillet un contrat avec les éditions Gallimard. En septembre, le couple emménage à Meudon, au 25 ter route des Gardes. Lucette ouvre un cours de danse et Céline un cabinet médical.Au même moment, Céline intente un procès aux éditions Julliard qui viennent de publier le Journal d'Ernst Jünger. L'écrivain s'estime diffamé et Ernst Jünger reconnaît lui-même que son éditeur français a effectué une modification de son texte (le nom de "Merlin" est devenu "Céline"...).Entre mars et mai 52 les éditions Gallimard réimpriment toute l'œuvre de Céline hormis les pamphlets. Féerie pour une autre fois est publié en juin. La critique boude le nouveau roman de Céline et, à de rares exceptions près (Gaëtan Picon, Maurice Nadeau, Roger Nimier, Jean Paulhan et évidemment Albert Paraz), elle demeure muette.En janvier 1953, André Parinaud publie la première interview de Céline depuis son retour d'exil (voir Céline et son art). Cette initiative a peu d'impact et Céline achève Normance, la seconde partie de Féerie, publié en juin 1954 et dont le succès reste aussi confidentiel. La Nouvelle Revue Française édite en cinq livraisons Entretiens avec le Professeur Y, qui ne rallume toujours pas les passions des lecteurs. Voyage est réédité en collection de poche et au "Club du Meilleur Livre". Cela offre à Céline l'occasion de donner une longue interview, la première d'une très longue série. Finalement, Entretiens avec le Professeur Y paraît chez Gallimard en juin 1955.
A partir de 1956, les lecteurs de Céline se font plus nombreux, grâce à la diffusion de Voyage en poche et à un reportage publié dans Paris Match présentant l'écrivain en compagnie de Michel Simon et d'Arletty à l'occasion de l'enregistrement d'un disque. Céline est en train de rédiger D'un château l'autre et de plus en plus de journalistes viennent à Meudon pour l'interviewer. Dans son pavillon, l'écrivain cultive son décor et son personnage.D'un château l'autre est édité en 1957 et Céline est l'invité de Lecture pour tous, l'émission télévisée de Pierre Dumayet. L'accueil de ce nouveau roman est favorable. Quelques débats reprennent, opposant les pros et les antis Céline. Il écrit alors Vive l'aministie, monsieur ! pour faire cesser les polémiques. Mort à crédit est publié en édition de poche, avec les fameux blancs.
A partir de 1959, des universitaires commencent à s'intéresser de près à Céline. Gallimard, en mai, réédite les ballets de l'écrivain sous le titre Ballets sans musique sans personne sans rien, illustrés par Éliane Bonabel. L'équipe d'En français dans le texte enregistre une émission télévisée à Meudon mais des protestations en font interdire la diffusion.En mai 1960 paraît Nord, la suite de D'un château l'autre. Céline travaille sur plusieurs projets, notamment l'adaptation cinématographique de Voyage au bout de la nuit par Claude Autan-Lara et son entrée dans la "Bibliothèque de la Pléiade" pour laquelle il réécrit les passages censurés de l'édition originale de Mort à crédit (il faut noter que l'actuelle édition Folio reprend cette version "remaniée" et aseptisée). Céline entame également "Colin-Maillard" qui deviendra Rigodon. Le 30 juin 1961 il a enfin achevé la deuxième version de ce roman. Le lendemain, le 1er juillet, à 18 heures, Louis-Ferdinand Céline meurt d'une rupture d'anévrisme. Son décès ne sera annoncé par la presse que le 4, après son inhumation au cimetière de Meudon...

CENSURE :

CENTRE, CENTRISME :

CENTRE DE DIFFUSION FRANÇAISE :
Organisme officieux rée en 1937 pour répandre les idées démocratiques françaises et contrecarrer à l’étranger les effets de la propagande hostile à la France. Raymond Offroy, ambassadeur de France, est chargé de la direction, secondé par Michel Gorlin.

CENTRE DE LIAISON CONTRE LA GUERRE :
Organisme pacifiste crée lors de la crise internationale de 1938. Il groupe : le Centre syndical d’action contre la guerre, le Comité de vigilence des intellectuels antifascistes, la Solidarité internationale antifasciste, le Parti socialiste ouvrier et Paysan (de Marceau Pivert), des mouvements trotskystes, etc. Il disparaît pendant la Seconde Guerre mondiale.

CÉZANNE (Paul), 1839-1906 :
Peintre. Né à Aix-en-Provence, le 19 janvier 1839, il rejoint Paris en 1858 avec son ami Emile Zola où il s’inscrit à l’académie Suisse. Il fit la connaissance de Pissarro puis de Monet et de Bazille. Régulièrement refusé au Salon, Cézanne ne réussit à y exposer qu’en 1882
Il meurt à Aix-en-Provence le 23 octobre 1906.

CFTC (Confédération française des travailleurs chrétiens) :

CGPF (Confédération générale de la Production française puis Confédération génral du Patronat français) :

CGT (Confédération générale du travail) :

CGTU (Confédération générale du travail unifié) :

CHABAL (François Hector), 1842-1920 :
Né le 27 décembre 1842 à La Fare (Hautes-Alpes). Admis à l'âge de 9 ans comme enfant de troupe à Bordeaux. C'est dans les rangs du 57ème de Ligne, avec le grade de Sous-lieutenant (dans l'Intendance), qu'il participe à la guerre de 1870.Le 16 août 1870, à Mars-la-Tour, il s'empare du premier drapeau prussien de la guerre pendant le combat du Fond-de-la-Cuve. Promu Lieutenant le 24 août 1870, il est fait prisonnier avec l'Armée du Rhin lors de la reddition de Metz le 29 octobre 1870. Il reste en captivité en Allemagne jusqu'au 8 avril 1871. Peu après son retour, il est muté en Algérie. Nommé Capitaine le 6 février 1874, il se marie le 30 novembre de la même année. En 1879, il est fait Chevalier de la Légion d'Honneur pour son fait d'arme à Mars-la-Tour. Deux ans plus tard, il reçoit un pistolet d'honneur offert grâce à la prime promise par un patriote avant le conflit au premier soldat qui capturerait un drapeau ennemi. On le décrit comme étant humble, modeste, avec une éducation pas très raffinée et plutôt bourru. Il montre beaucoup de rigueur dans son travail, tout en restant tolérant. Il semble également plus à l'aise avec ses hommes qu'avec ses supérieurs. En 1887, il est Commandant d'escadron. Alors qu'il approche de l'âge de la retraite, on songe à le nommer Lieutenant-colonel. C'est alors qu'une dénonciation anonyme l'accuse d'avoir abusé d'une domestique et de l'avoir obligé d'ingurgiter des produits pour la faire avorter... On ne sut jamais s'il était coupable ou non car rien ne vint étayer ces accusations, malgré l'acharnement de certains collègues... Durant cette affaire, Chabal reste curieusement passif face à ses détracteurs. Il ne cherche pas à démasquer son dénonciateur qu'il connaît pourtant... Cette attitude déplaît à son Général qui lui retire son estime et sa confiance. A partir de ce moment, l'armée le rejette : comme on ne peut pas mettre à la rue un Chevalier de la Légion d'Honneur, on lui propose une mutation dans les chemins de fer comme contrôleur général. Cette administration refuse de l'accueillir pour cause de sureffectifs... Il est finalement mis à la retraite en 1892. Il décède le 23 janvier 1920. Il est inhumé à Chambéry (Savoie).

CHABRY (Laurent), 1855-1893 :
Nous devons à Chabry d’avoir réalisé l’expérience fondamentale qui contribua à la naissance de l’embryologie

CHAGALL (Marc), 1887-1985 :
Né à Vitebsk (Russie), en 1887, Marc Chagall est originaire d’une modeste famille juive. Il étudia d’abord à l’école des arts de Saint-Pétersbourg, puis fut l’élève de Léon Baskt. Venu à Paris dès 1910, il fut l’ami du poète Blaise Cendrars et s’installa à la Ruche avec Modigliani, Soutine, Léger, Lipchitz. Utilisant le cubisme, il transposa ses souvenirs de Russie et ses visions imaginaires, Moi et le village, en 1911.
Avec la guerre, il rentre en Russie, et lors de la Révolution de 1917, il est nommé commissaire des Beaux-Arts de la province de Vitebsk. Revenu en France en 1923, il illustre les Ames mortes de Gogol, les Fables de La Fontaine et la Bible. Un voyage en Palestine, Syrie, Egypte l’ayant marqué profondément. Peu avant 1940, l’angoisse de la guerre se traduisit dans ses tableaux comme avec La Chute de l’ange. Il se réfugie aux Etats-Unis pendant la guerre et ne revient en France qu’en 1948 où il continua ses œuvres. Il meurt à Saint-Paul-de-Vence en 1985.

CHAMBORD (Henri, comte de), 1820-1883 :

CHANSONS POPULAIRES :

CHARCOT (Jean-Baptiste), 1867-1936 :
Jean-Baptiste Charcot naît à Neuilly-sur-Seine, le 15 juillet 1867. Son père n’est autre que Jean-Martin Charcot, illustre médecin, professeur à l’hôpital parisien de la Salpetrière et initiateur de la neuro-pathologie. L’enfant rêve de grands horizons, joue à l’explorateur dans les jardins de la demeure familiale, emplie ses cahiers d’écoliers de dessins de bateaux. A Ouistreham, sur la côte normande, il s'initie aux choses de la mer en fréquentant les pêcheurs du port. Cependant, suivant les vœux paternels et conformément aux mœurs du temps, sa carrière est déjà toute tracée : il sera médecin. Brillant externe, Jean-Baptiste Charcot effectue son service militaire dans un bataillon de chasseurs alpins. A son retour à la vie civile, il est reçu interne des hôpitaux en 1891 et travaille ensuite auprès de son père. Jean-Baptiste Charcot soutient sa thèse en 1895. Après la mort du professeur Charcot cependant, il s’oriente vers la biologie et entre à l'Institut Pasteur, récemment créé, entreprenant par la suite des recherches sur le cancer.
Grâce aux relations de son épouse, Jeanne Victor-Hugo, belle-fille d’Édouard Lockroy, ministre de la Marine à l’époque, Jean-Baptiste Charcot est nommé médecin auxiliaire de la flotte. Toujours attiré par l’océan, il navigue fréquemment, lorsque l’été arrive, à bord de son yacht, le Courlis, puis à partir de 1893 sur le Pourquoi pas ?, un cotre d'une longueur de 19,50 mètres. Construit selon ses plans, celui-ci le mène fréquemment en croisière le long des côtes britanniques. En 1901, Charcot se rend ainsi aux îles Féroé. Cette expérience de la mer lui permet de rédiger un Guide, publié par le Yacht-club de France, à destination des plaisanciers. Celui-ci vient compléter un précédent opuscule, La Navigation mise à la Portée de Tous. L’année suivante, Jean-Baptiste Charcot est envoyé en mission officielle par le ministère de la Marine, qui le charge d'étudier les pêcheries de l'île Jan-Mayen, possession norvégienne dans l'Arctique, alors fréquentée par les baleiniers.A cette époque, Charcot, qui se préoccupe des contrées septentrionales, déplore le fait que, depuis la monarchie de Juillet et Jules Dumont d’Urville, la France se soit détournée de l'étude des régions polaires. D'autres pays y multiplient les expéditions scientifiques. En 1897-1899, à bord du Belgia, Adrien de Gerlache réalise ainsi l’exploit d’hiverner pour la première fois dans l'Antarctique. A son retour, un Congrès international de géographie, réuni à Berlin, appel à l'exploration systématique du continent austral, qui demeure si mystérieux. L'initiative crée des vocations puisqu’en 1902, quatre équipes sont présentes dans ces régions : une anglaise, celle de Robert Falcon Scott sur la Discovery, une autre allemande dirigée par Erich von Drygalski à bord du Gauss, Otto Nordenskjôld et ses hommes sur l'Antartica, et une écossaise, celle de William Speirs Bruce sur la Scotia. La France est donc absente, ce qui décide Charcot, d'abord tenté par un voyage en Arctique, à se lancer dans l'aventure.A Saint-Malo, il se fait construire à ses frais un navire d'exploration polaire : Le Français. Celui-ci possède une coque en chêne, renforcée pour la navigation dans les glaces, est gréé en trois-mâts goélette et est muni d'une machine à vapeur auxiliaire d’une puissance de 125 chevaux. Celle-ci se révélera insuffisante. Au début de l’année 1903, l’opinion s'inquiète du sort de l’explorateur Nordenskjôld, dont on est sans nouvelles. Aussi Charcot décide-t-il de partir pour l'Antarctique et les mers du Sud. Mais il lui faut pour cela obtenir une aide financière, des concours officiels. Émile Loubet, le président de la République, lui accorde son patronage, suivi bientôt de celui de l'Académie des sciences et du Muséum d'histoire naturelle. La Société de géographie, le Bureau des longitudes se joignent à l’entreprise, tandis que la Marine nationale concède à l’expédition cent tonnes de charbon. Seule la Commission des Missions du ministère de l'Instruction publique se refuse à toute subvention. De son côté, Jean-Baptiste Charcot, usant de la notoriété de son nom, lance une souscription qui ne recueille cependant que vingt mille francs. Le directeur du journal Le Matin, Bunau-Varilla, lui offre allures cent cinquante mille francs-or. Ceux-ci permettent d'achever les préparatifs. Quant au programme scientifique, il est défini avec le concours de l'ingénieur hydrographe Antoine Bouquet de la Grye, directeur du Service hydrographique de la Marine, l'astronome Jean Mascart, les géologues Albert de Lapparent et Edmond Perrier, le paléontologue Albert Gaudry. Il s’agit ainsi pour l'expédition d’effectuer des différents travaux dans la partie du continent antarctique située au sud de la Patagonie, dans le secteur des terres de Graham et d'Alexandre Ier.
L'équipage du Français comprend dix-neuf hommes, dont deux officiers de marine : le lieutenant de vaisseau Matha et l'enseigne Rey, que la Marine a consenti à détacher, avec "solde à terre". Quant au navire, il est encombré de matériel en tout genre (dont une maison démontable) et de vivres en prévision d’une longue campagne d'hiver. Le charbon s'entasse un peu partout... Enfin l’expédition quitte le port du Havre, le 15 août 1903, pour gagner Buenos Aires où l’on embarque également une tonne de galetas, des biscuits argentins. De nouveau en mer à partir du 23 décembre suivant et en direction de la Terre de Feu, Le Français se dirige ensuite vers le sud à destination de la terre de Graham, au mois de janvier 1904. Bientôt, il se heurte aux mêmes difficultés que ses prédécesseurs. La navigation est approximative, car le point ne peut être fait qu’à l'aide d'instruments encore très sommaires et dans des mers inconnues. L’équipage ne doit sous aucun prétexte relâcher son attention, car la présence des icebergs menace, tout comme celles d’éventuels récifs non repérés. Enfin, le 2 février 1904, Le Français arrive en vue d'un chapelet d'îles qui bordent le continent austral, au sud-ouest de l'archipel des Shetlands du Sud. A cette époque, seuls des navires baleiniers ou d’éventuels pêcheurs de phoques ont fréquenté es eaux. Le travail de relevé commence. Les courants, le contour des terres, etc., doivent figurer sur les nouvelles cartes. Le Français progresse lentement à travers les chenaux taillés dans les points faibles de la glace. A proximité de la côte, Charcot et ses hommes sont également à l’affût du moindre abri pour y passer la nuit.Les paysages éblouissent ces hardis navigateurs, peu habitués à ces horizons. Le 8 février a lieu la première descente à terre sur la banquise. Il leur est alors impossible d'établir un campement. C’est à l’abri d’une tente que l'enseigne Rey effectue ses observations magnétiques. Tandis que des hommes d’équipage réparent une nouvelle fois la chaudière, le lieutenant de vaisseau Matha s’occupe du marégraphe enregistreur, le naturaliste Turquet empaille des oiseaux et le géologue Gourdon recueille des échantillons de roche. D’autres chassent le phoque et le pingouin pour nourrir les chiens de l'expédition. Leur graisse est également utilisée comme combustible pour faire fondre la glace qui fournit l'eau douce. Au début du mois de mars 1904, l'expédition se prépare à hiverner et se fixe dans une baie de l'île Wandel, par 65,5° de latitude sud, dépassant d'un degré le point le plus au sud atteint par Otto Nordenskjold. Dans les semaines qui suivent et malgré les températures très basses, les travaux scientifiques se poursuivent, des études bactériologiques notamment. Dans cet environnement austère, l'atmosphère à bord demeure excellente. Jean-Baptiste Charcot organise ainsi des réjouissances pour la fête nationale argentine, le 14 juillet ou Noël. Suivant une tradition ancienne dans la marine française, des séances d'enseignement sont également proposées à l’équipage. Celui-ci s’enrichit par la fréquentation de l’abondante bibliothèque dont dispose Le Français.En décembre, il faut à présent songer à regagner l’océan. Avant cela, l’équipage doit débloquer le navire pris dans les glaces. La mélinite, un explosif puissant, utilisé également par les prédécesseurs de Charcot pour briser les blocs de glace, se révèle inefficace. Il faut donc s’employer à évacuer la couche de neige en surface, avant de scier la banquise ! Enfin, le jour de l'appareillage arrive. Celui-ci s’effectue avec le seul recours de la voile, sans l’aide de la machine à vapeur, de nouveau en panne. Malgré le temps défavorable, Le Français pousse en direction de la terre de Graham. Le 15 janvier 1905 cependant, c’est l’accident. Le navire heurte un rocher à fleur d'eau. Puisqu’on ne peut réparer, les pompes lutent contre la voie d'eau, au prix d'un service épuisant pour l’équipage. Enfin, Le Français quitte l'Antarctique et arrive à Buenos Aires, le 29 mars. C’est au gouvernement argentin qu’il reviendra de remettre en état le navire, après son achat à la France. Salués par le croiseur Dupleix, Jean-Baptiste Charcot et ses hommes s'embarquent sur le paquebot Algérie. L'expédition rapporte des résultats importants, si bien que le ministre de la Marine, Gaston Thomson, ainsi que les milieux scientifiques, réservent aux explorateurs un accueil enthousiaste au mois de juin 1905. Charcot se consacre dans les mois qui suivent à la publication du bilan scientifique de l’expédition, tout en songeant à repartir vers les régions polaires qu’il vient de quitter.Favorable à une nouvelle expédition, Paul Doumer, récemment élu président de la Chambre des députés, obtient du gouvernement une subvention de six-cent mille francs. D’autres subventions, venues de la principauté de Monaco comme de nombreux particuliers, permettent à Charcot d’envisage la construction d'un nouveau navire. Celui-ci, baptisé le Pourquoi pas ?, est lancé à Saint-Malo, le 18 mai 1908. Ce trois mâts barque de 445 tonneaux, qui dispose comme son prédécesseur d’une propulsion auxiliaire à vapeur, a été conçu tout particulièrement pour la navigation dans les mers polaires. A l’intérieur de sa coque renforcée, il dispose d'aménagements spacieux et confortables, de trois laboratoires, de deux bibliothèques prévues pour recevoir plus de deux mille volumes. Le 15 août 1908, le Pourquoi pas ? et ses vingt-deux hommes d'équipage quittent Le Havre en direction de l'Antarctique. Après avoir exploré la terre de Graham, reconnu l'île Adélaïde, aperçue en 1831 mais dont elle précise les dimensions et la configuration, l’expédition se dirige vers la terre Alexandre Ier, alors quasi inconnue. Vers la fin du mois de novembre 1909, le Pourquoi pas ? mouille aux îles Shetland du Sud et se ravitaille. Il repart ensuite vers le Sud-ouest et atteint, par 70° sud et 75° ouest, une terre nouvelle. Les glaces cependant l'empêchent d'approcher. Plus tard d’ailleurs, Jean-Baptiste Charcot et son équipage sont en vue de l’île Pierre Ier, baptisée ainsi par le navigateur russe Fabian Gottlieb von Bellingshausen en 1820, le seul à l’avoir jusqu’ici approchée. Par la suite, l’explorateur français franchit le 70° sud et cartographie deux mille kilomètres de côtes inexplorées du continent antarctique. Le 5 juin 1910, le Pourquoi pas ? est de retour à Rouen. Plus tard, dans le grand amphithéâtre de la Sorbonne, le monde savant salue l'exploit de Charcot. D’autant plus que la moisson scientifique collectée par l’expédition est considérable.Le Pourquoi pas ? est ensuite placé sous le patronage de l'École pratique des hautes études. En 1911, l’institution organise une croisière océanographique en Manche. Jean-Baptiste Charcot ne parvenant pas à subvenir à son entretien, la Marine marchande en fait un navire-école destiné à la formation des futurs capitaines au long cours. A son capitaine revient de les conduire dans les eaux islandaises, avant d’être mobilisé en 1914. L’année suivante, il commande, avec le grade de lieutenant de vaisseau auxiliaire, un navire baleinier armé par un équipage franco-anglais et dont la mission est de patrouiller au large des îles Féroé. Peut-être les autorités allemandes y ont-ils établi une base pour leurs sous-marins ? Afin de lutter contre ces terribles submersibles, Charcot conçoit un bateau-piège, que la Marine adopte. Il prend dès lors le commandement de l’un d’entre-eux, la Meg, jusqu'à la fin du conflit. Promu capitaine de corvette en 1920, Charcot retrouve son Pourquoi pas ?, à présent armé par la Marine nationale. A partir de 1925, il multiplie à son bord les missions au Groenland. Devenu Conseiller scientifique du Service hydrographique de la Marine, le capitaine au long cours accède également aux honneurs. Élu à l'Académie des Sciences en 1926, Charcot reçoit le prix Albert de Monaco, avant d’être reçu en 1929 au Bureau des Longitudes. Après avoir présidé à l’organisation de l'Année polaire internationale, il se préoccupe de l'établissement d'une station scientifique au Scoresby Sound. En 1933, le Pourquoi pas ? tente l'exploration de la côte dite "de Blosseville", puis installe au Groenland la mission ethnographique, dirigée par Paul-Émile Victor, qui séjournera pendant un an à Angmagsalik, dans le Sermilikfjord.Le 14 juillet 1936, Charcot et son Pourquoi pas ? quittent le Groenland oriental et Saint-Servan. L’exploration de la région est rendue possible cet été là par la faible épaisseur de la banquise. Cependant les tempêtes se multiplient et rendent la navigation périlleuse. Dans l'une d'elles, après avoir lutté toute la nuit contre les éléments déchaînés, Jean-Baptiste Charcot disparaît avec son bâtiment, fracassé sur les rochers au large d'Alftanes en Islande, le 16 septembre 1936, à une heure quinze du matin. Des quarante hommes de l'équipage, un seul survit au drame : le maître timonier Le Gonidec, jeté à la côte par une lame.

CHARCOT (Jean Martin), 1825-1893 :
Médecin français. Né à Paris en 1825, Jean Martin Charcot est le fondateur avec Guillaume Duchenne de la neurologie moderne et l'un des plus grands cliniciens français.
Il fut l'un des plus illustres médecins français de la fin du XIXe siècle. Par son esprit d'observation et grâce à son ascendant sur ses malades et sur ses disciples, il orienta la médecine mentale vers des voies originales et fécondes. Si quelques-unes de ses théories furent assez rapidement abandonnées, il n'en reste pas moins le précurseur de la psychopathologie; il rénova, en outre, la pathologie nerveuse.
Alors que Charcot enseignait l'anatomie pathologique à l'Université de Paris (1860-1893), il fut nommé en 1862 à l'hôpital parisien de la Salpêtrière, où il devait rester de longues années et où il ouvrit en 1882 ce qui allait devenir la plus grande clinique neurologique d'Europe.
Professeur réputé, il attira des étudiants de toutes les parties du monde. Le plus célèbre d'entre eux fut, en 1885, Freud, dont l'intérêt pour les origines psychologiques de la névrose fut stimulé par l'emploi que faisait Charcot de l'hypnose, en vue de découvrir une base organique à l'hystérie. Sa contribution à l'étude de la physiologie et de la pathologie du système nerveux a été fondamentale. On lui doit notamment la description de la sclérose en plaques et de la sclérose latérale amyotrophique (maladie de Charcot).
Brillant conférencier, excellent écrivain, il fut élu membre de l'Académie de médecine (1873) et de l'Académie des sciences (1883). Ses cours, à la Salpêtrière, étaient des événements scientifiques et mondains. Son ouvrage le plus important est le recueil de ses Leçons sur les maladies du système nerveux faites à la Salpêtrière, qui ont été publiées en trois volumes en 1885-1887, puis traduites dans toutes les langues. Sous son influence, la maladie mentale commença à être systématiquement analysée; et l'hystérie, à l'étude de laquelle il se consacra à partir de 1870, fut distinguée des autres affections de l'esprit.
Ses travaux ont conduit à écarter le soupçon de simulation de la part des malades dans la manifestation des crises ou des symptômes hystériques, et il a été le premier à employer l'hypnose comme moyen de traitement. Il demeurait convaincu que la cause fondamentale de l'hystérie résidait dans une dégénérescence, d'origine héréditaire, du système nerveux; interprétation que Sigmund Freud, qui fut son élève d'octobre 1885 à février 1886, devait définitivement réfuter.
Jean-Martin Charcot est le père du célèbre médecin et explorateur français Jean-Baptiste Charcot, auteur de campagnes et travaux océanographiques dans les régions polaires, mort en mer sur le "Pourquoi-Pas". Après cette présentation sommaire du Docteur Jean-Martin CHARCOT qui a donné son nom à notre établissement, il nous est apparu nécessaire de mieux présenter les traits dominants de son oeuvre et de sa vie, ainsi qu'un certain nombre de réserves, voire de critiques concernant ses travaux.
Lorsqu'il commence à s'intéresser à l'hypnose en 1878, CHARCOT est arrivé au faîte de sa carrière. Il est l'une des gloires de la médecine française. Ses travaux de neurologie lui ont valu une réputation internationale et l'on créera pour lui en 1882, la première chaire mondiale de neurologie. A cette période de sa vie, CHARCOT fut attiré par la philosophie, la psychologie, et l'étude des mécanismes des fonctions cérébrales.
ll choisit en dehors de ses élèves des collaborateurs appartenant aux disciplines philosophiques et écrivit ces lignes: "Jusqu'à présent, on s'est habitué à mettre la psychologie à part, on l'enseigne au collège, mais c'est une psychologie à l'eau de rose qui ne peut servir beaucoup. C'est une autre psychologie qu il faut créer, une psychologie renforcée par les études pathologiques auxquelles nous nous livrons". CHARCOT était essentiellement neurologue, il n'était pas psychiatre; en tant que neurologue, il s'occupait de la physiologie de l'hypnotisé, de ses mouvements, de ses réflexes et il passait complètement à côté des phénomènes psychologiques.
CHARCOT, qui expérimentait surtout chez les hystériques, considèrait l'état hypnotique développé chez eux comme une véritable névrose constituée essentiellement par trois états différenciés que l'on peut transformer, l'un en l'autre, au moyen de différents artifices techniques.
Ces trois états sont ...
Le premier : l'état de léthargie. Il s'obtient par fascination, soit par compression des globes oculaires à travers les paupières baissées.
Le second : l'état cataleptique. Les membres restent immobilisés dans l'attitude qu'on leur donne.
Le troisième : l'état somnambulique qui peut être obtenu par fixation du regard et par diverses pratiques.
Ces trois phases constituent ce que CHARCOT a appelé: le grand hypnotisme ou la grande névrose hypnotique.
A côté du grand hypnotisme, il y a de petits hypnotismes dont les phénomènes sont moins tranchés, comme il y a la grande hystérie et les états hystériques mineurs.
CHARCOT parlait de transfert, sans l'intervention de la suggestion, par un simple phénomène physique et physiologique dû à l'aimant.
Malheureusement, si les travaux de CHARCOT sur l'hystérie et les névroses furent fréquemment l'objet de critiques erronées, ses recherches sur l'hypnose, la rnétalloscopie, la métallothérapie, publiées par lui-même ou par ses collaborateurs, ont soulevé des objections souvent justifiées. Certains de ses élèves parmi les plus brillants, s'ils ne tarissent pas d'éloges sur la valeur du maître ont été cependant critiques.
Par exemple, BERNHEIM a démontré formellement que l'hypnotisme de la Salpêtrière avec ses trois phases et ces phénomènes caractéristiques de léthargie, de catalepsie et de somnambulisme, les phénomènes de transfert n'existent pas, que ces phénomènes divers ne se produisent pas tant que le sujet ne sait pas s'ils doivent se produire. La suggestion seule et l'imitation les ont réalisés.
De son côté, le Professeur GUILAIN a écrit très justement : "CHARCOT a eu le tort de ne pas surveiller ses expériences. Il assurait le matin son service d'hôpital avec une régularité et une conscience exemplaires.
Mais, comme tous les médecins de cette génération, il ne revenait pas dans son service l'après-midi. Ce furent donc ses chefs de clinique, ses internes, ses assistants qui préparaient les malades, les hypnotisaient, organisaient les expériences."
Par ailleurs, BABINSKI, reconnaît que CHARCOT "eut le tort de faire ses cliniques sur la grande hystérie et sur l'hypnotisme non seulement pour des médecins mais aussi pour un public non médical; ses leçons attiraient les gens du monde, des acteurs, des littéraires, des magistrats, des journalistes, des hommes politiques et quelques médecins. La présentation des sujets en état de léthargie, de catalepsie, de somnambulisme, de sujets présentant des crises violentes, ressemblaient trop à de la mise en scène théâtrale".
Enfin, FREUD évoquant sa rencontre avec CHARCOT dans son ouvrage "Ma vie et la psychanalyse" rapporte: "en octobre 1885, j'entrai comme élève à la Salpêtrière, mais j'y fus, au début, perdu parmi tous les élèves accourus de l'étranger, donc peu considéré. Un jour j'entendis CHARCOT regretter que le traducteur allemand de ses leçons n'eût plus donné signe de vie depuis la guerre. Il aimerait que quelqu'un entreprît la traduction de ses "Nouvelles Leçons". Je lui écrivis pour m'offrir à lui, je me souviens même que la lettre contenait ce bout de phrases: je n'étais affecté que de l'aphasie motrice, mais non de l'aphasie sensorielle du français. CHARCOT m'agréa, m'introduisit dans son intimité et depuis lors j'eus ma pleine part de tout ce qui avait lieu à la clinique".
FREUD dit encore: "de tout ce que je vis chez CHARCOT, ce qui me fit le plus d'impression, ce furent ses dernières recherches, poursuivies en partie encore sous mes yeux. Aussi, la constatation de la réalité et de la légalité de phénomènes hystériques, la présence fréquente de l'hystérie chez l'homme, la production de paralysies et de contractures hystériques de par la suggestion hypnotique, et ceci que ces productions artificielles présentassent jusque dans le détail les mêmes caractères que les manifestations spontanées.
Bien des démonstrations de CHARCOT avaient chez moi, comme chez d'autres élèves étrangers, éveillé d'abord de l'étonnement et une tendance à la contradiction. CHARCOT répondait toujours à nos objections avec affabilité et patience, mais aussi avec beaucoup de décision ; dans l'une de ces discussions, il laissa tomber ces mots: "Ca n'empêche pas d'exister", paroles qui devaient s'imprimer en moi de façon inoubliable.
On sait que tout ce que CHARCOT nous enseignait alors ne s'est pas maintenu. Une partie en est devenue incertaine, une autre n'a évidemment pas subi l'épreuve du temps. Mais il est demeuré assez de cette oeuvre pour pouvoir constituer un patrimoine durable de la science. Avant que je ne quittasse Paris, je concertai avec le Maître le plan d'un travail ayant pour but la comparaison entre les paralysies hystériques et les organiques.
Je voulais y démontrer la thèse que, dans l'hystérie, les paralysies et anesthésies des diverses parties du corps sont délimitées suivant la représentation populaire (non anatomique), que s'en font les hommes. Il était d'accord avec moi, mais on pouvait aisément voir qu'au fond il n'avait aucune prédilection pour une étude psychologique approfondie de la névrose. Il était venu de l'anatomie pathologique."
"Je ne puis dissimuler une question qui s'est posée souvent à mon esprit. Il y avait autour de CHARCOT des assistants d'une haute valeur scientifique, doués d'un esprit critique pénétrant, d'une valeur morale absolue. Il me paraît impossible que plusieurs d'entre eux n'aient pas eu de doute sur la sincérité des sujets, n'aient pas compris l'invraisemblance de certains faits. Pourquoi' n'ont-ils pas mis en garde CHARCOT ? La seule explication que je conçois avec toutes les réserves qu'elle comporte, c'est qu'ils n'ont pas osé alerter CHARCOT, craignant les réactions violentes du Maître, que l'on appelait le César de la Salpêtriêre."
CHARCOT lui-même, un peu tardivement d'ailleurs, finit par se rendre compte, peu avant sa mort, que le terrain sur lequel il s'était engagé était fort peu solide, aussi prit-il la décision de reprendre dans son ensemble la question de l' hystérie et de l' hypnose. Malheureusement, souffrant d'une insuffisance coronarienne chronique sévère, il devait mourir à peu de temps de là en 1893 d'un infarctus du myocarde.

CHARDONNET (Louis-Marie, Hilaire Bernigaud de), 1839-1924 :

CHARPENTIER (Gustave),1860-1956 :
Compositeur. Dieuze (Moselle) 23 juin 1860 ; Son père, boulanger à Dieuze le pousse à apprendre la musique. A la guerre de 1870 la famille refuse de vivre sous un gouvernement allemand et se réfugie dans le Nord de la France, à Tourcoing, sur la frontière belge. Il prend des cours de violon et en 1876 entre à l'orchestre symphonique municipal. Il est embauché dans une filature, fonde une société musicale et enseigne le violon à son employeur, Albert Lorthiois, qui finance son entrée au conservatoire de Lille en 1778.
Suite à la qualité de ses résultats, la ville de Tourcoing lui alloue en 1779 une pension annuelle pour lui permettre de suivre les cours du Conservatoire national de Paris.Il prend goût à la vie montmartroise, à la bohème et à une certaine rebellion contre l'autorité. L'intransigeance de son professeur de violon (Massard) qui ne supporte pas ses irrégularités, l'oblige à quitter temporairement le conservatoire. Après avoir joué quelques temps dans un orchestre, il reprend les cours d'harmonie avec Pessard en 1881, mais le service militaire l'empêche d'intégrer la classe de composition de Massenet en 1884. En 1887, il obtient le premier grand prix de Rome pour sa cantate Didon qui est mise au programme des concerts Colonne en 1888.Il est un pensionnaire indocile de la Villa Médicis de Rome. Souvent absent en raison de nombreux voyages à Paris, il est en opposition ouverte avec le directeur, le peintre Hébert, particulièrement à propos de la présence des femmes à la Villa. . Il y compose une suite orchestrale, Impressions d'Italie et La vie du poète, un drame symphonique qui semble être une version naturaliste du Lelio romantique de Berlioz ; Le premier acte et pratiquement tout le livret de Louise, son opéra célèbrissime, d'une trivialité audacieuse pour l'époque, écrit à partir de scènes de la vie contemporaine de Montmartre, dans un style réaliste teinté d'idéologie anarchiste. Les personnages principaux sont une couturière et un poète menant la vie de bohème à Montmartre.Il revient définitivement à Paris en 1890. En 1891 Ses Impressions d'Italie font un triomphe aux Concerts Lamoureux.Il achève Louise en 1896, certainement avec la complicité du poète Saint-Pol-Roux.Charpentier décline plusieurs offres de création partielle de son oeuvre jusqu'à ce qu' Albert Carré décide de marquer sa nomination à la direction de l'Opéra-Comique de Paris avec la création intégrale de Louise. Le 2 février 1900 l'immense succès emporte les contradicteurs (en 1950 on approche la millième représentation). Les mots de Paul Dukas sont restés célèbres : Le premier acte, et surtout le quatrième, sont déjà d'un maître. Les deux autres d'un homme. Prodige rare par le temps qui court, où nous entendons tant de soi-disant oeuvres d'art dont les auteurs ne sont ni des hommes, ni des maîtres, ni hélas des artistes. Gounod déclare aussi son admiration dans une lettre à Charpentier. Le 30 avril, Carré distribue 400 places gratuites aux couturiers parisiens. La même année Charpentier est promu Chevalier de la Légion d'honneurEn 1902, il crée le conservatoire Populaire Mimi Pinson (héroïne d'Alfred de Musset) où les femmes peuvent recevoir une instruction musicale gratuite. En 1912, il succède à Massenet à l'Académie des Beaux-Arts. Il est promu officier de la légion d'honneur. Louise devait être le premier volet d'une trilogie. En 1913, le second volet, Julien ou la vie du poète, à un grand succès, interrompu par le départ soudain pour Bruxelles (6 mois après la première, le 4 juin 1913) du ténor Charles Rousselières (1875-1950) qui tient le rôle titre. La première guerre mondiale ne permet pas de remonter l'oeuvre. En 1913, il annonce une autre trilogie formée de trois opéras en 2 actes : L'amour au Faubourg, Comédiante et Tragédiante. Aucun n' été mené à bien. On cite parfois L'amour du Faubourg comme troisième volet qui aurait dû compléter Louise (Roman musical) et Julien (drame lyrique). Mais on mentionne aussi (Delmas) le projet d'un opéra Marie, fille de Louise pour compléter Louise et Julien En 1930, il est promu commandeur de la Légion d'honneurEn 1938 il supervise une version cinématographique de Louise dirigée par Abel Gance. En 1950 il est promu Grand officier de la Légion d'honneur. Après la seconde guerre mondiale il vit replié dans sa demeure de Montmartre. Il laisse aussi des chansons, ses Poèmes chantée† Paris 18 février 1956.

CHARRON (Auguste), :

CHARTREUX (affaire des) :
Comment une accusation de corruption sans preuve, lancée dans le " Petit dauphinois " puis reprise dans " L'intransigeant " mit en péril le gouvernement d'Émile Combes en 1905 ? Comment le sénateur Alfred Mascuraud, disciple de Léon Gambetta, fut accusé d'avoir accepté des Pères Chartreux un million de francs-or pour circonvenir des députés et les faire voter en faveur du maintien de leur abbaye à Saint-Pierre des Chartreux ? Comment un simple fait divers se transforme-t-il en affaire nationale ?

→DUNEZ (Paul) : L’affaire des Chartreux, L’Harmattan, Paris, 2001.
BOURGEOIS (René) : L’expulsion des Chartreux. 1903, Paris, Coll. Evènements, 2000.

CHAUSSON (Amédée, Ernest), 1855-1899 :
Paris 20 janvier 1855 - † Le Limay (Mantes-la-Jolie) 10 juin 1899. Il est issu d'un milieu aisé. Son père, Prospère Chausson (1804-1894) est entrepreneur des travaux publics. Il bénéficie de l'instruction d'un précepteur, Brethous-Lafargue, soucieux des disciplines artistiques et de la vie mondaine, qui le mène aux concerts, aux expositions et l'introduit, vers 1871 dans les salons. Chausson fréquente ainsi le celui de Madame Jobert (la marraine de Musset), mais aussi à partir de 1874, celui de Madame Saint-Cyr de Rayssac. Il y rencontre des personnalités comme Fantin-Latour et Odilon Redon, Chenavard, l'abbé Lacaria et Vincent d’Indy. Il écrit quelques nouvelles, ébauche un roman, s'essaie un peu au dessin.
Il entre à la faculté de droit en octobre 1875, obtient sa licence en avril 1876, puis soutient son doctorat le 7 mai 1877. Il devient avocat à la cour d'appel de Paris, mais n'effectue pas son stage pratique.
En octobre 1879, il s'inscrit en auditeur libre dans la classe de composition du Conservatoire de Jules Massenet. Il avait déjà quelques compositions à son actif : deux sonatines pour piano à quatre mains, des variations, des chansons. Mais les plus anciens manuscrits conservés sont des compositions d'étude corrigées pas Massenet. Il tente le Prix de Rome en 1880 avec la cantate l'Arabe (pour ténor et choeur masculin), mais échoue au concours. Il étudie alors, jusqu'en 1883, au Conservatoire puis en privé, avec César Franck, auquel il a été présenté par Vincent d'Indy (classe d'orgue faisant fonction de classe de composition).
En 1882, il assiste à la création de Persifal à Bayreuth en compagnie de Vincent d'Indy.En 1883 il épouse Jeanne Escudier et se rend avec elle à Bayreuth (il fera de nouveau le «pèlerinage» en 1889).
En 1886, il devient pour une dizaine d'années, le secrétaire de la Société Nationale de Musique (fondée par Saint-Saëns en 1870). Il se lie d'amitié avec Duparc, Fauré, Bréville, Debussy qui fréquentent son salon renommé 22 rue de Courcelles à Paris, ainsi que Mallarmé, Régnier, Tourguéniev Albeniz, Isaye, Monet, Puvis de Chavane etc.Il rassemble une importante collection de tableaux impressionnistes.
Le 10 juin 1899, en roulant en vélo dans la propriété du baron Laurent-Atthalin au Limay, il heurte de la tête un des murs d'enceinte de sa propriété et succombe d'une fracture du crâne.
On classe traditionnellement l'oeuvre de Chausson en trois périodes.
1878-1886, serait, héritage de Massenet, une période de mélodies élégantes et parfois un peu mièvres, avec des chansons comme Le charme (1879), Les papillons (1880) et la Sérénade Italienne (1880). Cette période comprend aussi une évolution de l'étoffe harmonique et formelle influencée par la musique de Wagner, comme l'orchestration de Viviane en 1882, et par celle de César Frank comme dans les chansons Nany (1880), La dernière feuille (1880), Les Quatre mélodies op.8 (1882-1888), l'Hymne védique (1886), et oeuvre majeure, La caravane (1887).
Le début de la seconde période coïnciderait avec sa nomination au secrétariat de la Société de Musique en 1886. On prête à sa fréquentation des milieux artistique et plus particulièrement à celle des compositeurs l'émergence d'un caractère dramatique marqué. On met aussi cela au compte de son caractère pessimiste, ou au fait qu'il désirerait se défaire de l'image de riche dilettante qu'on peut lui prêter. Parmi les oeuvres les plus remarquables de cette période, on compte le Poème de l’amour et de la mer (1882-1893), La légende de Sainte-Cécile (1891), son opéra Arthus (1886-1895) dont il écrit également le livret, la symphonie en si op.20 (1889-1890), et le concerto op.21 pour piano, violon et quatuor de cordes (1889-1891).
La mort de son père en 1894 marquerait le début de la troisième période, caractérisée par l'influence des poètes symbolistes et la lecture des écrivains russes comme Dostoïevski, Tourgueniev ou Tolstoï.. De cette période datent le cycle des Serres chaudes (1893-1896) sur des poésies de Maeterlinck, la Chanson perpétuelle (1898), le Poème op.25 pour violon et orchestre, créé par Ysaye et très apprécié par Debussy.
Reflet d'une ontologisation des vieilles habitudes périodisantes historicistes, ce découpage est illusoire, il est une sorte de fantaisie psychologisante tendant à expliquer la plasticité créatrice par des événements remarquables (quitte à en grossir l'importance). Chausson est un amateur qui a du goût et du savoir faire. Il bénéficie d'un environnement très propice, mais il entame sa vie de compositeur avec un bagage technique relativement léger. Ce qui lui manque, il l'acquiert, le découvre et l'invente au fil du temps et de ses oeuvres. C'est peut être pour cela qu'il compose lentement. Arthus, qu'on classe dans la seconde période, reste sur le métier 9 années durant. C'est en fait une oeuvre de la prétendue troisième période.
Au cours des années, l'oeuvre de chausson gagne constamment dans la maîtrise de la forme et se dote d'une harmonie brillante, souvent originale, parfois audacieuse, qui sont un travail sur l'héritage de César Frank, même si cela est teinté par l'admiration portée à la musique wagnérienne.

BRETAUDEAU I., Aspects du langage d'Ernest Chausson à travers Serres chauds (thèse) Université de Lyon-Lumière 1982

CHAUTEMPS (Camille), 1885-1963 :
Député-maire de Tours en 1919, il appartient à presque tous les cabinets radicaux jusqu'en 1940. Favorable à l'alliance des radicaux et du centre droit, il est un très éphémère président du Conseil en 1930 puis en 1933, mais il est atteint par l'affaire Stavisky. Rallié au Front populaire, il succède à Léon Blum en 1936-1937 et crée la SNCF. Pacifiste, il figure dans le gouvernement de Philippe Pétain et plaide en faveur de la négociation avec Mussolini et Hitler. Trop républicain et franc-maçon pour Vichy, il s'exile aux Etats-Unis où il meurt vingt ans plus tard.
Il est le fils de Alphonse Chautemps, sénateur et ancien ministre des Colonies. Diplômé de la faculté de droit, il devient un avocat réputé. Ses deux frères Félix et Maurice sont tués lors de la guerre 14-18. Maire de Tours en 1919, il est élu député radical de l' Indre et Loire puis député du Loir et Cher de 1929 à 1934, date à laquelle il devient sénateur. Il s'inscrit au groupe de la Gauche Démocratique, Radicale et Radicale-Socialiste jusqu'en 1941 Il appartient à presque tous les cabinets radicaux jusqu'en 1940. Favorable à l'alliance des radicaux et du centre droit, il est un très éphémère président du Conseil en 1930 puis en 1933, mais il est atteint par l'affaire Stavisky. Il devient ministre d¹Etat de Léon Blum de juin 1936 à juin 1937
il succède à Léon Blum en 1936-1937 A partir de 1938, il procède à la nationalisation des chemins de fer et à la création de la SNCF. De 1938 à 1940, il est vice-président du Conseil des Gouvernements Daladier puis du Gouvernement Paul Reynaud. Dès juillet 1940, il favorise l¹arrivée au pouvoir du Maréchal Pétain .Pacifiste, il figure dans le gouvernement de Philippe Pétain et plaide en faveur de la négociation avec Mussolini et Hitler.
Trop républicain et franc-maçon pour Vichy, en novembre 1940, il part pour Washington et choisit d'y demeurer jusqu'en 1944, date à laquelle il gagne l'Afrique du Nord. Après la Libération, il partage sa vie entre Paris et Washington, où réside sa famille.

CHEMINS DE FER :

CHIAPPE :

CIMETIÈRES :

CINÉMA :

CISSEY (Ernest Louis Octave Courtot, général de), 1810-1882 :
Homme politique. Né à Paris le 23 décembre 1810, Cissey étudie à St Cyr, puis entre dans l'armée en 1832, et devient capitaine en 1839. Il sert en Algerie, et devient chef d'escadron en 1849 puis lieutenant-colonel en 1850. Il prend part comme colonnel à la Guerre de Crimée, et reçoit le grade de Général de Brigade après la bataille d'Inkerman. Il est promu général de division en 1863. Pendant la guerre de 1870, il fait partie de l'armée du Rhin, où il commande la 1ère Division d'Infanterie du 4ème Corps d'Armée où il se rend avec Bazaine à Metz. Prisonnier après la capitulation de Metz, il se retrouve interné à Hambourg. Il est libéré à la fin de la guerre, et prend part à la répression de la Commune.
Il participe sous les ordres de Mac-Mahon à la reconquête de Paris sous la commune. Il commande les troupes dans le 7ème arrondissement. Le 26 mai il fait fusiller à genoux sur les marches du Panthéon Jean-Baptiste Millière député de la Seine mais il faut dire à sa décharge que les fédérés venaient de fusiller 49 otages. Député à partir de juillet 1871, le 28 mai 1871, Thiers à la faveur d'un remaniement le nomme ministre de la Guerre, il y restera jusqu'au 24 mai 1873, jour du renversement de Thiers. Il sera ministre de la Guerre à nouveau dans les deux gouvernements suivants et s'occupera de la réorganisation de l'armée.
Le 22 mai 1874, Mac-Mahon nomme d’autorité ce général expérimenté avec lequel il entretien une forte et ancienne amitié. Autant dire que Mac-Mahon impose un autre lui-même, en attendant de trouver de trouver le moyen de réunir les droites. Le centre droit orléaniste y figure en effet en force, à l’exemple de Caillaux père ou du gendre de Guizot, de Witt, qui devient sous secrétaire d’Etat à l’Intérieur.La combinaison révèle rapidement ses limites. Homme de paille, Cissey n’a pas d’autorité sur ses collègues et encore moins sur les parlementaires. Dès juillet, Cissey doit accepter les démissions de Magne et de Fourtou, ses deux ministres bonapartistes, Cissey démissionne mais Mac-Mahon, faute de solution de rechange, l’oblige à rester sur place.Dégoûté, il se cantonne dès lors à la gestion de son département, laissant l’influence principale à la Commission des Trente qui met la dernière main aux lois constitutionnelles. Début janvier 1875, il démissionne à nouveau, la Chambre ayant refusé à Mac-Mahon de donner la priorité législative à l’édification du Sénat. A nouveau, le maréchal-président le conjure de rester jusqu’à l’adoption des nouvelles institutions. Cissey reste pour l’essentiel étranger aux tractations qui entraînent le vote de l’amendement Wallon (30 janvier 1875) puis, les 24 et 25 février suivants, des deux premières lois constitutionnelles relatives au Sénat et à l’organisation des pouvoirs publics.L’adoption du compromis constitutionnel marque la fin de son intérim qui aura tout de même duré près d’un an. Le 10 mars 1875, Cissey démissionne. En le nommant, Mac-Mahon a commis la faute de laisser passer la réalité du pouvoir à la Chambre sans parvenir à réunir les différentes droites dans l’intervalle. Militaire traditionaliste, Cissey manquait d’expérience pour espérer jouer un rôle d’envergure. Aussi le conservatisme continue-t-il à travers lui sa décadence, un nombre croissant des membres du centre droit ralliant les positions de Thiers sur la nécessité d’établir la République dans la durée.
A nouveau ministre de la Guerre dans les cabinets Buffet et Dufaure, Cissey restera loyal au maréchal qu’il continuera à soutenir comme sénateur inamovible. En 1880, alors qu'il assure un commandement du XIème Corps à Nantes, on découvre qu'il est l'amant d'une certaine Baronne Kaula, accusée d'être une espionne à la solde de l'Allemagne. En 1881, l'enquête le disculpe du chef d'accusation de trahison, mais conclut qu'il a dilapidé les fonds secrets de son ministère. Il est contraint à démissionner. Il meurt à paris le 15 juin 1882.

CITROËN (André), 1878-1935) :
André Citroën naît à Paris en 1878 dans une famille juive aisée. Son père est un immigré hollandais, négociant en diamant reconnu dans ce milieu très fermé. Après quelques années passées au lycée Condorcet, Citroën intègre l’école Polytechnique à partir de 1898. En 1900, ses études achevées avec succès, il effectue son service militaire au 31e régiment d’Artillerie, au Mans.
Cependant, son rang de sortie lui barre les carrières les plus prestigieuses, au service de l’État. Contrairement à la majorité de ses camarades de promotion, il délaisse la carrière militaire. Profitant des relations familiales, il se fait entrepreneur et fonde avec un associé, en 1902, une entreprise de fabrication d’engrenages à chevrons taillés, procédé dont il a acheté le brevet deux années auparavant. D’abord installé rue Saint Denis à Paris mais rapidement à l’étroit, son atelier est transféré quai de Grenelle. Cette société en commandite devient en 1912 la Société Anonyme des Engrenages Citroën.
Celui-ci en délaisse pourtant la direction. Il avait été nommé quelques années auparavant directeur général et administrateur des automobiles Mors. La firme prend alors de l’ampleur et fait face à la concurrence : sa production s’accroît (300 modèles en 1908, 800 en 1913) et se normalise. Les usines Mors parviennent à négocier grâce à son nouveau directeur cette étape décisive de l’industrialisation du secteur automobile. L’outil de production se modernise. Pour financer cet investissement, André Citroën fait appel à son réseau de relations dans la communauté juive. Lui et sa nouvelle équipe technique, composée de polytechniciens, sont également au fait des dernières innovations technologiques : en 1912, Citroën se rend aux États-Unis et visite les usines Ford, vouées à l’époque à la production du modèle T.Le 1er août 1914, il est mobilisé puis rejoint le front quelques jours plus tard avec le 2e régiment d’Artillerie Lourde.Profitant de son expérience d’industriel, il propose le 14 janvier 1915 au général Baquet, directeur de l’armement au ministère de la Guerre, et à son adjoint Louis Loucheur (tous deux polytechniciens…) de monter dans un délai de trois mois une usine qui fabriquerait un modèle unique de projectile, des obus à balle de 75 mm, à la production standardisée et à une cadence importante (5.000 à 10.000 pièces par jour). Ce projet correspond aux besoins de l’armée et aux attentes des décideurs du gouvernement. Le 10 février, Citroën signe à cet effet un contrat avec la Direction des Forges et de l’Artillerie et acquiert bientôt 12 hectares de terrain, quai de Javel à Paris afin d’y établir une usine. Les problèmes se multiplient (achat des presses à emboutir aux États-Unis, manque de qualification de la main d’œuvre en raison des départs massifs des ouvriers au front) et les délais s’allongent. Bientôt, au mois de décembre, 5.000 obus à shrapnells sortent par jour de l’usine de Javel ; cette production s’élève à 10.000 obus en 1916 et atteint enfin 50.000 obus en 1917 ! Au cours de ces années, l’usine et ses installations ont pris de l’ampleur : 13.000 employés, ouvriers et surtout ouvrières (80 % de l’effectif total, les fameuses "munitionnettes"), y travaillent. Sa contribution à l’effort de guerre ne s’arrête pas là. A l’appel du gouvernement, il rationalise l’arsenal national de Roanne et optimise ainsi son fonctionnement.
En novembre 1918, André Citroën se trouve à la tête d’un outil vaste et performant : l’usine de Javel. Il décide de le reconvertir en une unité de production moderne de véhicules automobiles. Suivant ses conceptions, développées avant guerre lors de sa collaboration avec les frères Mors, il faut simplifier la gamme des modèles proposés et les produire de façon massive. La production débute l’année suivante. Il s’agit de la torpédo 10 HP, "la première voiture française construite en grande série", comme le fait remarquer le slogan publicitaire de l’époque. Citroën en commercialise 2.500 exemplaires en 1919 et 20.000 en 1920. Puis vient la 5 HP, un modèle moins onéreux (8.500 F tout de même…) destiné à élargir le marché de la firme. Un vrai succès. Il s’en vendra 80.000 entre 1921 et 1926.
Cette réussite est également celle de la stratégie commerciale d’André Citroën. Ces années 1920 voient se constituer un réseau de concessionnaires (295) et de succursales (3) autour de la marque Citroën. Il crée également la S.O.V.A.C., la première société européenne de crédit à la consommation. Ce sont les premiers actes d’une longue série d’innovations. Entre temps, les usines de Javel se sont agrandies. Elles ont une superficie de 200.000 m2. S’y adjoint un laboratoire de recherche, tandis que les forges sont transférées à Suresnes en 1922. Le besoin de place est tel que depuis l’année précédente Citroën loue également l’usine Clément-Bayard de Levallois. Celle-ci produit le nouveau modèle de la marque : la 5 HP.
En 1924 est constituée la Société Anonyme André Citroën. L’année précédente, en 1923, la marque s’installe en Angleterre puis en Belgique, en Italie, en Suisse… La production atteint bientôt plus de 60.000 véhicules, les usines comptent 16.000 employés. Citroën est le premier constructeur automobile français. Cependant, il se heurte bientôt à certaines contraintes techniques liées notamment à l’utilisation du bois. La course à l’innovation technologique s’engage. En 1926, Citroën lance la B14 tout acier, pour laquelle un brevet d’emboutissage a été acheté en 1923 aux États-Unis. 1928 voit le lancement de deux nouveaux modèles : la C4 et la C6, dotée en 1932 d’un moteur flottant (brevet Chrysler). Pour mettre au point ces différents modèles, Citroën s’entoure de nombreux ingénieurs (polytechniciens notamment) qu’il envoie régulièrement "en formation" aux États-Unis, à Détroit.
L’année 1929 est celle des records. 102.891 véhicules sont produits, ce qui représente le tiers de la production nationale. 45 % sont destinés à l’exportation. Les lieux de production se sont multipliés en région parisienne (Suresnes, Clichy, Saint Ouen, Quai de Javel, Grenelle) ce qui représente une surface de 850.000 m2. Ils comprennent des effectifs de 32.000 salariés. Citroën est alors le premier constructeur européen et le deuxième dans le monde.Ces années ont vu apparaître des innovations publicitaires destinées à propager le renom de la marque aux chevrons : l’installation de panneaux de signalisation sur lesquels figure le sigle Citroën dans 12.000 communes de France, la commercialisation de jouets-répliques des modèles produits (échelle 1 / 10ème) -, le passage d’avions publicitaires dans le ciel de Paris, l’illumination de la Tour Eiffel lors de l’inauguration de l’Exposition Internationale des arts décoratifs en 1925, l’organisation de raids à travers l’Afrique puis l’Asie en automobile. Ces "Croisière Noire" (1924-1925) et "Croisière Jaune" (1931-1932) qui s’effectuent avec des autochenilles sont l’occasion de tester l’invention de l’ingénieur Kégresse.
André Citroën est au faîte de la réussite sociale : il est nommé en 1931 grand officier de la Légion d’Honneur. Sa vie de manager et d’entrepreneur qui réussit se double d’une existence de dandy maniant l’argent et fréquentant les lieux à la mode à Paris comme à Deauville. Il y fait sensation en 1924 en battant des records de gain au casino.1930, 1931,1932... Les effets de la crise économique se font sentir en France. Le marché est en récession ; la production annuelle des usines Citroën est en baisse (70.000 puis 48.000 exemplaires par an), tout comme le chiffre d’affaires ainsi que les bénéfices de l’entreprise. Ceux-ci sont grevés par les investissements considérables effectués les années précédentes pour améliorer l’outil de production (achat de presses et de brevets américains) et pour proposer des modèles attractifs grâce au recours à l’innovation technologique.Citroën persiste dans sa stratégie offensive et présente trois nouveaux modèles, les 8, 10 et 15 CV qui renouvellent entièrement la gamme proposée par la marque. Il inaugure également sa nouvelle succursale de Lyon, "la station service la plus moderne du monde", en présence des concessionnaires et de journalistes. Il répond ensuite à son principal concurrent sur le marché français, Louis Renault, qui a agrandi et modernisé ses installations de l’île Seguin à Boulogne-Billancourt. Le 10 mars 1933, les travaux de rénovation et de réaménagement de l’usine de Javel débutent. Ceux-ci prévoient l’installation d’une chaîne unique de production, achevant ainsi le processus de taylorisation de l’entreprise.
Cependant le 29 mars commence dans les usines Citroën un mouvement de grève très dur qui a pour origine une baisse générale des salaires de 10 %. Celle-ci ne s’achève qu’au mois de mai suivant. Le coup est rude pour cet entrepreneur adepte de l’écoute et de la concertation, qui a toujours attaché à l’aspect social de la vie dans l’entreprise une grande importance. En effet, ses usines sont dotées dès le début des années 1920 d’installations sanitaires et sociales (crèches, pouponnières, cantines…) inédites pour l’époque. Cette attention envers ses ouvriers se manifeste également en 1927, année où Citroën est le premier employeur de France à rémunérer d’un treizième mois ses employés.Les problèmes financiers arrivent bientôt en 1934. Les banques annoncent à l’industriel qu’elles refuseront de couvrir les déficits prévus. Elles refusent également les offres de conciliation proposées par Citroën, puis par la Banque de France. Le 15 décembre, la Société Anonyme André Citroën est en dépôt de bilan. Pierre-Etienne Flandrin, Président du Conseil sollicité par Citroën, refuse toute intervention de l’État. La liquidation judiciaire est prononcée. Cette année-là, le nouveau modèle de la marque, la 7 CV traction avant présentée aux différents salons automobiles, crée l’événement. Dessinée par l’italien Bertoni, cette automobile à la ligne révolutionnaire combine toutes les innovations de l’époque (traction avant, carrosserie monocoque, etc.). Vingt années plus tard, la Traction-avant, dont la production se poursuit (760.000 exemplaires en 1957), est devenue l’un des mythes de l’histoire de l’automobile…
Le 12 janvier 1935, Michelin prend la contrôle de la société. A la demande de Pierre Michelin, André Citroën demeure le président du conseil d’administration. Quelques jours plus tard, le 18 février, il est admis à la clinique Georges Bizet, à Paris, puis opéré au mois de mai sans succès. Il décède d’un cancer le 3 juillet.

CLAUDEL (Camille), 1864-1943 :
Soeur de l'écrivain Paul Claudel, Camille verra le jour à Fère-en-Tardenois le 8 Décembre 1864. Elle passera une partie de son enfance à Villeneuve-sur-Fère. Désireuse de devenir sculpteur, elle s'installera à Paris dès l'âge de dix-sept ans. Elle est alors d'une grande beauté : "Un front superbe, surplombant des yeux magnifiques, de ce rare bleu si rare à rencontrer ailleurs que dans les romans", selon les propos de Paul.
Camille, élève de Rodin à partir de 1883, deviendra sa maîtresse. Les deux artistes s'influenceront mutuellement. La Jeune Fille à la gerbe, de 1887, annoncera la Galatée de Rodin, et les Trois Faunesses seront à l'origine des figures féminines de la Vague de Camille Claudel. Le point culminant de leur liaison se situera en 1892, dans leur atelier commun hébergé dans le château délabré du XIIIème siècle - appelé "la folie Payen" - situé boulevard d'Italie, à Paris. Camille sculptera cette année là deux danseurs nus que Dayot souhaitera voir revêtir d'une draperie. Elle acceptera de les couvrir et l'exposera ainsi au Salon de 1893. Le motif complexe de draperies qui entourait les jambes de la danseuse n'affectera pas la puissante suggestion érotique de l'oeuvre. Jules Renard remarquera alors : "Et ce groupe de la Valse où le couple semble vouloir se coucher et finir la danse par l'amour." La Valse, reprise en 1895, sera éditée en de nombreux exemplaires par Eugène Blot après 1905. C'est à partir de 1893 que les rapports du couple se dégradent davantage, par des conflits avec Rose Beuret, mais aussi avec Rodin, dont Camille Claudel commence à rejeter l'opportunisme et le soucis de sa réputation à laisser croire que certaines de ses créations sont de lui ou de son inspiration. C'est une séparation progressive et douloureuse, Camille Claudel s'enferme dans son domicile qu'elle transforme en atelier, tandis que Rodin ne pense qu'à sa gloire, grisé qu'il est par le succès et les commandes officielles.
Camille, incapable d'évincer Rose Beuret de la vie de Rodin, quittera son amant en 1898. Elle ne se remettra jamais de cette séparation, même si son art parviendra à s'affranchir de l'influence de son illustre maître. L'Age mûr témoignera du cruel abandon de Rodin. Camille l'implore à genoux pour rejoindre alors que le sculpteur retourne auprès de Rose. Désormais, seule, Camille écrira à son frère Paul consul à New York: "Je suis toujours attelé à mon groupe de trois. Je vais mettre un arbre penché qui exprimera la destinée". Personne ne connaissant l'existence de cette oeuvre, elle demandera à Paul de ne montrer les croquis à quiconque.
"Un mouleur, ajoutera-t-elle, pour se venger à détruit à mon atelier plusieurs choses finies." Cette phrase sera l'un des premiers signes de la paranoïa qui allait anéantir Camille Claudel très affectée par la perte de son amant et le départ de son frère pour les Etats-Unis.
L'aspect le plus profondément originale de l'oeuvre de Camille se situera à l'aube du nouveau siècle, quand elle adoptera un nouveau style issu du japonisme alors en vogue et profondément ancré dans l'Art nouveau (les Causeuses, 1897, et la Vague, 1900). Utilisant l'onyx, matériau rare, elle fondera ses compositions sur d'élégants jeux de courbes.
Rodin ne retira pas son soutien à Camille lorsque les symptômes de la maladie se manifesteront plus régulièrement. Il écrira alors à Gauchez : "... vous êtes sévère pour moi, mais ce qui me console, c'est que vous rendez justice à mon élève, qui est un grand sculpteur." Il obtiendra qu'une oeuvre de Camille Claudel soit offerte à Puvis de Chavannes à l'occasion de son soixante-dixième anniversaire. La commission choisira "Clôtho", une figure du Destin en vieille femme.
Délaissée par Rodin, et peu à peu abandonnée par sa famille, elle sombre au fil des années qui suivent dans la misère matérielle et s'enferme dans la solitude maladive d'une névrose obsessionnelle grandissante. Elle va jusqu'à détruire une partie de ses dernières œuvres, et à détruire aussi ses papiers, et sa correspondance.
Camille, devenue totalement folle en 1906, fut internée à Montfavet. En 1913, elle est admise à l'Hôpital Psychiatrique de Ville-Evrard, avant d'être transférée à l'Hôpital de Montdevergues, près d'Avignon, en proie à un délire de persécution complexe. Elle manifestera le souhait de revenir dans la maison familiale: "Quel bonheur si je pouvais me retrouver à Villeneuve, ce jolie Villeneuve qui n'a rien de pareil" dira t'elle en 1927. Elle n'y reviendra jamais. Allant en s'aggravant d'année en année jusqu'au 19 octobre 1943 où elle meurt après trente années de séquestration.

CLAUDEL (Paul), 1868-1955 :
Né à Villeneuve-sur-Fère (Aisne), le 6 août 1868. Paul Claudel passe les premières années de sa vie en Champagne. Il est d’abord à l’école chez les sœurs, puis au lycée de Bar-le-Duc, avant d’entrer au lycée Louis-le-Grand en 1882, date à laquelle ses parents s’établissent à Paris. A quinze ans il écrivait son premier essai dramatique : L’Endormie, puis, dans les années 90, ses premiers drames symbolistes (Tête d’Or, La Ville). Mais c’est l’année 1886 qui allait se révéler décisive pour le jeune Claudel, par sa rencontre avec la foi en Dieu, lors d’une fulgurante conversion, la nuit de Noël à Notre-Dame. Parallèlement à ses activités d’écrivain, Paul Claudel devait mener pendant près de quarante ans une carrière de diplomate. Reçu en 1890 au petit concours des Affaires étrangères, il fut nommé en 1893 consul suppléant à New York, puis gérant du consulat de Boston en 1894. De la Chine (1895-1909) à Copenhague (1920), en passant par Prague, Francfort, Hambourg (où il se trouvait au moment de la déclaration de guerre) et Rio de Janeiro, ses fonctions le conduisirent à parcourir le monde. C’est au titre d’ambassadeur de France qu’il séjourna à Tokyo (1922-1928), Washington (1928-1933), et enfin à Bruxelles, où il devait achever sa carrière en 1936.
Son œuvre est empreinte d’un lyrisme puissant où s’exprime son christianisme. C’est à la Bible qu’il emprunte sa matière préférée : le verset dont il use autant dans sa poésie (Cinq grandes Odes), ses traités philosophico-poétiques (Connaissance de l’Est, Art poétique) que dans son théâtre (Partage du Midi). Œuvres de maturité, la trilogie dramatique : L’Otage — Le Pain dur — Le Père humilié, puis L’Annonce faite à Marie, et enfin Le Soulier de satin, son œuvre capitale, devaient lui apporter une gloire méritée. Le Soulier de satin, pièce épique et lyrique à la fois, où convergent tous les thèmes claudeliens, et d’une longueur inhabituelle pour la scène, fut représentée à la Comédie française pendant l’Occupation. Mais nul n’en tint rigueur à Claudel, pas plus que de son Ode au maréchal Pétain, car là aussi sa conversion fut rapide. Il avait très amèrement ressenti son échec devant Claude Farrère, en 1935, qui apparut à beaucoup comme un scandale. Il devait être, onze ans plus tard, élu à l’Académie française, sans concurrent, le 4 avril 1946, à presque quatre-vingts ans, « l’âge de la puberté académique » comme il se plaisait à dire, par 24 voix au fauteuil de Louis Gillet. Il n’avait effectué aucune des visites rituelles, pas plus qu’il n’avait fait acte de candidature. On lui doit un mot resté célèbre, la première fois qu’il participa à un vote académique : « Mais c’est très amusant, ces élections : on devrait en faire plus souvent ! ». » Sa vie de diplomate, de 1893 à 1936, le conduit à séjourner presque constamment à l'etranger dans divers pays, consul de France à Prague, Francfort, Hambourg, ministre Plenipotentiaire à Rio de Janeiro, à Copenhague, ambassadeur de France à Tokyo, Washington, enfin à Bruxelles, de 1933 à I955, où se terminera sa brillante carrièreSa vie littéraire conduite parallèlement s'épanouira glorieusement, au terme de son rôle de diplomate, dans sa propriété de Brangues, aux confins de la Savoie et du Dauphiné. Ses conceptions, en étroit rapport avec les idées religieuses, l'incitent à préciser le rôle du poète dont le langage doit traduire l'unité fondamentale du monde des choses et de 1'esprit, correspondant à une véritable "co-naissance" abolissant la contradiction objet-sujet.Né à Villeneuve-sur-Fère (Aisne) le 06 août 1868 Ayant fréquenté successivement le lycée Louis-le-Grand, la faculté de droit et l'Ecole des Sciences Politiques, Paul Claudel ressent cependant une "faim spirituelle" que le naturalisme ambiant ne parvient pas à satisfaire. En 1886, il ressent à l'église une émotion vive qu'il identifie à une Foi naissante. Le second choc de son existence est la lecture de l'oeuvre de Rimbaud. Foi et poésie, Claudel n'a de cesse de souligner le lien qui les unit de façon intrinsèque : il élabore pour cela une rhétorique originale, le "verset claudélien". Menant une double carrière d'écrivain et de diplomate, ses voyages aux Etats-Unis, en Extrême-Orient et en Europe de l'Est lui fournissent références et cadres d'action divers pour la rédaction de ses poèmes et de ses drames lyriques. Sa pièce 'Le Partage de midi' illustre parfaitement ses thèmes de prédilection, oscillant entre péché et rédemption. Claudel a aussi livré plusieurs commentaires de la Bible, portant sur le Livre sacré un regard de poète plutôt que de théologien.La messe de noël 1886 bouleverse Claudel et le convertit à un catholicisme ardent. La même année il découvre Rimbaud. Il songe à se faire moine, renonce, est confronté au péché de chair, se marie.
En 1889 il écrit Tête d'or, drame de la résistance du converti aux exigences de la conversion. L'année suivante il est reçu au concours du ministère des Affaires Etrangères et commence sa vie d'errance. Il compose l'Echange (1893) à Boston. De 1894 à 1909 il est en Chine, écrit Connaissance de l'Est, Partage de midi (1905). Pour lui, le verset ou le vers est le rythme catholique par excellence. La parole du poète est création divine. De 1909 à 1917, Claudel reste en Europe. L'Annonce faite à à Marie (1912) conte le débat tragique de l'orgueil et de la charité. Violaine est l'hostie d'un sacrifice consenti qui la conduit à la sainteté. Le vers de Claudel est à la fois sensuel et mystique, c'est là son grand attrait. A Tokyo où Claudel obtient son premier poste d'ambassadeur, il rédige le Soulier de satin, tentative de créer un théâtre total où se mêle notre monde et le monde divin, où l'étendue céleste se compare à l'étendue terrestre, jamais assez grande pour l'homme. Claudel est nommé ambassadeur à Washington de 1927 à 1933, puis à Bruxelles de 1933 à 1935.
A la retraite, il se consacre essentiellement à des ouvrages religieux, une relecture symbolique des Ecritures. Il remanie aussi ses pièces, sans toujours les améliorer. Grace à Jean-Louis Barrault, Claudel connait dès son vivant une vraie gloire théâtrale. Barrault a créé le Soulier de Satin en 1943, lorsqu'il était pensionnaire à la Comédie Française.Le Théâtre de l'Odéon a représenté :- l'Otage (1915), créé par le Théâtre de l'Oeuvre, et à nouveau joué en 1928
-l'Annonce faite à Marie (1956)- Tête d'or, premier spectacle de Barrault comme directeur de l'Odéon, en 1959, et repris en 1968 (dernier spectacle de Barrault à l'Odéon)- Christophe Colomb (1960) (mise en scène de J-L.Barrault)- le Partage de midi (1961) repris en 1966 (mise en scène de J-L.Barrault)- le Soulier de Satin en 1963, mise en scène de J-L.Barrault
Mort le 23 février 1955.

CLEMENCEAU (Georges), 1841-1929 :
Georges Clemenceau est né à Mouilleron-en-Pareds (département de la Vendée) le 28 septembre 1841. Son père, médecin de campagne et admirateur de la Révolution Française, est incarcéré et menacé de déportation à deux reprises sous le Second Empire : une première fois en 1852, après le coup d’État du 2 décembre 1851, puis en 1858, après l’attentat d’Orsini. Il suit de près l’éducation de son fils, qui est ainsi très tôt imprégné de républicanisme. Georges effectue ses études secondaires au Lycée de Nantes, aux côtés de Jules Verne, de Jules Vallès ou de Georges Boulanger. En 1858, il entre à la faculté de médecine de la ville, afin de suivre les traces de son père. Il poursuit ses études à Paris, à partir de 1861. Il y fréquente les milieux étudiants républicains et antibonapartistes. Il se lie notamment avec Auguste Scheurer-Kestner, puis fonde avec quelques amis un journal en décembre 1861 : Le Travail. Celui-ci cependant ne connaît que huit numéros, dans lesquels le jeune militant expose ses convictions républicaines. Ceci lui vaut d’être arrêté et placé en détention à la prison de Mazas au mois de mars 1862. Libéré après deux mois et demi d’incarcération, Clemenceau fonde un nouveau périodique, Le Matin, qui a une existence aussi éphémère que son prédécesseur. Ayant fait la connaissance du révolutioonnaire Adolphe Blanqui, alors en détention à la prison de Sainte-Pélagie, il se brouille quelques temps plus tard avec lui.
Le 13 mai 1865 enfin, il soutient sa thèse de médecine : De la Génération des éléments anatomiques. Il entreprend ensuite un voyage en Angleterre. Après avoir fait la rencontre d’Herbert Spencer et de John Stuart Mill à Londres, Clemenceau s’engage auprès de ce dernier à traduire en français son ouvrage intitulé Auguste Comte et le positivisme. Il gagne ensuite les États-Unis, où il s’intéresse particulièrement au fonctionnement de la démocratie américaine, qui sort à peine de la Guerre de Sécession. Il fait parvenir à ce propos 95 lettres au journal parisien Le Temps, qui se charge de les publier au mois de septembre et d’octobre 1867, non sans avoir opéré quelques coupures dans le texte de son correspondant. Ayant installé un cabinet médical à New-York, Clemenceau se marie en 1869 avec une américaine, Mary Plummer.
De retour à Paris, Georges Clemenceau assiste ensuite à l’entrée en guerre du Second Empire contre le royaume de Prusse, en juillet 1870. Après l’annonce de la défaite de Sedan, il prend une part active à la proclamation de la République, le 4 septembre 1870. Emmanuel Arago, membre du Gouvernement de Défense nationale, lui offre alors la mairie du 18e arrondissement de la capitale (Montmartre), qu’il administre pendant le siège. Il est ensuite élu député de la Seine, le 8 février 1871, sur une liste composée de Républicains radicaux mais démissionne le 27 mars suivant de l'Assemblée Nationale (qui siège à Bordeaux), marquant ainsi son désaccord d’avec la signature des préliminaires de paix. Ceux-ci prévoient en effet l’annexion de l’Alsace-Moselle par le IIe Reich. Dans la nuit du 17 au 18 mars 1871, Adolphe Thiers, fraîchement désigné comme "chef du Pouvoir Exécutif de la République Française", décide de faire enlever les canons de Paris, groupés à Belleville et Montmartre. Ceci provoque la colère des Parisiens, malgré l’intervention de Clemenceau qui tente de s’interposer. Des émeutes éclatent à Montmartre. Après avoir démissionné de ses fonctions de maire, Georges Clemenceau quitte alors la capitale et n’y revient qu’après la Semaine Sanglante qui met fin à la Commune, au mois de mai suivant. Il se distingue néanmoins pendant ces événements, en tentant de s'interposer entre les Communards et le gouvernement de Versailles au sein de la Ligue d’Union Républicaine des Droits de Paris, fondée le 4 avril 1871.
Après avoir été réélu le 23 juillet 1871, toujours dans le 18e arrondissement, il poursuit ses activités politiques au sein conseil municipal de Paris. Il en devient d’ailleurs le président en 1875, après s’être plus particulièrement occupé des questions d’enseignement, d’assistance et de finances. Élu député de Paris, le 20 février 1876, Clemenceau commence de manière éclatante sa carrière de parlementaire en prononçant, le 16 mai suivant à la Chambre, un discours sur la Commune. A la tribune pour la première fois, il demande au gouvernement Dufaure l’amnistie des Communards, arguant que "c’est une preuve de force".S'imposant par sa forte personnalité et son éloquence enflammée, Clemenceau devient rapidement le leader du parti Radical. En 1880, il fonde un nouveau journal, La Justice, dont le premier numéro paraît le 16 janvier. L’homme de presse s’entoure alors d’une équipe de rédacteurs, dont fait partie Camille Pelletan, et qui soutient le courant radical. Sous la Troisième République naissante, Clemenceau conforte sa réputation d'homme politique féroce et intraitable lorsqu'il contribue à la chute du "Grand Ministère" de Léon Gambetta, le 26 janvier 1882, puis en 1885, lorsqu'il fait de même pour le gouvernement de Jules Ferry, dont il combat la politique coloniale. Répliquant au grand exposé doctrinal du président du Conseil le 31 juillet 1885, Clemenceau s’écrie ainsi à la tribune : "mon patriotisme à moi est en France !". La même année, il retrouve l'Assemblée Nationale, mais sous l'étiquette de député du Var cette fois-ci.
Le 7 janvier 1886, lors de son entrée dans le cabinet Freycinet, le général Boulanger, nouvellement nommé ministre de la Guerre, trouve en lui l'un de ses plus ardents défenseurs. Clemenceau s’en détache cependant, au moment où se forme un parti boulangiste dont le discours se teinte d’antirépublicanisme. Au cours de ces années, le député du Var, attaché au nouveau régime et aux libertés que celui-ci a instituées, se consacre en effet à la défense de sa moralité. Il prend ainsi une part active à la démission du président Jules Grévy, le 2 décembre 1887, suite au scandale des décorations. Soumis à son tour à de violentes attaques à l'occasion du scandale de Panama (on lui reproche ses relations avec l’affairiste Cornélius Hertz, un des commanditaires de son journal La Justice), Georges Clemenceau n’est pas réélu dans son siège de député lors des élections de l’été 1893.
L’homme politique se lance alors dans le journalisme, renouant avec ses premières années de militantisme. Il rédige lui-même quelques articles dans son propre quotidien. Le 21 octobre 1897, celui-ci cesse de paraître, faute de moyens financiers. Aussi, Clemenceau entame-t-il à cette époque une collaboration fructueuse avec L’Aurore d’Ernest Vaughan. L'affaire Dreyfus lui donne l'occasion de revenir au premier plan. Georges Clemenceau est l’un des plus ardents défenseurs de la cause dreyfusiste. C'est sur son conseil qu’Émile Zola donne le titre de "J'Accuse", à son célèbre article qui paraît dans L'Aurore, le 13 janvier 1898. Du 7 au 23 février suivant, on voit également Clemenceau aux côtés de l’écrivain lors du procès qui lui est intenté par la Chambre, sur la proposition d'Albert de Mun. Après la grâce présidentielle, il milite activement pour la réhabilitation d’Alfred Dreyfus.
Au printemps 1902, il reprend son siège de parlementaire, en devenant sénateur du Var. Il devient alors l'un des artisans du rapprochement du "Bloc des Gauches", soutenant la politique anticléricale d’Émile Combes. En 1906, Georges Clemenceau est nommé ministre de l’Intérieur du cabinet Sarrien, un poste qu’il occupe du mois de mars au mois d’octobre suivant. En effet, le 25 octobre, il est nommé président du Conseil. Au sein de son gouvernement figure ainsi René Viviani, le premier ministre du Travail et de la Prévoyance Sociale. Cependant, son caractère indépendant, sa personnalité turbulente et sa politique sans compromissions lui valent la défection puis l'opposition des socialistes. Ces derniers lui reprochent notamment sa répression féroce des grèves ouvrières. Le "briseur de grèves" fait ainsi donner la troupe à plusieurs reprises contre les viticulteurs du Midi au printemps 1907, puis lors des événements de Draveil et de Villeneuve-Saint-Georges du 27 au 30 juillet 1908.
De 1909 à 1914, Georges Clemenceau demeure au Sénat. Après avoir effectué un voyage en Amérique du Sud au mois de juin 1910, il fonde en 1913 un nouveau journal, baptisé L'Homme libre, qui paraît pour la première fois le 5 mai. Celui-ci est ensuite rebaptisé L'Homme enchaîné le 1er octobre 1914, après l'instauration de la censure et du contrôle de la presse. Avec l’entrée en guerre de la France contre les puissances centrales, les conditions de la vie politique ont en effet changé. Clemenceau passe les trois premières années de la guerre dans l'opposition, répétant sans cesse que " les Allemands sont à Noyon " pour alerter les autorités sur la gravité de la situation. Selon lui, certains se complaisent ainsi dans l’inaction depuis la stabilisation du front et l'écartement d'une menace directe sur le cœur du pays. Sa participation à la commission sénatoriale de l'armée lui permet en outre de faire entendre sa voix... et de s'attirer bien des inimitiés.En novembre 1917, pour tenter de sortir le pays de la crise grave qu'il traverse depuis les échecs militaires du printemps, le président Raymond Poincaré, qui pourtant ne l’apprécie guère, lui confie à nouveau le poste de président du Conseil. Plus résolu et plus intransigeant que jamais, il devint un véritable dictateur (au sens antique du terme) et conduit une politique de salut public qui porte ses fruits l'année suivante. " Je fais la guerre, je fais toujours la guerre ", dit-il le 8 mars 1918 à la tribune de l’Assemblée, pour résumer son jusqu'au-boutisme. En d'autre temps, cet autoritarisme lui aurait valu la mise au ban du monde politique français. En la circonstance, il sort de l'épreuve nanti d'une grande popularité, tant chez les civils que parmi les Poilus. Ses nombreuses visites au front ne sont certes pas étrangères à cela. Soutenant le général Foch dans les heures critiques du printemps 1918, poursuivant en justice les hommes politiques compromis, comme Joseph Caillaux et Louis Malvy, il impose sa marque profonde sur la dernière année du conflit. Plus que jamais, son surnom de "Tigre" est à la fois célèbre et mérité. A celui-ci vient s'ajouter celui de "Père la Victoire", qui résume à lui seul la part prise par lui au redressement de 1918 (notamment pour son rôle dans la création du commandement unique, au mois de mars).Clemenceau est chargé d’annoncer à la Chambre et au pays les conditions de l’armistice du 11 novembre 1918. L’année suivante et en compagnie du président de la République, il entreprend un voyage dans l’Alsace et la Lorraine reconquise. Représentant de la France à la conférence de Versailles, dont il assure la présidence, il porte à ce titre une part de responsabilité dans l'échec du traité signé le 28 juin 1919. Ses exigences envers l'Allemagne sont en effet exorbitantes. Concessions territoriales et versement de réparations gigantesques sont les deux pans de son programme. Cela lui vaut de nouveaux ennemis. Le 19 février 1919, l'anarchiste Cottin lui tire dessus à trois reprises, sans le blesser grièvement. Six jours plus tard pourtant, il reprend ses activités, faisant preuve d'une santé remarquablement vigoureuse pour son âge. Il conserve d’ailleurs son poste de président du Conseil jusqu'en 1920. Battu très largement cette même année par Paul Deschanel, lors de l'élection à la présidence de la République, il met un terme à sa vie publique. Sa carrière politique qui s'achève résume à elle seule les cinquante premières années de la Troisième République.
Libéré de ses obligations politiques mais blessé par ce dernier échec, il consacre les dernières années de sa vie aux voyages (en Égypte puis aux Indes au mois de septembre 1920 et aux États-Unis à l’automne 1922) et à l'écriture. Il publie ainsi Démosthène en 1925, Au Soir de la Pensée en 1926. Grandeurs et Misères d'une Victoire ne paraît qu’après sa mort. Georges Clemenceau décède à Paris le 24 novembre 1929, huit mois après le maréchal Foch, dont il avait fait un généralissime à la conférence de Doullens, le 26 mars 1918...Duroselle (Jean-Baptiste), Clemenceau, Fayard, Paris, 1988.
Monnerville (Gaston), Clemenceau, Fayard, Paris, 1968.
Mordacq (général H.), Clemenceau, les Éditions de France, Paris, 1939.
Ratinaud (Jean), Clemenceau ou la Colère et la Gloire, Fayard, paris, 1958.
Erlanger (Philippe) : Clemenceau, Paris, Grasset, 1968.

CLÉMENTEL (Etienne), 1864-1936 :

COCHERY (Louis Adolphe), 1819-1900 :
Homme politique. Adolphe Cochery (Adolphe Louis Cochery), né le 26 août 1819 à Paris, il fut reçu avocat en 1839. Nommé chef de cabinet du ministre de la Justice en 1848, il se consacra ensuite à la défense dans certaines affaires de presse à caractère politique (opposition républicaine) et semble ne pas s'être départi depuis lors d'un positionnement politique républicain « de centre gauche ».
Il fut le fondateur de l'Indépendant de Montargis en 1868.Lors de la Commune de Paris, il entra à quatre reprises, sous pavillon parlementaire, dans Paris insurgé, et fut brièvement inquiété malgré un sauf-conduit signé de la main d'Adolphe Thiers, qui, le 4 septembre 1871, le remercia pour son courage, devant une commission d'enquête parlementaire.Le 1er mars 1878, il fut nommé, au sein du sous-secrétariat d'État aux Finances, directeur du service des Postes et Télégraphes, fonction qui fut transformée pour lui en ministère à part entière le 5 février 1879. Il occupa ce poste dans huit gouvernements successifs jusqu'au 30 mars 1885.Au titre de ses responsabilités sur les postes et télégraphes, il présida le Congrès de l'Union postale à Paris en 1878, fonda le 4 novembre 1878 l'École supérieure de télégraphie (ancêtre de l'actuelle École nationale supérieure des télécommunications), assista au Congrès télégraphique de Londres, fut à l'origine de l'Exposition internationale d'électricité (Paris, 1881) et présida la première Conférence pour la protection des cables sous-marins. Il décède le 13 octobre 1900 à Paris.

CODE DE LA FAMILLE :

COLETTE (Sidonie, Gabrielle Collette, dite), 1873-1954 :
Sidonie-Gabrielle Colette naît le 28 janvier 1873 à Saint-Sauveur-en-Puisaye, dans l'Yonne. Sa mère, Sidonie Landoy, avait épousé Jules Robirieau-Duclos de qui elle eut deux enfants : Juliette ("ma sœur aux longs cheveux") et Achille ("l'aîné sans rivaux"). Après le décès de ce premier mari, elle épouse le capitaine Joseph-Jules Colette le 20 décembre 1865. Ce dernier est un ancien officier de carrière. Blessé durant la campagne d'Italie et amputé de la jambe gauche, il a quitté l'armée et a été nommé percepteur de Saint-Sauveur. De ce second mariage, avant le futur écrivain, était né Léo. La jeune fille fréquente l'école communale et cette éducation s'achève au moment où elle passe avec succès son brevet élémentaire, les 1er et 2 juillet 1889 dans la ville voisine d'Auxerre. La même année, la maison familiale de Saint-Sauveur est vendue par autorité de justice. Les Colette sont à présent très endettée, Joseph-Jules Colette ne s’étant pas montré à la hauteur des responsabilités financières qui lui incombent. Ils doivent quitter la ville et se réfugier à Châtillon-Coligny, dans le Loiret, chez Achille, devenu médecin. L’adolescente regrettera longtemps l’éloignement et la disparition de la maison de son enfance.Trois années plus tard, le 15 mai 1893, Sidonie-Gabrielle Colette se marie à Henri Gauthier-Villars, dit "Willy", le fils cadet d'Albert Gauthier-Vilars, ancien camarade de promotion du Capitaine Colette devenu un grand éditeur. Le couple s'installe peu après au 28 rue Jacob à Paris, puis rue de Courcelle en 1901. A l'époque, Willy collabore à L'Écho de Paris, à La Revue blanche, à la Revue encyclopédique ... Le journaliste est aussi un homme de lettres, qui s'est fait connaître par le passé en publiant une série de romans "légers" : La Môme Picrate, Un petit Vieux bien propre, Suzette veut me lâcher ... Fort goûté pour son esprit et ses calembours dans les salons à la mode, Willy initie sa femme à la vie du Tout-Paris littéraire. Celle-ci fait d'ailleurs bientôt partie de ses "nègres", une équipe de tacherons des lettres, à l'origine d'une abondante production. En 1900, est ainsi publié Claudine à l'école, sous le seul nom de Willy, puis Claudine à Paris, un volume signé cette fois ci "Willy et Colette Willy", Claudine en ménage en 1902 et enfin Claudine s'en va l'année suivante, qui clôt la série. Colette rédige et publie ensuite sous son seul nom Dialogues de bêtes en 1904. Ce dernier volume, où elle montre pour la première fois toute la tendresse qui la lie au monde des animaux, est préfacé par le poète Francis James.
Colette s'éloigne à présent de son mari. Avec la fille du duc de Morny, "Missy" la scandaleuse, divorcée d'avec le marquis de Belbeuf, qui fume le cigare et s'habille en homme, elle vit à présent au 44, rue Villejust. Le divorce d’avec Willy ne sera cependant prononcé que le 21 juin 1910, après une séparation de corps et de biens. Dès le début de l'année 1906, Colette prend des leçons de pantomime avec Georges Waag, dit "Wague", un comédien de renom qui a renouvelé l'art du mime. Dans les années qui suivent, de 1907 à 1912, elle joue en sa compagnie de nombreuses pièces sur les scènes parisiennes : Le Désir, L'Amour, L'Oiseau de nuit ... Enfin, le 3 juillet 1907, la comédienne fait scandale au Moulin rouge, en apparaissant dans un léger déshabillé avec Missy dans une autre pantomime baptisée Rêve d'Égypte. Deux années plus tard, elle joue dans la pièce En camarades, au théâtre des Arts. Colette poursuit également son activité d'écrivain. Elle publie Les Vrilles de la vigne en 1908, qui raconte notamment son expérience de la scène, puis L'Ingénue libertine l'année suivante et La Vagabonde en 1910. A ce dernier volume, le jury du prix Goncourt attribue trois voix.
Elle prête également sa plume au journal La Vie parisienne. L'écrivain fait ainsi la connaissance du rédacteur en chef du grand quotidien, Henry de Jouvenel des Ursins, avec lequel elle se marie le 19 décembre 1912. Le couple aura une fille, prénommée également Colette mais surnommé par sa mère "Bel-Gazou", qui nait le 3 juillet 1913. Peu après le commencement du premier conflit mondial, Colette assure les gardes de nuit auprès des blessés soignés au Lycée Janson-de-Sailly, qui est transformé en hôpital. La Paix chez les bêtes paraît en 1916, puis Les Heures longues en 1917 et enfin Dans la foule, à l'heure où l'armistice du 11 novembre met fin aux combats. C’est l’heure de la reconnaissance. Le 25 septembre 1920, Colette se voit décerner la Légion d'honneur. Grâce à son talent de plume, elle reçoit bientôt la direction littéraire du journal Le Matin. Pendant quatre années, jusqu’au mois de décembre 1923, Colette se rend ainsi chaque jour de la semaine à son bureau, situé au quatrième étage et qui donne sur le boulevard Poissonnière, afin d’y préparer les pages qui sont de son ressort. Outre la chronique dramatique et le panorama des dernières nouveautés littéraires, elle doit ainsi sélectionner les manuscrits que lui font parvenir divers auteurs et qui alimentent sa rubrique des "Mille et un matins".
En 1920, paraît Chéri. C’est un nouveau succès, qui se prolonge avec La Fin de Chéri. Vient ensuite Le Blé en herbe en 1922, un court roman consacré aux amours de jeunesse. L'écrivain se sépare bientôt d'André de Jouvenel. Le divorce sera prononcé le 6 avril 1925. Elle entame une tournée de conférences dans le Midi de la France, à partir du 9 novembre 1923, et adopte à cette époque le simple nom de "Colette" pour signer ses ouvrages. D'avril à septembre 1924, poursuivant une collaboration jusque là fructueuse avec la presse parisienne, elle donne chaque dimanche un article de chronique pour Le Figaro dans une rubrique intitulée "L’Opinion d"une femme". Au mois de mars 1925, a lieu la première représentation à l'Opéra de Monte-Carlo de L'Enfant et les sortilèges, un opéra de Maurice Ravel dont l'écrivain a rédigé le livret. L'œuvre suscite l'enthousiasme du public et Colette s’illustre ainsi dans un nouveau registre. A cette époque, elle se lie à Maurice Goudeket, un homme d'affaires. De retour d’un voyage au Maroc, Colette quitte son appartement du boulevard Suchet et s'installe près du Palais-Royal, au 9 rue du Beaujolais, où elle résidera définitivement en 1938. L'écrivain acquiert également une villa, La Treille muscate, à Saint-Tropez, "au bord d'une route que craignent les automobiles".
De nouveaux romans sont édités dans les années qui suivent : La Naissance du jour en 1928, La Seconde l'année suivante, Sido en 1930. Colette, qui est maintenant reconnu comme une des grandes femmes de lettres de son temps, reprend également ses tournées de conférences, d'abord au Maroc puis en Europe (en Allemagne, en Suisse et en Belgique). L'écrivain se casse la jambe le 5 septembre 1931 ; un accident dont elle conservera quelques séquelles. Le 1er juin 1932, elle ouvre un institut de beauté, à Paris, rue Miromesnil. Précédant Duo, La Chatte est publiée en 1933, année où Colette renoue avec la critique dramatique dans les colonnes du Matin. Le 9 mars 1935, l’écrivain féministe se marie pour la troisième fois, à Maurice Goudeket. Au mois de juin, les deux époux sont à bord du paquebot Normandie, qui effectue sa première traversée de l'Atlantique à destination de New-York.
Peu après la déclaration de guerre à l'Allemagne nazie, Colette anime une émission radiophonique à Paris-Mondial, à destination des pays d'outre-mer. A la fin du printemps 1940, elle fuit Paris, comme des milliers de français jetés dans l’exode, et gagne Curemonte, en Corrèze, où réside sa fille. Le 11 septembre, après la signature de l'armistice, l'écrivain est de retour dans la capitale, alors que commence l'occupation. En 1941, ses souvenirs paraissent sous le titre de Journal à rebours. Bientôt cependant, Colette est clouée au lit par les crises d'arthrite. Une nouvelle épreuve l’attend ensuite. Au mois de décembre 1941, son mari est arrêté et interné au camp de Compiègne, en raison de ses origines juives. L’écrivain, à force de démarches, parvient à le faire libérer le 6 février 1942. De ma fenêtre en 1942, puis Le Képi et enfin Trois-six-neuf sont publiés pendant la guerre. En 1945, Colette est élue à l'Académie Goncourt, devenue après un demi-siècle d’existence une institution du monde des lettres. Elle en devient la présidente en 1949. Cette année-là, les Éditions du Fleuron fondées par son mari entament la publication de ses œuvres complètes. Le 3 août 1954, Colette décède à Paris.

COLONIALE (politique) :

COLONIES :
Afrique noire :
Algérie : Après la révolution du 4 Septembre fut suivie en Algérie d'une période extrêmement troublée.
La République fut proclamée en Algérie sans troubles graves. La population européenne salua son avènement avec joie. L'Empire avait en Algérie de sérieux et redoutables adversaires; seule, avec la Seine et les Bouches-du-Rhône, elle avait voté non au plébiscite. Les indigènes accueillirent la nouvelle de la révolution avec une surprise mêlée d'inquiétude. Surtout la nouvelle de la captivité de l'Empereur émut vivement les grands chefs; les musulmans incarnent un peuple dans le sultan que Dieu a mis à sa tête; l'Empereur vaincu et prisonnier, c'était pour eux l'anéantissement de la France.
Le général Durrieu, gouverneur général par intérim, écrivait au ministre de la Guerre : " Les derniers revers de l'armée réclament le maintien de l'ordre en Algérie; le spectacle du désordre ébranlerait fortement les indigènes en leur enlevant la confiance dans notre gouvernement. " Le docteur Warnier, nommé préfet d'Alger en remplacement de M. Le Myre de Villers, était estimé de tous et connaissait de longue date les questions algériennes : " Aucune agitation, même innocente, disait-il dans sa proclamation, ne peut se produire parmi nous sans avoir son contre-coup dans l'intérieur. " A Oran, M. Brosselard fut remplacé par M. du Bouzet, rédacteur du Temps, ancien professeur de philosophie au lycée d'Alger, publiciste distingué et homme des plus honorables. A Constantine, M. Toustain du Manoir fit place à M. Lucet, ferme et conciliant, qui habitait le pays depuis longtemps et y jouissait d'une certaine popularité. Mais bientôt le gouverneur général et les préfets rencontrèrent des difficultés sérieuses, provenant des excitations de la presse, de l'effervescence d'une partie de la population et surtout de l'ingérence des conseils municipaux et des Comités de défense dans leurs attributions administratives.
Les Comités de défense étaient issus de l'idée que, par suite de la révolution, tous les pouvoirs anciens étant abolis, le droit d'initiative était ouvert à chacun des citoyens. Ils envoyèrent des délégués à Tours, chargés de presser la substitution du régime civil au régime militaire et de demander que les troupes qui se trouvaient encore en Algérie en fussent éloignées
Ils voyaient partout l'insulte et la menace prodiguées aux officiers français auxquels ils étaient habitués à obéir. Khelass-el-hakouma, il n'y a plus d'autorité, disaient-ils. Dans les campagnes, les tribus s'armaient, les impôts commençaient à rentrer difficilement, on mettait le bétail à l'abri dans les montagnes. Bientôt, à l'imitation des grandes villes françaises, les indigènes formèrent des chertiya ou conventions pour surveiller leurs caïds.
LES DÉCRETS D'OCTOBRE 1870
Pendant ce temps, le gouvernement de Tours ou plutôt l'un de ses membres, M. Crémieux, élaborait de nombreux décrets destinés à réorganiser et à transformer l'Algérie. M. Crémieux avait fait plusieurs voyages en Algérie; il y avait plaidé et même gagné plusieurs procès; il croyait très bien connaître le pays. Ce qui est incontestable, c'est son dévouement ardent, passionné aux intérêts algériens et les intentions excellentes dont il était animé. Ses collègues, assaillis de préoccupations de toutes sortes, s'en remirent complètement à lui de tout ce qui concernait l'Algérie; il fut le seul auteur des décrets d'octobre et en revendiqua d'ailleurs l'entière responsabilité. Il ne consulta personne, à ce qu'il semble, et ne prit même pas l'avis des préfets. Il donna audience à une délégation algérienne, mais ne tint pas grand compte des observations qu'elle lui présenta. Gambetta lui écrivit pour lui demander de se hâter : " Mon cher maître, lui disait-il, je vous prie de faire insérer immédiatement au Moniteur les décrets relatifs à l'Algérie. Il est impossible de prolonger plus longtemps l'attente des délégués de l'Algérie. "
>Le programme de Crémieux était fort simple, du moins en apparence et tenait en peu de mots. " Détruire le détestable régime militaire, fléau de notre riche colonie et y substituer le gouvernement civil, assimiler en un mot complètement l'Algérie à la France, " tel était le but qu'il se proposait. Pendant les cinq mois qu'il fut au pouvoir, il ne prit pas moins de cinquante-huit décrets concernant toutes les branches de l'administration algérienne; quelques-uns de ces décrets ne furent d'ailleurs jamais appliqués, d'autres furent rapidement abrogés.
Le décret du 24 octobre 1870 bouleversa tout ce qui touchait au gouvernement de l'Algérie. Le gouverneur, le sous-gouverneur, le secrétaire général, le conseil supérieur, le conseil de gouvernement furent supprimés : " L'Algérie, disait le décret, renferme 3 départements, ce qui établit 92 départements dans la République française. "
Du Bouzet ne tarda pas à entrer en conflit avec Vuillermoz et avec le conseil municipal d'Alger. Le palais du gouvernement fut de nouveau envahi, et on voulut se débarrasser de Du Bouzet comme on l'avait fait d'Esterhazy. Il fut finalement révoqué, s'étant trouvé en désaccord avec Crémieux sur la manière dont les Israélites seraient inscrits sur les listes électorales ; il était en réalité sacrifié à la Commune révolutionnaire d'Alger (8 février 1871). M. Lambert, préfet d'Oran, qui le remplaça, leva l'état de siège établi par son prédécesseur, mais ne tarda pas lui aussi à avoir des difficultés avec le conseil d'Alger. Il fut révoqué à son tour et remplacé par l'amiral de Gueydon (29 mars), avec M. Tassin comme directeur des affaires civiles; le général Lallemand demeura commandant militaire. Il y eut de nouvelles protestations violentes et menaçantes des éléments révolutionnaires, qui prétendirent voir dans la nomination de l'amiral de Gueydon une restauration du régime militaire. Le nouveau gouverneur prit néanmoins possession de son poste le 10 avril. Les agitateurs avaient acheté des sifflets pour son arrivée, mais n'osèrent pas s'en servir. L'amiral fit débarquer 30 matelots de l'escadre avec leurs armes et leurs hamacs, et les installa dans son palais pour se couvrir contre toute surprise analogue à celles dont avaient été victimes plusieurs de ses prédécesseurs. C'était sa seule force, elle suffit à le faire respecter. Une seule fois, une députation se présenta au palais ; l'amiral descendit immédiatement dans la cour intérieure : " Messieurs, me voici, que me voulez-vous? Est-ce l'état de siège? - Non, non, " répondit la députation, et elle se retira sans insister.
>La période de troubles qui avait commencé en septembre 1870 prit donc fin en avril 1871 avec l'arrivée de l'amiral de Gueydon. Mais à ce moment, depuis le mois de janvier, l'Algérie était en proie à une très grave insurrection indigène, qui réunissait pour la première fois contre nous les Arabes et les Kabyles, les chefs de l'ancienne aristocratie et ceux des confréries religieuses. Si elle avait éclaté plus tôt, elle nous eût obligés à reconquérir le pays tout entier.
>L'INSURRECTION DE 1871
L'insurrection algérienne de 1871 ne fut ni la révolte de l'opprimé contre l'oppresseur, ni la revendication d'une nationalité inexistante, ni une guerre de religion, ni une guerre de race. Elle fut la conséquence de nos luttes politiques et des malheurs de la patrie, dont l'Algérie comme toujours subit le contre-coup. Il n'est pas bon qu'une population conquise voie l'anarchie dans le camp du vainqueur.
>Le 18 janvier 1871, le ministère de la Guerre avait donné l'ordre au général Lallemand d'organiser sans délai un régiment de spahis et de l'embarquer pour la France.
>Les spahis de Bou-Hadjar, du Tarf et d'Aïn-Guettar refusèrent formellement d'obéir à cet ordre. Ceux d'Aïn-Guettar désertèrent, pillèrent et assassinèrent dans les environs de Souk-Ahras, puis attaquèrent la ville, qui fut délivrée par une colonne venue de Bône. Ce foyer éteint, un autre se ralluma à El-Milia ; sans mot d'ordre, sans cause connue, les Kabyles vinrent assiéger le bordj. Un troisième foyer parut à Tébessa ; les Ouled-Khalifa enlevèrent les troupeaux d'un colon, tirèrent des coups de feu sur le commandant supérieur, pillèrent les, environs de Tébessa et cernèrent la ville.
MOKRANI
Le mouvement allait devenir beaucoup plus sérieux avec la révolte de Mokrani. L'insurrection avait désormais un chef, se personnifiait dans un homme. Les indigènes aujourd'hui encore appellent l'année 1871 l'année de Mokrani, âm Mokrani.
Bien qu'une tradition sans aucun fondement les rattache aux Montmorency et qu'une autre tradition, qui n'a sans doute pas beaucoup plus de valeur, les fasse descendre de Fathma, fille du Prophète, les Ouled-Mokrani étaient en réalité une famille kabyle installée au quinzième siècle à la Kalaâ des Beni-Abbès ; ils s'étaient constitué une sorte de principauté qui s'étendait de l'Oued-Sahel au Hodna. Au dix-huitième siècle, ils étaient partagés en deux sofs, entre lesquels les Turcs entretenaient soigneusement les divisions. En 1838, Ahmed-el-Mokrani nous avait fait des offres de service; il était devenu un des grands feudataires indigènes créés par Valée dans la province de Constantine et c'est grâce à son concours que l'expédition des Portes-de-Fer avait pu s'effectuer sans encombre en 1839. Il avait vu sa situation diminuée par l'ordonnance du 15 avril 1845 et ce grand vassal était devenu un grand fonctionnaire, officiellement placé sous les ordres du commandant supérieur; il en avait conçu quelque mauvaise humeur. A sa mort, le khalifalik fut supprimé et son fils Mohammed-Mokrani fut nommé bachagha ; peu à peu, on réduisit ses pouvoirs, ses cavaliers, sa part d'impôt, on supprima les touiza ou redevances féodales. Napoléon III avait comblé d'honneurs et de décorations les chefs indigènes.
Cependant, par la force des choses, la noblesse féodale s'était peu à peu transformée en une sorte de noblesse de cour et avait perdu avec sa fortune la plupart de ses privilèges. A la suite de l'ordre du jour du 9 mars 1871 condamnant le régime militaire, la démission de Mac-Mahon avait été suivie de celle de Mokrani, qui ne fut pas acceptée.
Survint la guerre franco-allemande. Mokrani, à l'époque de la famine de 1868, avait emprunté 350 000 francs pour venir en aide aux indigènes de la région; le gouverneur général lui avait garanti que ces avances lui seraient remboursées, mais cette promesse n'avait pas été tenue. En 1870, la Banque de l'Algérie et la Société Algérienne ayant resserré leur crédit, Mokrani dut consentir une hypothèque générale sur ses biens. Cependant sa situation financière n'était pas obérée d'une manière assez inquiétante pour le pousser à la révolte. Mais le gouvernement civil était l'effroi du bachagha ; ce qu'il voyait, ce qu'il entendait, ce qu'il lisait dans les journaux n'était pas de nature à modifier ses sentiments. Le décret du 24 octobre naturalisant les Israélites ajouta à son amertume : « Je consens, disait-il, à obéir à un soldat, je n'obéirai jamais à un Juif ni à un marchand. » La situation se tendait de plus en plus. On s'efforça de calmer Mokrani sans y parvenir : « Les Français, disait-il, sont bien ingrats et injustes envers ma famille; ils veulent me jeter dans l'insurrection. » Il renouvela sa démission. Le 14 mars, à la Medjana, un conseil de famille fut tenu dans lequel on décida une manifestation armée pour obliger le gouvernement français à compter avec les grands chefs. Le bachagha ne voulait ni massacres ni pillages; il se proposait de bloquer et d'isoler les villes, d'où les Français ne pourraient plus sortir, afin de les contraindre à acheter par des concessions l'alliance des grandes familles : « Je me bats, disait Mokrani, contre les civils, non contre la France ni pour la guerre sainte. »
>Le 16 mars 1871, 6 000 indigènes vinrent assiéger Bordj-bou-Arreridj, qui fut pillée et incendiée; la petite garnison retirée dans le fort fut délivrée par une colonne de secours. En même temps, Ahmed-Bou-Mezrag, frère du bachagha, attaquait les caravansérails de l'Ouennougha.
LA GUERRE SAINTE
Cependant Mokrani restait isolé avec quelques-uns de ses parents et ne réussissait à rallier à sa cause aucun des membres marquants de cette aristocratie indigène dont il s'était constitué le champion.
>a mort ne modifia pas la situation; son frère Bou-Mezrag, moins intelligent mais plus passionné que lui, lui succéda; la direction appartint désormais aux exaltés qui voulaient prolonger les hostilités. Cependant nos moyens d'action s'organisaient et des renforts arrivaient de France.
>Le point important était de débloquer les principales places de la Kabylie du Djurjura ; le centre du pays insurgé une fois dompté, le reste suivrait. La colonne Lallemand délivra Tizi-Ouzou, Dellys et opéra sa jonction avec la colonne Cérez. Toutes deux débloquèrent Fort-National, puis le général Cérez châtia les Beni­Abbès, pendant que le général Lallemand allait punir Msila et Bou-Saada. Dans la Kabylie des Babors, la colonne Saussier enserrait les rebelles. De tous côtés, les notables se séparaient des insurgés et venaient au camp faire leur soumission. Enfin, le 13 juillet, Cheikh-el-Haddad, porté sur une, civière et suivi d'une longue file de khouans sans armes, vint faire sa soumission avec ses deux fils. Le spectacle fut émouvant; l'âge du vieux cheikh, ses malheurs, sa figure émaciée par toute une vie d'ascétisme et de réclusion, la dignité de son attitude frappèrent les plus sceptiques et les plus indifférents : « Je suis comme un mort entre vos mains », dit-il au général Saussier.
LA FIN DE L'INSURRECTION
Après la soumission de Cheikh-el-Haddad, la guerre sainte était finie. Il y eut encore un petit mouvement insurrectionnel chez les Beni-Menaceur, qui assiégèrent Cherchel, pillèrent Zurich, Vesoul-Benian et Hammam-Rirha ; ce mouvement fut bientôt étouffé. De juillet à septembre, on eut encore plusieurs combats à livrer dans la Kabylie des Babors. Bou-Mezrag se réfugia chez les Maadid, où il fut défait par le général Saussier. Les Ouled-Mokrani parvinrent à échapper à nos colonnes et trouvèrent des alliés parmi les tribus du Sud, notamment le bandit Bouchoucha, qui avait été maître de Touggourt pendant quelques jours et avait fait massacrer la faible garnison de tirailleurs installée dans cette place. Le général Delacroix, avec une petite colonne, poursuivit les rebelles jusqu'au delà d'Ouargla. Bou­Mezrag, qui était resté six jours sans boire ni manger, fut ramassé évanoui et sa capture enleva à l'insurrection son dernier drapeau. La cause de l'aristocratie indigène était à jamais perdue.
>L'insurrection, qui avait débuté le 16 mars 1871 à la Medjana par la révolte du bachagha, se termina le 20 janvier 1872 par l'arrestation de Bou-Mezrag. Bien qu'un tiers seulement de l'Algérie eût participé au mouvement, il y avait eu 800 000 insurgés, fournissant 200 000 combattants.
>L'effectif de nos troupes avait été porté à 86 000 hommes, comme au temps des guerres contre Abd-el-Kader ; elles avaient livré 340 combats. Les pertes avaient été faibles : 2 686 morts, dont la moitié avait succombé aux maladies ou à la fatigue.
>La répression fut très dure, parfois hors de proportion avec les culpabilités et ne s'inspira pas toujours suffisamment des conditions du milieu indigène. On infligea aux rebelles une amende de guerre de 36 millions et demi, on séquestra 446 000 hectares de terres, estimés 18 millions et demi. Les insurgés, après un procès qui dura deux ans, furent jugés par la Cour d'assises, qui prononça des acquittements scandaleux et des condamnations non moins regrettables. Comme le disait M. Lucet, l'insurrection ne constituait pas une série de crimes de droit commun : c'était un fait politique. Cheikh-el-Haddad mourut en prison à Cons­tantine; Bou-Mezrag, condamné à mort, fut déporté en Nouvelle-Calédonie. La clémence du Président de la République ou la sagesse du gouverneur général accordèrent un certain nombre de grâces et de commutations de peines. La lutte avait ravivé bien des haines. Des actes tels que le massacre de Palestro ne s'oublient pas du jour au lendemain. Quoiqu'elle s'explique par des circonstances tout à fait exceptionnelles, cette insurrection, survenant si longtemps après la conquête proprement dite, apporta dans les relations entre colons et indigènes une animosité et une défiance qui ne s'effacèrent que très lentement.
>L ' ALGÉRIE DE 1871 A 1873. L'AMIRAL DE GUEYDON
Les désastres de la guerre, en Algérie comme en France, furent réparés avec une admirable énergie. Le décret du 24 octobre 1870 fut abrogé et le décret du 29 mars 1871 restaura au profit de l'amiral de Gueydon, nommé gouverneur général civil, les pouvoirs du chef de la colonie tels qu'ils existaient depuis 1860; les principales différences consistaient en ce qu'il dépendait du ministre de l'Intérieur et non plus du ministre de la Guerre et avait sous ses ordres le général commandant les forces de terre et de mer.
>L'amiral de Gueydon fut choisi par M. Thiers sur les indications de l'amiral Pothuau. Né à Granville en 1809, il appartenait à une famille de marins; il avait été gouverneur de la Martinique de 1853 à 1856 et avait montré dans ces fonctions de remarquables qualités administratives.
> Il affirma dès le début sa volonté énergique d'administrer civilement, en s'appuyant sans réserve sur la population civile. Le décret du 7 octobre 1871 reconstitua le Conseil supérieur de l'Algérie; les généraux et les préfets n'y figuraient plus et les colons y étaient en majorité.
>L'amiral prépara un projet de loi organique (26 décembre 1871) sur l'organisation municipale, départementale et coloniale; ce projet, qui résume ses idées personnelles en matière d'administration coloniale, dénotait une réelle connaissance des besoins de l'Algérie en même temps qu'un grand sens pratique et beaucoup de largeur de vues. Il prévoyait un Conseil supérieur composé pour un tiers de membres élus par les conseils généraux, pour un tiers de membres élus par les conseils municipaux, pour un tiers de fonctionnaires. Reprenant le projet d'Armand Béhic, il réclamait pour l'Algérie un budget spécial. Il se déclarait partisan d'une extension des attributions des assemblées départementales. Il voulait aussi diviser l'Algérie en cinq départements : ceux de la Seybouse, chef-lieu Bône ; du Rummel, chef-lieu Constantine; du Djurjura, chef-lieu Tizi-Ouzou ; du Chélif, chef-lieu Orléansville ; de l'Habra, chef-lieu Oran. Mais l'amiral n'eut guère le temps de mettre ses idées en pratique; à la chute de M. Thiers, il le suivit dans sa retraite et son administration prit fin dès le mois de juin 1873. « Le malheur de l'Algérie, disait Thiers à ce propos, c'est qu'on mois laisse jamais ceux qui ont eu le temps de l'apprendre et l'intelligence de la comprendre. »
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>LA REPRISE DE LA COLONISATION
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>L'œuvre de la colonisation fut reprise avec beaucoup d'activité à partir de 1871 : « Après la colonisation d'occupation, oeuvre de la monarchie de juillet, après la colonisation économique où s'était cantonné l'Empire, voici venir, dit M. de Peyerimhoff, la phase moderne, celle du peuplement national.
> « Toutes les fermes, écrivait-il quelques mois après, tous les bâtiments, même ceux appartenant à des colons tués par les insurgés, sont relevés et habités. Presque tous les villages ont augmenté d'importance et l'adjonction à leur ancienne population de familles d'émigrants achève de leur donner la solidité qui leur manquait. Tel de ces villages, Palestro par exemple, a presque triplé sa population depuis un an. Partout les travaux considérables auxquels a donné lieu l'emploi des indemnités ont fait renaître la prospérité. » Quant à l'application du séquestre, oeuvre capitale du gouvernement de l'amiral de Gueydon, elle permit d'ajouter environ 500 000 hectares aux 200 000 hectares que possédait encore le domaine. Le gouverneur déclarait sans ambages : « Les biens séquestrés sur les tribus rebelles forment le plus clair de nos ressources pour la création de nouveaux villages ; par le séquestre, l'État se procure immédiatement les ressources territoriales dont il a besoin pour la colonisation. » Ainsi reprend l'œuvre si longtemps abandonnée de la colonisation agricole et du peuplement rural de l'Algérie.
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>LES ALSACIENS-LORRAINS
Avant même la nomination de l'amiral de Gueydon au poste de gouverneur général, la question de la colonisation officielle avait été posée devant l'Assemblée nationale. Dès le 4 mars 1871, sous le coup de l'émotion que provoquait la signature du traité de Francfort, des membres de l'Assemblée avaient proposé « d'attribuer 100 000 hectares des meilleures terres dont l'État disposait en Algérie aux Alsaciens et aux Lorrains habitant les territoires cédés à l'Allemagne, qui voudraient, en gardant la nationalité française, demeurer sur le sol français. »
>Prise en considération, cette proposition était devenue la loi du 21 juin 1871; une autre loi du 15 septembre et un décret du 16 octobre 1871 précisèrent ou modifièrent quelques-unes des dispositions primitivement adoptées.
> Les 5 000 Alsaciens d'Algérie n'ont pas été inutiles pour maintenir dans la France nouvelle l'équilibre français; grâce à eux, quelque chose des aspects et des usages de l'Alsace revit sur ce sol lointain.
LES AUTRES CONTINGENTS
L'émigration alsacienne-lorraine ne constituait pas, il s'en faut de beaucoup, l'unique source de recrutement de la colonisation officielle. Dans les quatre années 1871-1874, les plus actives de l'œuvre de peuplement, elle ne figure que pour un peu plus de 50 pour 100 dans le total des concessionnaires émigrants et elle diminue très rapidement à partir de cette date.
>Les nouveaux contingents furent recrutés un peu partout, mais surtout dans les provinces méditerranéennes; leur régime était celui du titre II du décret du 10 octobre 1871 : concession gratuite et obligation de résidence; on les mêla d'ordinaire aux Alsaciens-Lorrains. Une question nouvelle commençait à se poser à cette époque, celle de la part à faire aux Algériens dans les concessions. De 1871 à 1874, ils en reçurent 2 835 contre 2 070 aux immigrants. Il est à la fois utile et juste de donner dans chaque village un certain nombre de concessions à des cultivateurs algériens laborieux et entendus, qui sont un excellent exemple à mettre sous les yeux des nouveaux venus. Mais par contre, ils ne renforcent pas le peuplement de la colonie; leur installation n'est qu'un déplacement.
>En deux ans, 1872 et 1873, il n'a pas été créé ou agrandi moins de 84 centres et groupes de fermes. A leur peuplement se joint, sous le régime de l'obligation de résidence, celui des derniers centres créés par le Second Empire et délaissés par les acheteurs. C'est un effort énorme qui surprend et déborde quelque peu le personnel administratif et technique. Il faut ouvrir des chemins d'accès, déterminer l'assiette des villages, assurer leur alimentation en eau potable, effectuer des travaux publics de toutes sortes. Malgré la bonne volonté générale, il arrive parfois que les travaux ne sont pas finis quand les colons arrivent. Les oscillations de la politique de l'Algérie ont trop souvent la même brusquerie que celles de son climat; en 1872 comme en 1845 et en 1848, on avait, semble-t-il, dépassé la mesure de ce que la colonie pouvait absorber comme immigration. On s'en prit à l'amiral de Gueydon des mécomptes éprouvés. Gambetta lui rendait meilleure justice en déclarant que seules les choses faites par lui avaient duré, et un publiciste algérien convenait que le gouverneur qui avait le plus fait pour la colonie avait été précisément celui dont elle attendait le moins. Tel sera aussi le jugement de l'histoire.
> LA LOI DE 1873 SUR LA PROPRIÉTÉ INDIGÈNE
La grave question de la législation foncière n'était toujours pas résolue. Le sénatus-consulte de 1863 s'était -proposé de favoriser la colonisation et la mise en valeur de l'Algérie par la constitution de la propriété individuelle chez les indigènes. Mais, sous le Second Empire, on avait seulement délimité les tribus et les douars; nulle part on n'avait entrepris la répartition entre les individus. Après 1871, les idées se modifièrent en cette matière comme dans toutes les autres. On aurait pu revenir au cantonnement, mais on préféra conserver le sénatus-consulte et remettre aux indigènes des titres individuels. Un texte de loi dans ce sens, précédé d'un long et remarquable rapport de M. Warnier, fut présenté à l'Assemblée nationale et adopté par elle. Cette loi, connue sous le nom de loi Warnier, cherche à atteindre la francisation de la terre musulmane et la délivrance aux indigènes après enquête de titres de propriété. On constate la propriété individuelle là où elle existe; on la constitue dans les territoires de propriété collective par des procédures d'enquête générale s'appliquant à tout un douar ou à toute une tribu. Plus tard, une loi de 1887 compléta et améliora la loi de 1873 en conservant le même principe.
>Les auteurs de ces lois croyaient de bonne foi qu'ils allaient être les bienfaiteurs des indigènes en les tirant d'un soi-disant collectivisme, agraire pour les élever à la dignité de propriétaires individuels. Les résultats ne répondirent malheureusement pas à ces espérances. Nul essai législatif n'a donné lieu en Algérie à un travail aussi colossal que la loi de 1873, mais nul n'a abouti à un échec plus lamentable. Au point de vue théorique, la loi n'avait pas tenu suffisamment compte du droit musulman. Au point de vue pratique, elle manqua son but, car elle ne donna pas aux Européens la sécurité dans les transactions, ne conduisit pas les indigènes aux bienfaits de la propriété individuelle, mais en revanche les ruina par des aliénations trop faciles et des procédures extrêmement coûteuses. L'application de la loi entraînait en effet des frais énormes : 7 francs par hectare en moyenne pour des terres qui ne valaient pas plus de 20 francs. Pour achever l'exécution de la loi dans les 12 millions d'hectares du Tell, il aurait fallu cinquante ou soixante ans et autant de millions. Surtout, la délivrance des titres facilitait l'expropriation des indigènes par des spéculateurs peu scrupuleux; jusqu'alors, l'état confus de la propriété indigène empêchait les transactions immobilières ; c'était un obstacle fâcheux pour la colonisation, mais en même temps une sécurité pour l'indigène. Avec la loi de 1873, on vit s'abattre sur les douars une nuée d'hommes d'affaires.
> La loi de 1873 apparaît comme une manifestation de la politique d'assimilation. On voulait assimiler complètement et rapidement la propriété indigène à la propriété française, sans tenir compte de ce que les conceptions juridiques françaises s'appliquaient très mal à la terre africaine. Tout n'est pas à blâmer dans la loi et les critiques dont elle a été l'objet visent les modalités d'application plutôt que le principe même. Le but qu'elle se proposait : mobiliser la terre indigène et procurer des terres à la colonisation, était excellent, mais les moyens pour y parvenir étaient défectueux; on ne change pas du jour au lendemain toutes les coutumes d'un peuple. Le cantonnement, l'expropriation pour cause d'inculture, une large application de la théorie musulmane d'après laquelle la terre appartient à celui qui la vivifie, auraient sans doute conduit à de meilleurs résultats; ces mesures auraient comporté une part d'arbitraire, mais les indigènes s'y seraient pliés plus facilement et en auraient beaucoup moins souffert que de la plaie des hommes d'affaires.
L'ALGÉRIE DE 1873 A 1881. LE GÉNÉRAL CHANZY (1873-1879)
Après le départ de l'amiral de Gueydon, un décret du 12 juin 1873 nomma le général Chanzy gouverneur général civil de l'Algérie. Le maréchal de Mac-Mahon, Président de la République, était resté au fond partisan du régime militaire. Aussi Chanzy reçut-il le commandement supérieur des forces de terre et de mer, un décret ayant abrogé la disposition du décret du 24 octobre 1870 qui séparait ces fonctions de celles du chef de la colonie. Sauf le mot civil, c'était le rétablissement du gouvernement général tel à peu près qu'il existait avant la guerre entre les mains de Mac-Mahon. Le gouverneur avait sous ses ordres deux hiérarchies distinctes
>le directeur des affaires civiles et les préfets d'une part, le chef d'état-major et les généraux de division chargés des territoires militaires d'autre part.
>Né en 1823, à Nouart, près de Buzancy, dans les Ardennes, le général Chanzy s'était d'abord engagé à seize ans comme mousse dans la marine; les injures des matelots, les coups de garcette et le mal de mer lui firent prendre le métier en aversion; il s'engagea dans l'artillerie, entra à Saint-Cyr et devint sous-lieutenant de zouaves en 1843. Il servit sans interruption en Algérie de 1843 à 1859 et de 1864 à 1870; sa carrière fut donc essentiellement africaine. Il avait joué un rôle glorieux dans la défense nationale, où il commandait la deuxième armée de la Loire. Élu député des Ardennes, il s'était rallié au gouvernement républicain.
> La question fut portée en 1875 à la tribune par Warnier et Jules Favre. L'agitation dura jusqu'au départ du général, dont la situation était devenue de plus en plus fausse. Il refusait cependant de donner sa démission : " Je ne me cramponne pas à mon gouvernement comme à un portefeuille, disait-il, mais, si l'on est mécontent de moi, qu'on me remplace. " On le nomma ambassadeur à Saint-Pétersbourg.
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>M. ALBERT GRÉVY (1879-1881). LES DÉCRETS DE RATTACHEMENT (1881)
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>Les journaux étaient unanimes à demander un gouverneur purement civil; divisés sur toutes les questions, ils ne s'accordaient que sur ce point, auquel ils attribuaient un prix certainement exagéré, car la compétence et la capacité importent plus que l'origine et l'uniforme. " Quand je songe, écrivait le comte d'Haussonville, à tant de qualités requises pour se bien acquitter de semblables fonctions, si graves et si délicates, je comprends difficilement la situation d'esprit de ceux pour qui tout se résume dans la question de savoir si le gouverneur général
>sera un personnage civil ou militaire. J'avoue que cette alternative me laisse passablement indifférent. Que le gouverneur général soit civil ou militaire, il m'importe peu, mais je tiens l'unité de direction pour indispensable, quel que soit l'uniforme, et je veux que là où sera le pouvoir effectif, là aussi se rencontre une responsabilité effective. Que le gouverneur général passe à tort ou à raison pour avoir les sympathies de telle ou telle fraction des partis qui nous divisent, je ne m'en soucie pas davantage. A mon sens, le gouvernement qui servira le mieux les intérêts de l'Algérie sera celui qui s'affranchira le plus complètement dans ses choix de la tendance, si fréquente parmi les souverains du jour, à vouloir avant tout obliger leurs amis du premier degré. "
>La question qui avait si longtemps passionné l'opinion en France et en Algérie fut résolue définitivement après le départ de Chanzy en faveur du gouvernement civil.
>es bureaux métropolitains étaient forcément très ignorants des réalités algériennes; la moindre décision à prendre amenait des tiraillements entre les différents ministères. C'est cette situation que décrivait Jules Ferry quelques années plus tard lorsqu'il disait : " Le gouverneur général n'est plus qu'un décor coûteux autant qu'inutile, tout au plus un inspecteur de la colonisation dans le palais d'un roi fainéant. "
>M. Albert Grévy ne resta que deux ans en Algérie. L'enthousiasme qui l'avait accueilli à son arrivée ne dura pas longtemps; il fut bientôt taxé d'imprévoyance et d'insuffisance. Cependant, comme le disait M. O. d'Haussonville, une plus grande stabilité des gouverneurs eût été bien désirable : " La durée de la fonction, disait-il, est pour eux une condition de succès; j'ai regretté l'amiral de Gueydon quand il est parti, j'ai regretté après lui le général Chanzy; je suis persuadé, n'en déplaise à ses détracteurs, que M. Albert Grévy valait mieux comme administrateur au moment de son départ que le jour de son arrivée. "
>LA COLONISATION
>
>
>Le grand effort de la colonisation commencé sous Gueydon se continua sous Chanzy. Tous les ans, un programme de colonisation était dressé; Chanzy tenait la main à ce que les conditio

Indochine :
Maroc (protectorat du) :
Tunisie (protectorat de la) :

COMBES (Emile), 1835-1921 :
Emile Combes naquit le 06 juin 1835 à Roquecourbe (Tarn). Fils d'un fabricant de bonnets et de bas de laine, sa famille était assez pauvre. Son oncle, curé de campagne, lui fit faire ses études au petit séminaire de Castres.
Il poursuivit au séminaire des Carmes à Paris. Il soutient une thèse de théologie sur Saint Thomas d'Aquin en 1860 ainsi qu'une thèse de latin sur Saint Bernard et Abélard puis il enseigna la philosophie dans des écoles catholiques. Ayant perdu la foi, il abandonna l'Eglise, et entreprit des études de médecine. Il s'installa à Pons, où il ouvrit un cabinet. Il y fut élu maire en 1876, il le restera jusqu'en 1919.
Devenu l'un des principaux dirigeants du radicalisme, il fut élu en 1885 sénateur de la Charente Inférieure et fonda le groupe parlementaire de la Gauche Démocratique qui rassembla les sénateurs radicaux. Il en devint, en 1893, le président. Consciencieux et de bon sens, ses discours sont de qualité et il étudie à fond ses dossiers. Spécialiste de l'enseignement, il mène une enquête pour le Sénat en Algérie de 1892 à 1894. Il défend la justice et la liberté, le progrès social. Vice-président du Sénat en 1894, il fut ministre d l’Education publique, dans le gouvernement de Léon Bourgeois (sous la présidence Félix Faure), de l'Instruction publique et des Cultes en 1895-1896 où il réforme l'enseignement qui passe sous la tutelle exclusive de l'Etat et crée une chaire de philosophie positiviste au Collège de France. Il dit : "Les vieilles croyances absurdes disparaissent, c'est dans le progrès qu'on trouve la vie morale".
Concernant les cultes, il s'oppose au Vatican pour la nomination des évêques. Depuis leur congrès de 1869, les radicaux sont conscients qu'il faut écarter la mainmise de l'Eglise sur la jeunesse et qu'il faut conforter l'esprit public pour affermir pleinement la République. La solution réside dans l'expulsion des congrégations hors du champ scolaire. Ce sera l'œuvre au concret de Combes qui va rejeter l'irruption du cléricalisme dans la sphère publique mais admettre la foi, restreinte à l'espace privé.
Emile Combes préside la commission du Sénat qui prépare la future loi de 1901 sur les associations laquelle va réglementer la création et la fonction pédagogique des congrégations. A la direction du Parti radical, il prépare les législatives de 1902 avec pour objectif de supprimer la loi Falloux (1850) qui laisse l'école primaire à l'Eglise alors qu'en 1830 les prêtres-enseignants avaient été écartés des enseignements. Il veut appliquer énergiquement la loi de 1901 sur les associations pour éliminer les congrégations. Le résultat des élections donne 339 républicains élus contre 251 candidats pour la droite, avec seulement 200 000 voix d'écart sur 11 millions de votants, soit 2 % de l'électorat.
Anticlérical, il n'est pas hostile à la religion et il apparaît comme le successeur naturel de Waldeck-Rousseau. Ainsi, le 7 juin 1902, il lui succéda à la présidence du Conseil avec le portefeuille de l’Intérieur et des Cultes jusqu’au 18 janvier 1905.
Sa politique consistera surtout à remplacer les fonctionnaires hostiles à la république par des amis du radicalisme. Il cherchera à modifier la loi de 1901 sur les associations pour exclure les congrégations de l'enseignement, il y gagnera une réputation d'anticlérical forcené. Il entretiendra pourtant une correspondance suivie avec la mère supérieure d'un couvent d'Alger.
Il développa, dès lors, le "combisme", politique militante et anticléricale du Bloc des gauches, il appliqua avec fermeté et intransigeance les lois de 1901 sur les congrégations religieuses : le 17 juin 1902, par décret, il ferme 125 établissements scolaires de congrégations non autorisées. Le mois suivant, par circulaire, il ferme les établissements d’enseignement religieux en infraction avec la loi : 2 900 obtempèrent, quelques-uns résistèrent. Le 16 août, il soumet à la Chambre une loi d'agrément des congrégations : sur 1667 congrégations, 914 sont autorisées et 760 non autorisées parmi lesquelles 300 s'auto-dissolvent et 460 redemandent l'agrément. Lors de la loi d'examen de 54 demandes d'agrément en décembre 1902, Waldeck-Rousseau demande d'ajouter une nouvelle catégorie, celle des congrégations d'Outre-Mer et de l'étranger. Emile Combes répond que l'intérêt de la république exige la disparition des congrégations qui créent haine et désordres.
La loi est votée. Emile Combes dit : "La piété et la charité sont le masque pour suggérer au fanatisme et à l'intolérance l'opposition à la modernité, aux institutions de la République et à ses lois. Supprimer les congrégations, c'est faire œuvre de salut public". En avril 1903, il refuse l'agrément à 54 congrégations. Deux mois plus tard, 81 congrégations de "bonnes sœurs" font des demandes d'agrément. Malgré les pressions, il réagit fermement : "C'est non. Il faut mettre un terme à l'esprit de réaction". Le refus d'agrément est voté par 16 voix de majorité sur 589 députés. Waldeck-Rousseau dit à Emile Combes : "La loi de 1901 est une loi de contrôle, vous en faites une loi d'exclusion". Emile Combes est qualifié d'"Attila des congrégations". En septembre 1903, on inaugure le monument érigé à Ernest Renan à Tréguier presque dans le calme. Et en 1904, Emile Combes interdit l'enseignement aux congrégations sauf pour l'outre-Mer et l'étranger. La partie législative est terminée. Reste la liquidation des biens des congrégations. Emile Combes n'a pas faibli.
Lors de la séparation des Eglises et de l'Etat, souhaitée par les radicaux depuis 1869, Emile Combes reste partisan du Concordat mais Jaurès et les socialistes poussent à la roue. C'est le Vatican lui-même qui va mettre le feu aux poudres et conduire à la loi du 9 décembre 1905. Emile Combes n'est plus président du conseil depuis janvier. Emile Combes s'opposait au Vatican sur la nomination des évêques et dénonçait les pratiques illégales de l'entente préalable et de la formule de nomination. Il voulait que l'on dise que les évêques ont "été nommés…" et non que "nous (le Pape), avons nommé…". En 1904, Pie X avait écrit une note au gouvernement que celui-ci avait estimé offensante et il avait rappelé à Paris son ambassadeur au Vatican. C'était le premier pas vers la séparation des Eglises et de l'Etat. En janvier 1905 est créée la commission de la Chambre chargée de préparer la loi de séparation. Parallèlement, Emile Combes présente pour le gouvernement un projet plus bienveillant, plus généreux.
Cette politique eut pour conséquence la rupture des relations diplomatiques avec le Vatican et, par la suite, devait conduire à l'adoption, le 9 décembre 1905, de la loi instaurant la séparation des Églises et de l'État. Cette loi mit fin au Concordat de 1801, proclama la liberté de conscience et garantit le libre exercice des cultes, créant ainsi, de manière durable, le principe de la laïcité de l'État en France. Plus aucun culte ne serait désormais subventionné. Propriété de l'État, les biens de l'Église seraient désormais gérés par des associations culturelles laïques.
L'affaire des fiches du général André, ministre de la Guerre, va empoisonner le climat politique et contribuera fortement au départ de Combes de son poste de chef de gouvernement en janvier 1905. Le combisme, comme moyen d'action basé sur la pression permanente de l'électeur sur l'élu par des DELEGUES de comités d'électeurs républicains radicaux, est officialisé par circulaire depuis novembre 1904. Ces délégués sont vus comme des délateurs officiels. Les socialistes décidèrent alors de ne soutenir qu'un gouvernement socialiste et tant Emile Combes, qui a 70 ans, que la Chambre sont las les uns des autres. Emile Combes démissionne le 18 janvier 1905.
Dès lors, Emile Combes ne jouera plus de rôle de premier plan bien qu'il présida le Parti radical en 1911 et 1912 et qu'il devint ministre d'État dans le cabinet d’Union Nationale d’Aristide Briand, de novembre 1915 à 1916. Un musée Emile Combes célèbre sa mémoire à Pons, près de sa statue érigée Place de la République. Son épouse décède en 1917 et lui-même en 1921 à 86 ans. Il venait d'être réélu sénateur.

COMITÉS DE VIGILANCE DES INTELLECTUELS ANTIFASCISTES :

COMMERCE (ministres du) :
1870 Joseph MAGNIN, Ministre de l'Agriculture et du Commerce 1871 Félix LAMBRECHT, Ministre de l'Agriculture et du Commerce1871 Victor LEFRANC, Ministre de l'Agriculture et du Commerce
1872 Eugène de GOULARD, Ministre de l'Agriculture et du Commerce
1872 Pierre TEISSERENC DE BORT, Ministre de l'Agriculture et du Commerce
1873 Joseph de LA BOULLERIE, Ministre de l'Agriculture et du Commerce
1873 Alfred de SEILLIGNY, Ministre de l'Agriculture et du Commerce
1874 Louis GRIVART, Ministre de l'Agriculture et du Commerce
1875 Camille de MEAUX, Ministre de l'Agriculture et du Commerce
1876 Pierre TEISSERENC de BORT, Ministre de l'Agriculture et du Commerce
1877 Camille de MEAUX, Ministre de l'Agriculture et du Commerce
1877 Jules OZENNE, Ministre de l'Agriculture et du Commerce
1877 Pierre TEISSERENC de BORT, Ministre de l'Agriculture et du Commerce
1879 Charles LEPERE, Ministre de l'Agriculture et du Commerce
1879 Pierre-Emmanuel TIRARD, Ministre de l'Agriculture et du Commerce
1881 Maurice ROUVIER, Ministre du Commerce et des Colonies
1882 Pierre-Emmanuel TIRARD, Ministre du Commerce
1882 Pierre LEGRAND, Ministre du Commerce
1883 Anne-Charles HERISSON, Ministre du Commerce
1884 Maurice ROUVIER, Ministre du Commerce
1885 Pierre LEGRAND, Ministre du Commerce
1885 Lucien DAUTRESME, Ministre du Commerce
1886 Edouard LOCKROY, Ministre du Commerce et de l'Industrie
1887 Lucien DAUTRESME, Ministre du Commerce et de l'Industrie
1888 Pierre LEGRAND, Ministre du Commerce et de l'Industrie
1889 Pierre-Emmanuel TIRARD, Président du Conseil et Ministre du Commerce et de l'Industrie
1890 Jules ROCHE, Ministre de l'Industrie et des Colonies (Sous-Secrétaire d'Etat au Commerce
à partir de février 1892)
1892 Jules SIEGFRIED, Sous-Secrétaire d'Etat au Commerce (Ministre du Commerce et des Colonies
à partir d'avril 1893)
1893 Jean TERRIER, Ministre du Commerce, de l'Industrie et des Colonies
1893 Jean MARTY, Ministre du Commerce
1894 Victor LOURTIES, Ministre du Commerce
1894 André LE BON, Ministre du Commerce et de l'Industrie
1895 Gustave MESUREUR, Ministre du Commerce et de l'Industrie
1896 Henry BOUCHER, Ministre du Commerce et de l'Industrie
1898 Emile MARUE JOULS, Ministre du Commerce et de l'Industrie
1898 Paul DELOMBRE, Ministre du Commerce et de l'Industrie
1899 Alexandre MILLERAND, Ministre du Commerce et de l'Industrie
1902 Georges TROUILLOT, Ministre du Commerce
1905 Fernand DUBIEF, Ministre du Commerce
1906 Georges TROUILLOT, Ministre du Commerce
1906 Gaston DOUMERGUE, Ministre du Commerce
1906 Jean CRUPPI, Ministre du Commerce
1909 Jean DUPUY, Ministre du Commerce
1911 Alfred MASSE, Ministre du Commerce
1911 Christian COUYBA, Ministre du Commerce
1912 Fernand DAVID, Ministre du Commerce
1913 Gabriel GUIST-HAV, Ministre du Commerce
1913 Alfred. MASSE, Ministre du Commerce
1913 Louis MALVY, Ministre du Commerce, de l'Industrie, des Postes et Télégraphes
1914 Marc REVILLE, Ministre du Commerce
1914 Gaston-Arnold-Marie THOMSON, Ministre du Commerce, des Postes et Télégraphes
1915 Etienne CLEMENTEL, Ministre du Commerce et des P.T.T. (Ministre de l'Economie Nationale
comprenant l'agriculture, le travail, le commerce et l'Industrie et les P.T.T. à partir de décembre 1916)
1917 Louis DUBOIS, Ministre du Commerce et des P.T.T.
1920 Auguste-Paul-Louis ISAAC, Ministre du Commerce et de l'Industrie
1921 Lucien DIOR, Ministre du Commerce
1924 Louis LOUCHEUR, Ministre du Commerce et des P.T.T.
1924 Pierre-Etienne FLANDIN, Ministre du Commerce
1924 Jean-Jacques, dit Eugène RAYNALDI, Ministre du Commerce et de l'Industrie
1925 Charles CHAUMET, Ministre du Commerce
1925 Charles-Daniel-Vincent, dit DANIEL-VINCENT, Ministre du Commerce
1926 Fernand. CHAPSAL, Ministre du Commerce
1926 Louis LOUCHEUR, Ministre du Commerce
1926 Maurice BOKANOVSKI, Ministre du Commerce
1928 Georges BONNEFOUS, Ministre du Commerce
1929 Pierre-Etienne FLANDIN, Ministre du Commerce
1930 Georges BONNEFOUS, Ministre du Commerce
1930 Pierre-Etienne FLANDIN, Ministre du Commerce
1930 Louis LOUCHEUR, Ministre de l'Economie Nationale , du Commerce et de l'Industrie
1931 Louis ROLLIN, Ministre du Commerce (Ministre du Commerce et des P.T.T. à partir de février 1932)
1932 Julien DURAND, Ministre du Commerce
1933 Louis-Léonard SERRE, Ministre du Commerce
1933 Laurent-André EYNAC, dit LAURENT EYNAC Ministre du Commerce et de l'Industrie
1934 Jean MISTLER, Ministre du Commerce
1934 Lucien LAMOUREUX, Ministre du Commerce
1934 Paul MARCHANDEAU, Ministre du Commerce
1935 Laurent EYNAC, Ministre du Commerce
1935 Georges BONNET, Ministre du Commerce
1936 Paul RAMADIER, Ministre du Commerce
1936 Paul BASTID, Ministre du Commerce
1937 Ferdinand CHAPSAL, Ministre du Commerce
1938 Pierre COT, Ministre du Commerce
1938 Fernand GENTIN, Ministre du Commerce1940 Louis ROLLIN, Ministre du Commerce et de l'Industrie

COMMUNE DE MARSEILLE :
On a beaucoup écrit sur la Commune, et en particulier sur la Commune de Paris. Pas assez peut-être, car les Communes de province sont trop souvent méconnues et même, les répercussions du mouvement communaliste à l'étranger, soit sous l'aspect des poursuites intentées aux communards ou aux internationaux, soit sous l'angle de l'interprétation et de l'utilisation politique, scientifique et sociologique, sont laissées dans l'oubli le plus complet.
À cela une raison essentielle : les idées-force que l'on peut en extraire n'intéressent personne, elles n'apportent de l'eau qu'au moulin des anarchistes !
Et c'est pourquoi les travaux qui y sont relatifs ne jouissent pas de la faveur du grand public. On ne peut que le regretter. C'est donc dans le but de compléter notre connaissance de ce mouvement que nous publions cette étude, rendant hommage, à près d'un siècle de distance, à tous les obscurs combattants de la Commune et en particulier à ces 4 500 membres de l'Internationale (dans le seul département des Bouches-du-Rhône) qui, sous l'influence de Bakounine, s'efforcèrent de réaliser une société nouvelle basée sur le fédéralisme et la liberté de l'individu. René Bianco
La tentative des 7 et 8 août 1870
Dès le lendemain de la défaite de Forbach, une grande agitation se manifeste à Marseille. 40000 personnes ayant à leur tête Gaston Crémieux, Naquet, Brochier, Rouvier et quelques autres manifestent devant la préfecture. L'arrestation d'Alfred Naquet provoque une recrudescence de colère et aussitôt se forme un Comité central d'action révolutionnaire, la foule occupe bientôt la mairie et les membres du Comité sont portés au pouvoir sous les acclamations populaires. Ce Comité, comprenant surtout des membres de l'Internationale (en l'absence de Bastelica, la section marseillaise reçut très vraisemblablement les ordres directs de Bakounine) et quelques républicains radicaux, et présidé par Gaston Crémieux, se trouve ainsi à la tête d'un pouvoir révolutionnaire issu du peuple. Malheureusement, ses délibérations sont de courte durée, car une escouade de policiers, dispersant la foule aussi prompte à s'enthousiasmer qu'à devenir d'une passivité extrême, bloque les insurgés dans la mairie et, après un court échange de coups de feu, capture les membres du Comité. Les prisonniers, au nombre d'une trentaine environ, sont enfermés au Fort Saint-Jean et entassés dans un cachot puant. Le 10 août, sur ordre de l'impératrice régente, l'état de siège est proclamé et le 27 ils sont jugés. Deuxième tentative d'insurrection révolutionnaire.
1er novembre 1870
Le préfet Esquiros s'oppose à Gambetta et au gouvernement provisoire. Au Conseil municipal un affrontement se produit entre les modérés et les révolutionnaires et très vite, la Garde nationale (bourgeoise) commandée par le Colonel Marie va s'opposer à la Garde civique et l'Internationale.La réaction populaire est immédiate et spontanée, l'hôtel de ville, défendu par les gardes nationaux est occupé et la Commune révolutionnaire est proclamée aussitôt. Un comité d'une vingtaine de membres est formé qui représente toutes les nuances de l'opposition radicale et socialiste parmi lesquels plusieurs membres de l'Internationale dont Bastelica, Chachouat, Job, Cartoux, etc. Le général Cluseret qui vient d'arriver à Marseille après l'échec de la Commune de Lyon se joint bientôt à eux, et la Commune prend l'héritage de la Ligue du Midi. Mais Esquiros qui jouit de l'estime populaire se retire (son fils atteint de typhoïde meurt et ce deuil l'abat profondément); il est remplacé par Alphonse Gent qui, à la faveur des circonstances (un attentat manqué contre lui qui soulève la réprobation générale) va reprendre le pouvoir en main pour le compte du Gouvernement et écarter tous ceux qui pouvaient raffermir la volonté populaire. Le 13 novembre, le préfet télégraphie à Gambetta l'Ordre tout entier règne à Marseille... La Commune révolutionnaire de Marseille (23 mars / 4 avril 1871) Le 21 mars 1871,Une dépêche télégraphique du préfet, le contre amiral Cosnier indique : Marseille est tranquille. Tous les rapports qui m'arrivent sur l'état des esprits dans le département sont rassurants. Le 22 marsLa proclamation de Thiers, flétrissant l'insurrection parisienne et exhortant à l'union est affichée sur les murs de la ville. Cette proclamation qui parle en termes favorables de Canrobert et de Rouher apparaît aux Marseillais comme une traîtrise et, le soir même, devant plus de 1 000 personnes, Gaston Crémieux, prononce un discours extrêmement violent : Le gouvernement de Versailles a essayé de lever sa béquille contre ce qu'il appelle l'insurrection de Paris, mais elle s'est brisée entre ses mains, et la Commune en est sortie. Ainsi Citoyens, les circonstances sont graves. Avant d'aller plus loin, je veux vous poser une question. Quel est le gouvernement que vous reconnaissez comme légal ? Est-ce Paris ? Est-ce Versailles? Toute la salle unanime, crie : "Vive Paris!" À ces cris unanimes qui sortent de vos mille poitrines nous nous unissons et nous crions : "Vive Paris!". Mais ce gouvernement va être combattu par Versailles. Je viens vous demander un serment, c'est celui de le défendre par tous les moyens possibles, le jurez-vous? - Nous le jurons! - Et nous aussi, s'il faut combattre, nous nous mettrons à votre tête. Nous serons obligés de le défendre dans la rue. Rentrez chez vous, prenez vos fusils, non pas pour attaquer, mais pour vous défendre... Le 23 mars Le contre-amiral Cosnier organise une contre-manifestation en faveur du gouvernement de Versailles, mais depuis l'aube, les gardes nationaux des quartiers populaires s'étaient rassemblés, et une foule immense se regroupe autour d'eux. La préfecture est envahie, les autorité destituées, une commission départementale est formée, présidée par Crémieux et comprenant 12 membres. Elle représente équitablement les diverses fractions de l'opinion publique : les Radicaux avec Job et Étienne, l'Internationale avec Alérini, la Garde nationale avec Bouchet et Cartoux, et trois membres délégués par le Conseil municipal. La Commission déclare : À Marseille, les citoyens prétendent s'administrer eux-mêmes, dans la sphère des intérêts locaux. Il serait opportun, que le mouvement qui s'est produit à Marseille fût bien compris, et qu'il se prolongeât. Nous voulons la décentralisation administrative avec l'autonomie de la Commune, en confiant au conseil municipal élu dans chaque grande cité les attributions administratives et municipales. Le 26 marsLe général Espivent de la Villeboisnet, officier réactionnaire et clérical s'il en fut, qui s'était réfugié à Aubagne avec ses troupes, et qui calque sa conduite sur celle de Versailles, proclame le département des Bouches-du-Rhône en état de guerre. Le 27 mars Le conseil municipal (composé de républicains modérés et bourgeois) rompt avec le conseil départemental. Cette rupture accroît les difficultés matérielles auxquelles devait faire face la Commune après le départ de nombreux fonctionnaires. Le 28 mars Arrivée à Marseille de trois représentants en mission envoyés par la Commune de Paris (May, Amouroux et Landeck). Malheureusement, ils sont tous trois incapables et vont s'immiscer dans les affaires marseillaises portant de graves préjudices à l'action locale. Le 1er avril Le Conseil municipal est dissout. Le 3 avril au soir Espivent fait marcher ses troupes (6 à 7000 hommes) sur Marseille. Il a l'appui de trois navires qui croisent au large du port. En pleine nuit, les soldats parcourent les 17 km qui les séparent de Marseille. Pendant ce temps, des barricades sont dressées autour de la préfecture et quelques hommes se rassemblent. Les soldats d'Espivent prennent la gare, le fort Saint-Nicolas et le fort de Notre-Dame-de-la-Garde, ils effectuent un mouvement d'encerclement complété par le débarquement des marins. Pourtant, la population réagit. Une foule immense, armée en partie et tumultueuse, se réunit. Deux bataillons d'infanterie fraternisent levant leurs chassepots en l'air aux applaudissements de la foule. Mais Espivent, après avoir reçu sèchement Crémieux, venu parlementer, fait bombarder la ville (300 obus tomberont sur la préfecture). Les combats acharnés se déroulent jusqu'au soir et la préfecture est finalement investie par les marins. La Commune de Marseille avait vécu, la répression cléricale et réactionnaire allait s'exercer impitoyablement jusqu'en 1875. Charles ALÉRINI Comme Bastelica, il était d'origine corse puisque né à Bastia le 20 mars 1842. Devenu professeur, il enseignait au Collège de Barcelonnette où il était en même temps correspondant de l'Internationale, ce qui lui vaudra d'être suspendu de ses fonctions en avril 1870 et arrêté quelques jours après toujours pour le même motif. S'étant établi à Marseille, il participe ensuite, à l'occupation de l'hôtel de ville et à l'organisation de l'éphémère commune révolutionnaire du 8 août 1870. Puis il sera membre de la Commission départementale insurrectionnelle de mars 1871. Actif, énergique, intelligent, il mettra toutes ses connaissances au service de l'action révolutionnaire et de l'Internationale, organisant notamment la résistance armée, requérant les fusils, les munitions, et prenant une part des plus actives à tous les actes de l'insurrection. Le 4 avril, il reste un des derniers à la préfecture, alors que la plupart ont fui le danger. Après l'échec de la Commune, il réussit à passer en Espagne où il va poursuivre son action militante pendant que le Tribunal militaire le condamne à mort par contumace (il sera gracié en 1889). Très vite, il est admis parmi les intimes de Bakounine et devient un militant actif de l'Alliance et, à ce titre, il sera toujours mêlé, aussi bien sur le plan espagnol que sur le plan français, à la vie de l'Internationale anti-autoritaire contre les agissements de Marx et de ses amis. James Guillaume, dans ses Souvenirs parlera du cœur chaud, de la droiture, de la vaillance simple et sans phrases de cet homme qui sera délégué de la Fédération régionale espagnole à La Haye, où il signera la déclaration Bakouniniste; qui assistera au Congrès de Saint-Imier dont il sera l'un des trois secrétaires; qui participera au Congrès de Genève (septembre 1873) en tant que représentant de la FRE et de diverses sections françaises (dont plusieurs illégales) et qui après avoir fait deux ans de prison à Cadix, fera partie en 1877 du Comité fédéral de la fédération française de l'AIT. Gaston CRÉMIEUX : Né à Nîmes, le 22 juin 1836, il est issu d'une famille israélite. Après de brillantes études au lycée de sa ville natale, il obtient sa licence de droit à Aix-en-Provence, en 1856. Avocat à Nîmes, il se fait vite remarquer par son éloquence et sa générosité. Très vite aussi on le surnomme avec une pointe de mépris, l'avocat des pauvres. Cette réputation de désintéressement va le suivre à Marseille où il s'établit en 1862. Sa générosité naturelle, son caractère affable et doux, ses allures paisibles et ouvertes, attiraient toutes les sympathies. Et par le fait même qu'il était toujours disposé à défendre les miséreux, il entra tout naturellement en contact avec les milieux républicains de l'époque. Porté par sa sympathie presque instinctive vers les classes opprimées, il fut également en liaison quasi permanente et amicale avec l'Internationale. Mais, malgré ses qualités de cœur, son désir de soulager la misère, il ne fut jamais, en dépit de quelques discours ou de quelques articles violents, un homme d'action véritable. Il n'en reste pas moins que le 8 août 1870 il se trouve porté à la tête d'un pouvoir révolutionnaire issu du peuple.Arrêté, emprisonné dans un sombre cachot du fort Saint-Jean et bientôt condamné à 6 mois de prison qu'il va purger à la prison Saint-Pierre, il est libéré avec ses camarades par une foule de plus 20 000 personnes dans la nuit du 4 au 5 septembre. C'est lui qui, le 7 septembre, accueille Esquiros à la gare Saint-Charles et l'accompagne à la préfecture. Dans le cadre de l'épuration (destitution des magistrats compromis sous l'Empire), Crémieux est ensuite nommé au poste de procureur de la république, où il ne restera en fonction que quelques semaines. Puis, après la création de la Ligue du Midi (qui groupait 15 départements), il parcourt la province comme envoyé en mission, il signe peu après une proclamation qui indique notamment : Nous sommes résolus à tous les sacrifices, et, si nous restons seuls, nous ferons appel à la révolution, à la révolution implacable et inexorable, à la révolution avec toutes ses haines, ses colères et ses fureurs patriotiques. Nous partirons de Marseille en armes, nous prêcherons sur nos pas la guerre sainte... Bientôt la Ligue va entrer en opposition ouverte contre le gouvernement de la défense nationale et, au cours d'un meeting organisé à l'Alhambra, le 19 octobre, comme on lui demandait les moyens de réagir devant une telle situation, il s'écria : La Ligue du Midi, et la Commune Révolutionnaire!C'est ainsi qu'il fait partie, dès le 1er novembre, de la Commission départementale insurrectionnelle qui ratifie les pouvoirs de la Commune révolutionnaire et qu'il appelle les Marseillais à prendre les armes. Mais, la Commune écrasée par la réaction, Crémieux refusant de s'enfuir est arrêté et le 8 avril, il est condamné à mort comme factieux incorrigible. Six mois après sa condamnation, malgré la multitude de démarches entreprises de tous côtés pour obtenir sa grâce, Crémieux est fusillé sur ordre de "Monsieur" Thiers. Le 30 novembre 1871, à 7 heures du matin, au Pharo, tombait l'un des hommes les plus intègres que le mouvement ouvrier ait connu. Sa mort provoqua une profonde émotion dans toute la ville. André BASTELICA Né à Bastia le 28 Novembre 1845, il apparaît à 23 ans dans l'histoire de l'Internationale. Anarchiste, il le fut jusqu'au bout des ongles, alors même que le mot n'était pas encore inventé. En effet, tour à tour employé de commerce et typographe, il possédait une culture étonnante pour son âge et sa condition. Une immense curiosité, toujours en éveil, l'avait poussé à s'instruire dans tous les domaines. Journaliste de talent, il écrivait dans de très nombreux journaux : L'Égalité de Genève, L'Internationale de Bruxelles, La Marseillaise de Paris, L'Égalité et Le Peuple de Marseille, et dans des revues littéraires, avec un style précis et fougueux, plein de flamme et de vivacité, un style qui traduit la pensée et surtout la parole, car Bastelica était aussi un brillant orateur. C'est son éloquence surtout qui explique le véritable ascendant que ce tout jeune homme exerçait sur les masses. À l'idéal généreux qui l'animait, il joignait l'immense avantage de posséder un sens pratique de l'organisation, un souci méthodique et lucide de l'action révolutionnaire. Son camarade de combat, Albert Richard, disait de lui : Il avait besoin de vivre, d'agir, de produire... et de défendre, à la lumière, l'idée qu'il incarnait en lui. Voilà l'homme qui constitua, avec Eugène Varlin et Benoît Malon à Paris, Émile Aubray à Rouen et Albert Richard à Lyon, la génération spontanée de la renaissance du socialisme français. Alors même que Tolain, découragé, pensait que l'Association Internationale des Travailleurs était morte en France, elle allait renaître avec des hommes nouveaux et des idées nouvelles, des hommes jeunes, des hommes issus des milieux ouvriers. D'abord isolés dans la clandestinité, du fait de la répression ils vont peu à peu se trouver en contact, unis dans une même cause et par une amitié jamais démentie. Bientôt, ils vont coordonner leurs efforts dans une parfaite égalité d'action, sans qu'aucun d'entre eux n'essaie de dominer les autres et cela aussi bien en France qu'à l'étranger, lors des congrès de l'Internationale, et cela à tel point qu'un éminent historien pourra écrire : Leur activité commune, parallèle, évitant toute hiérarchie est un remarquable exemple d'autonomie, de libre initiative de décentralisation volontaire au sein d'une organisation perfectionnée qui rêvait précisément de fonder la société nouvelle sur des bases fédéralistes. (A. Olivesi, La Commune de 1871 à Marseille). Nous ne nous attarderons pas sur l'influence que Bakounine exerça sur Bastelica. Elle n'eut aucun rapport de maître à élève mais de compagnon de lutte à son frère d'armes, d'ami à ami. En effet, dès son adhésion à l'Internationale, Bastelica avait écrit à Albert Richard: Nous voulons le non-gouvernement parce que nous voulons la non-propriété, et vice versa. La morale humaine détruira les religions révélées, le socialisme supprimera le gouvernement et la question politique. Si le peuple comprend aujourd'hui surtout la question politique, c'est que dans sa conception théorique, il croit que le gouvernement représente la société (on croit entendre Bakounine).Et c'est sous l'impulsion de cet homme, qui fait preuve d'une activité prodigieuse d'organisateur et de propagandiste, que Marseille, ralliée au communisme non-autoritaire de Bakounine allait devenir l'une de bases de la Révolution mondiale que l'Internationale souhaitait et pour laquelle elle œuvrait de toutes ses forces. Fondée en juillet 1867, la section marseillaise de l'Internationale connut dès la fin de l'année suivante (arrivée de Bastelica) une rapide extension. Organisée strictement selon les principes proudhoniens, elle compte 27 corporations groupées dans la fédération marseillaise, une des mieux organisées de France. Les adhérents atteignent bientôt le nombre de 4 500. Infatigable, Bastelica laisse à ses camarades (Poletti, Combes, Pacini, Roger, Alérini) le soin de s'occuper des affaires locales et parcourt la campagne, en de perpétuels déplacements, pour créer de nouvelles sections dans les départements voisins : Aix (600 adhérents), La Ciotat, Saint-Tropez, Cogolin, Callabrières, Gonfaron, La Garde-Freinet, Toulon, La Seyne, Draguignan deviennent à leur tour des foyers actifs. Il ira jusque dans l'Hérault et les Basses-Alpes, pour convertir à la cause les populations rurales. Le 28 avril 1870, il écrit à James Guillaume : La section marseillaise marche résolument dans la voie des grands progrès... Je suis de retour d'une excursion parmi les populations révolutionnaires du Var. Quel enthousiasme l'Internationale a soulevé sur le passage de son propagateur ! J'ai acquis cette fois la preuve invincible, irrécusable que les paysans pensent, et qu'ils sont avec nous... Tout ce mouvement brise mes forces mais augmente mon courage. Quatre jours auparavant, il écrivait dans Le Mirabeau (journal socialiste) à propos des grèves du Creusot : Jugulée par une politique honteuse et réactionnaire, la grande voix du peuple, pour se faire entendre, emprunte un autre organe plus terrible: la grève. La grève c'est l'irruption endémique du mal social. Organiquement, la société actuelle aboutit à la grève : ce n'est ni la paix, ni la justice. La théocratie et l'aristocratie reprennent courage et essayant l'offensive sur la Révolution trahie par la bourgeoisie, sa fille aînée... Que l'État, l'Église et les bourgeois se coalisent pour une œuvre d'imposture et d'ignominie, le peuple vengeur, les confondra dans une même ruine. Le principe autour duquel le peuple doit se grouper c'est la solidarité... les fruits de cinq révolutions seraient perdus pour nous si nous ne nous redressions forts, et défiant les traînards de la civilisation d'oser porter la main sacrilège sur le sanctuaire de la justice sociale. Mais le gouvernement s'inquiétait du développement de l'Association. Le Congrès retentissant tenu à Lyon en mars 1870, présidé par Varlin et auquel assistaient Bastelica et Bakounine, avait affirmé la volonté des fédérations françaises d'intensifier leur action révolutionnaire. Aussi Émile Ollivier, décide de sévir : il télégraphie aux préfets de poursuivre l'Internationale et surtout ajoute-t-il : Frappez à la tête ! Varlin et Richard sont arrêtés. Bastelica se réfugie à Barcelone (il était en contact étroit avec les bakouninistes catalans de l'Internationale). Le mouvement est momentanément désorganisé, mais il est trop puissant pour périr et il aboutira aux événements grandioses que l'on connaît, que certains regrettent, avec raison sans doute, puisqu'ils furent le tombeau du mouvement ouvrier, la porte ouverte au socialisme autoritaire et autres dictatures du prolétariat. Ainsi, un des rares révolutionnaires de valeur que Marseille possédait fut envoyé à Paris (on sait qu'en échange, la Commune de Paris délégua à Marseille trois représentants en mission qui ne l'égalèrent pas, c'est le moins qu'on puisse dire), et là, d'une honnêteté scrupuleuse, il manipula des millions sans en distraire un centime, en dirigeant avec beaucoup d'intelligence le service des contributions directes et indirectes de la Commune de Paris. Bastelica, qui fut incontestablement l'un des hommes les plus brillants de son époque, Bastelica qui aurait pu utiliser ses talents à des fins ambitieuses et qui aurait certainement réussi, Bastelica qui préféra se vouer avec un rare désintéressement à la cause ouvrière et socialiste, mourut, exilé en Suisse, en 1884, à l'âge de 39 ans, brisé par l'écrasement de son grand rêve de révolution internationale. Son seul défaut, en effet, fut d'être vulnérable au découragement: il ne put supporter la défaite du socialisme, refusa de s'abaisser aux compromissions politiques et mourut dans la pauvreté et la tristesse. Tel fut l'homme de réelle valeur qui fit de Marseille une des capitales du socialisme.
COMMUNE DE PARIS :
La Commune de Paris de 1871 est un événement singulier. Par certains aspects, elle se rattache aux révolutions du XIXe siècle : 1830, 1848. Par d’autres, au contraire, elle annonce les grandes révolutions victorieuses du XXe siècle, qui d’ailleurs s’en réclament explicitement. Marx, opposé tout d’abord à une révolte armée des ouvriers de Paris, se rallia, après la journée du 18 mars, à la Commune. Dans La Guerre civile en France , il tira les premières conclusions de ce mouvement insurrectionnel de type nouveau : « C’était la première révolution dans laquelle la classe ouvrière était ouvertement reconnue comme la seule qui fût encore capable d’initiative sociale, même par la grande masse de la classe moyenne de Paris, boutiquiers, commerçants, négociants – les riches capitalistes étant seuls exceptés. [...] La grande mesure sociale de la Commune, ce furent sa propre existence et son action. Ses mesures particulières ne pouvaient qu’indiquer la tendance d’un gouvernement du peuple par le peuple. » La police et l’armée sont remplacées par l’armement direct du peuple tout entier. Les fonctionnaires sont également remplacés par le pouvoir du peuple, ou placés sous son contrôle et révocables par lui. À la suite de Marx et de Lénine, Mao Zedong et Fidel Castro se sont ralliés à ces analyses de la Commune et en ont tiré les principes de leur action révolutionnaire. Mais on appela souvent « gouvernement du peuple » la dictature d’un parti. Et l’on vit une nouvelle bureaucratie, émanant d’un parti et non du peuple, remplacer, au nom du centralisme démocratique, l’ancien pouvoir bourgeois. Cependant, la Commune de Paris a apporté au mouvement ouvrier, en même temps qu’une expérience historique concrète, la valeur explosive du mythe.
La guerre déclarée à la Prusse par Napoléon III, en juillet 1870, avait accumulé, en France, les désastres militaires. Le 4 septembre, sous la poussée populaire, la République est proclamée. Un gouvernement – auquel participent le général Trochu, président, Jules Favre et Jules Ferry – est chargé, en principe, de continuer la guerre. Le peuple de Paris, assiégé par les Allemands à partir du 19 septembre, supporte avec un courage exemplaire le froid, la faim et les bombardements. Mais il s’avère bientôt que le gouvernement dit de la Défense nationale n’est nullement décidé à la lutte, tandis que le peuple de Paris réclame la guerre à outrance. 380 000 hommes constituent la garde nationale, groupée dans ses conseils de famille et dirigée par le Comité central. Dans chaque arrondissement se sont constitués, pendant le siège, des comités de vigilance. De son côté, le Comité central républicain des vingt arrondissements, composé de délégués ouvriers, dont beaucoup appartiennent à l’Internationale, siège depuis le 5 septembre rue de la Corderie. Deux pouvoirs commencent à s’opposer : celui de l’État bourgeois, représenté par le gouvernement du 4 septembre ; celui du peuple, encore vague et incontrôlé.
Les souvenirs de la révolution de 1848, que la bourgeoisie avait accaparée à son profit et qui s’était terminée en juin par le massacre des ouvriers de Paris, sont encore vivants et subsistent, malgré les mesures de coercition prises par le second Empire. Mais, en 1860, l’Empire est obligé de modifier sa politique et d’adopter une position plus libérale. Il laisse des ouvriers français se rendre en délégation à l’Exposition universelle de Londres. Ils y découvrent une classe ouvrière mieux organisée et mieux rémunérée, et réclament, à leur retour, la création de chambres syndicales et le droit de grève. Celui-ci leur est accordé, avec des restrictions, en 1864. La même année paraît, à l’occasion d’élections complémentaires, le Manifeste des soixante , texte capital d’inspiration nettement socialiste, où les rédacteurs dénoncent l’hypocrisie de l’égalité telle que l’a formulée la Révolution de 1789 et demandent une véritable démocratie politique, économique et sociale. Enfin se constitue, à Londres, l’Association internationale des travailleurs, dont l’adresse inaugurale est rédigée par Karl Marx. Mais la section française est formée sur l’initiative d’ouvriers proudhoniens. À ces courants s’ajoute l’influence de Blanqui, qui a passé une grande partie de sa vie en prison et qui, reprenant la tradition de 1793, pense que la révolution peut être accomplie par de petits groupes organisés en sociétés secrètes prônant l’action violente. Ces diverses tendances vont s’affirmer dans l’action des hommes de la Commune.
Le 31 octobre, jour où le peuple de Paris apprend l’échec de la sortie du Bourget, la capitulation de Metz et les négociations de paix, les gardes nationaux, à l’instigation des comités de vigilance, demandent la déchéance du gouvernement du 4 septembre aux cris de « Vive la Commune ! ». Le 7 janvier, L’Affiche rouge , rédigée en partie par Jules Vallès au nom du Comité des vingt arrondissements, réclame une attaque en masse, la réquisition générale, le rationnement gratuit, enfin le gouvernement du peuple.
Après l’inutile et sanglante sortie de Buzenval, le général Trochu est remplacé par le général Vinoy. Jules Favre va négocier avec Bismarck. Mais, le 22 janvier, les gardes nationaux réclament, devant l’Hôtel de Ville, la guerre à outrance : les mobiles bretons tirent sur la foule. Les clubs, où depuis le siège s’est formé l’esprit révolutionnaire, ainsi que les journaux républicains sont supprimés. De nombreuses arrestations sont effectuées. Le 29 janvier, on apprend la conclusion d’un armistice qui doit permettre l’élection d’une assemblée nationale. Les conditions en sont draconiennes : désarmement de l’enceinte fortifiée de Paris, occupation des forts, paiement de deux cents millions en quinze jours. La province, qui, elle, veut dans son ensemble la paix à tout prix, élit une assemblée réactionnaire, tandis qu’à Paris la délégation des vingt arrondissements, l’Association internationale des travailleurs et la Chambre fédérale des sociétés ouvrières présentent des candidats, dont le programme est nettement socialiste et révolutionnaire : ils veulent une république qui donnerait aux ouvriers leurs instruments de travail, comme celle de 1789 remit la terre aux paysans, une république qui réaliserait à la fois la liberté politique et l’égalité sociale. Paris élit des bourgeois démocrates comme Victor Hugo ou Edgar Quinet, des jacobins comme Delescluze, des représentants comme Pyat, Malon, Gambon et Tolain. Soutenu par cette Assemblée en majeure partie composée de ruraux, le chef du pouvoir exécutif, Thiers, symbole même de la bourgeoisie, a les mains libres pour traiter avec l’Allemagne. La France devra payer un tribut de cinq milliards, abandonner l’Alsace, moins Belfort, et le tiers de la Lorraine. Le 1er mars, l’Assemblée ratifie le traité, malgré la protestation désespérée des députés alsaciens et lorrains. Délivrée de la guerre extérieure, l’Assemblée des ruraux, des hobereaux et des notables que la province a élus n’a plus devant elle que ces ouvriers, ces artisans, ces petits-bourgeois de Paris, à la fois socialistes, républicains et patriotes, qu’il faut mater. Des mesures sont prises immédiatement contre la population parisienne exténuée par les souffrances du siège : la suppression des trente sous accordés aux gardes nationaux, la suppression des moratoires concernant les loyers et les effets de commerce touchent à la fois les ouvriers, les artisans et le petit commerce. De plus, l’entrée des Prussiens dans Paris, prévue pour le 27 février, apparaît aux Parisiens comme un déshonneur. La foule manifeste et ramène les canons, payés par les souscriptions de la population parisienne, vers les hauts lieux populaires de la capitale : Montmartre, les Buttes-Chaumont, Belleville. Ces canons, ni les Prussiens ni M. Thiers ne les prendront.
Les Allemands n’entrent que le 1er mars dans les beaux quartiers et en sortent le 2. Mais les mesures contre Paris continuent. Des journaux sont suspendus. Flourens et Blanqui sont condamnés à mort par contumace, pour avoir participé à la journée du 31 octobre, tandis que Jules Vallès est mis en prison pour six mois. Thiers et le général d’Aurelles de Paladine adressent deux proclamations aux habitants de Paris. Ils les mettent en garde contre les agissements d’un « Comité occulte » (le Comité central de la garde nationale), font appel aux sentiments des « bons citoyens » contre les « mauvais », fauteurs de désordre, et terminent par une menace non déguisée de recourir à la force si les circonstances l’exigent. Cet avertissement ne sera pas entendu. Dans la nuit du 17 au 18 mars, les troupes du général Vinoy reçoivent l’ordre de reprendre les canons des Parisiens. Mais on avait oublié les chevaux ; et les ménagères ont eu le temps de donner l’alerte. Le comité de vigilance du XVIIIe arrondissement, que dirigent Ferré et Louise Michel, monte à l’assaut de la butte Montmartre. Et l’on voit alors d’étonnantes manifestations : femmes, enfants, gardes fédérés entourent les soldats, qui fraternisent avec la foule joyeuse et pacifique. Cependant, le soir, deux généraux, le général Lecomte qui le matin avait donné, sans être obéi, l’ordre de tirer sur les Parisiens, et le général Clément Thomas, qui avait, en juin 1848, décimé les insurgés, sont fusillés, rue des Rosiers. 2. La Commune, gouvernement de ParisDevant cette extraordinaire impuissance du pouvoir, Thiers se réfugie à Versailles, et donne aux troupes l’ordre d’abandonner Paris. Étrange victoire remportée sans violence (exception faite de l’exécution des deux généraux), sans combat, et par une foule anonyme. Nulle organisation ne l’a préparée, ni le Comité central de la garde nationale, ni le Comité des vingt arrondissements, ni les comités de vigilance des quartiers, ni l’Internationale ; mais des hommes issus de ces différents mouvements, poussés par la foule anonyme, ont pris des initiatives individuelles et incoordonnées. Le 19 au soir, des hommes inconnus la veille, mais mandatés par le Comité central de la garde nationale, siègent à l’Hôtel de Ville. Qui sont-ils ? Que veulent-ils ? S’agit-il d’un gouvernement révolutionnaire ? À ces questions que se posent les Parisiens, le Comité central répond immédiatement par deux proclamations. Dans l’une, il remercie l’armée de n’avoir pas voulu « porter la main sur l’arche sainte de nos libertés » et appelle Paris et la France à « jeter ensemble les bases d’une république acclamée avec toutes ses conséquences, le seul gouvernement qui fermera pour toujours l’ère des invasions et des guerres civiles ». En conséquence, le Comité central appelle le peuple de Paris à de nouvelles élections. Un appel comparable est adressé aux gardes nationaux. Bien qu’il décide « de conserver, au nom du peuple », l’Hôtel de Ville, le Comité central ne se considère donc pas comme un gouvernement révolutionnaire, mais comme l’agent qui va permettre au peuple d’affirmer sa volonté par de nouvelles élections. Il fixe ces élections au 22 mars, et, en même temps, assume le gouvernement de Paris ; il lève l’état de siège, rétablit la liberté de la presse, abolit les conseils de guerre, accorde l’amnistie à tous les condamnés politiques et assure leur libération. Enfin, il envoie des représentants dans les différents ministères abandonnés par leurs titulaires, qui ont suivi Thiers à Versailles. Par ces mesures, le Comité central agit comme un gouvernement, le gouvernement de Paris, face à celui de Versailles. Mais, ennemi de la guerre civile, il ne prend pas d’initiatives militaires ; il ne s’attaque pas non plus aux puissances d’argent : il emprunte, pour faire face aux dépenses de Paris, cinq cent mille francs à M. de Rothschild et un million à la Banque de France. Les maires de Paris et l’Assemblée nationale, dès sa première séance, condamnent ce gouvernement de factieux. Diverses tractations ont lieu sans aboutir : il ne peut y avoir de conciliation entre le peuple et la bourgeoisie. Le Comité central a, en effet, précisé son programme (23 mars). Il constate d’abord la faillite d’un pouvoir qui a mené la France à la défaite et à la capitulation : « Le principe d’autorité est désormais impuissant pour rétablir l’ordre dans la rue, pour faire renaître le travail dans l’atelier, et cette impuissance est sa négation. » Il faut donc retrouver un ordre et réorganiser le travail sur de nouvelles bases « qui feront cesser l’antagonisme des classes et assureront l’égalité sociale ». L’émancipation des travailleurs et la délégation communale doivent assurer le contrôle efficace des mandataires du peuple chargés par lui des réformes sociales. Ces réformes sociales sont : l’organisation du crédit, de l’échange et de l’association, afin d’assurer au travailleur la valeur intégrale de son travail, c’est-à-dire la disparition du profit capitaliste ; l’instruction gratuite, laïque et « intégrale » ; les libertés des citoyens (réunion, association, presse) ; l’organisation sur le plan communal de la police et de l’armée. Le principe qui doit gouverner la société tout entière, c’est celui qui organise le groupe et l’association. Il y a donc refus de toute autorité imposée du dehors, que ce soit celle d’un administrateur, d’un maire ou d’un préfet, et contrôle permanent de tous les élus. Le 25 mars, le Comité central appelle la population parisienne à choisir ses représentants : « Les hommes qui vous suivront le mieux sont ceux que vous choisirez parmi vous, vivant de votre vie, souffrant des mêmes maux. » Puis, considérant sa mission comme terminée, il se déclare décidé à céder la place aux nouveaux élus. À quoi le gouvernement de Versailles répond en appelant la population parisienne à se grouper autour de son Assemblée, contre les « criminels », les « insensés » qui déshonorent Paris. Malgré ces adjurations, 229 000 Parisiens sur 485 000 inscrits se rendent aux urnes, le 26 mars. La différence entre ces deux chiffres s’explique par la diminution de la population parisienne par suite de la guerre, du siège, des départs en province et à Versailles. D’ailleurs, la participation électorale est plus forte dans les quartiers ouvriers que dans les « beaux quartiers » de l’ouest de Paris. Le 28 mars, à l’Hôtel de Ville, les membres du Comité central remettent leur pouvoir à la Commune, puis l’on proclame la liste des élus. 3. Les communardsCes hommes qui composent la Commune sont d’origines diverses. On y trouve des bourgeois riches : ils s’élimineront d’eux-mêmes, en donnant leur démission, et seront remplacés lors des élections complémentaires du 16 avril ; puis les élus issus de la petite et moyenne bourgeoisie : employés, instituteurs, médecins, journalistes, qui avaient déjà milité sous le second Empire dans les rangs du Parti républicain, et qui constituent la majorité de la Commune ; enfin, on dénombre vingt-cinq ouvriers – chiffre inhabituel pour l’époque dans une assemblée élue –, affiliés souvent à l’Internationale, venant du Comité central, et qui se retrouvent généralement unis dans la minorité. Plusieurs tendances en effet s’expriment : la majorité groupe des blanquistes se réclamant du vieux prisonnier, qu’on cherchera par la suite à échanger contre l’archevêque de Paris, Mgr Darboy ; des jacobins, qui ont fait la révolution de 1848, et ont gardé le souvenir de la Révolution de 1789 (Delescluze incarne ce type de républicain) ; des radicaux comme Vallès et Vermorel, qui, partisans d’une république démocratique et sociale, ne décèlent pas nettement les transformations économiques nécessaires qu’elle implique. Du côté de la minorité, les ouvriers ne forment pas un bloc idéologique plus uni. Artisans, d’ailleurs, plus qu’ouvriers de la grande industrie, ils appartiennent le plus souvent au courant proudhonien de l’Internationale (Frankel, lui, est en relation personnelle avec Karl Marx). Mais par leur origine, leur passé de militants dans l’Internationale et les chambres syndicales, les élus formant la minorité de la Commune s’intéressent davantage aux questions sociales qu’aux problèmes politiques. C’est pourquoi on a pu les appeler des « socialistes révolutionnaires ». Mais nulle trace de partis, d’organisations structurées dans tout cela : s’il arrive à des membres de la minorité de voter avec la majorité, l’inverse se produit plus souvent encore. Parmi ces hommes, il y a des personnalités de premier plan : le peintre Courbet, l’écrivain Jules Vallès, le savant Gustave Flourens ; d’admirables figures d’ouvriers, comme Varlin ou Benoît Malon ; de vieux républicains, comme Delescluze qui mourut en héros sur les barricades ; mais aussi des rhéteurs vaniteux et sans scrupules, comme Félix Pyat, qu’on a pu appeler « le mauvais génie de la Commune », des imbéciles comme Allix ou Babick. Tous se trouvèrent brusquement confrontés avec des événements difficiles à vivre et à surmonter, et pour lesquels ils n’étaient nullement préparés. Ce ne sont pas seulement ces hommes qui sont au pouvoir, mais le peuple de Paris tout entier à travers les sections de l’Internationale, les chambres syndicales, les coopératives, les comités d’arrondissement coiffés du Comité central républicain, et les clubs. Ces derniers, qui existaient déjà pendant le siège, se sont multipliés et l’on y discute des problèmes immédiats d’organisation et de défense, mais aussi de questions plus générales : la femme dans la société, les relations du capital et du travail, etc. D’autre part, les femmes ne restent pas inactives : groupées dans l’Union des femmes pour la défense de Paris et les secours aux blessés, fondée par une amie de Marx, Elizabeth Dmitrieff, on les voit aussi dans les comités de vigilance, dans les clubs, et, comme cantinières, ambulancières ou soldats, jusque sur les remparts. Enfin, le Comité central de la garde nationale, qui malgré ses déclarations n’a nullement abdiqué, continue à tenir ses séances et à prétendre diriger la lutte. Il crée ainsi, à côté de la Commune, un second pouvoir, facteur d’anarchie. 4. Une société nouvelleL’esprit d’une révolution Dès le 29 mars, la Commune décide de former dix commissions correspondant aux différents ministères que le Comité central avait pris en main, à l’exception de celui des Cultes qui est supprimé. Le 19 avril, dans une déclaration, elle explique ses buts au peuple français : reconnaissance et consolidation de la République, une république non plus centralisée, mais qui serait le résultat de la fédération de toutes les communes de France. Suit l’énumération des droits de la commune : vote du budget communal, organisation de la magistrature, de la police, de l’enseignement, recrutement de tous les fonctionnaires par élection ou concours, administration des biens appartenant à la commune, garantie absolue de la liberté individuelle, de la liberté du commerce, de la liberté du travail, intervention permanente des citoyens dans les affaires de la commune, organisation de la garde nationale par l’élection des chefs. La Commune de Paris se défend de vouloir, comme l’en accuse le gouvernement de Versailles, imposer sa dictature aux autres communes de France, ou poursuivre la destruction du pays. Elle refuse, au contraire, la centralisation « despotique, inintelligente, arbitraire ou onéreuse » qui a été imposée à la France par la monarchie, l’Empire et la république parlementaire. « Nous avons la mission d’accomplir la révolution moderne la plus large et la plus féconde de toutes celles qui ont illuminé l’histoire. » Ce texte essentiel éclaire l’œuvre que la Commune va essayer de réaliser, sans plan ni méthode, dans une suite d’improvisations et dans un délai très court. Il s’agissait, en fait, de détruire la société et le gouvernement traditionnels, et de les remplacer par une société totalement nouvelle visant non plus au gouvernement des hommes, mais à l’administration des choses par les hommes eux-mêmes. Ce projet de décentralisation aurait pu recevoir l’appui d’une partie de la province, s’il y avait été connu. La Commune essaya bien d’envoyer des émissaires dans les départements et de lancer un appel aux paysans. Des villes comme Lyon et Saint-Étienne avaient connu des soulèvements dès le mois de septembre ; le 18 mars avait eu quelque retentissement à Marseille, à Narbonne, à Toulouse, à Grenoble, à Limoges. Mais la situation avait été rapidement reprise en main par le gouvernement. Intoxiquée par la propagande versaillaise, la province, dans son ensemble, resta hostile à Paris. Essais d’organisation La Commune remet en marche les services publics, désorganisés par le départ d’une grande partie des fonctionnaires et administrés provisoirement par le Comité central. Il faut que Paris, qui a tant souffert de la faim pendant le siège, puisse se nourrir. Viard et la Commission des subsistances prennent des mesures de taxation du pain et de la viande, et, en liaison avec les mairies, assurent le contrôle des halles et marchés. Le service des Postes est rétabli en quarante-huit heures. Un conseil des Postes, créé au début d’avril, comprenant des représentants du personnel, sorte de « commission paritaire » avant la lettre, devait décider du recrutement et de l’avancement des fonctionnaires. Un ouvrier bijoutier, Camelinat, membre de l’Internationale, dirige la Monnaie. Le service de l’Imprimerie nationale imprime les affiches de la Commune. Contrainte de réorganiser le service de santé, la Commune décrète, le 13 avril, la constitution de compagnies d’ambulances. Dans les arrondissements, les bureaux de bienfaisance sont remplacés par l’assistance communale. En ce qui concerne la Justice, la Commune décide la gratuité du recours aux juges et le principe de leur élection, mais doit remettre à plus tard l’exécution de ce décret. Elle supprime, en outre, la vénalité des charges de notaires, d’huissiers et autres officiers publics, qui deviendraient des fonctionnaires : ces mesures auraient eu pour résultat d’enlever à l’exercice de la justice son caractère de classe. Aux Finances, la Commune avait placé un homme particulièrement intègre, un employé de banque, Francis Jourde. Il s’efforça de percevoir les recettes traditionnelles et d’éviter le gaspillage. Mais la Commune recula devant la mesure révolutionnaire qu’aurait été la nationalisation de la Banque de France, erreur qui contribua à sa défaite. Au contraire, sur le plan de l’enseignement, la Commune agit avec vigueur et continuité. Pour forger la société de l’avenir qu’elle souhaitait, il fallait former des hommes et des femmes échappant à l’emprise cléricale. D’où la nécessité de créer un enseignement gratuit, laïque et obligatoire, qui assurât à la jeunesse une formation républicaine. La Commission de l’enseignement et les municipalités de Paris firent appel à toutes les compétences, à toutes les bonnes volontés. La société de l’Éducation nouvelle convie les éducateurs et les parents à discuter des réformes à réaliser dans les programmes et les méthodes d’enseignement. Les discussions préconisent des expériences pédagogiques qui seront appliquées par la suite dans presque tous les pays. Louise Michel propose à la Commune une méthode d’enseignement dans laquelle elle accorde la plus grande importance à la formation morale des enfants. Des écoles congréganistes ont fermé leurs portes : la Commune demande aux citoyens et citoyennes qui voudraient obtenir des postes de présenter leur candidature à la Commission de l’enseignement et confie l’inspection des écoles aux membres de la Commune. Le délégué à l’Enseignement, Édouard Vaillant, invite les municipalités à créer des écoles professionnelles, en particulier pour les jeunes filles. Deux écoles sont ouvertes, l’une rue Lhomond, l’autre rue Dupuytren. La Commune décide en outre de relever les traitements des instituteurs et institutrices. Pour la première fois, on proclame l’égalité des salaires entre les hommes et les femmes. Bien que, sous l’influence proudhonienne, la Commune se montrât souvent hostile aux femmes, en dépit de l’aide incontestable qu’elles lui apportèrent, des mesures sont prises qui ont pour conséquence de reconnaître la famille prolétarienne, telle qu’elle existait réellement, et de faire éclater les structures traditionnelles instituées par les lois civiles et religieuses : pour le paiement des pensions des fédérés tués au combat, la Commune ne fait pas de distinction entre les femmes mariées ou non, entre les enfants légitimes ou naturels. La question du travail Mais c’est dans le domaine du travail que la Commune de Paris amorce son œuvre la plus profonde de précurseur. La Commission du travail, de l’industrie et des échanges est dirigée par un ami de Marx, Frankel, qui avait reconstitué, avec Varlin, le conseil fédéral de l’Internationale. « Nous ne devons pas oublier, déclare-t-il le 13 mai, que la révolution du 18 mars a été faite par la classe ouvrière. Si nous ne faisons rien pour cette classe, je ne vois pas la raison d’être de la Commune. » Une première série de mesures de caractère social concerne les loyers, les échéances et les dépôts au Mont-de-Piété. Dès le 30 mars, la Commune décrète la remise des termes d’octobre 1870, janvier et avril 1871, sans contrepartie pour les propriétaires ; le 25 avril, les locaux abandonnés doivent être réquisitionnés en faveur des habitants dont les appartements ont été endommagés par les bombardements. La Commune décide, après de longues hésitations, que le remboursement des échéances commencera seulement à partir du 15 juillet 1871 et sera étalé sans intérêts sur trois ans. Les objets d’une valeur inférieure à vingt francs, déposés au Mont-de-Piété, « cette banque du pauvre », peuvent être dégagés gratuitement. Le travail de nuit des boulangeries est supprimé le 20 avril, ainsi que la pratique courante des amendes et retenues opérées sur les salaires par les patrons. D’autres mesures vont beaucoup plus loin. Le 16 avril, un décret constitue une commission d’enquête formée par les chambres syndicales. Celles-ci sont chargées de dresser la liste des ateliers abandonnés et de présenter un rapport qui permette de les remettre en marche par les soins d’associations coopératives des ouvriers qui y sont employés. Un jury arbitral devait établir, par la suite, l’indemnité payée aux patrons s’ils revenaient. Malgré cette réserve, ce décret constituait, en fait, une expropriation du capital au profit des coopératives ouvrières. Les ouvriers mécaniciens et métallurgistes, puis les tailleurs, les ébénistes, les cloutiers, les boulonniers nomment des délégués à la Commission d’enquête, qui tient deux séances, les 10 et 18 mai. L’Union des femmes, de son côté, suscite dans le même sens un projet d’organisation du travail des femmes, qui doit éviter le piège des ateliers charitables, tels qu’ils fonctionnèrent en 1848. Elle convie les ouvrières à la réunion du 18 mai, pour contribuer à l’élection des déléguées qui constitueront la Chambre fédérale des travailleuses. Enfin, pour éviter les baisses de salaires, Frankel propose que les marchés d’habillement militaire soient passés directement avec les coopératives ouvrières. 5. La Commune combattanteEntre la dictature et l’anarchie Mais la Commune gouverna dans le désordre, oscillant sans cesse entre la dictature et l’anarchie. Les responsables des diverses commissions chargées des services ministériels changèrent à plusieurs reprises, en ce qui concerne particulièrement les affaires militaires. Comme la situation s’aggravait, les « jacobins » de la Commune firent voter, par 45 voix contre 23, la formation d’un Comité de salut public, dont l’intervention dans les affaires de la guerre fut particulièrement malheureuse. Renouvelé, avec l’appui de la minorité cette fois, après la démission du délégué à la guerre Rossel, le nouveau Comité de salut public prit quelques mesures salutaires, mais trop tardives. La lutte entre majorité et minorité, les rivalités de personnes minaient la Commune de l’intérieur ; à l’extérieur, l’ingérence continuelle du Comité central de la garde nationale dans les affaires militaires paralysait son pouvoir. La prolifération anarchique de comités divers, qui soutenaient la révolution, l’affaiblissait en même temps, en particulier en ce qui concerne la défense de la Commune. La Commune se méfiait des militaires qu’elle avait délégués à la guerre : de l’aventurier Cluseret aussi bien que du généreux Rossel. Les gardes nationaux les plus ardents étaient des combattants révolutionnaires, qui répugnaient à une discipline nécessaire. Enfin, des tentatives de conciliation de la part de l’Union des chambres syndicales, de l’Union républicaine des droits de Paris, des députés de Paris, des membres de la franc-maçonnerie, alors qu’il ne pouvait y avoir de conciliation entre la Commune et Versailles, n’eurent pour effet que d’amoindrir la résistance de Paris. Une lutte inégale Paris n’eut jamais plus de 40 000 combattants, auxquels il faut ajouter des femmes et des adolescents. Thiers, au contraire, avait, avec l’appui de Bismarck, reformé son armée : elle comptait 63 500 hommes, auxquels s’ajoutèrent 130 000 prisonniers libérés d’Allemagne. Jusqu’aux élections de la Commune, il n’y a guère que quelques escarmouches. Mais, le 30 mars, les fédérés sont délogés du rond-point de Courbevoie. Le 2 et le 3 avril, les fédérés essayent de prendre l’offensive. Flourens et Duval sont exécutés par les « versaillais ». À ces exécutions de prisonniers, la Commune répond par le « décret des otages », qui d’ailleurs ne sera pas appliqué. Du 11 avril au 21 mai, la lutte se poursuit autour de Paris. Le général de la Commune, Dombrowski, inflige aux versaillais des pertes importantes. Mais, après une courte trêve qui permet aux habitants de quitter Neuilly en ruines, les versaillais reprennent leurs attaques. Les forts du Sud sont intensément bombardés. Le fort d’Issy, abandonné un moment, est repris par les fédérés. C’est alors que la Commune remplace Cluseret par Rossel (30 avril), qui essaie en vain de réorganiser l’armée fédérée. À partir du 1er mai commence le bombardement systématique de Paris par l’armée versaillaise. Dans la nuit du 3 au 4 mai, la redoute du Moulin-Saquet tombe, puis, le 8, le fort d’Issy, qui n’est plus qu’une ruine. Las, dégoûté, Rossel donne sa démission de délégué à la Guerre ; il est remplacé par un délégué civil, le vieux jacobin Delescluze. Le 13, le fort de Vanves tombe à son tour. Passy, Grenelle, Auteuil, la Muette croulent sous les obus versaillais. L’énergie du désespoir Le dimanche 21 mai, les troupes gouvernementales entrent dans Paris par la porte de Saint-Cloud. Pendant une semaine, les combattants de la Commune luttent quartier par quartier, maison par maison, barricade par barricade. Les versaillais fusillent tous ceux qu’ils prennent les armes à la main ; les premières exécutions massives ont lieu à la caserne de la rue de Babylone, tandis que les pompiers de la Commune éteignent l’incendie du ministère des Finances, allumé par des obus versaillais. Il convient de faire le point sur ces incendies de Paris, que l’on a tant reprochés aux communards. En premier lieu, les obus de Thiers avaient déjà endommagé les quartiers de l’Ouest. D’autre part, certains incendies peuvent être attribués à des agents bonapartistes, qui avaient intérêt à faire disparaître des traces de la gestion impériale. Enfin, les incendies allumés par les communards au cours des combats doivent être assimilés à des actes de guerre : ce furent des moyens militaires de s’opposer à l’avance de l’ennemi. La Légion d’honneur, la Cour des comptes, le Conseil d’État ont été ainsi la proie des flammes. Si les communards mettent le feu à la Préfecture de police et à une partie du Palais de justice, des mesures sont prises pour sauvegarder la Sainte-Chapelle et Notre-Dame. Aux massacres des habitants de Paris par les troupes régulières, la Commune répond en faisant exécuter cinquante-deux otages, dont l’archevêque de Paris, Mgr Darboy. Le 26 mai, la résistance est à son comble, tandis que les exécutions sommaires par les versaillais se multiplient à mesure qu’ils avancent dans Paris. Le 27 mai, c’est le massacre des fédérés au milieu des tombes du Père-Lachaise. Cependant, le 28, Ferré, Varlin, Gambon se battent encore au cœur du Paris populaire, entre la rue du Faubourg-du-Temple et le boulevard de Belleville. À une heure, la dernière barricade tombe. Le lendemain, le fort de Vincennes capitule et ses neuf officiers sont fusillés sur-le-champ. Un fleuve de sang Les jours suivants, les cours martiales continuèrent à condamner à mort. Il suffisait qu’une femme fût pauvre et mal vêtue pour être exécutée comme « pétroleuse ». La Seine était devenue un fleuve de sang. Le 9 juin, Paris-Journal écrivait encore : « C’est au bois de Boulogne que seront exécutés à l’avenir les gens condamnés à la peine de mort par la cour martiale. Toutes les fois que le nombre des condamnés dépassera dix hommes, on remplacera par une mitrailleuse le peloton d’exécution. » L’« armée de l’ordre » avait perdu 877 hommes depuis le début d’avril. Mais on ne sait exactement combien d’hommes, de femmes et d’enfants furent massacrés au cours des combats ou sur l’ordre des cours martiales. On peut sans doute avancer le chiffre de trente mille victimes. À Versailles, on avait entassé plus de trente-huit mille prisonniers. On en envoya aussi dans des forts et sur des pontons. Beaucoup moururent de mauvais traitements. Pour juger les vaincus de la Commune, quatre conseils de guerre fonctionnèrent jusqu’en 1874. Il y eut 10 042 condamnations et 3 761 condamnations par contumace. Ferré, Rossel se montrèrent devant les conseils de guerre à la hauteur de leur destin. Ils furent condamnés à mort et fusillés. Le plus grand nombre fut déporté en Nouvelle-Calédonie ou en Guyane. D’autres réussirent à gagner la Belgique, la Suisse et l’Angleterre. L’amnistie, votée en 1880, ramena en France les derniers survivants. Les leçons de la Commune Certes, la Commune a commis de lourdes fautes. Elle n’a pu ni organiser sa défense, ni lier son action à celle de la province et de la paysannerie. Sans doute les conditions économiques n’étaient-elles pas mûres encore pour instaurer sur des bases socialistes la nouvelle société qu’elle entrevoyait. Mais, par les décisions prises pour l’organisation du travail (suppression du travail de nuit pour les ouvriers boulangers, suppression des amendes et retenues sur les salaires, réouverture et gestion des ateliers par des coopératives ouvrières) et par diverses mesures sociales, la Commune a tracé la voie à une société qui ne serait plus gérée au profit du capitalisme, dans l’intérêt de la bourgeoisie, mais qui déboucherait sur le socialisme. C’est donc à partir de faits très réels que Karl Marx, le premier, a pu écrire : « Le Paris ouvrier, avec sa Commune, sera célébré à jamais comme le glorieux fourrier d’une société nouvelle. Ses martyrs seront enclos dans le grand cœur de la classe ouvrière. » Cependant, la Commune fut en majorité un gouvernement de petits-bourgeois et l’on ne saurait y trouver en germe l’idée de la dictature du prolétariat, ni même l’organisation d’un parti directeur de la classe ouvrière. Anarchistes, communistes, socialistes de diverses obédiences peuvent donc à la fois se réclamer de son expérience et en dégager, par-delà l’histoire et sans la fausser, la force élémentaire d’un mythe révolutionnaire et un espoir : celui d’une société sans classes, où régnerait la justice sociale.

COMPÈRE-MOREL :

CONGÉS PAYÉS :
Les premiers congés payés furent rendus obligatoires par une loi votée sous le Front populaire. Un certain nombre de salariés en bénéficiaient auparavant, surtout depuis le début de XXe siècle, sans que ce fut un droit et selon une grande variété de pratiques : les fonctionnaires, la plupart des employés, mais très peu d’ouvriers- un peu plus de 60 000, répartis dans 876 établissements, d’après une enquête effectuée en 1929 par le ministère du Travail. Les milieux patronaux s’étaient constamment élevés contre l’obligation de « vacances payées » (expression usuelle jusqu’au projet Blum) et le Sénat avait enterré tous les projets de loi déposés en ce sens, notamment le projet Durafour de 1925. Beaucoup d’usines avaient pris l’habitude de fermer une ou deux semaines en août, mais sans payer leurs ouvriers.
La revendication des congés payés ne figurait pas au programme du Rassemblement populaire, car le monde ouvrier était alors beaucoup plus préoccupé par le chômage. Elle jaillit comme spontanément des grèves de mai-juin 1936, et lors des accords de Matignon, le 7 juin, Léon Blum annonça le dépôt imminent d’un projet de loi en ce domaine. Votée à la quasi-unanimité par la Chambre des députés (le 11 juin, par 563 voix contre 1), puis par le Sénat (le 17 juin, par 295 voix contre 2), promulguée le 21 juin, la loi instituait un congé payé de quinze jours, dont douze ouvrables, pour les salariés ayant accompli un an de services continus dans l’entreprise (ceux qui n’avaient que six mois d’ancienneté ne bénéficiaient que d’une semaine, dont six jours ouvrables). Le 1er août, un décret édicta une série de mesures transitoires pour l’application immédiate de la loi ; d’autres allaient suivre jusqu’en avril 1938 pour une série de professions particulières.
Actif sous-secrétaire d’Etat à « l’Organisation des loisirs et des sports », Léo Lagrange* négocia avec les compagnies de chemin de fer l’institution d’un « billet populaire de congé annuel » ; 550 000 personnes en profitèrent en 1936, 907 000 en 1937. L’été 1936 fut la saison des premiers grands départs en bicyclette ou en tandem. Ainsi, grâce aux congés payés (et à la forte augmentation des salaires), de nombreux ouvriers purent prendre de véritables vacances pour les la premier fois de leur vie, et souvent découvrir la mer ou la montagne. Mais il ne faut pas exagérer l’ampleur des départs de 1936 : une série d’études locales a montré que, sauf dans la région parisienne, ils ont été peu nombreux et que la majorité des salariés sont restés chez eux. L’été 1936 fut cependant le point de départ d’une sorte de « révolution culturelle » qui devait prendre sa véritable dimension après la Libération et dans les années 1950.

CONGRÈS DE TOURS :
Le XVIIIe Congrès de la Section française de l’International ouvrière qui se déroule à Tours du 25 au 30 décembre 1920 marque la fin de l’unité socialiste en France : désormais la gauche est durablement divisée en deux principaux courants, l’un communiste, l’autre socialiste, qui, tout en partageant un idéal commun, entretiennent une relation conflictuelle entrecoupée de moments d’alliances ne dissipant pas une méfiance réciproque.
A l’origine de ce bouleversement, la guerre et la révolution russe. La SFIO a été particulièrement marquée par les conséquences sanglantes et destructrices du premier conflit mondial. En outre, elle a perdu son grand leader, Jean Jaurès, assassiné le 31 juillet 1914. Enfin, elle sort de cette épreuve profondément divisée : après avoir été pacifiste, la SFIO a participé aux gouvernements d’union nationale de 1915 à 1917, cependant qu’en son sein l’opposition à la guerre et à l’Union sacrée croissait avec l’afflux de jeunes anciens combattants radicalisés. La « grande lueur » qui s’est levée a l’est en octobre 1917 représente alors un espoir de changement total attirant les quelques François à la porte de Moscou, le capitaine Jacques Sadoul ou le normalien catholique Pierre Pascal qui, en tant que Groupe communiste français, participent au Ier Congrès de l4internationale communiste en mars 1919, ou bien, en France, l’éphémère parti communiste ultra-gauche et anarchiste de Péricat, les syndicalistes révolutionnaires de la Vie ouvrière, le comité de la IIIe Internationale et les intellectuels de Clarté. Ces militants, qui réintègrent à leur façon les proclamations bolcheviques, restent très minoritaires.
Tout bascule en 1919-1920 à la suite de deux échecs, celui de la grande vague d’agitation sociale qui déferle sur le pays et celui de la SFIO aux élections législatives de l’automne 1919. Le bolchevisme devient attrayant parce qu’il semble victorieux, en particulier pour la masse des nouveaux venus au parti socialiste. Lui-même cherche a organiser ses soutiens en France, oscillant entre deux démarches, chacune tributaire de sa stratégie de révolution mondiale et de consolidation de l’Etat soviétique, l’une plus souple, l’autre plus restrictive. En février 1920, le Congrès de Strasbourg de la SFIO a rejeté l’adhésion à l’Internationale communiste mais adopté la proposition des « reconstructeurs » qui prévoyait la sortie de la IIe Internationale et la prise de contacts avec Moscou. Marcel Cachin* et Louis-Oscar Frossard* s’y rendent et s’y engagent dans des tractations à propos des vingt et une conditions d’admission au Komintern. Celles-ci imposent notamment le centralisme démocratique comme principe d’organisation, une forte centralisation, une discipline de fer, une rupture complète avec le réformisme et l’épuration de leurs représentants. Bien qu’elles leur paraissent dures, Cachin* et Frossard* en acceptent les « idées maîtresses et directrices », estimant possibles des compromis.
La SFIO entame un large et vaste débat durant tout le second semestre 1920. Trois principales tendances s’affrontent. Les « reconstructeurs », qui bénéficient du soutien des paysans au sein des fédérations, avec Cachin*, Frossard*, mais aussi quantité de jeunes adhérents, tel Paul Vaillant-couturier*, et des militants ayant d’autres sensibilités, à l’instar de Boris Souvarine*, veulent rejoindre le mouvement communiste ; les « résistants », Léon Blum en tête, s’y opposent énergiquement ; enfin autour de Jean Longuet*, petit-fils de Marx et de Paul Faure*, se rassemblent les partisans d’ « une adhésion sous réserves ». Lorsque le Congrès s’ouvre à Tours, l’essentiel des jeux est fait : la majorité des 285 députés est favorable à l’Internationale communiste. Les discussions prennent néanmoins un caractère intense et parfois dramatique. Tous les grands ténors montent à la tribune pour défendre leurs positions, en particulier Léon Blum. Celui-ci dénonce la doctrine et les pratiques des bolchevicks russes et il se présente comme un révolutionnaire, attaché à défendre « la vieille maison » S.F.I.O. Deux coups de théâtre se produisent au cours de ces journées. Le 28 décembre au matin, la lecture du télégramme dit de Zinoviev, en fait signé par le comité exécutif de l’IC, critique vertement la motion Monguet-Faure et qualifie ce groupe d’agents déterminés de l’influence bourgeoise sur le prolétariat ». L’émotion est à son comble et ce texte dissipe les dernières illusions de ce courant, malgré les explications embarrassées et les garanties que donnera Frossard. Le même jour, la révolutionnaire allemande Clara Zetkin, envoyée au Komintern, interdite de séjour en France, fait une apparition tonitruante à la tribune du congrès pour implorer ses camarades français d’adhérer complètement à l’Internationale de Lénine.
Les votes sanctionnent les rapports de forces ; plus de 67% des mandats choisissent l’affiliation. Parmi les délégués, se sont plutôt les ouvriers et les instituteurs qui ont effectué ce choix, les fidèles de la SFIO se recrutant davantage chez les journalistes, les professions libérales et surtout les élus. Le 29 décembre 1920, à 2h30 du matin, la scission est consommée. Le Congrès de Tours n’est cependant pas ce moment fondateur, clair et net, séparant révolutionnaires et réformistes, que la mythologie communiste a voulu inventer bien après son déroulement. Du point de vue de l’Internationale communiste, tout reste a faire pour transformer cette majorité composite et hétérogène qui constitue sa section française en un véritable parti communiste.

CONSTITUTION DE 1875 :
Les trois lois constitutionnelles qui forment ce que l’on appelle la « Constitution » de la Troisième République, sont votées en février et juillet 1875 : la loi relative à l’organisation du Sénat ; la loi relative à l’organisation des pouvoirs publics ; la loi sur les rapports des pouvoirs publics. La constitution ne forme pas un tout et n’est précédée par aucun préambule. Il n’y a pas d’affirmation explicite de la République ni d’énoncé des principes, qui n’auraient pu être que républicains.
Le pouvoir législatif appartient au Parlement formé de la Chambre des Députés et du Sénat ; les noms mêmes des assemblées rappellent la Restauration et l’Empire, non la République. Les 615 députés, âgés de 25 ans au moins, sont élus pour 4 ans ; la candidature multiple est maintenue ; la loi électorale de novembre 1875 fixe leur désignation au scrutin uninominal par les citoyens mâles et majeurs (21 ans) à l’exception des militaires, des faillis, des criminels ; le vote est falcutatif, égalitaire et secret (mais l’enveloppe et l’isoloir ne seront introduits qu’en 1912). Parmi les 300 sénateurs, âgés au minimum de 40 ans, 75 sont inamovibles, désignés par l’Assemblée Nationale, puis par cooptation (jusqu’à la révision de 1884). Les 225 sénateurs sont désignés par un collège départemental composé des députés, conseillers généraux et d’arrondissement du département, et de délégués municipaux à raison de un délégué par commune. Ils sont élus pour 9 ans et renouvelés par tiers tous les trois ans.
Députés et sénateurs ont des pouvoirs communs et ces pouvoirs particuliers. Les uns et les autres bénéficient de l’immunité, jugent de la validation des lois (proposition de loi), sauf en matière financière, où l’initiative appartient aux députés. Ils procèdent, réunis en Assemblée Nationale, à la révision de la Constitution, votée à la majorité absolue, à l’élection du Président de la République, à la ratification des traités. Les sénateurs donnent en outre leur accord pour la dissolution de la Chambre (sans que le Sénat puisse lui-même être dissout) et peuvent être constitués en Haute Cour pour juger les atteintes à la sûreté de l’Etat.
Le pouvoir exécutif appartient au chef de l’Etat, qui prend le nom de Président de la République (amendement Wallon, voté en janvier 1875 par 353 voix contre 352). Elu pour septe ans à la majorité absolue par l’Assemblée Nationale et rééligible, il a l’initiative, par l’intermédiaire de ses ministres (projets de lois), promulgue les lois dans les trois mois, peut demander aux Chambres par un message une nouvelle délibération, possède le droit de grâce (le droit « régalien »), dispose de la force armée, nomme à tous les emplois civils et militaires, dissout la Chambre sur l’avis conforme du Sénat, et fait dans ce cas procéder dans les trois mois à de nouvelles élections, négocie les traités, bénéficie de l’irresponsabilité ; aussi tous ses actes doivent-ils être contresignés par des ministres solidairement responsables devant les Chambres de la politique générale du gouvernement.
Le régime est parlementaire, mais les pouvoirs de l’exécutif sont considérables. La Constitution est l’œuvre de notables qui ont chercher a consolider l’ordre politique et social et ébranlé par la Commune. Appuyé sur un Sénat que son mode d’élection et son âge ne peuvent que rendre conservateur, le Président de la République a les moyens, s’il le veut, d’être un roi sans couronne. Mais les députés, plus jeunes, élus directement par le suffrage universel, disposant des finances, ne doivent-ils pas se considérer comme les véritables dépositaires de la souveraineté populaire.

COPPÉE (François), 1842-1908 :
Poète, dramaturge, romancier. Né à Paris, le 26 janvier 1842. Modeste employé au Ministère de la Guerre, François Coppée attend de se faire un nom en tant qu'auteur dramatique ou poète. Inspiré des Parnassiens, Hugo, Leconte de Lisle ou de Bainville, son premier recueil, Le Reliquaire, en 1866, ne retient pas l'attention du public. Délaissant ces pères, il adopte un style plus simple. Devenant le poète des réalités quotidiennes, il se révèle avec Les Intimités en 1868, et surtout avec Les Humbles en 1872, recueil dépeignant avec simplicité l'humanité des petites gens. Mais le succès, François Coppée ne le trouve véritablement qu'avec ses pièces de théâtre. Au théâtre, il donna à l'Odéon Le Passant en 1869, comédie retentissante, Severo Torelli en 1883, Les Jacobites en 1885, au Théâtre-Français Le Luthier de Crémone en 1877 et Pour la Couronne en 1895 lui confirment l'appui du public.
Archiviste de la Comédie Française depuis 1878, Coppée démissionne après son élection à l'Académie qui eut lieu le 21 février 1884 en remplacement de Victor de Laprade et fut reçu le 18 décembre 1884 par Victor Cherbuliez où il participe activement à la commission du Dictionnaire. Par ailleurs, le poète n'hésite pas à s'engager avec vigueur sur le terrain politique. Antidreyfusard convaincu, il est à l'initiative de la Ligue de la patrie française, association antisémite. En 1898, il entra dans la politique militante à l'occasion du procès célèbre ; il défendit par la plume et par la parole, avec une généreuse ardeur, les institutions militaires, religieuses et sociales qui étaient attaquées avec violence, et il fut l'un des fondateurs de la Ligue de la Patrie Française dont on le nomma président d'honneur. Il meurt le 23 mai 1908.

COQUELIN (Constant, dit Coquelin aîné), 1841-1909 :
Comédien. Constant Coquelin, dit Coquelin aîné, était un acteur français, né le 25 janvier 1841 à Boulogne-sur-Mer, décédé en 1909 à Couilly-Saint-Germain. Surnommé ainsi pour le distinguer de son frère Ernest, dit Coquelin cadet, il était un des acteurs comiques les plus notoires de son temps.En 1860, après avoir reçu le premier prix de comédie au Conservatoire, il débuta à la Comédie-Française dans des rôles de valets du répertoire classique. Il en devint sociétaire en 1864. En vingt-cinq années, il y créa plus de quarante rôles.En 1886, il quitta la Comédie-Française et pendant plusieurs années donna des représentations en Europe et en Amérique. Il a ensuite été engagé dans divers théâtres parisiens.En 1891, il revint brièvement à la Comédie-Française, comme pensionnaire, où il créa Thermidor de Victorien Sardou, pièce interdite dès la troisième représentation.En 1895, il entra au théâtre de la Renaissance. L'année suivante, il prit la direction du théâtre de la Porte Saint-Martin avec son fils Jean, jusqu'en 1901 où il la laissa à son fils seul. En 1897, il y créa le rôle de Cyrano de Bergerac, ce qui lui assura une gloire éternelle.
En 1900, il fut élu à la tête de l'Association des Artistes Dramatiques. Il est également l'auteur de nombreux ouvrages sur le théâtre.
Il est décédé d'une crise cardiaque dans la «Maison des Comédiens» de Pont-aux-Dames, une maison de retraite pour artistes dramatiques dont il avait été le principal fondateur, en 1902.

CORBIN (Jean-Baptiste Eugène), 1867-1952 :
Directeur des Magasins Réunis, commanditaire. Fils d'Antoine Corbin (1835-1901), fondateur des Magasins Réunis, Eugène Corbin partage la direction de l'entreprise avec son beau-frère Charles Masson (1858-1929). Attiré par la modernité, il se passionne pour l'Ecole de Nancy dont il devient à Nancy l'un des principaux mécènes. Pour l'agrandissement des Magasins Réunis en 1906, Corbin fait appel à l'architecte Lucien Weissenburger -déjà sollicité de nombreuses fois par la famille Corbin- et y associe Louis Majorelle, Jacques Gruber, Victor Prouvé, Alfred Finot, Jules Cayette et Henri Suhner.
Proche des préoccupations d'enseignement et de diffusion de l'Ecole de Nancy, Eugène Corbin participe à la création de plusieurs concours organisés par l'Ecole de Nancy et fonde en 1909 la revue Art et Industrie avec la collaboration d'Emile Goutière-Vernolle. Collectionneur de l'Ecole de Nancy, il fait une importante donation à la ville de Nancy en 1935 comprenant plus de 600 pièces. Cette collection d'abord présentée dans les galeries Poirel, est transférée en 1964 rue Sergent Blandan : l'actuel Musée de l'Ecole de Nancy et ancienne propriété d'Eugène Corbin.

BOUTON-CORBIN, Eugène Corbin. Nancy, AAMEN, 2003.

CORPORATISME :

COT (Pierre), 1895-1977 :
Né en 1895, Pierre Cot est remarqué par Raymond Poincaré qui lui offre sa première expérience politique aux élections législatives de 1924, comme candidat dans les Hautes-Alpes. Vaincu, il amorce alors une évolution politique qui s'accentuera avec le temps : s'il est élu, en 1928, député de Savoie sous l'étiquette radicale, Sa carrière ministérielle commence, quant à elle, en décembre 1932 lorsqu'il devint sous-secrétaire d'Etat aux Affaires étrangères dans le gouvernement Paul-Boncour. En janvier 1933, Daladier lui confie le portefeuille de l'Air, nouveau ministère promis à un riche avenir. Passant le brevet de pilote, il se lance avec fougue dans la promotion de l'aviation et réorganise l'aéronautique civile en créant la compagnie nationale Air France. Forcé d'abandonner ce portefeuille après le 6 février 1934, il le retrouvera en 1936, dans le gouvernement de Léon Blum. Il se consacre alors principalement à la nationalisation des industries aéronautiques. Jean Moulin fait alors parti de son équipe. Profondément touché par la défaite française de mai 1940, il essaiera durant sa vie entière d'en comprendre les raisons et de prouver que l'aviation n'est pas le principal artisan de cette défaite. Ministre de l'Air soviétophile sous le Front populaire, il devient un compagnon de route du Parti communiste après la guerre, tentant ainsi un retour politique. Connu pour son engagement lors du Front populaire et son long compagnonnage avec le Parti communiste français (PCF), Pierre Cot fait partie de ces hommes à qui l’on n’a jamais pardonné de ne pas être restés indéfectiblement fidèles à leur classe d’origine. Sabine Jansen rétablit l’itinéraire haut en couleur de celui qu’elle appelle « un antifasciste radical ». Natif d’une famille de notables catholiques de province, le jeune Pierre Cot commença sa carrière (juridique et politique) du côté de la droite conservatrice. Le traumatisme de la guerre de 14-18 le conduira au radicalisme, puis au pacifisme et à l’antifascisme. Il considère alors le rôle de l’Union soviétique comme essentiel dans le combat contre le nazisme, et il lie son action à celle des communistes français. Après la guerre, il créera l’Union progressiste, petite formation satellite du PCF. Cette proximité lui vaudra l’accusation fantaisiste d’avoir été un agent soviétique.

COTY (Spoturno François, dit), 1874-1934 :

COURTELINE : (Georges), 1858-1929 :
Georges Courteline, de son vrai nom Georges Moinaux, naît à Tours en 1858. Il est le fils de Jules Moinaux, auteur dramatique, qui lui déconseille d’embrasser la carrière littéraire. Après avoir effectué son service militaire, il devient fonctionnaire au ministère des Cultes. Il passe quatorze ans dans la fonction publique, ayant tout loisir d’observer ses collègues, avant que le succès de ses œuvres lui permette de se consacrer exclusivement à l’écriture. Ces premières expériences lui ont fourni ses principales sources d’inspiration littéraire. Dans ses premières pièces – Les Gaietés de l’escadron (1886), Lidoire (1891) – il s’amuse à tourner en dérision l’armée. Messieurs les Ronds-de-Cuir (1893) s’attaque aux employés de bureau et aux bureaucrates. Boubouroche (1893), sa célèbre nouvelle qu’André Antoine lui demande d’adapter pour son Théâtre-Libre, prend pour cible la petite bourgeoisie. Les œuvres suivantes, récits ou pièces de théâtre, sont des croquis pertinents de différents milieux, saisis sur le vif, mais sans vraie méchanceté. Un client sérieux (1896) et Les Balances (1901) visent le milieu de la justice et des tribunaux. Le commissaire est bon enfant et Le gendarme est sans pitié (1899) dénoncent la bêtise et la méchanceté des forces de l’ordre. Enfin, La Peur des coups (1894), Monsieur Badin (1897) et La Paix chez soi (1903) n’ont d’autre prétention que d’amuser en montrant les ridicules du couple. Dans son œuvre, servi par un style admirable, Courteline a donné une remarquable description des travers de son époque. Pour sa peinture des caractères, il a notamment su utiliser les dialogues dont il a fait un des ressorts essentiels de son comique. Représentants d’une classe sociale déterminée – le magistrat, le sous-officier – ou types d’individu – la bourgeoise, l’avare –, ses personnages sont tous d’une médiocrité rare et remarquable. Ils apparaissent dans des intrigues inspirées du quotidien, mais d’où surgit l’absurde. Auteur apprécié en son temps pour sa verve satirique propre à dépeindre les travers de la petite bourgeoisie, Courteline est décoré de la Légion d’honneur en 1899 et élu à l’académie Goncourt en 1926. Il meurt en 1929.

Emmanuel HAYMANN, Courteline, Flammarion, Grandes Biographies, 1990.
Jean PORTAIL, Georges Courteline, l’humoriste français, Flammarion, 1928.
"Je ne me croyais pas si dépourvu de talent." Ce n’est pas une fausse modestie, mais un vrai doute qui saisit celui qui, à 54 ans, renonce définitivement à écrire. C’est vrai ! Que sont donc ces petites scènes qui n’atteignent jamais la taille d’une "vraie" pièce de théâtre (un acte, maximum deux), et que l’on voit jouer aussi bien au Grand Guignol qu’à la Comédie française, en passant par le Théâtre Libre d’Antoine ? Que sont-elles ? L’œuvre d’un fin observateur de la nature humaine qui permet à ses spectateurs/lecteurs de déguiser sous des éclats de rire ce que leur inspire de se voir tels qu’ils sont.

Le premier tour d’un humoriste est de naître le jour de sa mort. Georges Moineau, futur Courteline, naît donc le 25 juin 1858 (il meurt le 25 juin 1929) rue de Lariche, devenue rue Georges Courteline à Tours. Son père est chroniqueur à la Gazette des Tribunaux et auteur dramatique. Son seul souhait : que son fils ne suive pas le même chemin que lui... Jusqu’à 1870, Georges vit à Tours chez ses grands parents et à Paris avec ses parents, rue de Chabrol dans le faubourg Poissonnière. Les étés se passent... à Montmartre, à quelques centaines de mètres de la rue de Chabrol : 40 rue de la Fontenelle (actuel 40 rue du Chevalier de la Barre), dans une maison avec un jardin, disparus depuis. Entre 1871 et 76, il fait ses études au collège de Meaux, bien tristement car l’internat... c’est pas drôle ! En 1880, après un service militaire passé à Bar-le-Duc plus à l’infirmerie (et en repos à Paris) qu’en manœuvres, il devient fonctionnaire parisien, au service des cultes du ministère de l’Intérieur (où il officie jusqu’en 1894). Voilà déjà un peu observés deux de ses futurs personnages fétiches : le militaire et le "rond de cuir". En 1881, adoptant le nom de Courteline, il fonde la revue poétique Paris moderne et, inspiré par Catulle Mendès, il donne notamment dans la poésie érotique. Il faut bien que jeunesse se passe ;-) ! Les introductions de Mendès lui permettent de placer des chroniques régulières dans la presse. À la suite du succès de l’une d’elle, en 1884, puisant dans ses souvenirs de caserne, il écrit une série de chroniques militaires qui deviendront Les Gaietés de l’escadron un an plus tard. En 1885, le voilà 6 place d’Anvers et place Émile Goudeau, où, à l’angle de la rue Berthe, il loge dans un pauvre hôtel, l’hôtel du Poirier, avant d’habiter, 5 rue d’Orchampt, une petite maison encore debout aujourd’hui ! Entre 1890 et 1903, il demeure quelques mètres plus haut, 89 rue Lepic. 1891 est l’année où il se lance dans le théâtre, délaissant peu à peu son activité de journaliste et de chroniqueur, qu’il abandonne définitivement en 1896. En 1903, après la mort de sa première femme, il quitte Montmartre et sa résidence devient le 43 avenue de Saint-Mandé. La guerre le pousse à se réfugier à Tours, d’où il visite souvent Anatole France dans sa proche Béchellerie. Ses dernières années sont gâchées par une gangrène qui l’ampute d’une jambe.

COURTOT DE CISSEY (Ernest), 1810-1882 : Général et homme politique. Né à Paris le 12 septembre 1810, Ernest Courtot de Cissey étudie à St Cyr, puis entre dans l'armée en 1832, et devient capitaine en 1839. Il sert en Algerie, et devient chef d'escadron en 1849 puis lieutenant-colonel en 1850. Il prend part comme colonnel à la Guerre de Crimée, et reçoit le grade de Général de Brigade après la bataille d'Inkerman. Il est promu général de division en 1863.
Pendant la guerre de 1870, il fait partie de l'armée du Rhin, et se rend avec Bazaine à Metz. Prisonnier, il est libéré à la fin de la guerre. Il participe avec l'armée de Versailles à la répression sanglante de la Commune. Député à partir de juillet 1871, il est quatre fois ministre de la Guerre, et brièvement président du Conseil dans un ministère de droite et de centre droit (22 mai 1874 - 10 mars 1875). En 1880, alors qu'il assure un commandement à Nantes, il est accusé de trahison lorsqu'on découvre qu'il était l'amant d'une espionne allemande, Mme de Kaulla. Bien que sa trahison ne soit pas prouvée, on démontre néanmoins qu'il a dilapidé les fonds secrets de son ministère. Il est contraint à démissionner. Il meurt à Paris le 15 juin 1882.

CRÉMET (Jean), 1892-1973 :

CRÉMIEUX (Décret) :
Le 24 octobre 1870, un décret donne la citoyenneté française aux 37.000 juifs d'Algérie. Dans la foulée, les colons originaires d'Europe (Italie, Espagne, Malte,...) sont aussi francisés en bloc. Quant aux musulmans d'Algérie, ils sont ravalés au statut d'indigène. Le décret a été promulgué à Tours, où s'est réfugié le gouvernement de la Défense nationale qui a succédé à l'Empire après la défaite de Sedan. Il peut être considéré comme l'une des premières grandes mesures de la IIIe République.
Sa paternité en revient au ministre de la Justice, Isaac Adolphe Crémieux, l'un des chefs du parti républicain. L'auteur du texte est le fils d'un commerçant juif de Nîmes. Juriste et philanthrope de 74 ans, il bénéficie d'une grande réputation d'intégrité dans le pays. En 1863, suite à l'émotion soulevée par l'affaire Mortara, il est devenu le président de la nouvelle «Alliance israélite universelle».
Isaac-Jacob Crémieux, plus connu sous le nom d’Adolphe Crémieux, naquit le 30 avril 1796 à Nîmes (Gard), et mourut le 10 février 1880 à Paris, il fut avocat, homme politique, président du Consistoire central et de l'Alliance israélite universelle.
Ses parents, des juifs du Pape vivant à Carpentras (dans l'enclave pontificale) émigrèrent à Nîmes où le père David Crémieux joua un rôle actif dans la politique de la commune. Isaac-Jacob Crémieux était un enfant doué, doté d'une grande mémoire comme d'une vivacité d'esprit. Il ambitionnait l'excellence et voulait briser les mythes antijuifs vivaces à l'époque et dont il eut à souffrir étant enfant comme à l'âge adulte. Il allait consacrer sa vie à sa chère patrie — la France qu'il magnifiait dans tous les continents. Cette chère patrie qu'il voulait libre, égale et fraternelle, défendant toutes les causes. Français, juif et franc-maçon, Adolphe Crémieux se voulait universel et partisan d'aucun sectarisme. Il fit une brillante carrière dans la Franc Maçonnerie et fut en amitié avec l'l'abbé Grégoire dont il fit l'éloge funèbre
Adolphe Crémieux, Franc-maçon depuis 1818, devint par la suite président du Suprême Conseil Maçonnique de France jusqu'à sa mort.
En 1828, il participa à la rédaction du livret de l'opéra Guillaume Tell de Gioacchino Rossini.
Il fût avocat au barreau de Nîmes, puis auprès de la Cour de cassation.
En 1830, il s'installa à Paris.
En 1840, il se rendit en Syrie auprès de Mehemet Ali, pour assurer la défense de certains Juifs de Damas, au côté de Sir Moïse Montefiore, ambassadeur britannique. Ceux-ci étaient accusés de "crimes rituels", dans l'affaire de la disparition du Père Thomas, jésuite, et de son valet musulman Ibrahim, dont on avait perdu la trace dans le quartier juif de Damas.
Il fût élu député de Chinon, de 1842 à 1848.
Il devint, en 1843, Président du Consistoire central israélite de Paris.
Le 24 février 1848, lorsque la révolution républicaine triompha à Paris, Crémieux, avocat de la famille Bonaparte, conseilla au roi Louis-Philippe Ier d'abdiquer et de s'enfuir.
Le lendemain 25 février 1848, il entra, comme ministre de la Justice (jusqu'au 7 juin 1848), au gouvernement provisoire qui s'autoconstitua et proclama la Deuxième République,
Il y fit prendre immédiatement un décret qui décida que la justice sera désormais rendue au nom du Peuple français.
Le 1er mars, il fit supprimer par un autre décret le serment de fidélité.
Le 3 mars, dans l'affaire du procès de Saverne où il était l'avocat du rabbin, il obtint de la Cour de cassation l'abolition du serment more judaïco, contribuant ainsi à faire cesser la dernière discrimination légale à l'égard des Juifs de France.
Dès le 31 mars, il demanda la démission d'une vingtaine de hauts magistrats et suspendit ceux qui refusaient d'obtempérer. Ces juges furent frappés, les uns sur sa propre décision, les autres à la demande des commissaires du gouvernement (préfets provisoires).
Un décret du 10 août 1849 lèvera les suspensions de Crémieux (démissionnaire le 5 juin 1848).
Le 9 mars 1848, Crémieux reçût « une délégation de noirs et de mulâtres des colonies françaises » et leur déclara: « la nouvelle République accomplira ce que la République de 92 avait proclamé. Vous redeviendrez libres ».
Cependant, le 15 mars 1848, François Arago envoie aux colonies, une dépêche contenant « un ajournement de l'émancipation, et les vagues promesses qui l'accompagnent ne sont guère que d'un Guizot républicain ».
Crémieux fût représentant du peuple aux Assemblées constituante et législative de 1848-1849.
Le 11 juin 1851, en tant qu'avocat, il assista Victor Hugo, dans la défense de son fils Charles Hugo, journaliste à l'Événement, qui était poursuivi devant la Cour d'assises de Paris, pour avoir « avoir outragé la loi en décrivant l'exécution d'un braconnier guillotiné à Poitiers ».
Le 17 mai 1860, fût créée l'Alliance israélite universelle, à l'instigation de Crémieux. Il en prendra la présidence en 1864.
Il fût élu député de la Drôme au Corps législatif, de 1869 à 1870.
Il devint membre du gouvernement de la Défense nationale, du 4 septembre 1870 au 17 février 1871, comme Ministre de la Justice.
Alors que Paris était assiégé par deux armées allemandes, il fit promulguer six décrets réglementant la vie en Algérie, dont :
Le décret mettant fin à l'administration militaire de l'Algérie.
Le décret interdisant la polygamie aux Juifs d'Algérie.
le décret du 24 octobre 1870, dit Décret Crémieux, accordant d'office la citoyenneté française aux 35 000 Juifs d'Algérie la citoyenneté française, en ces termes : « Les Israélites indigènes des départements de l'Algérie sont déclarés Français. En conséquence, leur statut réel et leur statut personnel, seront ... réglés par la loi française. Toutes dispositions législatives, décret, règlement ou ordonnance contraires sont abolis ».
Commentaires :
En contrepartie de ce décret, qui était en préparation depuis l'époque de Louis-Philippe, les juifs, furent soumis d'office au même statut civil laïque de droit commun que les autres citoyens français (perdant ainsi leur statut civil religieux particulier) et devinrent tous mobilisables au même titre que les autres citoyens français — alors que sous leur régime antérieur d'indigénat, ils n'étaient soumis, comme les musulmans qu'à la conscription.
Déjà sous le Second Empire, un sénatus-consulte du 1er juillet 1865 avait permis la naturalisation individuelle des indigènes juifs et musulmans d'Algérie qui le souhaitaient, mais n'avait trouvé que peu d'écho.
Le décret Crémieux, mesure de décolonisation partielle par voie d'assimilation a été par la suite attaqué par les colonialistes français, qui l'ont présenté comme comme une discrimination entre indigènes juifs et musulmans .
En réalité, il avait alors paru impossible d'appliquer immédiatement la même réforme aux musulmans qu'aux juifs, car on pouvait craindre qu'étant peu portés à distinguer le sacré du profane, ils se révoltent contre le remplacement de leur statut civil religieux, par le statut civil laïc français. Il restait d'ailleurs toujours possible aux musulmans qui le souhaitaient de devenir citoyens en optant pour le même statut civil que les autres Français, et en abandonnant leur statut civil coranique. Mais peu d'entre eux le firent.
Il n'en reste pas moins qu'une partie des patriotes musulmans des années 20 et 30, derrière l'Emir Khaled, petit fils d'Abd El Kader, puis derrière Fehrat-Abbas, très attaqués alors par les milieux colonialistes, ont revendiqué pour les musulmans, les mêmes mesures que celles du décret Crémieux, mais sans abandon de leur statut civil particulier.
Le décret Crémieux, fût momentanément abrogé par le régime de Vichy, qui tenta ainsi de priver les Juifs algériens de leur citoyenneté française. Mais cette abrogation ne fût jamais reconnue, ni appliquée dans les territoires ralliés à la France libre, et le décret Crémieux fût définitivement rétabli par le Comité français de la Libération nationale(CFLN), en novembre 1943.
Crémieux fût député du département d'Alger, de 1872 à 1875.
En 1875, Crémieux réunit à Lausanne en Suisse, une assemblée des Suprêmes conseils de la Franc maçonnerie, pour harmoniser le Rite Écossais Ancien et Accepté avec les « légitimes exigences de la civilisation moderne ».
Véritable acte fondateur de la franc-maçonnerie moderne, cette déclaration de l'assemblée de Lausanne proclame « l'existence d'un Principe Créateur ».
Au terme de sa longue carrière politique, Crémieux devint sénateur inamovible, de 1875 à sa mort en 1880.
par Simone Mrejen-O'Hana, Dictionnaire, « Isaac-Jacob Adolphe Crémieux, Avocat, homme politique, président du Consistoire central et de l'Alliance israélite universelle (Nîmes, 30 avril 1796 - Paris, 10 février 1880 » in Archives juives 36/2,2e semestre 2003, Les Belles Lettres, p. 139-146

CREUSOT (Grève au) :
En 1899, les usines Schneider du Creusot, spécialisées dans la production d’acier Bessemer, constituent la première concentration industrielle du pays. Pendant trente ans – de 1871 à 1899 –, la paix sociale y est solidement établie, facilitée tout à la fois par la croissance soutenue, le calme des ouvriers satisfaits d’appartenir à une grande entreprise à la pointe du progrès et par le paternalisme des dirigeants soucieux du niveau de vie de leurs « employés » et de leur formation professionnelle.
Cependant en 1898, toute une série de changements entraîne un bouleversement de la situation : les radicaux gagnent les élections de mai ; Eugène II Schneider, nouveau patron trop absorbé par ses tâches parisiennes, accède à la tête de l’entreprise ; l’afflux des commandes entraîne une accélération des cadences de travail et, aussi, des profits dont les ouvriers sont irrités de ne rien percevoir. Trois grèves se succèdent pourtant de mai 1899 à juillet 1900. Dans un contexte politique rendu favorable par les visées sociales de Waldeck-Rousseau, les ouvriers revendiquent de pouvoir se syndiquer. De mai 1899 à juillet 1900, les usines du Creusot connaissent plusieurs accès de grèves, notamment entre le 31 mai et le 2 juin puis entre le 20 septembre et le 1er octobre. Ils cessent le travail en mai et constituent leur syndicat. Le 2 juin, Eugène Schneider paraît céder à leurs revendications. Le travail reprend. Comme les promesses ayant conduit à la reprise n’ont pas été tenues, la grève reprend le 20 septembre pour “ la reconnaissance du syndicat, la liberté de conscience et la suppression de la police occulte ”. Le 24 septembre 1899 a lieu une grande manifestation réunissant plus de 7 000 personnes, au cours de laquelle les Creusotins remercient leurs voisins de Montchanin pour leur soutien. Une sentence arbitrale signée le 7 octobre 1899 donne gain de cause aux grévistes qui défilent victorieusement dans les rues du Creusot.

CRESP (François), 1887-1960 :
Né à La Seyne le 28 Août 1887, François Augustin Cresp a marqué la vie seynose, à des titres bien divers et de façon si intense et si bénéfique pour ses concitoyens qu'il nous a paru nécessaire de lui rendre ici un hommage mérité. Fils d'un marin de la marine marchande et d'une épicière, il fut un écolier studieux et obtint sans difficulté son certificat d'études primaire (C.E.P.) mais ses parents n'envisagèrent pas la poursuite de ses études, car en ce temps-là on estimait plus utile de voir les enfants entrer comme on disait dans la production.
Le jeune François s'engagea en 1905 et déjà on lui connut des activités à caractère politique marqué par son adhésion aux idées révolutionnaires de Jules Guesde et de Jean Jaurès. Il s'affirma jusqu'à la fin de sa vie comme un défenseur ardent des idéaux généreux du socialisme et du communisme.
Avant de s'engager résolument dans les batailles politiques, il se rendit populaire pour faire triompher la noble cause du sport qui, à son avis, ne recevait guère d'encouragement efficace de la part des autorités. Les associations sportives existantes agissaient en ordre dispersé et ce fut la raison qui poussa François Cresp à créer une structure puissante appelée Olympique Seynois, initiative qui groupa une multitude d'associations telles que le Rugby Seynois, la Société de gymnastique Aurore, le Vélo-sport, le Club nautique, le Tennis seynois..., nombre d'entre elles existant depuis la fin du XIXe siècle. Cette nouvelle organisation puissante allait poser aux édiles de cette période de sérieux devoirs hélas contrariés par la préparation à la première guerre mondiale. François Cresp se maria en 1913 et travailla dans les bureaux des Forges et chantiers de la Méditerranée (F.C.M.).
À la déclaration de guerre, il fut affecté dans une importante entreprise toulonnaise et entretint des relations constantes avec les milieux révolutionnaires même anarchisants.
Il devint par la suite artisan-commerçant en cycles, profession qu'il exerça presque toute sa vie dans la rue Faidherbe (Ambroise Croizat aujourd'hui).
Aux élections municipales de 1919, il fut candidat sur la liste d'action républicaine et socialiste du Bloc des Gauches, dominée largement par le parti socialiste. Il figura sur la liste avec cette qualification curieuse de candidat sportif.
Il arriva en 9e position avec 1204 voix sur 4760 inscrits. Le dimanche suivant, au deuxième tour, il obtint 1540 voix et cette fois en 5e position. L'année suivante, le 11 janvier 1920, à Draguignan, il siégea au bureau de l'élection sénatoriale comme assesseur en qualité de plus jeune délégué sénatorial du Département.
Il n'est pas inutile de rappeler ici l'ambiance politique de cette période de l'après-guerre pour mieux saisir la complexité des problèmes sociaux qui se posèrent au peuple français et leur impact sur les partis politiques confrontés inéluctablement à des luttes sévères qui agitèrent le pays tout entier. Un grand mécontentement régnait dans les milieux syndicalistes.
Quelles étaient leurs revendications ?
La démobilisation générale. L'armistice signé. La France maintenait ses troupes dans les pays coloniaux, l'Afrique du Nord en particulier. Le gouvernement Clemenceau envoyait les marins de la flotte toulonnaise bombarder les Russes en pleine révolution, alors qu'il se disait défenseur de la Liberté des peuples à disposer d'eux-mêmes. On sait que cette politique provoqua la fameuse révolte des marins de la Mer Noire.
Les ouvriers réclamaient la loi de 8 heures. Ils s'opposaient à l'impôt sur les salaires François Cresp fut mêlé à toutes les batailles politiques et syndicales de cette époque.
Autre préoccupation et non des moindres : la fameuse scission de Tours d'où le parti socialiste sorti affaibli. La majorité des congressistes s'étant prononcée pour l'adhésion du parti à la IIIe internationale avec Lénine à sa tête.
La minorité créa un autre parti ; la scission conduisit à la formation du Parti Communiste appartenant à la S.F.I.C. (Section Française de l'Internationale Communiste) ; s'opposant à la SFIO (Section Française de l'Internationale Ouvrière). Au plan seynois, il est évident que les affrontements s'aiguisèrent et les militants se débattaient dans des luttes fratricides. Comment réagit François Cresp ?
Sans hésiter, il adhéra à la IIIe Internationale qui à son avis était le véritable chemin conduisant à une révolution triomphante pour les travailleurs du monde entier.
François Cresp, isolé dans le Conseil municipal, estima sa présence inutile aux réunions de l'Assemblée. À partir de 1921, il cessa de s'intéresser aux affaires de la ville et n'assista plus guère aux séances publiques.
En 1922, lors de l'élection au Conseil général, il défendit la candidature d'André Marty, l'organisateur des mutins de la Mer Noire contre le conseiller sortant Albert Lamarque représentant de la SFIO
Quand le rayon communiste fut créé en 1924, François Cresp fit partie de son bureau et en devint le trésorier adjoint en 1925 après la fusion avec le rayon de Toulon.
Le 13 avril 1927, la police le verbalisa pour distribution de tracts estimés séditieux.
Nous voici aux élections municipales seynoises de 1929 où François Cresp figure sur la liste du Bloc ouvrier et paysan. Il obtint 447 voix sur 4077 inscrits (Rappelons au passage que les femmes n'avaient pas encore le droit de vote).
Cresp devint le responsable du Parti Communiste en 1931. Dans cette période, les activités politiques s'intensifièrent, surtout à partir de 1934 avec la tentative de coup d'état fasciste contre la IIIe République.
Les socialistes connurent une nouvelle scission en 1932 avec la création d'un nouveau parti appelé Parti Socialiste de France dont Pierre Renaudel, député du Var fut le porte-drapeau.
Néanmoins, à La Seyne, les partis de gauche signèrent un accord en faveur de l'unité d'action antifasciste.
François Cresp joua un rôle déterminant dans leur rapprochement. Candidat au Conseil général de 1934, il arriva en 3e position avec 827 voix sur 7196 inscrits.
En vue du deuxième tour, il annonça son désistement pour le socialiste Lamarque du balcon de l'Hôtel de Ville, signa une affiche Unité d'action où il affirmait que « s'abstenir, c'était donner sa voix au fascisme ». Ainsi le candidat socialiste fut élu et quelques jours après pour fêter cette élection, un banquet rassembla les vainqueurs au Cercle des travailleurs à dominante socialiste et François Cresp y fut l'invité d'honneur.
On le vit en tête des meetings du Front Populaire de 1935, en tête de la liste du Bloc Ouvrier Paysan, la même année, assurer un désistement efficace pour le maintien de la liste socialiste sortante. Le soutien à la S.F.I.O. eut des conséquences bénéfiques pour les Communistes qui firent triompher leur candidat Jean Bartolini aux législatives de 1935 après la mort de Pierre Renaudel.
Infatigable militant, tout en assurant ses responsabilités politiques, Cresp accepta en 1937, le secrétariat de l'organisation Paix et Liberté.
Le 1er octobre 1937, il fut candidat au Conseil d'arrondissement. Il arriva en deuxième position et pour la première fois, le Parti Communiste devançait le Parti Socialiste. Arrivé en deuxième position, il se désista en faveur du candidat de gauche le mieux placé, le radical-socialiste Simon et assura son succès.
Puis arrivèrent les années dramatiques. Un arrêté préfectoral du 18 novembre 1939 classait François Cresp parmi les trente individus dangereux pour la défense nationale à interner au centre de surveillance de Saint-Maximin. Ce voeu ne fut pas appliqué. Le commissaire spécial de Toulon demanda son internement le 19 mars 1940. Le 14 mai 1940 il était parmi les treize individus dangereux pour la sécurité publique et la défense nationale. D'où son internement au Camp de Chabanet (Ardèche), puis transféré à Nexon (Haute-Vienne) puis à Saint-Paul d'Eyjeaux en 1942. Il en fut libéré le 30 mars 1943. Il vécut la dernière année de la guerre replié au Beausset.
Malgré de sérieux ennuis de santé, il assuma ses responsabilités jusqu'à l'extrémité de ses forces. Il ne put se représenter aux élections de 1959 (son épouse Noémie Cresp fut alors conseillère municipale de 1959 à 1965). Il mourut en 1960. Une foule immense l'accompagna à sa dernière demeure.

CRISE ÉCONOMIQUE :

CROIX-DE-FEU :

CROIX-VERTE :

CROS (Jacques), 1842-1888 :

CUBISME :
On désigne sous le nom de cubisme la révolution picturale opérée de 1907 à 1914 par Picasso, Braque Léger et Gris. Il est issu des Demoiselles d’Avignon, une toile de grandes dimensions inspirée à Picasso par l’art nègre et par la sculpture ibérique, que l’artiste peignit en deux étapes durant la première moitié de 1907. La dénomination de cubisme n’apparaîtra cependant, que l’année suivante sous la plume du critique Louis Vauxcelles dans le compte rendu, pour le journal Gil Blas, d’une exposition des œuvres.

CUNEO D’ORNANO (Gustave), 1845-1906 :

CUQ (Édouard),1850-1934) :
Édouard Cuq est né à Saint-Flour, dans le Cantal, le 14 décembre 1850. Élève brillant, il suit un cursus scolaire et universitaire sans faute. En 1874, il obtient un doctorat en droit, avec sa thèse sur les Pactes et Obligations naturelles. Il n'est alors âgé que de 24 ans... L'année suivante, il commence à enseigner le droit romain à la faculté de Droit de Bordeaux, tout en poursuivant ses études. Il est ensuite major de sa promotion au concours de l'agrégation en 1876, ce qui lui vaut d'être nommé hors-cadres à l'École française de Rome. Il y séjourne de 1878 à 1879.
De retour en France, il retrouve la faculté de Droit de Bordeaux et son emploi de professeur de droit romain. Il occupe ce poste de 1879 à 1885 et s'y fait remarquer par la qualité de son enseignement. Ses cours sur les pandectes notamment sont particulièrement appréciés, tant par ses élèves que par ses pairs. Cette reconnaissance lui vaut d'être nommé titulaire de la chaire de droit romain dès 1880. En 1893, Édouard Cuq quitte Bordeaux pour Paris, où il rejoint la faculté de Droit. Il y est nommé professeur adjoint en 1895, puis professeur titulaire de la chaire de droit public romain en 1898. Cette ascension rapide dans le monde universitaire est en partie la conséquence de ses publications. En effet, en marge de sa charge d'enseignement, Cuq poursuit des recherches et rédige des ouvrages qui font autorité. Travaillant sur l'épigraphie juridique (De quelques Inscriptions relatives à l'Administration de Dioclétien, paru en 1881), sur les juges plébéiens de Narbonne (étude publiée en 1881), sur le mariage de Vespasien (1884), sur les crimes imputés aux chrétiens sous le Haut-Empire (1886) ou sur l'histoire du droit français ancien, il a une production abondante, soit sous forme de livres, soit sous celle d'articles dans la Nouvelle Revue de Droit français et étranger (entre 1886 et 1908).C'est en 1891 que commence la publication de ce qui devait être l'œuvre de sa vie : Les Institutions juridiques des Romains, envisagées d'après leurs Rapports avec l'État social et avec le Progrès de la Jurisprudence. Le premier tome de ce travail magistral est une colossale synthèse des travaux consacrés au droit romain pendant le XIXe siècle. Il lui faut ensuit dix années de labeur pour publier le deuxième tome, en 1902. Celui-ci est d'emblée considéré comme un apport fondamental à l'étude du droit romain et à la méthode historique appliquée au droit. En effet, cette étude déborde largement des cadres stricts de l'histoire du droit pour s'étendre à l'histoire sociale et politique de la Rome antique, à la lumière de laquelle l'auteur peut produire une analyse encore plus pertinente des textes juridiques de l'époque. Par ces travaux, Édouard Cuq fait faire de notables progrès à la connaissance du droit romain et à sa compréhension, mais également à la connaissance de l'histoire romaine dans son ensemble. L'Académie des Sciences Morales et Politiques ne s'y trompe pas, qui lui attribue en 1903 le prix Le Dissez de Penanrun. L'année suivante paraît une nouvelle édition, remaniée, du tome 1 de l'étude.
Au fur et à mesure de ses recherches, Cuq est amené à pratiquer l'étude comparée du droit romain et des autres systèmes juridiques de l'Antiquité. C'est ainsi qu'il s'intéresse aux textes babyloniens comme le fameux code d'Hammourabi, mais également au droit hittite, à celui de Suse ou à celui de l'Élam. A partir de 1905, et en marge de ses études sur le droit romain, il publie donc de nombreux textes sur le droit antique et sur l'épigraphie de la Mésopotamie, passant du Mariage à Babylone d'après la Loi d'Hammourabi (en 1905) aux Lois hittites (1924), en passant par l'étude des Koudourrous (pierre-limites chaldéennes) du musée du Louvre...
Le 8 décembre 1911, consécration d'une carrière exemplaire, ce grand érudit est admis à l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres. Ses deux dernières études (Le Droit élamite d'après les Actes juridiques de Suse et Le Rescrit d'Auguste sur les Violations de Sépultures), publiées en 1932, sont à elles seules un résumé de l'œuvre de cet esprit éclectique et brillant, entre Rome et l'Orient. Édouard Cuq décède à Paris le 25 mai 1934.

CURIE (Pierre), 1859-1906 ; (Marie), 1867-1934 :
Car Marie Curie, ou plutôt Maria Sklodowska, est née à Varsovie, le 7 novembre 1867. La capitale polonaise est alors occupée par les Russes, qui tentent d'affaiblir l'élite locale mais tolèrent néanmoins l'essor de la doctrine positiviste d'Auguste Comte. Fondée sur la valeur de l'expérience, de la réalité scientifique, et appliquée à la société, elle est pour maint intellectuel la voie du progrès. Maria en gardera l'empreinte indélébile. D'une famille d'enseignants, élevée entre sens du devoir et manque d'argent, elle mène une vie des plus spartiates. Du décès précoce d'une de ses surs, puis de sa mère, elle tire l'agnosticisme qui conforte sa foi en la science. Elève brillante, mûre, au rare pouvoir de concentration, Maria forge le rêve, alors inconcevable pour une femme, de mener une carrière scientifique. Mais l'argent manque et elle devient préceptrice. Pour soutenir sa sur Bronia, désireuse d'étudier la médecine à Paris, elle se sacrifie financièrement. A charge de revanche.
C'est ainsi qu'en 1891, la timide Maria débarque à Paris. Ambitieuse, autodidacte. Son obsession : apprendre. Elle réussit haut la main une licence de physique, puis de mathématiques. C'est alors qu'un ami polonais lui présente un jeune homme timide et réservé : Pierre Curie. Ce libre-penseur, reconnu pour ses travaux sur la cristallographie et le magnétisme, devient, en 1895, son mari. Un an avant, il lui écrivait comme il serait beau « de passer la vie l'un près de l'autre, hypnotisés dans nos rêves : votre rêve patriotique, notre rêve humanitaire et notre rêve scientifique ».
Du rêve scientifique...
Pionnière, Marie Curie décide, en 1897, de faire un doctorat de physique. Henri Becquerel, étudiant les rayons X, venait de constater qu'un sel d'uranium impressionne une plaque photographique malgré des enveloppes protectrices. Comprendre l'effet, l'énergie de ces rayons uraniques, quel meilleur sujet pour Marie ? Pierre acquiesce. Sa frêle épouse brasse des tonnes de minerai et s'aperçoit qu'une autre substance, le thorium, est « radioactive », terme de son invention. Ensemble, ils prouvent - découverte majeure - que la radioactivité n'est pas le résultat d'une réaction chimique mais une propriété de l'élément, en fait de l'atome. Marie étudie alors la pechblende, minerai uranique dans lequel elle mesure une activité bien plus intense qu'en la seule présence d'uranium. Elle en déduit qu'il existe d'autres matières que l'uranium, très radioactives, le polonium et le radium, qu'elle découvre en 1898.
Lors des expériences, Pierre observe les propriétés des rayonnements et Marie purifie plutôt les éléments radioactifs. Leur point commun : une rare ténacité. D'autant plus que leurs conditions de vie sont déplorables. Leur laboratoire ? Un hangar misérable, où, l'hiver, la température frôle les six degrés. « Cela tenait de l'écurie et du cellier à pommes de terre », dira un chimiste. Pourtant, avoue Marie : « L'une de nos joies était d'entrer la nuit dans notre atelier ; alors nous percevions de tous côtés les silhouettes lumineuses des flacons et des capsules qui contenaient nos produits. » Malgré leur difficulté à obtenir avancements et crédits, les Curie refusent de déposer un brevet qui aurait pu les protéger financièrement, car permettre à tout scientifique, français ou étranger, de trouver des applications à la radioactivité est à leurs yeux prioritaire.
Pierre teste le radium sur sa peau. Brûlure, puis plaie : l'action sur l'homme est prouvée. Bientôt le radium sert à traiter les tumeurs malignes. La curiethérapie est née. En 1903, Marie soutient sa thèse. En commun avec Becquerel, les Curie reçoivent le prix Nobel de physique pour leur découverte de la radioactivité naturelle. Bonheur de courte durée. En 1906, Pierre, affaibli par les rayons, surmené, meurt écrasé par une voiture. Marie doit continuer seule. Elle assume l'éducation de leurs deux enfants, reprend le poste que son mari avait enfin obtenu à la Sorbonne, et devient ainsi la première femme à y avoir une chaire.
Il lui faut aussi affronter les préjugés de l'époque : xénophobie et sexisme qui, en 1911, empêchent son entrée à l'Académie des sciences. Pourtant, peu après, un prix Nobel de chimie l'honore pour avoir déterminé le poids atomique du radium. Mais sa vraie joie est de « soulager la souffrance humaine ». La réalisation, en 1914, de l'Institut du radium, par l'université de Paris et l'Institut Pasteur doit le lui permettre.
...au rêve humanitaire
Mais la guerre éclate. « Il faut agir, agir », affirme Marie, entraînant avec elle sa fille, Irène. Les rayons X peuvent localiser éclats d'obus et balles, faciliter les opérations chirurgicales ; il faut éviter le transport des blessés. Aussi, Marie crée-t-elle des voitures radiologiques. Elle ne s'arrête pas là et équipe les hôpitaux. On utilise alors pour toute protection un écran de métal et des gants de tissu ! Reste à convaincre des médecins réticents et à trouver des manipulateurs de qualité. Qu'à cela ne tienne. Marie forme 150 manipulatrices.
La guerre achevée, elle s'installe dans son institut, avec Irène. Marie dirige le laboratoire de recherche, le docteur Claudius Regaud, celui de biologie appliquée. Pour partager de semblables idéaux et un même désintéressement financier, leur collaboration se révèle harmonieuse. Les physiciens et chimistes procurent le radium, les médecins traitent les malades du cancer. Marie collecte fonds et matière première - dont les prix flambent - jusqu'aux Etats-Unis, mais accepte mal que prédominent de sombres intérêts économiques.
Epuisée, presque aveugle, les doigts brûlés, stigmatisés par « son » cher radium, Marie meurt de leucémie en juillet 1934. Cette femme de soixante-sept ans qui, « sous un abord froid et une réserve extrême () cachait, en réalité, une floraison de sentiments délicats et généreux », selon le docteur Claudius Regaud, a incroyablement été exposée aux rayonnements. D'autres chercheurs, après elle, en paieront aussi le prix, et notamment sa fille. Acharnée comme elle, dans le même laboratoire, Irène vient de découvrir en janvier avec Frédéric Joliot, son mari, la radioactivité artificielle, qui leur vaudra aussi un prix Nobel. A l'origine des traitements du cancer et des techniques de datation des objets anciens, des roches et de l'univers, comme de la biologie moléculaire et de la génétique moderne, la radioactivité est aussi à la source de l'énergie nucléaire et de la bombe atomique. Le revers de la médaille
Curie Pierre et Marie
Physicien français (Paris, 1859 - id., 1906) et physicienne française d'origine polonaise (Varsovie, 1867 - Sancellemoz, 1934)
Fils d'un médecin protestant, Pierre Curie ne fréquente d'abord ni école ni lycée. Ses parents, son frère puis un professeur ami de la famille se chargent de son instruction. Il rejoint finalement la Sorbonne où il passe sa licence de physique à l'âge de dix-huit ans. En 1880, il observe en collaboration avec son frère un phénomène important baptisé "piézo-électricité" selon lequel une pression exercée sur un cristal de quartz crée un potentiel électrique. En 1882, Pierre Curie est nommé chef de travaux à l'Ecole de physique et de chimie industrielle de Paris. Il travaille d'abord sur la symétrie et les répétitions dans les milieux cristallins puis s'intéresse au magnétisme. Dans sa thèse sur les Propriétés magnétiques des corps à diverses températures, il énonce la loi de Curie et définit le point de Curie, température au-delà de laquelle certains matériaux perdent leurs propriétés magnétiques. Ces travaux lui valent une chaire à l'Ecole de physique et de chimie en 1895.
La même année, Pierre Curie épouse Marie Sklodowska, une jeune polonaise venue poursuivre ses études scientifiques à la Sorbonne en 1892. Ayant obtenu sa licence de physique deux ans plus tard, Marie Curie est reçue à l'agrégation des sciences physiques en 1896. Elle s'intéresse alors de près aux récentes découvertes de Wilhelm Roentgen sur les rayons X et d'Henri Becquerel qui a découvert la radioactivité en 1896. Elle choisit comme sujet de thèse l'Etude des rayons uraniques. Elle observe les rayonnements du pechblende, minerai d'uranium, et découvre que ceux-ci sont plus intenses que ceux de l'uranium lui-même. Pierre Curie décide alors de mettre fin à ses recherches sur le magnétisme pour soutenir sa femme dans l'étude de ce phénomène. En 1898, ils publient leurs premiers résultats et annoncent la découverte de deux nouveaux radioéléments : le polonium et le radium. Les époux Curie passent les quatre années suivantes dans leur laboratoire de fortune. Leur but : extraire suffisamment de radium pour en déterminer la masse atomique. C'est chose faite en 1902 ; Marie présente le résultat dans sa thèse de doctorat en 1903 et reçoit la même année le prix Nobel de physique qu'elle partage avec son mari et Henri Becquerel. Elle est la première femme à recevoir un tel prix. En 1904, Pierre Curie obtient une chaire de physique à la Sorbonne et est admis en 1905 à l'Académie des sciences. Mais en 1906, il meurt brutalement, écrasé par un camion.
Marie se retrouve seule avec ses deux filles, Irène et Eve. Elle remplace Pierre à son poste de la Sorbonne et poursuit l'œuvre commune. En 1911, elle obtient le prix Nobel de chimie pour ses travaux sur le radium et ses composés et devient ainsi le premier scientifique à avoir reçu deux prix Nobel. Pendant la Première Guerre Mondiale, elle dirige les services radiologiques de l'armée. En 1921, elle participe à la création de la Fondation Curie, département des applications médicales de l'Institut du radium, fondé dès 1914. Mais les expositions répétées aux rayonnements du radium qu'elle subit depuis des années ont finalement raison de sa santé. Marie Curie décèdera d'une anémie dans un sanatorium de Sancellemoz en 1934.
Né à Paris le 15 mai 1859. Décédé à Paris le 19 avril 1906. Pierre Curie obtient sa licence de physique à l'âge de dix-huit ans. Ses premières recherches portent sur la cristallographie et plus particulièrement sur un phénomène important baptisé "piézoélectricité" selon lequel une pression exercée sur un cristal de quartz crée un potentiel électrique. Il rejoint ensuite Marie Sklodowska, qu'il épouse en 1892, pour des recherches sur les rayonnements des corps radioactifs, découvrant alors le radium et le polonium. Il reçoit le prix Nobel de physique en 1903 qu'il partage avec sa femme et Henri Becquerel. La même année, il est décoré de la "Davy Medal of the Royal Society of London" puis est élu à l'Académie des Sciences en 1905. Il disparaît tragiquement écrasé par un camion en 1906.

CURRIEN (Georges), 1877-1922 :
Né le 20 décembre 1877 à Fresse (Vosges), Georges Curien (Henri-Georges Curien pour l’état-civil) occupait au Thillot (Vosges) un emploi de sagard (employé de scierie). Il épousa en 1903 Marie-Amélie Bocard, qui lui donna deux filles, Marie-Suzanne et Amélie-Lucie, nées respectivement en 1905 et 1906. Il effectua son service militaire au 149e R.I. d’Épinal du 15 novembre 1898 au 21 septembre 1901, période pendant laquelle il devint soldat de première classe le 21 novembre 1899, puis caporal en 1900, avant d’être versé dans la réserve de l’armée d’active pour 11 ans. Il effectua alors deux périodes au sein du 109e R.I., en 1904 et 1907. A l'issue de ce temps de réserviste, il reçut comme tous les hommes de sa génération une affectation dans l’armée territoriale. Il y effectua une période avec le 43e R.I.T. en 1912. Il avait 36 ans lorsqu’il fut mobilisé, en août 1914. Il rejoignit alors le 2e bataillon du 43e R.I.T. (6e compagnie, 8e escouade).
Dès le 1er août 1914, il entama la rédaction de ses mémoires, pour n’y mettre un terme que le 30 décembre 1918. Ce carnet d’un combattant de la Grande Guerre pourrait n’être considéré que comme un témoignage de plus sur ce conflit. Pourtant, si l’on se réfère au recensement des écrits de combattants effectué par Jean-Norton Cru, il s’avère que les souvenirs de soldats de l’infanterie territoriale ne représentent que peu d'ouvrages, qui furent essentiellement le fruit de lettrés (Normaliens, juristes, écrivains). Le carnet de Georges Curien se distingue nettement de ces écrits pour trois raisons. Tout d’abord, il est le témoignage ininterrompu d’un modeste employé de scierie sur la guerre dans les Vosges et en Alsace, de la mobilisation au 22 février 1918. Ensuite, puisque Georges Curien ne peut être soupçonné d’avoir eu le désir d’être publié, son texte a le mérite de l’authenticité car son auteur y a fait état de sa vie au quotidien sans la romancer, et ce dans une langue d’une qualité et d’un style parfois assez étonnants pour un homme de sa condition. Enfin, il prit ses notes sur le vif et elles sont, par là même, empreintes d’une émotion souvent absente des récits composés des mois, voire des années après la guerre.
A la mobilisation, le 43e R.I.T. prit à Épinal sa formation de régiment à sept bataillons de quatre compagnies (7.000 hommes) et six compagnies de dépôt (2.000 hommes). Georges Curien, affecté à la défense de la place, connut alors une vie monotone, routinière, véritable vie de caserne à la campagne, qui se poursuivit jusqu’au 19 décembre, date du départ pour le front.
Après une période de travaux, la première semaine de l'année 1915 s’écoula en une succession d’ordres, de contrordres, de veilles aux avant-postes et de patrouilles. Peu à peu, l’attente, la lassitude, les intempéries, transformèrent l’ennui en amertume et l’inaction en impatience d’en découdre. Le 12 janvier, il prenait part à une reconnaissance au col de la Chapelotte. Mais ce devait être la seule action de la période : le 21 janvier, il regagnait les cantonnements d’Aydoilles. C’était le morne retour à l’arrière, à l’inaction, à un sentiment d’inutilité.
Le 11 février 1915, alors qu’ils se rendaient à une revue anodine, Georges Curien et son bataillon eurent l’occasion de rendre les honneurs à Raymond Poincaré et Alexandre Millerand. Ce fut l’un des rares événements qui vinrent troubler la monotonie des journées passées à attendre le départ vers d’autres cieux, moins cléments certes, mais qui auraient au moins l’avantage de mettre un terme à une inaction de plus en plus insupportable. Le 27 février, le 2e bataillon du 43e R.I.T. quittait Épinal pour Fraize. Après avoir mené quelques patrouilles dans les environs de la Croix-aux-Mines, il se retrouva vite à Saint-Dié pour un paisible séjour. Le 10 mars il se mettait en marche en direction du col du Pré de Raves, où il reçut son baptême du feu en franchissant l’ancienne frontière. Ce n’est pourtant que le 2 avril, s’étant rapproché du village du Bonhomme et de la Tête des Faux, "où la fusillade ne cesse jamais", que Georges Curien aperçut des Allemands pour la première fois depuis le début des hostilités ! Les patrouilles, les gardes, les veilles au poste d’écoute se poursuivirent jusqu’au 19 avril, rendues pénibles par la neige et le froid.
Après avoir passé quelques jours à Saint-Dié en service de place, le 2e bataillon prit la direction de Robache, puis de Denipaire afin d’accomplir des travaux aux tranchées. La cote 627, entre les villages de la Fontenelle et de Launois, était un secteur agité depuis septembre 1914. Georges Curien devait en prendre la mesure. Dès le 11 mai, la préparation de l’offensive allemande prit de l’ampleur, mais l’endurcissement éprouvé durant le séjour dans le secteur du Pré de Raves puis du Bonhomme avait porté ses fruits. Le 30 mai, les tranchées furent soumises à un violent bombardement et, pour la première fois, Georges Curien échappa de peu à la mort. Cette première véritable expérience du combat lui donna l’occasion de tempérer ses ardeurs guerrières, et il ne manqua pas d’accueillir comme "un repos bien gagné" la perspective d’un séjour en deuxième ligne à Denipaire, puis plus au calme encore à Saint-Dié, jusqu’au 18 juin. Il y reçut, le 6 juin, sa nomination au grade de sergent. Le 22, il assistait aux combats de la Fontenelle, dont il sortit sain et sauf. Le 6 juillet, il échappa une nouvelle fois à la mort lorsqu’un obus éclata à proximité de lui, en plein déjeuner. Même après les succès français du 24 juillet, le secteur de la Fontenelle ne retrouvait pas le calme, puisque Georges Curien, qui y séjourna jusqu’au 19 août, mentionna des bombardements allemands fréquents sur la position nouvellement conquise. Le 28 septembre, après un mois à Saint-Dié et une semaine en permission, le sergent Curien prit la direction de Celles-sur-Plaine.Il y arriva le 30 septembre 1915, s’attendant à y trouver un environnement moins agité que celui qui avait été le sien depuis le 11 mai précédent. Le 5 octobre, pourtant, il tirait au cours d’un feu de salve ses deux premières cartouches de la guerre ! Mais ce fut ensuite le retour à la morne vie de secteur. Du 24 octobre 1915 au 8 mars 1916, Georges Curien et ses hommes occupèrent la plupart des tranchées des environs de Celles-sur-Plaine. Cette période passée aux avant-postes et en patrouille ne fut pas à proprement parler de tout repos, mais il est intéressant de voir dans le carnet à quel point les bombardements pouvaient avoir perdu de leur impact psychologique, et de quelle manière la mort des hommes avait pu devenir anodine.
Embarqué le 9 mars 1916 à Raon-l’Etape à destination de Gérardmer, le bataillon transita par le Collet avant de redescendre en plein bois dans les environs du Reichackerkopf, secteur particulièrement inhospitalier. Le 30 mars, après deux semaines dans ses nouvelles tranchées, le 43e R.I.T. comptait déjà un tué. Les bombardements étaient quotidiens. Du 26 mai au 13 juin, le 2e bataillon se vit octroyer une période de repos à Cornimont, puis retourna au-dessus de la vallée de la Fecht. Le 6 juillet, ce fut l’occupation paisible de positions au-dessus de Soultzeren et, le 29, le retour aux tranchées du Reichackerkopf. C’est dans l’une de ces tranchées que Georges Curien fit une chute le 8 août. Il fut alors dirigé sur l’hôpital de la Poste, à Gérardmer, pour une entorse au pied gauche. Il n’en sortit que le 18 novembre pour retrouver sa compagnie au camp de Tinfronce le 2 décembre, après sa permission de convalescence. Son retour sous l’uniforme fut de courte durée puisqu’il contracta une angine dès le 8 décembre. S’ensuivit un séjour à l’ambulance alpine la plus proche, puis, pour la première fois depuis Noël 1913, des fêtes de fin d’année en famille. Revigoré par cette nouvelle semaine de convalescence passée auprès des siens, Georges Curien était prêt pour une deuxième campagne d’Alsace.
Le 16 février 1917, le 2e bataillon du 43e R.I.T. relevait le 1er bataillon dans le secteur du Linge, par un froid glacial. Il poursuivit ses travaux dans les camps Bouquet, Morlière et au Linge même jusqu’au 19 mars. Le 20 mars, le sergent Curien emmenait un petit détachement à la cote 650, au pied du Noirmont. Il venait de quitter un secteur à la mauvaise réputation pour en occuper un qui n’avait rien à lui envier. Le 23 mars, en réponse aux tirs de l’artillerie française, le poste de la cote 650 subit le feu allemand. Un soldat et un caporal furent grièvement blessés. Quant à Georges Curien, sa bonne étoile ne l’avait pas abandonné : il ne souffrit d’aucune blessure alors que la crosse de son fusil avait été percée d’éclats de part en part ! Sa conduite lors de ce "marmitage" lui valut d’être cité à l’ordre du régiment. Le 4 avril, il était versé à la 8e compagnie (la 6e ayant été dissoute) et se rapprochait de la Tête des Faux. Après un printemps plutôt agité (embuscades et coups de main), les mois de juillet, août, et septembre 1917 s’écoulèrent paisiblement : il fut décoré de la Croix de Guerre et bénéficia d’une permission.
Le 21 septembre, au jour de la dissolution de son bataillon, il était versé au 250e R.I.T., avec lequel il reprit son périple dans différents secteurs des Vosges. Il fut ensuite affecté au 112e R.I.T. à la date du 17 février 1918. Les mois suivants devaient être mouvementés et Georges Curien allait très vite se retrouver au combat, sans avoir eu le temps de s’y préparer le moins du monde, au sein d’une nouvelle unité et avec une nouvelle mission.
Débarqué dans l'Oise le 26 mars 1918, son régiment fut en effet jeté dans l'une des plus terribles batailles de la guerre : celle de Montdidier, au cours de laquelle l'offensive allemande du 21 mars devait être enrayée. C'est dans un contexte tout à fait nouveau pour lui (la guerre de mouvements en plaine) que le sergent Curien participa à des combats enragés autour de la ferme Filescamp. A la suite de cette terrible épreuve, il retrouva la vie habituelle des territoriaux, occupant des secteurs calmes (en forêt de Parroy notamment). Après la dissolution du 112e R.I.T. (septembre 1918), il servit dans un bataillon de pionniers, travaillant derrière le front, dont il suivit la progression jusqu'à l'armistice du 11 novembre. Il termina ensuite son périple dans les Ardennes belges puis au Luxembourg.Georges Curien ne devait pas profiter longtemps de la paix revenue. Il s'éteignait au Thillot le 26 février 1922, à l'âge de 44 ans.

Currien (Georges) : Carnet de Guerre de Georges Curien, Territorial vosgien, retranscrit et commenté par Éric Mansuy, préface de Jean-Noël Grandhomme, éditions Anovi, Parçay-sur-Vienne, 2001, 96 pages. Ce livre est disponible aux éditions Anovi

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