Thursday, November 17, 2005

A

La Troisième République a laissé dans l’histoire et dans la mémoire des Français des souvenirs contrastés. Née de la chute de Second Empire, elle est le régime qui, dans la France contemporaine a eu la plus grande longévité – 65 ans – de 1875 à 1940. Cependant, on inclut généralement sous cette appellation les 5 années d’hésitation précédant ce régime. Elle suscite, par l’ampleur de ses réalisations, par l’importance des réformes qu’elle a mises en chantier, par la stature des hommes qui l’ont incarnée, respect et admiration.
En revanche, ses débuts chaotiques (la Commune) et sa fin lamentable (la défaite de 1940) engendrent un sentiment de malaise, sinon de rejet. A tous ces facteurs, s’ajoutent les querelles qui ont déchiré les Français tout au long de son histoire, l’instabilité chronique dont elle pâtit dès son avènement, les scandales politico-financiers qui ont fini par la discréditer et l’incapacité dont elle a fait preuve face aux dangers extérieurs.

A

ABBEVILLE (Conférence d’) :
Conférence tenue le 6 mai 1918 entre les représentants des Alliés pendant la Première Guerre mondiale, à l’éffet de compléter les « pouvoirs de coordination » déjà attribués au général Foch dans la conférence de Doullens. Les attributions du général en chef sont étendues à tout le front occidental, secteur belge et italien compris. Foch y invite tous les grands chefs militaires de l’Entente à s’efforcer à reprendre l’initaitives des opérations.

ABBEVILLE (Fusillés d’) :
Le 20 mai 1940, dans Abbeville bombardé, 21 détenus belges et rançais que l’on transférait d la prison de Loos vers un établissement pénitentiaire du midi, et qui étaient provisoirement enfermés sous le kiosque à musique d’Abbeville, furent passés par les armes, sans jugement, par le peloton qui les gardair. Parmi eux se trouvait Jean Rijkoort, un nationaliste belge, et son ami Joris van Severen, considéré aujourd’hui comme « l’inventeur » (avant la lettre) du Bénélux, qui avaient été arrêtés en Belgique quelques jours plus tôt et que l’on avait transférés en France. Les cadavres des 21 « fusillés d’Abbeville » furent enterrés dans le coin des pauvres au cimetière de la ville.

ABSTRACTION-CRÉATION :

ACADÉMIE DES GONCOURT :
Les frères Goncourt avaient voulu reconstituer l'ambiance des salons littéraires du XVIIIe siècle, et celle des nombreux déjeuners ou dîners d'écrivains du XIXe (les «dîners Magny»). La mort prématurée de Jules en 1870, fera d'Edmond l'animateur du «Grenier» et le créateur de la «société littéraire», devenue Académie par opposition à l'Académie française qui refusa «l'immortalité» à de grands esprits tels que Balzac, Flaubert, Zola, Maupassant, Baudelaire, entre autres. Quarante-huit heures après la mort d'Edmond de Goncourt, en 1896, à l'âge de soixante-quatorze ans, son notaire Me Duplan lisait à Alphonse Daudet et Léon Hennique, ses légataires universels, le testament qu'il avait laissé:
«Je nomme pour exécuteur testamentaire mon ami Alphonse Daudet, à la charge pour lui de constituer dans l'année de mon décès, à perpétuité, une société littéraire dont la fondation a été, tout le temps de notre vie d'hommes de lettres, la pensée de mon frère et la mienne, et qui a pour objet la création d'un prix de 5000 F destiné à un ouvrage d'imagination en prose paru dans l'année, d'une rente annuelle de 6000 francs au profit de chacun des membres de la société.» Il est précisé que les dix membres désignés se réuniront pendant les mois de novembre, de décembre, janvier, février, mars, avril, mai et que le prix sera décerné «dans le dîner de décembre.» Ce rythme et ces dates furent adaptés par la suite aux nécessités de la vie du livre.Société littéraire instituée par Edmond de Goncourt en 1896 et reconnue d’utilité publique en 1903. Elle est composée de dix membres, tous hommes de lettres ; ceux-ci touchent une rente annuelle de 6.000 francs et sont chargés d décerner chaque année un prix de 5.000 francs « au meilleur volume d’imagination en prose », de préférence un roman (prix Goncourt). Les premiers membres de l’aAcadémie des Goncourt, en 1903, sont Léon Daudet (succ édant à a son père décédé), Huysmans, O. Mirbeau, les deux Rosny, L. Hennique, Paul Margueritte, G. Geffroy, E. Bourges, L. Descaves.
-1903 : John-Antoine Nau, Force ennemie, La Plume ;
-1904 : Léon Frapié, La maternelle, Albin Michel ;
-1905 : Claude Farrère, Les civilisés, Flammarion ;
-1906 : Jérôme et Jean Tharaud Dingley, l'illustre écrivain, Plon ;
-1907 : Emile Moselly, Terres lorraines, Plon ;
-1908 : Francis de Miomandre, Ecrit sur l'eau, Emile-Paul ;
-1909 : Marius-Ary Leblond, En France, Fasquelle ;
-1910 : Louis Pergaud, De Goupil à Margot, Mercure de France ;
-1911 : Alphonse de Chateaubriant, Monsieur de Lourdines, Grasset ;
-1912 : André Savignon, Filles de Pluie, Grasset ;
-1913 : Marc Elder, Le peuple de la mer, Calmann-Lévy ;
-1914 : prix non décerné à cause de la guerre ;
-1915 : René Benjamin Gaspard Fayard ;
-1916 : Adrien Bertrand, L'appel du sol (prix 1914), Calmann-Lévy ;
-1916 : Henri Barbusse, Le feu, Flammarion ;
-1917 : Henri Malherbe, La flamme au poing, Albin Michel ;
-1918 : Georges Duhamel, Civilisation, Mercure de France ;
-1919 : Marcel Proust, A l'ombre des jeunes filles en fleurs, Gallimard ;
-1920 : Ernest Pérochon, Nêne, Clouzot (puis Plon) ;
-1921 : René Maran, Batouala, Albin Michel ;
-1922 : Henri Béraud, Le vitriol de lune et Le Martyre de l'obèse, Albin Michel ;
-1923 : Lucien Fabre, Rabevel ou le mal des ardents, Gallimard ;
-1924 : Thierry Sandre, Le chèvrefeuille, Gallimard ;
-1925 : Maurice Genevoix, Raboliot, Grasset ;
-1926 : Henry Deberly, Le supplice de Phèdre, Gallimard ;
-1927 : Maurice Bedel, Jérôme, 60° latitude nord, Gallimard ;
-1928 : Maurice Constantin-Weyer, Un homme se penche sur son passé, Rieder ;
-1929 : Marcel Arland, L'ordre, Gallimard ;
-1930 : Henri Fauconnier, Malaisie, Stock ;
-1931 : Jean Fayard, Mal d'amour, Fayard ;
-1932 : Guy Mazeline, Les loups, Gallimard ;
-1933 : André Malraux, La condition humaine, Gallimard ;
-1934 : Roger Vercel, Capitaine Conan, Albin Michel ;
-1935 : Joseph Peyré, Sang et Lumière, Grasset ;
-1936 : Maxence Van der Meersch, L'empreinte de Dieu, Albin Michel ;
-1937 : Charles Plisnier, Faux-passeports, CorrÍa ;
-1938 : Henri Troyat, L'araigne, Plon ;
-1939 : Philippe Hériat, Les enfants gâtés, Gallimard ;
-1940 : Francis Ambrière, Les grandes vacances, Nouvelle France.

ACADÉMIE DES SCIENCES COLO-NIALES :
Fondée en 1922 pour susciter, encourager, développer et coordonner les études intéressant les colonies et servir de centre de travail à la vie intellectuelle des colonies et pays de protectorat ou d’influence. Elle compte des membres actifs (au nombre de 100), associés et correspondants, et publie des Comptes-rendus de ses séances et des annales.

ACADÉMIE DES SPORTS :
Fondée à Paris en 1910, l’Académie des sports a pour but d’encourager et de développer le sport sous toutes ses formes ; de distribuer des récompenses (diplômes, médailles, prix en espèces), de patronner les grandes manifestations sportives ; d’organiser des conférences et expositions artistiques se rapportant au sport ; d’établir un dictionnaire des sports, d’aider à la diffusion des sports nouveaux ; de revevoirs les sportsmen étrangers ; etc. Elle est divisée en trois sections : sport athlétiques, sports mécaniques, sports hippiques et cynégétiques.

ACADÉMIE FRANÇAISE :
Création d’Ancien régime (1635), vouée par Louis XIII et Richelieu à la défense de la langue, l’Académie française est la première des cinq académies formant l’Institut de France (1795). Placée sous le protectorat du chef de l’Etat, devenue un établissement public, elle s’est affirme comme un institution singulière dont la vocation initiale de gardienne de la langue se double d’un rôle de diffusion de la culture française à l’étranger mais compte moins que la fonction de consécration qui fait tout le prix d’une élection sous la Coupole.
Dès l’origine, l’Académie ne fut pas une assemblée purement littéraire mais s’ouvrit à des personnalités mondaines ou politiques. Au XIXe siècle, on peut se la représenter comme un salon prestigieux, au sein duquel les grands débats du temps définissent des « partis » et des coteries dont les frontières restent mouvantes.
L’affaire Dreyfus donne aux élections une signification plus politique. Si les vingt-quatre échecs de Zola ont eu pour origine l’hostilité des académies envers le roman naturaliste, c’est à l’intellectuel dreyfusard que « j’accuse… ! » (1898) fermera définitivement les portes du quai Conti. En dépit de la présence d’Anatole France et de Marcellin Berthelot, tous deux membres de la Ligue des droits de l’homme, l’Académie fait, en effet, figure de bastion de l’antidreyfusisme : présidée par deux académiciens, François Coppée et Jules Lemaître, la Ligue de la patrie française ne rallie pas moins de vingt-six immortels dont Brunetière, Paul Bourget*, Albert de Mun.
Barrès, l’un des premiers a s’être mobilisé contre Dreyfus, est élu en 1906, année même de la Réhabilitation du capitaine.
La Première Guerre mondiale atténue les oppositions, instaurant un climat d’union sacrée. Depuis 1913, l’académie compte dans ses rangs le président de la République Raymond Poincaré, entré sous la coupole en 1909. Elle organise le secours des veuves de guerre, met à la disposition de la Croix rouge plusieurs de ses domaines, vote de nombreuses mentions de soutien au gouvernement. La triple élection de Foch, Joffre et Clemenceau en 1918 prolonge symboliquement le patriotisme affirmé par les académiciens tout au long du conflit.
Dans l’entre-deux-guerres, si les enjeux « littéraires » demeurent, comme en témoigne l’élection difficile de Paul Valéry en 1925 ou le scandale provoqué par l’échec de Claudel, contre Paul Farrère, en 1935, c’est autour des cercles politiques que se structure la sociabilité académique. Dirigée par René Doumic, successeur de Brunetière, la très conservatrice Revue des deux mondes est réputée faire les élections. Dans la mouvance de l’Action française, de nombreux académiciens se retrouvent au cercle Fustel de Coulanges, crée en 1927 et dominé par les maurrassiens.
Certes, l’échec de Maurras en 1923 semble marquer les réticences de l’Académie vis-à-vis d’une candidature jugée trop « politique ». En 1938, sa deuxième tentative lui assure cependant, dès le premier tour, une victoire très nette. Entre ces deux dates sont entrés sous la Coupole seize des vingt académiciens ayant voté pour lui. Les maréchaux Pétain* et Franchet d’Espérey, le général Weygand sont du nombre, ainsi que Louis Bertrand*, André Chaumeix, André Bellessort, Jacques Bainville, Claude Farrère, Pierre Benoît. Dominée par les « intellectuels de droite » dès les années 1920, l’Académie s’est nettement ouverte à la droite nationaliste dans les années 1930.
S’il est difficile de parler « d’engagement » pour les prises de position d’une assemblée ayant constamment affirmé l’indépendance de ses membres, il reste que l’Académie française a été clairement représentée lors de la signature des pétitions et manifestes jalonnant cette période.
En 1925, en réponse à la mobilisation des « travailleurs intellectuels aux cotés du prolétariat contre la guerre du Maroc » (texte rédigé par Henri Barbusse et publié dans L’Humanité le 2 juillet), la contre-pétition publiée cinq jours plus tard par Le Figaro sous le titre « les intellectuels aux cotés de la patrie » apporte à Lyautey* (académicien depuis 1912) le soutien de nombreux immortels.
En octobre 1935, le « manifeste pour la défense de l’occident », rédigé par Henri Massis, est signé par seize académiciens, la plupart de ceux qui éliront Maurras en 1938. Hostile a des sanctions contre l’Italie au moment de la guerre d’Ethiopie, ce texte traduit un durcissement des prises de position d’une partie de la droite intellectuelle mais ne fait pas l’unanimité sous la Coupole où apparaissent des clivages.
Signataires de la pétition de 1925, Paul Valéry et François Mauriac ne cautionnent pas le texte de 1935. Vingt ans plus tard, Mauriac estimera même que « l’Académie française, qui fait sourire et qui relève, croient les gens légers, de la caricature, a été vraie entre 1918 et 1940, un des lieux où s’est préparé notre destin ».

Liste des académiciens pendant la IIIe République :
-Siège 1 :1890 : Charles de Freycinet 1924 : Émile Picard
-Siège 2 :1874 : Alexandre Dumas fils 1896 : André Theuriet 1908 : Jean Richepin 1927 : Émile Mâle
-Siège 3 :1881 : Victor Cherbuliez 1900 : Émile Faguet 1918 : Georges Clemenceau 1930 : André Chaumeix
-Siège 4 :1882 : Charles de Mazade 1894 : José-Maria de Heredia 1906 : Maurice Barrès 1925 : Louis Bertrand -Siège 5 :1880 : Edmond Rousse 1907 : Pierre de Ségur 1920 : Robert de Flers 1927 : Louis Madelin
-Siège 6 :1873 : Charles de Viel-Castel 1888 : Edmond Jurien de La Gravière 1892 : Ernest Lavisse 1923 : Georges de Porto-Riche 1931 : Pierre Benoit
-Siège 7 :1870 : Émile Ollivier 1914 : Henri Bergson
-Siège 8 :1875 : Jules Simon 1897 : Albert de Mun 1918 : Alfred Baudrillart -Siège 9 :1877 : Victorien Sardou 1909 : Marcel Prévost
-Siège 10 :1884 : François Coppée 1909 : Jean Aicard 1924 : Camille Jullian 1934 : Léon Bérard-Siège 11 :1884 : Edmond About 1886 : Léon Say 1896 : Albert Vandal 1911 : Denys Cochin 1922 : Georges Goyau 1940 : Paul Hazard-Siège 12 :1876 : Charles Blanc 1882 : Édouard Pailleron 1900 : Paul Hervieu 1918 : François de Curel 1930 : Charles Le Goffic 1932 : Abel Bonnard (radié en 1945)
-Siège 13 :1891 : Pierre Loti 1924 : Albert Besnard 1935 : Louis Gillet-Siège 14 :1886 : Charles Leconte de Lisle 1894 : Henry Houssaye 1912 : Louis Hubert Gonzalve Lyautey 1934 : Louis Franchet d'Esperey-Siège 15 :1880 : Eugène Labiche 1888 : Henri Meilhac 1898 : Henri Lavedan
-Siège 16 :1878 : Edme-Armand-Gaston d'Audiffret-Pasquier 1906 : Alexandre Ribot 1923 : Henri Robert 1938 : Charles Maurras(radié en 1945,non remplacé de son vivant)
-Siège 17 :1871 : Émile Littré 1881 : Louis Pasteur 1896 : Gaston Paris 1903 : Frédéric Masson 1924 : Georges Lecomte
-Siège 18 :1901 : Melchior de Vogüé 1918 : Ferdinand Foch 1929 : Philippe Pétain (radié en 1945, non remplacé de son vivant)
-Siège 19 :1886 : Édouard Hervé 1899 : Paul Deschanel 1923 : Auguste Jonnart 1928 : Maurice Paléologue
-Siège 20 :1884 : Victor Duruy 1895 : Jules Lemaître 1919 : Henry Bordeaux
-Siège 21 :1871 : Henri d'Orléans, duc d'Aumale 1898 : Eugène Guillaume 1905 : Étienne Lamy 1920 : André Chevrillon
-Siège 22 :1884 : Ludovic Halévy 1909 : Eugène Brieux 1933 : François Mauriac
-Siège 23 :1874 : Alfred Mézières 1918 : René Boylesve 1927 : Abel Hermant (radié en 1945)
-Siège 24 :1870 : Prosper Duvergier de Hauranne 1881 : Armand Prudhomme, dit Sully-Prudhomme 1908 : Henri Poincaré 1914 : Alfred Capus 1923 : Édouard Estaunié-Siège 25 :1871 : Louis de Loménie 1878 : Hippolyte Taine 1894 : Albert Sorel 1907 : Maurice Donnay-Siège 26 :1876 : Gaston Boissier 1909 : René Doumic 1938 : André Maurois -Siège 27 :1874 : Elme-Marie Caro 1888 : Paul-Gabriel d'Haussonville 1925 : Auguste-Armand de la Force
-Siège 28 :1870 : Jules Janin 1875 : John Lemoinne 1893 : Ferdinand Brunetière 1907 : Henri Barboux 1911 : Henry Roujon 1918 : Louis Barthou 1935 : Claude Farrère-Siège 29 :1878 : Ernest Renan 1893 : Paul-Armand Challemel-Lacour 1897 : Gabriel Hanotaux-Siège 30 :1903 : René Bazin 1932 : Théodore Gosselin, dit G. Lenotre 1935 : Georges Duhamel-Siège 31 :1870 : Xavier Marmier 1893 : Henri de Bornier 1901 : Edmond Rostand 1920 : Joseph Bédier 1938 : Jérôme Tharaud
-Siège 32 :1896 : Charles Costa de Beauregard 1911 : Hippolyte Langlois 1912 : Émile Boutroux 1922 : Pierre de Nolhac 1936 : Georges Grente
-Siège 33 :1873 : René Taillandier, dit Saint-René Taillandier 1880 : Maxime du Camp 1894 : Paul Bourget 1936 : Edmond Jaloux
-Siège 34 :1886 : Octave Gréard 1904 : Émile Gebhart 1909 : Raymond Poincaré 1935 : Jacques Bainville 1936 : Joseph de Pesquidoux
-Siège 35 :1888 : Jules Claretie 1918 : Joseph Joffre 1931 : Maxime Weygand
-Siège 36 :1882 : Adolphe Perraud 1906 : François-Désiré Mathieu 1910 : Louis Duchesne 1923 : Henri Bremond 1935 : André Bellessort
-Siège 37 :1871 : Camille Rousset 1893 : Paul Thureau-Dangin 1914 : Pierre de La Gorce 1934 : Maurice de Broglie
-Siège 38 :1878 : Henri Martin 1884 : Ferdinand de Lesseps 1896 : Anatole France 1925 : Paul Valéry
-Siège 39 :1888 : Eugène-Melchior de Vogüé 1911 : Henri de Régnier 1936 : Jacques de Lacretelle
-Siège 40 :1875 : Jean-Baptiste Dumas 1884 : Joseph Bertrand 1900 : Marcellin Berthelot 1908 : Francis Charmes 1918 : Jules Cambon 1936 : Lucien Lacaze
ACADÉMIE DE MÉDECINE :

ACTION FRANCAISE :
C’est en 1898, dans le cadre de la prolifération de groupements nationalistes nés de l’Affaire Dreyfus, que le journaliste Henri Vaugeois et l’écrivain Maurice Pujo fondent l’Action française. Le but étant de rassembler dans ce comité le nationalisme des intellectuels opposés au régime parlementaire. Au départ, ce mouvement n’est nullement hostile à la République, Vaugeois se réclamant du jacobinisme et Pujo professant une doctrine floue et anarchiste. En janvier 1899, Charles Maurras les rejoint et va entraîner le mouvement vers le « nationalisme intégral », c'est-à-dire la monarchie traditionnelle et héréditaire instituant en France un régime autoritaire et décentralisé balayant le parlementarisme. Telles sont les idées qu’il expose dans un article intitulé « enquête sur la monarchie », paru en 1900. Maurras devient rapidement le principal doctrinaire du mouvement et son animateur. Ses idées s’expriment à travers la revue L’Action française, fondée en juillet 1899 et qui paraît deux fois par mois jusqu’en 1908, date à laquelle elle devient un quotidien dirigé par Maurras, Léon Daudet et l’historien Jacques Bainville. Journal délibérément violent et insolent, n’hésitant pas à lancer des campagnes calomnieuses contre l’Université et les Juifs, ne faisant aucun mystère de sa volonté d’abattre le régime républicain, il bénéficie d’un véritable prestige intellectuel, dû aux qualités littéraires de ses principes rédacteurs. L’influence de l’Action française est à cet égard importante et elle dépasse le cercle des groupuscules qui se rattachent autour d’elle, le Ligue d’Action française, fondée en 1905, le groupe d’action des Camelots du Roi, fondé en 1908. En fait, à une jeunesse privée de perspectives par la monotonie de la République

ACTION LIBÉRALE POPULAIRE :

ACTION LIBÉRALE (Groupe d’) :
Ce groupe parlementaire fut crée à la Chambre des députés en mai 1899. Ce fut le noyau de l’Action libérale populaire fondée trois ans plus tard.

ACTION MODERNE (L’) :
Journal fondé en 1901 et qui est, avant la Première Guerre mondiale l’organe hebdomadaire du Comité républicain du Commerce, de l’Industrie et de l’Agriculture alors puissant « lobby » passant pour intimement lié à la Franc-maçonnerie. Son fondateur, Alfred Mascuraud, sénateur de la Seine, était, en effet, un maçon actif et les dirigeants du « Comité Mascuraud » comme on disait alors, étaient pour la plupart membres de la Franc-maçonnerie. Le rôle du Comité était grand alors : il influait sur le choix des candidats aux élections et subventionnait la propagande électorale de ceux qui avaient reçu son patronage, d’ailleurs discret.
A la veille de la Première Guerre mondiale, Paul Jourdain, sénateur, ancien ministre, également maçon, préside le Comité. Le journal L’Action moderne, qui a disparut au moment de la guerre, avait pour rédacteur Maurice Laban qui collabore ensuite à L’Oeuvre de Marcel Déat.

ADAM (née Juliette Lamber), 1836-1936 :
Femme de lettres. Née à Verberie (Oise), le 4 octobre 1836, Juliette Adam fut l’auteur de romans dont les principaux furent : Jean et Pascal, Laide (1876), Grecque (1877), Païenne (1883). Elle épousa l’avocat Le Messine, puis Edmond Adam (1817-1877), rédacteur au National, puis secrétaire général du Comptoir d’escompte, préfet de police, député, sénateur, qui favorisa l’évasion d’Henri Rochefort de Nouvelle-Calédonie.
Figure centrale du parti républicain, de sensibilité nationale, Juliette Adam fit de son salon littéraire et politique (1877) l’un des points de ralliement de la Revanche. Elle publia, de 1873 à 1909, de nombreux ouvrages de souvenirs consacrés au siège de Paris. Chez elle fréquentèrent les hommes en vue du régime, de Gambetta à Joseph Reinach en passant par Grévy, le général de Galliffet, Jules ferry, Adolphe Brisson.
En 1879, elle fonda la Nouvelle Revue, entretenant la flamme autour des provinces perdues d’Alsace et de Lorraine, et Léon Daudet rendra cet hommage à sa « chère patronne » : « elle a publié mes premiers essais. Elle m’a guidé maternellement à travers les pièges de la littérature et du journalisme qui guettaient les débutants. Enfin, elle m’a mis au cœur une haine lucide de la Bête allemande, qui ne s’éteindra qu’avec moi. […] Elle est celle qui n’a jamais renoncé, celle qui ne s’est jamais reposée dans le combat sourd, tenace, quotidien contre le Germain, qui fut la trame de son existence. » En 1919, Juliette Adam connaît la joie d’assister à la signature du traité de Versailles, où Clemenceau l’a conviée. Celle qui a publié Païenne et posé cette question : « L’âme de la France est-elle donc catholique et ne peut-on être en contact absolu avec elle que par le catholicisme et sa pure tradition ? » écrit alors Chrétienne (1913), professe désormais la foi catholique et, devenue monarchiste, devient la propagandiste enthousiaste et généreuse de l’Action française. Elle décéda à Callian (Var), le 23 août 1936.

ADER (Clément), 1841-1925 :
Clément Ader est né à Muret (Haute Garonne), le 2 avril 1841 de François Ader et de sa deuxième femme, Antoinette Forthané. Les Ader sont tournés vers la menuiserie depuis plusieurs générations. Son grand-père maternel qui servit dans les armées de Napoléon Ier, vivait avec sa femme dans un moulin, dont le mécanisme enchanta longtemps son petit-fils. Il venait souvent le regarder, tout en écoutant les récits de campagne de son aïeul. Ce sont sûrement ces histoires qui insufflèrent au jeune enfant le patriotisme qui ne le quitta jamais durant toute sa vie.
Ader père espérait beaucoup que Clément lui succédât à la tête de la menuiserie familiale. Mais il souhaitait avant tout le bonheur de son fils unique. Aussi, lorsque l'instituteur de Muret vint lui conseiller d'envoyer Clément à Toulouse pour suivre des études secondaires, il se résigna. Il optint son baccalauréat à 15 ans. Il était considéré par ses professeurs comme « un élève très sérieux, particulièrement doué en mathématiques et en dessin ».
En 1857, s'ouvre une nouvelle section dans l'établissement : une école industrielle amenant un diplôme d'ingénieur équivalent aux Arts et Métiers. Ader fait partie de la première promotion, d'où il sortira diplômé en 1861. On pense qu'il commença les concours d'entrée aux Grandes Écoles, mais soit ne les passa pas par goût, soit échoua, ce dont on peut douter. Ses études terminées, il se mit en quête d'une situation stable.Il commence par travailler à la Compagnie de Chemin de Fer du Midi, où il imagine une machine à poser les rails, qui fut utilisée pendant des dizaines d'années. Puis il se lance dans la fabrication de vélocipèdes. Son idée de coller une bande de caoutchouc sur les roues et d'utiliser un cadre creux lui donne un grand succès tant sportif que commercial. Malheureusement, la guerre de 1870 le ruine. Il monte à Paris pour essayer d'y faire fortune et offrir ses services à la France.Clément Ader, inventeur fécond (les chenilles de chars, la transmission stéréophonique ou « théatrophone », le câble sous-marin, l'aéroglisseur, le moteur V8) et père de l'aviation moderne, a consacré une grande partie de sa vie à la réalisation d'un rêve d'enfant : le vol d'un plus lourd que l'air.Ses études sur le vol des oiseaux l'ont conduit à construire tout d'abord un planeur en plumes d'oie, dont on peut voir des éléments dans certaines photographies de son ami Nadar. On ignore si Ader a vraiment volé avec ce planeur mais des études menées au musée de l'air du Bourget tendrait à penser que cette machine était déjà capable de s'élever dans les airs.Par la suite, ayant convaincu le ministre de la Guerre de financer ses travaux grâce à des fonds secrets, Ader met au point des prototypes dont les formes étaient inspirées d'upratique qu'un choix final : Ader estimait qu'il était plus facile de régler une aile de chauve souris qu'une aile d'oiseau, mais qu'une fois le vol maîtrisé, une aile rigide inspiré de celle des oiseaux serait plus efficace et plus solide.Il réalisa 3 appareils : l'Éole (l'Avion), le Zéphyr (Avion II) et l'Aquilon (Avion III) entre 1890 et 1897.Son premier vol sur 50 mètres à 20 cm du sol aurait eu lieu le 9 octobre 1890 dans le parc du château de Gretz-Armainvilliers, aux commandes de l'Éole. Contacté par l'armée intéressée par le projet, Ader effectue un deuxième vol à bord de l'Éole au camp de Satory en septembre 1891, l'appareil impressionne positivement les militaires qui commandent à Ader un second appareil. Ader commence alors la construction d'un second appareil, évolution du premier mais présentant des similitudes avec l'Éole : l'appareil est monomoteur, son moteur est un bicylindre à vapeur ultra-léger de 20 ch et 35 kg.L'avion II (Zéphyr) n'est pas achevé, mais sert de base à l'avion III (Aquilon) qui est un bimoteur permettant d'éliminer les problèmes d'instabilité de l'Éole du aux effets de couple de la simple hélice. L'avion III effectue un vol de 300 mètres devant un comité militaire le 14 octobre 1897 à Satory, ce vol s'étant déroulé dans des conditions météorologiques très mauvaises, l'Avion III est endommagé lors de son atterrissage. Le ministère de la guerre ne désirant plus financer Ader, celui-ci est contraint d'arrêter la construction de ses prototypes (l'Éole avait coûté 200 000 FR de l'époque soit près de 8 millions de nos euros). Il tente alors de donner son fabuleux moteur à vapeur au Capitaine Renard, qui travaille sur la navigation des dirigeables, puis se lance dans la fabrication des moteurs à explosion. L'équilibrage de ces V8 montre toujours le souci d'une utilisation aéronautique. Contraint au secret militaire (les archives de Satory n'ont été rendues accessibles que dans les années 90), il ne parle de ses vols qu'en 1906 après celui de Santos-Dumont à Bagatelle, c'est à cause de ce silence qu'est née la controverse entretenue par les partisans des frères Wright. En France, à l'époque, personne n'a entendu parlé des frères Wright. Santos Dumont prétend donc être le père de l'aviation. Un débat national, jamais vraiment tranché, s'engage. Ader prend sa retraite. Il finit sa vie près de Toulouse, dans ses vignes. De temps à autres, Panhard et Levassor lui demandent de tester leurs derniers modèles. Son cerveau bouillonne toujours d'idées (on a retrouvé des croquis de turbines et de réacteurs dans ses carnets de notes), mais il ne construit plus rien. Il meurt à 84 ans le 3 mai 1925 à Toulouse après une reconnaissance nationale tardive. Seul a survécu l'avion III qui est exposé à Paris au Musée des Arts et Métiers. On doit au grand photographe Nadar de belles photos des ateliers d'Ader où le connaisseur pourra voir, outre l'Eole, des éléments du planeur et du Zéphyr. Outre la paternité du premier vol, on doit à Ader l'invention du mot « avion » (Appareil Volant Imitant l'Oiseau Naturel) et deux ouvrages sur l'aviation : « la première étape de l'aviation militaire française » et « L'aviation militaire », sans compter les nombreuses inventions hors du champ de l'aéronautique.

AGADIR (l’incident d’) :
La conférence d’Algésiras, tenue de janvier à avril 1906, à la suite de la crise de Tanger, fut un compromis entre les grandes puissances sur la question du Maroc. Elle confirma la prépondérance de la France en donnant à celle-ci mission de maintenir l’ordre sur les confins algériens et dans les ports de l’Atlantique. En même temps, elle limita la liberté d’action française, car rien ne fut prévu en cas de troubles à l’intérieur du pays. On ne pus pas donc dire qu’elle régla totalement la question du Maroc. Or, en 1908, les populations marocaines détrônèrent le sultan Abd-Al-Aziz, accusé de favoriser l’intrusion des Français, et le remplacèrent par son frère Moulay Hafid qui suivit la même politique que son frère. La pénétration française fit donc des progrès, au grand déplaisir de l’Allemagne qui tente d’abord de se servir comme monnaie d’échange des droits qu’elle prétend posséder au Maroc pour obtenir des avantages économiques. Le 9 février 1909, un accord franco-allemand est conclu : l’Allemagne reconnaît la prédominance de la France sur le Maroc, moyennant un partage des avantages économiques. Mais très vite, l’Allemagne, déçue des résultats de l’accord, cherche à rouvrir la question marocaine.
L’occasion se produit lorsque le sultan Moulay Hafid, assiégé dans Fès par des tribus berbères révoltées, fit appel à la France. Cette dernière intervient militairement pour dégager le sultan et protéger les nationaux. Cette action dépassant les droits accordés à la France à Algésiras, l’Allemagne accuse la France de violer l’accord, et le 1er juillet 1911, en réaction, une canonnière allemande fut envoyée dans le port d'Agadir, sous prétexte d’assurer la protection des colons allemands. Le but recherché étant de décrocher une compensation et d’intimider le gouvernement français pour le contraindre à négocier sous la menace de la guerre. Ainsi, l’Allemagne voulait obtenir de la France, la totalité de ses possessions au Congo qui, alliées à celle du Cameroun qu’elle possède déjà, lui procurerait un vaste domaine colonial en Afrique centrale, susceptible de s’accroître encore avec l’éventuelle « liquidation » du Congo belge (au cas où le roi Léopold, son propriétaire, y renoncerait), dont elle pourrait espérer avoir sa part en tant qu’état limitrophe. Les exigences de l’Allemagne paraissent, aux yeux de l’Europe entière complètement démesurées au point que le président du Conseil Joseph Caillaux ne pouvait les accepter. Les autorités britanniques font savoir à l’Empereur Guillaume II que les demandes allemandes sont trop excessives et qu’il appuiera la France, si nécessaires par les armes. La France jugeait qu’un conflit ne ferait que tourner à son désavantage étant donné l’état de désorganisation dans lequel se trouvait le haut-commandement, la faiblesse de l’artillerie lourde et le désenchantement de la Russie qui considère que, les intérêts vitaux en France n’étaient pas menacés, l’alliance franco-russe na saurait jouer. Convaincu avec raison qu'une guerre ruinerait l'Europe, Joseph Caillaux plaide dès lors en toutes circonstances pour la paix, ce qui lui vaut d'être honni par une grande partie de la classe politique. La crise trouva une solution à travers une série de longues négociations. Menées directement par Caillaux, négocie un compromis de la dernière chance : un accord est signé le 4 novembre 1911 qui prévoyait l'échange d'une partie du territoire du Congo français, entre le Cameroun et le Congo belge contre la fait que l’Allemagne ne devait pas gêner l’action française au Maroc. Mais pour que la France n’ait pas l’air de céder à un chantage, on donne à l’arrangement l’apparence d’un échange, les Allemands lui cédant un petit territoire situé au sud du lac Tchad. Le 30 mars 1912, qui n’a plus à redouter l’opposition de l’Allemagne, impose à Moulay Hafid la Convention de Fès qui rétablit un régime de protectorat sur le Maroc.
Les conséquences de la crise d’Agadir sont considérables. En France, cet accord mécontenta le monde politique et l’opinion qui reprochèrent d’avoir trop cédé à l’Allemagne et son gouvernement fut renversé fin 1911 remplacé par Raymond poincaré. Celui-ci se montra plus ferme vis-à-vis de l’Allemagne et resserra les liens avec le Royaume-Uni, choqué par la brutalité des méthodes diplomatiques de l’Allemagne. L’Entente cordiale en sort renforcée, de sorte que Guillaume II s’en inquiète et accélère la course aux armements, ce qui contribue à consolider encore plus l’entente franco-anglaise. On date de cet «incident d'Agadir» une importante étape dans la détérioration de la situation européenne et la prise de conscience par l'ensemble des Européens d'une menace de guerre généralisée.

ALLAIN (J.-C.) : Agadir, 1911, une crise impérialiste en Europe pour la conquête du Maroc, Paris, Publications de la Sorbonne, 1976.
GUILLEN (P.) : L’Allemagne et le Maroc de 1870 à 1905, Paris, PUF, 1967.
MILZA (P.) : Les relations internationales de 1871à 1914, Paris, A. Colin, 1968.

AGRICULTURE :

AIGLE (Charles, Joseph, Maris, Marquis de l’), 1875-1935 :
Homme politique. Fils du comte Robert de l’Aigle (1843-1931), député de l’Oise de 1885 à 1893. Maire de Rethondes, conseiller général de Ribécourt, il est élu deéputé de l’Oise (Compiègne), en 1932et s’inscrit au groupe du Centre républicain. Il meurt en cours de mandat. Le marquis de l’Aigle figure parmi les fondateurs de l’association de la Presse monarchique et catholique des départements.

AILLIÈRES (Fernand Caillard d’), 1849-1897 :
Homme politique. Ferdinand Caillard d’illières est député conservateur de la Sarthe de 1882 à sa mort. Collaborateur du Correspondant, il était l’un des membres de l’Association de la Presse monarchique et catholique. Il a laissé des études remarquées sur les Épurations administratives de 1877 à 1880 ». Son oncle, Thérèse-Françoic-Albert Caillard d’Aillières (1817-1906), lui succède mais ne présente Mamers que jusqu’en 1892. Par contre, son fils, Bernard Caillières d’Aillières est député conservateur et sympathisant PSF de la Sarthe, de 1936 à 1942.

ALAIN (Chartier Emile, Auguste, dit), 1868-1951 :
La position d'Alain dans la IIIe République est la réplique de celle de Paul-Louis Courier sous la Restauration. Auteur d'une Doctrine radicale (1924), et du Citoyen contre les pouvoirs (1929), Emile Chartier, en littérature "Alain", enseigna toute sa vie la philosophie. Certains de ses élèves atteignirent à la notoriété ; dans les Mémoires qu'il publia peu avant sa mort, Raymond Aron, en déclarant que "c'était sa personnalité plus que sa philosophie" qui lui en avait imposé (1), affirme n'avoir souscrit "ni à sa méthode, ni aux résultats de celle-ci". Et il en fait un portrait tout en nuances : "sans hostilité, sans passion, sans mépris : sophiste par opposition aux savants ou peut-être même aux philosophes" ; pour rappeler ce jugement sévère : "le prestige d'un philosophe tel Alain annonce la ruine d'un Etat" (2). Il demeure que tous ses élèves, qui "faisaient bande à part, ni communistes, ni socialistes, mais gauche éternelle, celle qui n'exerce pas le pouvoir" (3), tous furent marqués par une pensée originale jusqu'au paradoxe. Se refusant à organiser celle-ci en système, Alain s'est exprimé en Propos, d'abord publiés en articles, puis réunis en volumes.Partout, éclate son hostilité délibérée à l'égard de la société et du gouvernement. L'individualisme est pour lui le fond du radicalisme, il est le moteur de tout progrès, car "le peuple vaut mieux que ses maîtres" (4). La société - qu'il surnomme le "gros animal" - est toujours puissante et aveugle. Elle produit toujours "la guerre, l'esclavage, la superstition, par son mécanisme propre". Le rôle du mouvement démocratique est de s'élever contre les réactions du "gros animal", et de "balancer l'association naturelle, disons l'organisme social, par une espèce de contrat, appelé à tort contrat social, car c'est un contrat anti-social" Alain, dont la maxime de conduite est "obéir de corps, ne jamais obéir d'esprit", n'entend toutefois pas détruire matériellement l'Etat auquel il se targue d'échapper intellectuellement. Selon lui, nous sommes, en réalité, gouvernés par les services ; les pouvoirs sont les bureaux ; notre République est une "bureaucratie", ou, selon un terme plus noble, une "technocratie". "Il faut des magistrats pour juger, dit Alain, ils faut des agents pour faire circuler les voitures, il faut des généraux pour commander l'armée, il faut des ingénieurs pour construire des routes ; il faut à chaque place l'homme le plus instruit et le plus apte à exercer les fonctions : c'est dire que le pouvoir appartient à l'administration qui a l'obligation de recruter ses fonctionnaires en exigeant d'eux les preuves de leur compétence".Et ici, se font jour chez l'auteur deux sentiments contradictoires : d'abord un sentiment d'admiration, peut-être riche d'ironie : "Nous sommes gouvernés par des savants : à la Guerre, à la Marine, aux Travaux publics, aux Finances, à l'Instruction, à la Justice, les chefs de service sont des spécialistes incomparables et qui sont entrés dans leur étude propre qu'après une forte préparation intellectuelle" ; mais aussi un sentiment de méfiance : celui du danger de laisser aux services une telle autorité : "Nos maîtres, ce sont les bureaux, ce sont les seules que les républicains puissent accepter, mais non pas accepter sans contrôle". Celui-ci est d'autant plus indispensable qu'en vertu d'une théorie chère à Alain, tout pouvoir, quel qu'il soit, est, en l'absence de contrôle, poussé vers la tyrannie : "L'abus de pouvoir, dit-il, est un fruit naturel du pouvoir." Or, les techniques sont des hommes, subissant eux-mêmes cette tentation inéluctable du pouvoir. Ils doivent donc être contrôlés par le pouvoir politique. En bref, le pouvoir administratif, comme dirait un juriste, est le véritable et même le seul pouvoir, le pouvoir politique n'est qu'un contrôle.L'abus de pouvoir est un fruit naturel du pouvoir De cette prise de position découle une conception originale du rôle des gouvernants que René Capitant a très bien analysé (6). "Les ministres, nous dit Alain, sont moins les chefs que les contrôleurs des bureaux. Ils sont comme des tribuns, chacun d'eux ayant la surveillance d'une de ces puissantes administrations qui, toutes, tyranniseraient si on les laissait faire. Le ministre n'est autre chose qu'un délégué du peuple pour la surveillance d'un travail déterminé, aussi le ministre doit-il rester citoyen, le citoyen modèle qui a la charge de découvrir tous les abus du pouvoir et d'y mettre fin. Qu'il garde son veston, qu'il n'aille pas revêtir l'uniforme chamarré du pouvoir, ni se faire gouvernant, ni révérer à son tour la raison d'Etat qu'il a pour mission de poursuivre". L'idéal, selon Alain, est que les ministres surveillent, contrôlent, censurent, et, au besoin, redressent au nom du peuple les "grands seigneurs du pouvoir"... Combes, tribun du peuple, pauvre et redouté, reste le modèle de ces chefs que les puissants méprisent, mais qui demeurent fidèles à leur mission. Pelletan, ministre de la Marine, est une autre illustration du radicalisme authentique

ALAIN-FOURNIER (Henri-Alban, dit), 1886-1914 :
Henri-Alban Fournier (il prendra en littérature le demi-pseudonyme d’Alain-Fournier) est né le 3 octobre 1886 dans le Cher, à la Chapelle-d’Angillon. Fils d’instituteurs, il passe son enfance dans le sud du Berry. En 1891, son père est nommé à l’école d’Epineuil-le-Fleuriel. Le futur Alain-Fournier y sera son élève jusqu’en 1898, avant d’entrer en sixième, comme pensionnaire au lycée Voltaire à Paris.En 1901 il songe à devenir marin et rentre en seconde au lycée de Brest pour se préparer à l’Ecole Navale. Mais il y renonce et vient, en janvier 1903, passer son baccalauréat au lycée de Bourges. En octobre 1903 Alain-Fournier va préparer l’Ecole normale supérieure au lycée Lakanal à Sceaux. C’est là qu’il rencontre Jacques Rivière qui devient son meilleur ami. Ils échangeront jusqu’en 1914 une importante et passionnante correspondance. Jacques Rivière deviendra, en 1909, son beau-frère en épousant en effet Isabelle Fournier, de trois ans plus jeune que son frère.Le 1er juin 1905, jour de l’Ascension, Alain-Fournier, jeune lycéen de 18 ans vient de visiter " le Salon de la Nationale" au Petit Palais. En descendant l’escalier de pierre, son regard croise celui d’une grande jeune fille blonde, élégante, élancée, portant un "grand manteau marron ". Il la suit sur le Cours-la-Reine, puis sur un bateau mouche où elle s’embarque et enfin l’accompagne à distance jusqu’à sa maison du boulevard Saint Germain. Il revient plusieurs fois sous ses fenêtres et sa persévérance sera récompensée.Le 10 juin, il a pu apercevoir derrière la vitre le visage de la jeune fille. Surprise, mais souriante. Le lendemain 11 juin, jour de la Pentecôte, il est encore là, tôt le matin et la jeune fille sort de cette maison, un livre de prières à la main. Avant qu’elle ne monte dans le tramway il l’accoste et murmure : " Vous êtes belle". Rabroué mais non dépité, il la suit jusqu’à l’église Saint-Germain des Près. A la fin de la messe, il l’aborde à nouveau et c’est " la grande, belle, étrange et mystérieuse conversation" entre deux êtres qui, jusqu’au pont des Invalides vont laisser vivre leur rêve. Au coin du Pont de la Concorde, elle lui demande son nom, il lui dit. Elle hésite une seconde, puis "regardant bien droit, pleine de noblesse et de confiance elle a dit fièrement : Mon nom ? je suis mademoiselle Yvonne de Galais..."Hélas la réalité reprend ses droits : la jeune fille est fiancée, son destin est tracé. Avant de se perdre dans la foule, elle se retourne vers celui qu’elle vient de quitter et à qui elle a demandé de ne pas la suivre. Une dernière fois le regarde longuement.Cette rencontre, dont il a noté tous les détails, dès les jours suivants, va déterminer la vie entière d’Alain-Fournier. Il la transposera quasi littéralement dans le Grand Meaulnes. Pendant huit ans, Alain-Fournier s’efforcera de raconter son histoire en l’associant à ses plus chers souvenirs d’enfance. Parallèlement au Grand Meaulnes, il écrira également des nouvelles et des poèmes. En 1906, le jour anniversaire de l’Ascension, Alain-Fournier guette vainement la jeune fille sur Le Cours la reine et confie le soir même à Jacques Rivière : "Elle n’est pas venue. D’ailleurs fut-elle venue, qu’elle n’aurait pas été la même ". Cette année-là, il échoue au concours d’entrée à l’Ecole Normale. En 1907, au terme d’une ultime année de "Khâgne" au lycée Louis Le Grand, il échoue de nouveau à l’Ecole Normale. Il apprend également le récent mariage d’Yvonne de Quiévrecourt.
En 1908 et 1909, il fait son service militaire : après le peloton d’élève-officier à Laval, il est nommé sous-lieutenant à Mirande (Gers). Toujours hanté par le souvenir d’Yvonne, il écrit quelques poèmes et essais qui seront repris plus tard sous le titre Miracles. Yvonne de Quiévrecourt est née en 1885 à Paris. Le 1er juin 1905, jour de l’Ascension, elle croise Alain-Fournier, jeune lycéen de 18 ans, qui descend les marches du Petit Palais.Le 17 octobre 1906, elle épouse un médecin de marine Amédée Brochet de Vaugrigneuse ; un mariage de raison souhaité par son père. Après son service militaire, Alain-Fournier cherche un emploi, il trouve en avril 1910 un poste de rédacteur à Paris-Journal. Il a une liaison avec Jeanne Bruneau, une modiste de la rue Chanoinesse, originaire de Bourges. Il se donne tout entier à elle, mais elle ne le comprend pas. Le 19 Octobre 1910 il écrit à Jacques et sa sœur : "C’est fini". Ils se reverront pourtant et la rupture définitive ne se produira qu’au mois d’avril 1912. Alain-Fournier confiera dans sa correspondance : " J’ai fait tout cela pour me prouver à moi-même que je n’avais pas trouvé l’amour."A partir de 1910, Alain-Fournier, installé rue Cassini, se met pour de bon à l’écriture du Grand Meaulnes. En 1912, il quitte la rédaction de Paris-Journal, devient le secrétaire de Claude Casimir-Perier avant d’entamer avec la femme de ce dernier la célèbre actrice madame Simone, de son vrai nom Pauline Benda, une liaison orageuse. Fin juillet 1913, huit ans après la rencontre du Grand Palais, grâce à l’entremise de Jeanne de Quiévrecourt, sa sœur, Alain-Fournier rencontre une dernière fois Yvonne de Vaugrigneuse, désormais mère de deux enfants. Il la quitte donc pour toujours et revient vers Simone. Achevé au début de 1913, Le Grand Meaulnes paraît d’abord dans La Nouvelle Revue française (de juillet à octobre 1913), puis en volume chez Emile-Paul. Sélectionné pour le prix Goncourt, Le Grand Meaulnes obtient 5 voix au dixième tour de scrutin (alors qu’il lui en suffisait de 6 pour avoir le prix). Pourtant au onzième tour, c’est Le Peupler de la Mer de Marc Elder qui aura le Prix Goncourt. Au début de 1914 Alain-Fournier ébauche une pièce de théâtre, la Maison dans la forêt, et commence un nouveau roman, Colombe Blanchet, qui restera inachevé.
Mobilisé dès la déclaration de guerre, en août 1914, Alain Fournier rejoint le front comme lieutenant d’infanterie. Le 22 septembre 1914, il est tué au sud de Verdun, dans les Hauts de Meuse. Il n’avait pas encore vingt-huit ans. Porté disparu avec vingt de ses compagnons d’armes, son corps a été découvert dans une fosse commune où les Allemands l’avaient entérré. Il a été identifié en novembre 1991 et est maintenant inhumé dans le cimetière militaire de Saint-Remy la Calonne (Meuse).

ALBERT-LE-ROY (François), 1856-1905 :
Homme politique. Né à Paris le 19 décembre 1856, Député de l'Ardèche de 1904 à 1905. Docteur es lettres, Avocat à la cour d'appel de Paris, il avait débuté dans la carrière administrative comme sous-préfet, et conseiller de préfecture de Seine-et-Oise. Déjà conseiller général de l'Ardèche, il succède à un poste de député devenu vacant à Privas, après plusieurs tentatives infructueuses. Inscrit à la gauche radicale-socialiste, et membre de divers commissions, il se lança avec passion dans les débats qui marquèrent cette époque. Il interpella le gouvernement sur la séparation des Églises et de l'État, puis participa à la discussion du projet et des propositions de loi sur cette même séparation. Il meurt à Saint-Fortunat-sur-Eyriuex (Ardèche) le 18 août 1965.

ALBERT-PETIT (Armand-Alexandre), 1860-1944) :Hommepolitique. Armand-Alexandre Albert-Petit est né à Gasny, dans l'Eure, le 16 novembre 1860. Il effectue sa scolarité à Évreux, où il obtient de brillants résultats, décrochant notamment la première place au concours général, en histoire et en discours latin. A l'âge de 18 ans, le jeune homme quitte sa Normandie natale et "monte" à Paris, où il devient vétéran de rhétorique au lycée Louis-le-Grand. De là, il entre bientôt à l'École Normale Supérieure d'Histoire. Il est agrégé en 1884 et commence sa carrière d'enseignant au lycée de Caen, où il officie de 1884 à 1887.
En 1887, il quitte la France pour prendre le poste de professeur d'histoire à l'École Polytechnique suisse, à Zurich. Il y remporte un grand succès et ses cours sont suivis par une assistance sans cesse plus nombreuse. Sa leçon sur la guerre de 1870-1871 surtout est appréciée par ses étudiants, ainsi que par des auditeurs étrangers à l'école. Cet afflux imprévu de spectateurs rend vite sa salle de classe trop petite ! C'est dans le grand amphithéâtre de l'école qu'il doit désormais enseigner. Il rentre à Paris en 1890 et reçoit comme affectation une chaire d'Histoire au lycée Janson-de-Sailly, qu'il ne quittera qu'en 1923.
C'est pendant son séjour helvétique qu'il publie en 1888 son premier livre : La France économique. Quelque temps plus tard, il entame une longue collaboration de presque quarante années avec le Journal des Débats, dans lequel il s'occupe plus particulièrement des questions de démographie, d'éducation, de budget et de politique. Il rédige des rubriques similaires dans la Dépêche tunisienne, pour laquelle il élargit sa réflexion à l'empire colonial. La Revue des Deux Mondes également reçoit sa contribution. Il y publie notamment des articles sur la Révolution française, sur l'histoire de la Normandie ou sur la méthode historique. Dans la Revue de Paris également, il dirige une rubrique de critique de livres d'histoire. Plus épisodiquement enfin, il écrit dans d'autres journaux et revues plus ou moins spécialisées dans l'histoire ou dans les questions de l'éducation : la Revue hebdomadaire, la Revue bleue, la Revue politique et parlementaire, l'Éducation, la Revue de France, l'Économiste français, etc.
En 1902, le ministre de l'Instruction Publique, Georges Leygues, fait appel à lui pour siéger dans la commission préparatoire à la réforme de l'enseignement. Déjà professeur et journaliste reconnu, Albert-Petit devient l'un des acteurs importants de l'élaboration du système éducatif français. En 1911, il prend la tête d'une collection d'ouvrages d'histoire régionaliste : les Vielles Provinces de France, dont 19 volumes paraîtront jusqu'en 1935. Il rédige lui-même le tome consacré à l'Histoire de Normandie, lequel est couronné par l'Académie française. C'est dans l'avant-propos de ce livre qu'Albert-Petit apporte une justification intellectuelle à cette passion pour l'histoire des régions de France, déjà ancienne chez lui : "On comprend de plus en plus la nécessité d'intéresser le grand public à l'histoire régionale, trop longtemps réservée aux seuls spécialistes. Elle donne un caractère plus vrai, plus vivant, plus concret, à l'histoire générale ; elle peut contribuer grandement à enrayer l'exode des campagnes vers la ville, de la province vers la capitale. Il est bon qu'un peu de patriotisme local flotte autour du clocher ou du beffroi natal. En s'intéressant au rôle joué par leurs aïeux dans le grande drame national d'où l'unité de la France est sortie, les habitants de nos anciennes provinces retrouvent leurs lettres de noblesse". Avec plusieurs décennies de recul, il est permis de douter aujourd'hui de l'efficacité de l'histoire régionale comme frein à l'exode rural...
Lorsque survient la première guerre mondiale, la collection des Vieilles Provinces de France concourt elle aussi et à sa manière à la campagne de justification du conflit auprès de l'opinion publique. C'est en 1915 en effet que paraît le tome consacré à l'Alsace : Comment l'Alsace est devenue française. Célébré à l'époque comme un monument d'objectivité, ce beau travail d'érudition n'est pourtant pas exempt d'arrière-pensées. Sous couvert d'étude historique, il participe à la propagande en faveur d'une guerre juste qui permettrait à l'Alsace de retrouver sa mère-patrie dont elle n'a que trop longtemps été séparée...
Après l'armistice, Albert-Petit rassemble dans une monumentale étude ses articles parus pendant la guerre dans le Journal des Débats et qui ont trait à la politique intérieure française. Ce recueil, complété par des documents annexes et par un texte de synthèse, est publié en trois tomes et intitulé La France de la Guerre. Mais cet historien éclectique et ami de Camille Jullian s'intéresse également à de plus lointaines périodes et à des régions situées au-delà des limites de l'Hexagone. Dans Ce qu'il faut connaître de la Rome antique, paru en 1927, il fait le point sur les dernières découvertes en histoire romaine et, en dressant l'inventaire des fouilles réalisées au cours des cinquante années précédentes, il s'efforce de proposer un tri entre ce qui relève de la légende et ce qui est avéré par des éléments scientifiques ("On a retrouvé la trace de tant de choses réputées fabuleuses qu'il est imprudent de nier a-prioiri ce qui paraît tel", écrit-il dans ce livre). Une fois encore, son travail est couronné par l'Académie française, en 1928.
Au début des années trente, Albert-Petit collabore à l'Histoire de la IIIe République (publiée en 1933), pour laquelle il rédige le chapitre consacré à l'histoire de l'enseignement et de l'Université. A cette époque, il est l'un des historiens les plus en vue de sa génération. Poursuivant ses publications dans diverses revues, il est sollicité pour donner des conférences dans toute la France et en Suisse. L'Académie des Sciences Morales et Politiques lui demande également de prononcer diverses interventions, notamment sur les pratiques pédagogiques, sur la sociologie ou sur le système éducatif français.
Le 9 mars 1935, il fait son entrée solennelle dans cette même académie, élu au 2e fauteuil de la section de morale et de sociologie, précédemment occupé par Alfred Rébelliau. Il y siège jusqu'à sa mort. En 1944, c'est Georges Duhamel (qui est alors également secrétaire perpétuel de l'Académie française) qui lui succède.

ALBERTIN (Fabien), 1879-1950 :
Homme politique. Fils d’un receveur des douanes à Martigues où il nait en 1879, il dirige l’Action douanière, milite au Parti socialiste puis adhére à la Franc-maçonnerie (Loge Les Inséparables du Progrès). Après avoir affronté Paul Painlevé dans le Vème arrondissement de Paris, en 1914, il se présente dans son département natal et est élu député de la seconde circonscription d’Aix-en-Provence en 1924 et le reste jusqu’à la Première Guerre mondiale. Il fait partie du Gouvernement Paul Reynaud comme sous-secrétaire d’État aux Travaux publics, de mars à juin 1040. Il vote les pouvoirs constituants au maréchal Pétain. Frappé par l’ordannance du 13 septembre 1945, il se retire de la vie politique.

ALDY (Émile, Paul, Félix), 1853-1921 :
Magistrat et homme politique. Procureur de la République à Narbonne, il démissionne plutôt que de requérir contre le docteur Ferroul, militant socialiste (1887). Inscrit au barreau, il devient bientôt l’un des avocats les plus cotés de l’Aude. En 1902, il se fait élire député à la place de Ferroul, qui ne se représente pas contre l’ancien ministre Turrel. Il est élu député jusqu’en 1919 et meurt dux ans plus tard, à Narbonne. Précédant de quelques mois dans la tombe son ami Ferroul.

ALEXIS (Paul), 1847-1901 : Aix-en-Provence, 1847 - Levallois-Perret, 1901 :

ALGÉSIRAS (conférence d’) :

ALGÉRIE :

ALIBERT (Raphaël), 1887-1863 :
Homme politique. Né à Saint Laurent (Lot), le 17 février 1887, Raphaël Alibert est issu d'une vieille famille catholique du Rouergue versée par tradition dans le droit. Il compte parmi ses aïeux plusieurs conseillers du Présidial de cette province. Elève brillant dont la plupart de la scolarité se déroule au Caousou de Toulouse puis à la faculté de Droit de Paris, ce juriste passionné, auteur d’une thèse remarquée, semble manifester des sympathies pour la monarchie et l'Action française. Du reste, il est un temps l'un des précepteurs du Comte de Paris exilé en Belgique. Il livre même quelques articles à la revue Questions du Jour, fondée par ce dernier.
Maître des requêtes au Conseil d'Etat, il en démissionne en 1924 et lui préfère les voies de l'entreprise et de l'influence intellectuelle. Tout en demeurant professeur de droit administratif et constitutionnel à l'École libre des Sciences politiques, il rejoint le groupe d'Ernest Mercier et travaille en particulier pour Sud-Lumière, l'une de ses sociétés. Concurremment, il participe à l’animation du Redressement français. Il développe alors un certain nombre d'idées dont la création d'un secrétariat général au sein de chaque ministère ou le contrôle systématique de la constitutionnalité des lois. La réforme institutionnelle se niche au coeur de ses réflexions : il collabore à la rédaction de l'Encyclopédie dirigée par Anatole de Monzie et intègre le Comité technique de la réforme d'Etat, créé par Jacques Bardoux. Soucieux de donner un écho à ses recherches, il s'enquiert de trouver une personnalité susceptible de les relayer dans l'opinion. Ce sera, à partir de 1937, le maréchal Pétain qu'il croise parfois aux Affinités françaises auxquelles il appartenait également. Raphaël Alibert a en outre donné une implication plus pratique à son engagement politique puisqu'il s'est porté candidat à Pithiviers aux élections législatives de 1928 où il essui un sérieux revers. L'étude de cet échec peut contribuer à éclairer l'antiparlementarisme dont il fera montre ultérieurement. Nommé sous-secrétaire d’État à la présidence du Conseil le 16 juin 1940, il appartient au dernier gouvernement de la IIIème République. La dissolution de la franc-maçonnerie, en 1940, est l’un des actes politiques de son passage au gouvernement. Il continue sa carrière politique sous le régime de Vichy. Il décède le 5 juin 1963.

ALLAIN-TARGÉ (François, Henri, René), 1832-1902 :
Homme politique. Né à Angers (Maine-et-Loire) le 17 mai 1832, il devient avocat puis magistrat. Farouche opposant à l’Empire, il démissionne en 1864 et se range dans l’opposition républicaine radicale au Second Empire. A ce titre, il commence alors une carrière de journaliste dans les feuilles d’oppositions. Après le 4 septembre 1870, il devient préfet de Maine-et-Loire puis de la Gironde. Républicain convaincu, il est élu conseiller municipal de Paris en 1871 et 1874, député de la Seine de 1876 à 1889.
Allain-Targé, personnalité marquant du parti républicain appartient à la franc-maçonnerie. Ami de Gambetta, il devient l’un des rédacteurs du journal de ce dernier, La République française. A deux reprises, Allain-Targé accède à des postes ministériels importants. Il est ministre des Finances dans le « Grand ministère » de Gambetta (14 novembre 1881 - 29 janvier 1882), puis ministre de l'Intérieur dans le cabinet Brisson (6 avril 1885 - 6 janvier 1886). En 1889, il décide de se retirer de la vie politique. Il meurt le 16 juillet 1902 au château de Targé (Maine-et-Loire).

KAYSER (J) : Les grandes batailles du radicalisme, des origines aux portes du pouvoir (1820-1901), Paris, Marcel Rivière, 1962.

ALLAIS (Alphonse), 1854-1905 :
Écrivain.

ALLARD (Maurice), 1860-1942 :
Homme politique. Né à Amboise (Indre-et-Loire) le 1er mai 1860, Maurice Allard est avocat, inscrit cinq ans au barreau de Paris, il fait pendant la période boulangiste une vigoureuse campagne contre cette tentative de dictature. Il est rédacteur dans plusieurs journaux socialistes. Ces derniers l'envoient siéger à la Chambre où il s'inscrit au groupe socialiste et y manifeste une grande activité, mais c'est à propos de la séparation des Églises et de État qu'il se montre le plus véhément. Battu aux élections de 1910, il reprend sa carrière de journaliste et est l'un des leaders de l'Humanité de Jean Jaurès. Il meurt à Amboise le 27 novembre 1942.

ALLEMAGNE :

ALLEMANE (Jean), :

ALLIANCE DÉMOCRATIQUE :

ALLIANCE RÉPUBLICAINE DÉMOCRA-TIQUE :
L'Alliance républicaine démocratique, tantôt association, tantôt parti, regroupe des républicains « modérés, mais non modérément républicains ». Le mouvement est cité, mais méconnu. Fondé le 23 octobre 1901, il perdure jusqu'en 1939-1940.
Sous les quatre présidents de la République Loubet, Fallières, Poincaré, Deschanel, l'Alliance connaît alors " son âge d'or ". Le nombre de ses députés passa de 39 en 1902 — et non d'une centaine comme il est souvent écrit — à 140 en 1919. Après une décennie d'existence, le chiffre des adhérents s'établit dans une fourchette comprise entre 25 000 et 30 000. Près de 150 journaux reproduisent alors les articles de l'hebdomadaire, l'Alliance républicaine démocratique, seule source continue du mouvement ; ses comités se répartissent dans la moitié des départements. La fédération girondine se distingue avec quelque 10 000 affiliés.
Le plan chronologique, scandé de chapitres thématiques diachroniques, bien que classique, me semble s'imposer. Il convient à une période féconde en inflexions politiques, en reclassements des partis. Il permet aussi de discerner l'évolution de l'Alliance, qui, telles les vagues, connaît flux et reflux. Il ne s'agit nullement, en cette courte présentation, de résumer mon travail. Je voudrais mettre l'accent sur quatre points, quatre points sur lesquels j'espère avoir apporté un éclairage nouveau. Sur les origines d'abord. Il convenait de partir des législatives de 1893 : l'élection d'une cinquantaine de socialistes suscite un choc parmi les républicains de gouvernement. Dans ce contexte, à côté des associations républicaines existantes : association nationale républicaine, association gambettiste, des initiatives de structuration du parti républicain, en fait des progressistes, prennent corps autour de la Revue politique et parlementaire. Waldeck-Rousseau fonde le Grand cercle républicain, club élitiste en fait. Corrélativement, Charles Pallu de la Barrière, un ancien prêtre, ancien journaliste à La Paix, et futur secrétaire général de l'Alliance, prête-nom au vrai des Jules Simon, Charles Jonnart, Paul Deschanel, Raymond Poincaré, fonde, lui, un hebdomadaire : Le Paysan de France, dans le but d'attacher toujours plus fortement les ruraux aux républicains de gouvernement et de les arracher aux sirènes du socialisme.
Mais la genèse de l'Alliance est aussi étroitement liée à l'Affaire Dreyfus, qui opère une scission au sein du monde progressiste. Or le Paysan de France, dès la fin 1897, donc avant le " J'accuse " de Zola, défend la cause du dreyfusisme. Il devient le lieu de ralliement des dreyfusards, de dreyfusards républicains modérés, qui militent pour la cause de la Justice et de la Vérité. Rompant avec le mélinisme, ils s'engagent aux côtés de Waldeck-Rousseau et de son ministère de défense républicaine. Sous l'instigation officieuse de Waldeck-Rousseau, Charles Pallu de la Barrière, avec la caution de dreyfusards de la première heure, d'Adolphe Carnot, l'héritier d'une dynastie républicaine, futur président de l'Alliance, de Henry Blanc, député de la Haute-Loire, illustration de l'élu au solide ancrage régional et qui a été mêlé à toutes les tentatives d'organisation du parti républicain, et d'un Edmond Halphen, conseiller général de Gironde, et associé au monde de la banque, Charles Pallu de la Barrière donc annonce, le 1er mai 1901, la fondation prochaine d'une association nouvelle. C'est chose faite le 23 octobre. Les premiers alliancistes viennent d'un entrelacs de réseaux que j'ai tenté de dénouer : réseau de la Ligue des Droits de l'Homme avec Louis Havet, de l'Institut, Lyon-Caen, de la Faculté de droit de Paris, Paul Stapfer, doyen de la Faculté de Bordeaux, réseau de la Ligue de l'Enseignement avec Adolphe Carnot lui-même, Adrien Durand et Léon Robelin, et parmi eux beaucoup de franc-maçons ; réseaux aussi gambettiste et ferryiste, avec les Joseph Magnin, Joseph Reinach, Paul Robiquet, sans oublier le réseau d'hommes d'affaires qui ont pris parti pour Dreyfus, tels Frédéric Hattat, industriel et ancien du conseil municipal de Paris, Georges Koechlin, manufacturier à Belfort. Une soixantaine de parlementaires, et surtout les sénateurs du groupe de l'Union républicaine, avec Lourties, ont apporté leur caution politique.On le voit, et ce sera mon deuxième point de présentation, les premiers alliancistes sur le plan socio-professionnel appartiennent aux élites de la République. Dès sa naissance, l'Alliance est marquée au sceau du parisianisme, même si la grande majorité des parlementaires affiliés ont été élus en province.Cela dit, il convient, au sein de l'Alliance, de distinguer les parlementaires des non-parlementaires. Beaucoup de parlementaires sont détenteurs d'un véritable fief local ; quelques-uns ont atteint la notoriété. Un Barthou, un Poincaré, tous deux vice-présidents de l'Alliance, sont des personnages écoutés au sein de la formation. Elle ne leur sert pas de tremplin, mais plutôt de tribune, et les assure de partisans. Parmi les non-parlementaires, les intellectuels quant à eux ont porté la caution de leur renommée, mais ne sont pas des membres actifs, à l'exception peut-être de juristes : l'avocat à la Cour de Paris Lethel démêle les projets législatifs ; plus tard, un Joseph Barthelemy ouvre le débat sur la compétence en démocratie. Si l'on ne peut souscrire au diagnostic d'un Beau de Loménie qui évoquait la toute-puissance des milieux d'affaires au sein de l'Alliance, on ne peut purement et simplement écarter la thèse.Certes, il est difficile de jauger le rôle des représentants du monde des affaires. Il va croissant au fil des années, au point que l'Union des intérêts économiques inspire le programme de 1919. Auparavant, un Mascuraud et son comité, un Yves Guyot et le Journal des économistes, un Julien Hayem et sa Revue du commerce, de l'industrie et de la banque, un Forsans et L'Union des intérêts économiques influent les prises de position économiques et sociales du mouvement. L'Alliance a même désiré forger son propre groupement économique autour du Comité de l'entreprise d'Augustin Baudin. Mais nombre de députés et de sénateurs s'affranchissent de la frilosité des hommes d'affaires et, pragmatiques, votent contrairement aux mots d'ordre du mouvement inspiré par les milieux d'affaires. La question de l'étatisation du chemin de fer de l'Ouest et le débat autour des retraites ouvrières témoignent du hiatus entre théorie et pratique politique.
Malgré leur diversité, les alliancistes, sur le plan politique, aiment à se désigner comme " républicains de gauche ". Je pense que l'historien du politique doit être sensible à l'imaginaire qui transcende la réalité. Il est intéressant de s'interroger sur l'image de soi et de la confronter au miroir que vous renvoient les autres, tant il est vrai que la façon dont on se donne à voir peut induire des conduites, tant elle commande sympathie ou répulsion chez l'électeur. Au vrai, les alliancistes modifient la représentation qu'ils veulent donner d'eux-mêmes. J'ai essayé d'être attentive à ce kaléidoscope.On l'aura compris, il est difficile de tracer la ligne politique de l'Alliance. La formation n'est pas monolithe : elle est traversée de contradictions entre ses membres, affaiblie par ailleurs par l'indiscipline forcenée de ses parlementaires. Pourtant, elle a un rôle déterminant dans le premier XXe siècle. C'est ce que je souhaiterais souligner en troisième point. La ligne politique de l'Alliance est une ligne brisée, une ligne que l'on doit dessiner, j'insiste, au regard du parti radical et radical-socialiste.
En 1901, l'association est constituée " d'hommes qui, soit dans leur majorité parlementaire, soit dans le pays, ne sont ni radicaux, ni socialistes, mais profondément républicains et démocrates ". Au vrai, ceux-ci veulent se démarquer des radicaux-socialistes, et aussi de la réaction " clérico-césarienne ", donc former une " troisième force ". De fait, " anticléricaux, mais non antireligieux ", ils ont fourni, à côté des radicaux, à Combes la majorité nécessaire pour le vote des lois anticongréganistes, puis, Combes tombé, ont contribué à ce que soit votée la loi de séparation des Églises et de l'État, et que cette loi soit libérale et perçue comme telle. L'attachement à la laïcité constitue un pilier doctrinal de l'Alliance. En 1921, l'Alliance, devenue alors le parti républicain démocratique et social, entend préciser : " La majorité républicaine se délimite, à droite, à l'acceptation des lois de la République, et en particulier des lois de laïcité ".Pourtant, en 1907, les dirigeants de l'Alliance, la " question religieuse " réglée, tentent de constituer un " bloc des démocrates " pour faire pièce au bloc des gauches. Au vrai, les alliancistes rêvent de diviser le parti radical-socialiste en deux afin de renouer avec le monisme républicain. Ils ambitionnent en effet d'être le pivot d'un grand parti républicain qui réunirait à l'aile gauche, les radicaux, à l'aile droite, les progressistes un temps fourvoyés dans la réaction. Mais, en même temps, ils soutiennent Clémenceau, le " briseur de grèves ", il est vrai, et essaient de s'entendre avec les radicaux-socialistes aux élections de 1910.. L'Alliance en 1911 se mue d'association en parti, le PRD, à cause de l'éventuelle application de la RP et aussi, et je reviens sur mon propos, en réponse au parti radical-socialiste qui se ferme, décrétant la fin de la double appartenance aux formations voisines. Le PRD opère alors un virage droitier, soutenant la politique d'apaisement de Briand et les ministères Poincaré et Barthou. Les " notes journalières " rédigées par Poincaré témoignent de liens privilégiés avec l'Alliance, qui apporte un soutien indéfectible aux deux présidents du Conseil. En appuyant les initiatives cocardières du premier, en menant une ardente campagne en faveur des trois ans voulus par Barthou, l'Alliance se coupe du parti valoisien. Aux élections de 1914, l'Alliance et la Fédération des gauches où figurent de nombreux alliancistes s'opposent à l'union des gauches entre radicaux et socialistes. Cependant, après la Grande Guerre, les dirigeants de l'Alliance qui ont repris leur activité dès 1916 et réfléchi à la réorganisation économique et morale, et aussi politique, de la France, et qui croient aux experts, aux technocrates, imposent leur loi à un parti valoisien affaibli. Adolphe Carnot arbitre les élections de 1919-1920.Une nouvelle génération d'alliancistes, après le retrait, puis la mort d'Adolphe Carnot, la démission de Charles Pallu de la Barrière, avec Charles Jonnart comme nouveau président et Albert Mamelet comme nouveau secrétaire général, revient à une politique de concentration républicaine : le parti républicain démocratique et social est formé d'anciens alliancistes et de radicaux gravitant autour du radical de Perchot es Mascuraud.
Sur le plan politique, toujours, afin d'éclairer le positionnement politique réel des parlementaires de l'Alliance, il m'est apparu nécessaire de m'attarder sur les temps électoraux. L'établissement de typologies thématiques à partir des professions de foi des candidats, l'étude de quelques cas de désistement, démontrent combien l'Alliance est constituée de personnalités qui n'aiment guère recevoir de consignes de la maison-mère. Par amour de la liberté ? Par attachement à la démocratie ? Par souci électoraliste aussi.Le positionnement politique découle aussi de l'appartenance des élus aux groupes. Je m'y suis intéressée, en précisant la représentativité politique de ces groupes. Les données chiffrées témoignent que les parlementaires de l'Alliance penchent à gauche, vers le centre-gauche parlementaire. Leur appartenance aux groupes de gauche permet de comprendre que la majorité des parlementaires de l'Alliance pratiquent une politique économique et sociale plus avancée que la ligne du parti. Un Jules Siegfried, ex-négociant, membre actif du Musée social et député du Havre, un René Grosdidier, industriel et député de Commercy, ont œuvré concrètement à l'amélioration de la condition des travailleurs, et, sous le gouvernement Poincaré, ils se sont intéressés aux problèmes sociaux. On l'occulte souvent.Bref, l'Alliance est une formation politique traversée de contradictions, elle manque d'homogénéité, elle évolue constamment, tout en donnant faussement l'impression de ne pas changer. Cette oscillation lui a permis de jouer pleinement son rôle de parti de gouvernement : on comprend mieux qu'un Combes, qu'un Clémenceau aient pu se maintenir plusieurs mois grâce à leur appui, plus tard qu'un Briand, qu'un Barthou aient pu résister aux attaques de leurs adversaires.Il me reste, pour terminer, à en venir à mon quatrième point de l'exposé : celui, au vrai, qui constitue l'essence même de ma thèse : L'Alliance républicaine démocratique, une formation de centre. J'ai pris parti dans un débat historiographique qui oppose les négateurs du Centre et ses tenants, à des degrés divers. Plagiant le titre d'un film déjà ancien, j'avancerai : Le Centre existe, je l'ai rencontré à travers l'Alliance républicaine démocratique, en tout cas dans sa phase couvrant les années 1901 au début des années vingt. On pourrait m'objecter le libellé : Une formation de centre, et pourquoi pas du centre ? Les termes de centre incluent la dimension partisane et la dimension parlementaire. Et puis, c'est me mettre en conformité avec la rhétorique politique de l'époque. Le vocable " le centre " et ses co-occurrences, centrisme, centriste, n'étaient pas encore entrés dans le vocabulaire politique. Ils datent des années trente. Si les alliancistes du début du XXe siècle ne se disent pas centristes, s'ils répugnent même à se dire modérés, alors qu'ils revendiqueront haut et fort d'être le parti du Centre pendant l'entre-deux guerres, ils ont la nette conscience, dès les origines, d'occuper une position centrale sur l'échiquier politique. En fondant l'Alliance, les pères-fondateurs se sont assignés de brouiller la bipolarisation politique au profit d'une tripartition.Je vais tenter de justifier ma position. D'abord, une approche par la négative me paraît assez probante. À travers l'analyse de leur programme, volontairement imprécis : " Une république ordonnée et libérale […], passionnément préoccupée de tous les progrès et avant tout du progrès social ; antinationaliste […], anticléricale, vraiment démocratique, sagement et profondément réformatrice ", à travers leur prise de position, on peut avancer que ces républicains de gauche ne peuvent se confondre, cela va de soi, ni avec la gauche socialiste, selon eux dogmatique et révolutionnaire, ni, et cela va moins de soi eu égard à leurs rapports avec les valoisiens, avec la gauche radicale-socialiste. Les alliancistes répugnent, en effet, à tout monopole, qu'il soit économique ou qu'il concerne le domaine de l'enseignement ; ils ont horreur du désordre social, des grèves, surtout de fonctionnaires, tout en reconnaissant le droit syndical, mais pas aux fonctionnaires. Ils s'opposent à l'étatisation, propédeutique, selon eux, du collectivisme. Cependant, ils partagent avec la famille de gauche la croyance en la République matricielle, l'adhésion à la République : " Notre programme tient en un mot, il est républicain " ; ils estiment intangibles les lois laïques. Se voulant hommes de progrès, ils se situent du côté de la réforme et de la novation.
Les Alliancistes peuvent encore moins être confondus avec la droite. Ils ont épousé la cause de la Justice et de la Vérité, puis celle de la défense républicaine, et demeurent des tenants de la République parlementaire. Le nationalisme leur paraît une exploitation éhontée de la patrie. La " question religieuse " les démarque incontestablement des droites. Ils hésitent même à frayer avec la Fédération républicaine. Mais, il est vrai, ils partagent avec les conservateurs le goût de l'Ordre, l'horreur de toute surenchère démagogique, leur croyance aux vertus du libéralisme.
Par ailleurs, si la Gauche et la Droite sont par définition antagonistes, le Centre, lui, a une vocation modératrice, réunificatrice. Il veut rassembler et non diviser. L'Alliance rêve de réconcilier les " deux fractions " du parti républicain, en revenant à un monisme originel entre les extrêmes : " ni réaction, ni révolution ". Ainsi l'Alliance, les alliancistes, malgré leurs contradictions internes, empruntent à la gauche des valeurs, leurs idéaux s'inscrivent dans le " modèle républicain ", mais en même temps ils ont des croyances, ou plutôt des comportements, conservateurs. L'entrelacs de ces idéaux, le syncrétisme réalisé fonde, à mon sens, une nouvelle culture, une nouvelle tradition : celle d'un Centre.
Léon Jacques, analyste des partis politiques, à la veille de la Grande Guerre écrivait à propos de l'Alliance : " Elle représente le Tiers parti par excellence […], le centre de gravité des forces politiques en présence, l'expression de la tendance Juste-milieu ". À deux décennies de là, André Siegfried voyait, lui, en l'Alliance " l'expression fidèle de l'esprit du Centre ".La question m'intéresse : aussi aimerais-je poursuivre ma réflexion. J'envisage de continuer l'histoire de l'Alliance entre les deux guerres dans un livre de synthèse : la documentation est quasiment réunie. Alors l'Alliance se définit comme le parti du Centre. Mais cela s'avère peut-être moins évident qu'à la période antérieure. Enfin, je souhaiterais, sur le long terme, en relisant les classiques depuis Benjamin Constant en passant par Guizot, les opportunistes et quelques auteurs et hommes politiques contemporains, creuser la notion de Juste milieu, de centre dans l'histoire de la France. J'espère, en tout cas, par cette thèse avoir ouvert ou entr'ouvert une porte.

ALLIER (Raoul), 1862-1939 :

ALLOCATIONS FAMILIALES :

ALPHAND (Jean Charles Adolphe), 1817-1891 :
Ingénieur. La carrière d’Alphand est un bon exemple de réussite due à une compétence professionnelle indiscutable jointe à une diplomatie convaincante.
En 1870, ce haut fonctionnaire de l’Empire, promu colonel par la gouvernement de défense nationale, fut chargé des fortifications de Paris et des forts avancés. La carrière administrative se poursuivit ensuite, et il assura la supervision de tous les services de la Ville de Paris comportant des travaux après la guerre comme le service des Eaux à la mort de Belgrand en 1878. La même année, il travailla à l’Exposition universelle qui s’annonça en aménageant notamment les nouveaux jardins du Trocadéro. Sa carrière se termina brillamment en dirigeant l’Exposition universelle de 1889. Alphand décèdera la même année qu’Haussmann.
Aux dires d’Haussmann, en 1890, 1lphand, grand officier de la Légion d’honneur, était devenu le véritable préfet de Seine. Sa mémoire sera célébrée, dès 1898, par l’érection du monument de Dalou an bordure de l’avenue Foch.

LAMEYRE (G.) : Haussmann, préfet de Paris, 1958.

ALSACE-LORRAINE (Question de l’) :
Il est intéressant de souligner la place et le rôle qu’a joué l‘Alsace-Lorraine dans la l’histoire de la IIIe République, et plus précisément dans le cadre des relations franco-Allemandes.
L’annexion de l’Alsace et d’une partie de la Lorraine suscita la protestation à Bordeaux, à l’Assemblée nationale ; le 1er mars 1871, des élus des départements concernés : « nous déclarons nul et non avenu un pacte qui dispose de nous sans notre consentement. La revendication de nos droits reste à jamais ouverte à tous et à chacun dans la forme et la mesure que notre conscience nous dictera. » […] « Nous attendrons avec une confiance entière dans l’avenir que la France régénérée reprenne le cours de sa grande destinée. » L’annexion fut ressentie « non seulement comme une violation des droits des nationalités, mais comme une atteinte aux principes de la « société européenne ».
Surtout l’annexion fait durablement obstacle à tout rapprochement de la France et de l’Allemagne, dont l’antagonisme était au cœur des relations internationales. La France resta hantée par la menace allemande et la crainte d’une agression. Le souvenir des provinces perdues fut très vivace, comme l’espoir d’un retour de celles-ci dans la communauté française. En revanche, il serait inexact de penser que ces sentiments conduisent à souhaiter à une guerre de revanche. Tel fut le sentiment d’une minorité ardemment nationaliste, ainsi de la crise boulangiste en 1887, ou à partir de 1910. Mais la majorité de l’opinion, instruite par l’exemple de la guerre de 1870, craignit l’aventure. La formule de Gambetta, l’incarnation même du patriotisme, à propos de l’Alsace-Lorraine : « Pensons-y toujours, n’en parlons jamais », est hautement significative. Dans son discours de Cherbourg, le 9 août 1880, Gambetta espère en la « justice immanente » et affirme que « les grandes réparations peuvent sortir du droit ». Ferme sur le principe, il adopte une attitude prudente, dont ne départirent pas les républicains des différents gouvernements. Mais aucun gouvernement ne peut envisager de paraître accepter les « faits accomplis » et de renoncer aux provinces perdues.
Lorsque Ferry engage la France sur la voix de l’expansion d’outre mer, il sent bien la nécessité d’une certaine « détente » dans les rapports avec l’Allemagne, tout comme Hanotaux, ministre des Affaires étrangères de 1894 à 1898. Mais la question d’Alsace-Lorraine interdit d’aller trop en avant à moins de passer pour mauvais patriote.
Les provinces annexées, devenues Reichsland, Terre d’Empire, restèrent, malgré un premier mouvement en faveur d’une autonomie dans l’Empire, attachées à la protestation jusqu’à la fin des années 1880. Puis le temps faisant son œuvre, avec l’essor économique allemand, les mutations sociales contribuèrent à modifier l’état d’esprit de la population. Des partis politiques s’organisèrent, qui se rattachèrent aux grands partis politiques allemands, ainsi que la social-démocratie ou du parti catholique alsacien. La politique anticléricale de la France laïque conduisit un certain nombre de catholiques à regarder vers le modèle allemand, à plus forte raison avec la loi française de séparation de l’Eglise et de l’Etat de 1905. En 1898, douze des quinze élus au Reichstag dirent leur « loyalisme » envers l’Allemagne. Désormais, la revendication politique majeure est celle de l’autonomie, qui ferait du Reichsland l’équivalent d’un des Etats de l’Empire. Pour certains, la bataille pour l’autonomie est une autre forme de protestation, pour d’autres, l’acceptation des « faits accomplis ». La Constitution du 31 mai 1911 octroie une autonomie partielle, le Landtag dont la Chambre basse est élue au suffrage universel élabore la législation locale. Mais l’Alsace-Lorraine demeure Reichsland et ne parvint pas au statut d’Etat confédéré. Dans les années suivantes, le réveil de l’antagonisme franco-allemand à la crise d’Agadir, les menaces de conflits font souffler de nouveau en Alsace-Lorraine l’esprit de la protestation.

AMADE (Albert d’), 1856-1941 :
Albert, Gérard, Léo d'Amade est né à Toulouse le 24 décembre 1856. Il intègre l'École Spéciale Militaire de Saint-Cyr en 1874, pour en sortir sous-lieutenant après deux ans de formation. Comme beaucoup de jeunes officiers de sa génération, il est attiré par l'Afrique du Nord et ses promesses d'aventure. A une époque où l'armée française toute entière entamait sa réorganisation en vue de la Revanche, les vastes espaces algériens, à peine pacifiés (la dernière grande révolte de Kabylie date de 1871), offraient l'opportunité d'échapper à une laborieuse vie de garnison et à de pesantes réflexions doctrinales.
En 1876 donc, le sous-lieutenant d'Amade arrive à Constantine, au 3e Régiment de Tirailleurs Algériens. Il y sert jusqu'en 1881. En décembre de cette année là, il regagne la France et le 143e R.I., nanti de son nouveau grade de lieutenant. Il reçoit son troisième galon en mars 1885, avec sa mutation pour le 108e R.I. Mais cette nouvelle affectation n'est que purement formelle, puisqu'il part pour l'Indochine en avril suivant, pour servir à l'état-major de la 2e brigade de la division d'occupation du Tonkin. La suite de sa carrière est une suite de séjours en France et d'emplois à l'étranger. Attaché militaire auprès de la légation militaire française en Chine, puis en Grande-Bretagne (1901), il ne revient en France pour une longue période qu'en 1904. Il est alors colonel et chef de corps du 71e R.I. Nommé général de brigade le 27 mars 1907, il est affecté quelques temps à l'état-major général de l'armée, avant de rejoindre le Maroc.C'est à cette période que le général d'Amade commence à être connu. Sa mission au Maroc est délicate. Il a en effet la charge de pacifier la province de la Chaouïa. Si à la fin de l'année 1907, après les troubles de juillet et août, la ville de Casablanca et ses abords immédiats sont sécurisés et surveillés par les troupes du général Drude, le reste de la Chaouïa est encore très instable. Les postes français y sont fréquemment attaqués. La présence française est loin d'y être totalement assurée. D'Amade est donc chargé d'expulser de la région les forces dissidentes qui s'y trouvent encore. Celles-ci sont surtout concentrées autour de deux principaux centres de rébellion : Settat et M'Dakra. Pour s'acquitter de sa tâche, le général résume son action en ces termes : "Poursuite à outrance, exécutée par des forces imposantes afin de désagréger autour des postes le bloc des résistances, puis action patiente et continue de la garnison de ces postes qui achève l'œuvre de pacification" (extrait de son Rapport sur la Campagne de 1908-1909 en Chaouïa, Chapelot, Paris, 1911).A la tête de la colonne du littoral, il met son principe en application. Il remporte ainsi ses premiers succès entre le 2 et le 6 février 1908. Le 2 février, sa victoire de Dar-Kseibat lui ouvre la voie de Settat, dont il s'empare quelques jours plus tard. Cette action lui permet de soumettre les Oulad-Saïd. Se retournant ensuite contre les M'Dakra, il les combat entre le 18 et le 29 février, puis exerce contre eux de violentes répressions (entre le 8 et le 15 mars, puis du 11 au 16 mai). Cette campagne pour le moins vigoureuse aboutit à la soumission de ses adversaires.
Mais en marge de son action militaire "à outrance", le général d'Amade ne néglige ni la logistique, ni l'aménagement du terrain. Dans les régions pacifiées, il fait installer des lignes téléphoniques qu'il jalonne de gîtes d'étapes et de magasins divers. Dans cette deuxième phase de sa mission, il fait preuve d'une grande activité et d'une incontestable efficacité. Après avoir été pacificateur, il se fait administrateur. Il organise ainsi les camps militaires de la région de Casablanca et se soucie du développement économique de la ville, dont il assure le rétablissement rapide des activités portuaires. En outre, il met sur pied un système d'impôt fondé à la fois sur des taxes sur les marchés et sur les deux impôts coraniques que sont l'Achour et le Zekkat (le premier frappe les productions du sol et le second porte sur le capital en animaux domestiques). Il impose également le versement d'une indemnité de 2.500.000 francs, divisée en trois tranches recouvrables en 1909, 1910 et 1911.
Dans le domaine militaire, d'Amade doit être considéré comme l'initiateur des goums marocains, dont l'avenir devait prouver les grandes qualités guerrières. C'est lui en effet qui organise ces troupes indigènes ayant pour mission de suppléer les troupes françaises en campagne au Maroc, puis de les remplacer peu à peu dans certaines missions. Après une quinzaine de mois de présence, il quitte le Maroc le 22 février 1909. En revenant en France, il se montre particulièrement fier de son bilan, qu'il considère lui-même, non sans raisons, comme "la base de l'œuvre de Lyautey". Général de division depuis le 9 octobre 1908, il prend le commandement de la 9e D.I. en septembre 1909. Dès lors, sa progression dans le haut-commandement est régulière. Le succès de sa mission au Maroc n'y est sans doute pas étranger. Le 25 janvier 1912, il est nommé à la tête du 13ème Corps d'Armée puis, le 18 juin suivant, à celle du 6e C.A. Enfin, consécration d'une carrière, il entre au Conseil Supérieur de la Guerre le 24 avril 1914.Le 17 août 1914, il est nommé commandant du Groupe de Divisions Territoriales, avec lequel il occupe une position défensive entre Maubeuge et Dunkerque. Après quelques combats, il bat en retraite dans des conditions qui restent discutables. La place de Lille, privée de son appui, ne peut résister à la poussée allemande. Quittant les Flandres, il mène le repli avec une certaine précipitation, traversant Amiens qu'il ne met pas en état de défense et se retrouvant, en fin de compte,... en Normandie ! Là, il assure un temps la couverture de Rouen puis reprend la marche en avant à la suite de la victoire de la Marne. Le 17 septembre, il est relevé de son commandement et remplacé par le général Brugère.Le 24 février suivant, il reçoit un nouveau commandement important : celui du Corps Expéditionnaire d'Orient, chargé de combattre l'Empire Ottoman aux côtés d'une armée britannique. Avec lui, il débarque à Gallipoli le 25 avril 1915. Après quelques succès initiaux, la campagne tourne court et les Alliés se retrouvent bloqués au sud de la presqu'île par des Turcs bien plus accrocheurs que prévu et solidement encadrés par les Allemands. Comme en France, une guerre de positions se met en place et le général d'Amade se retrouve impuissant à peser sur le déroulement de la bataille. Malade, il rentre en France le 14 mai et cède la place au général Gouraud. Son action dans les Dardanelles lui vaut d'être au centre d'une polémique. On lui reproche notamment son manque d'initiative sur le terrain. Toutefois, il faut reconnaître à sa décharge que l'opération dans son ensemble souffrait de graves défauts de conception, auxquels il ne pouvait rien. D'autre part, les Britanniques, certes plus actifs et plus entreprenants que le corps expéditionnaire français, n'ont pas été plus heureux et toutes leurs tentatives pour débloquer la situation (débarquement à Suvla par exemple) se sont soldées par de sanglants échecs... Revenu pour de bon en métropole, le général d'Amade termine sa carrière comme commandant de la 10e Région militaire, à Rennes. Il se retire en Gironde, où il meurt, à Fronsac, le 11 novembre 1941. Grand croix de la Légion d'Honneur depuis 1925, il était titulaire de la plus haute distinction décernée à un officier général, la Médaille Militaire, qui lui avait été accordée en 1914. Comme beaucoup de ses confrères limogés ou contestés par leurs contemporains, il laisse dans l'Histoire le souvenir d'un homme brillant, promu aux plus hautes fonctions, mais pour lequel l'épreuve de la Grande Guerre aura été fatale.

ANARCHISME :
C’est au début de la IIIe République que les idées anarchistes pénètrent ne France. Cette doctrine politique qui veut la destruction de l’Etat, considéré comme une force d’oppression, a pour principaux théoriciens les au XIXe siècles, les russes Bakounine et Kropotkine, et en France, le géographe Elisée Reclus et Jean Grave. Leur but est d’assurer le bonheur de l’homme en le détachant de toues les structures qui l’aliènent, qu’il s’agisse de celles de l’Etat, de la famille ou de la société. Ils proposent donc la destruction de l’Etat par l’abstention absolue dans le domaine politique, la désertion ou la révolte dans l’armée, la grève générale dans l’économie. Une fois l’Etat détruit pourra se reconstruire alors la société nature, fondée sur la libre union des individus producteurs rassemblés en associations qui échangeront librement leurs produits. Ces idées connaissent une forte audience dans une France formée majoritairement de petite entreprises, de travailleurs indépendants, d’artisans, d’ouvriers qualifiés qui vient dans le programme anarchiste un moyen de libération et la promesse d’une société heureuse formée d’hommes librement associés. La résonance de l’anarchisme en France s’explique aussi parce qu’il apparaît l’héritier du courant du socialisme pré-marxiste de la première moitié du XIXe siècle qui rêvait, lui aussi, à travers les « Phalanstères » d Fourier ou l’Icarie de Cabet, des sociétés idéales d’hommes librement associés. Et surtout, l’anarchisme est proche de la pensée de Proudhon, dont les idées sont toutes puissantes dans le monde ouvrier français jusqu’à la fin du XIXe siècle.
Or, Proudhon préconisait la constitution d’une société formée de petites cellules de production changeant leurs produits, et proposait de remplacer l’Etat par une section de l’Académie des Sciences dont le secrétaire perpétuel deviendrait le Premier ministre. A la fin des années 1880, un certains nombres d’anarchistes décident de passer à l’action contre la société bourgeoise en pratiquant la « propagande par le fait », c'est-à-dire l’attenta terroriste, destiné à épouvanter la bourgeoisie et à préparer la révolution.
En France, la vague d’attentats commence en mars 1892 : des bombes explosent dans un restaurant et dans plusieurs immeubles parisiens, déposées par l’anarchiste Ravachol qui est condamné à mort puis exécuté. Mais, durant les années 1892-1893, les attentats se multiplient, semant la panique dans Paris. En décembre 1893, Auguste Vaillant lance une bombe dans la Chambre des députés, sans d’ailleurs faire de victime. Il est guillotiné, et le président de la République Sadi Carnot, qui a refusé sa grâce, est assassiné à Lyon en juin 1894 par l’anarchiste italien Caserio. Pour lutter contre ces attentats, la Chambre des députés fait voter deux lois répressives punissant de cinq ans de prison la provocation au vol et au meurtre et transférant les délits de presse du jury au tribunal correctionnel. Votées malgré l’opposition des socialistes et les radicaux qui les qualifient de « lois scélérates », ces mesures s’avèrent efficaces. Pourchassés, les anarchistes se réfugient dans les syndicats où la greffe de leurs idées sur la pratique syndicale donne la naissance à partir de 1894 à la doctrine du syndicalisme révolutionnaire.
Quant au mouvement anarchiste, sans disparaître totalement, il ne joue plus, après la fin du XIXe siècle, qu’un rôle marginal sous la IIIe République.

DUBIEF (H.) : Le syndicalisme révolutionnaire, Paris, A. Colin, 1969.
MAÎTRON (J.) : Histoire du mouvement anarchiste en France, Paris, Sudel, 1951.
GUÉRIN (D.) : Ni Dieu, ni maître, Paris, Maspero, 1978.
GUÉRIN (D.) : De l’anarchisme, Paris, Gallimard, 1987.

ANCIENS COMBATTANTS :

ANDRAUX (Henry, Francisque, Bernard, Joseph), 1895-1949 :
Journaliste et homme politique. Rédacteur en chef de La Montagne de Clermont-Ferrand, il est député socialiste du Puy-de-Dôme de 1928 à 1942 puis sous-secrétaire d’État à l’Air de 1937 à 1938. Franc-maçon, il faisait partie de la loge Raison et Solidarité. Après avoir voté la déchéance des députés communistes, il se prononce le 10 juillet 1940 en faveur des pouvoirs constituants au maréchal Pétain. Entré dans la Résistance en 1941, il abandonne la politique pour l’industrie du cycle de Clermont-Ferrand.

ANDRÉ (Emile), 1871-1933 :
Architecte. Issu d'une famille d'entrepreneurs et d'architectes, Emile André étudie l'architecture à l'Ecole Nationale des Beaux-Arts de Paris, dans l'atelier de Victor Laloux (architecte de la gare d'Orsay). Il voyage aux Indes, en Perse, en Tunisie et accompagne à deux reprises une mission archéologique en Egypte. Rappelé à Nancy en 1901 par son père Charles André, architecte départemental, il travaille à d'importants projets dont le premier est la transformation des magasins Vaxelaire rue Saint Jean. La même année, il est chargé avec l'architecte Henry Gutton d'établir le plan du lotissement du parc de Saurupt, où il réalise, en 1902, la loge du gardien, la villa les Glycines et la villa les Roches.
Dès 1901, il est membre du Comité directeur de l'Ecole de Nancy. Ses productions, nombreuses et variées (maisons, villas, immeubles, commerces) sont marquées par l'étude plastique des volumes plus que par la décoration elle-même. La mise en oeuvre très maîtrisée de nombreux matériaux, ajoutée à l'invention de formes décoratives nouvelles, inspirées surtout par le style gothique, donnent à ses édifices un caractère singulier et pittoresque. Après la première guerre mondiale, il s'occupe de la reconstruction des villages lorrains détruits, Flirey et Limey.

DOUCET. Emile André, artiste de l'Ecole de Nancy. Metz : Serpenoise, 2003

ANDRÉ (Louis, général), 1838-1913 :
Homme politique. Après des études à Dijon et Paris, Louis André entre à l’École polytechnique où il s’avère un étudiant particulièrement brillant. Affecté à Metz, il participe à la guerre de 1870-1871, mais sa carrière militaire est assez lente puisqu’il est nommé général qu’en 1893. De 1893 à 1896, il est directeur de l’École polytechnique, puis nommé en 1896 à la tête d’une division. Le parcours classique d’officier de carrière prend brusquement un tour nouveau en mai 1900, lorsque le président du Conseil René Waldeck-Rousseau fait appel à ce général républicain pour remplacer au ministère de la Guerre le général Galliffet alors démissionnaire.
La tache d’André, alors que l’Affaire Dreyfus connaît d’interminables prolongements, paraît particulièrement délicate. Il s’agit de reprendre en main une armée au sein de laquelle dominent les sentiments nationalistes, monarchistes, catholiques et qui, de ce fait, est en rupture ouverte avec le régime. Le général André prend des initiatives destinées à améliorer le bien-être de l’armée tout en développant l’artillerie et en introduisant des techniques modernes dans l’armement. Il encourage le développement des sociétés sportives dans lesquelles il voit une utile préparation militaire, interdit la vente de boissons alcoolisées dans les casernes et augmente les soldes et les pensions.
Reconduit à ses fonctions dans le gouvernement d’Emile Combes, qui adopte une attitude plus offensive que celle de Waldeck-Rousseau vis-à-vis des ennemis du régime, le général André décide de favoriser l’avancement des officiers républicains plutôt que celui des catholiques ou monarchistes notoires. Afin d’obtenir les renseignements nécessaires à ces promotions politiques, il met en place, au ministère de la Guerre, un système de fiches fondées sur des informations fournies par les loges maçonniques qui se voient aussi attribuer un rôle officiel de délation au profit du pouvoir
Révélée à la Chambre par le député nationaliste Guyot de Villeneuve le 28 octobre 1904, « l’Affaire des fiches » provoque un scandale qui ébranle le cabinet Combes, désavoué non seulement par la droite et le centre, mais aussi par une partie de la gauche (Clemenceau parlera à propos des fiches d’un « jésuitisme retourné »). Le 4 novembre 1904, la Chambre est alors le théâtre de scènes violentes opposant la droite à la majorité, et le député nationaliste Syveton gifle le général André en pleine séance publique. Profondément atteint, le gouvernement tombe peu après, et le général André, discrédité, abandonne le ministère de la Guerre. Ses efforts pour reprendre par la suite une carrière politique resteront vains. Il décède à Dijon en 1913.

ANDRÉ-FRIBOURG (Georges, Alexandre Fribourg, dit), 1887-1948 :
Écrivain et homme politique. Né à Bourmont (Haute Marne), le 20 novembre 1887, André-Fribourg est le fils d’un directeur de l’enregistrement. Il est d’abord professeur dans divers lycées de province et de Paris. Sa carrière est interrompue par la Prmière Guerre mondiale qui fait brillamment. En 1919, il se fait élire dans l’Ain sur une liste d’anciens combattants et est ainsi député de 1919 à 1928 et de 1932 à 1936 où il appartient au parti radical-socialiste. Il se retire pratiquement de la vie politique en 1936, ayant renoncé à se représenter. Attiré très jeune par la littérature, il obtient à la satisfaction de l’Univers Israélite (9 décembre 1910), le deuxième prix de la Fondation Peyrat pour l’édition critique des discours de Danton. Il obtient par la suite le prix Therouanne et le prix Sabrier-Arnould de l’Académie française ainsi que le prix Audiffred, décerné par l’Académie des sciences morales et politiques pour certaines de ses œuvres parmi lesquelles on peut citer La guerre et le passé, Histoire d’un soldat, Les semeurs de haine et Croire qui obtient quatre voix au Prix Goncourt de 1917. Co-fondateur de l’Association des Écrivains combattants, il collabore au Journal des Mutilés et Combattants dont il rédigea la chronique théâtrale, ainsi qu’à la Revue des Deux Mondes, à la Revue de Paris, à l’Illustration, au Temps, au Matin, au Journal et même la monarchiste Revue Universelle. Il décède à Paris le 27 septembre 1948.

ANNÉES FOLLES :

ANTI-JUIF (L’) :
Ce titre est celui de diverses publications paraîssant à Paris, en province ou en Algérie. Il y a eu notamment :
-L’Anti-juif, hebdomadaire édité à Paris en 1881-1882, donc avant la parution de la France Juive d’Édouard Drumont. Son directeur était Louis Panchioni. L’éditorial du premier indique qu’il s’agissait d’un antisémitisme économique et non religieux ou racial.
-L’Anti-juif d’Alger, dirigé et imprimé par Bouyer en 1890.
-L’Anti-juif, s’intitulant « organe de la ligue antisémite », qui paru également à Alger en 1897, fondé le 14 juillet 1897.
-L’Anti-juif bourguignon, édité à Dijon en 1898 et qui s’était fait appelé tout d’abord Le Libre Bourguignon.
-L’Anti-juif de la région du Midi qui parut à Marseille le 6 août 1898.
-L’Anti-juif algérien, qui parut le 27 mars 1898 et avait un supplément illustré.
-L’Anti-juif stéphanois fondé le 18 septembre 1898.
-L’Anti-juif du Midi édité à Montpellier en 1899.
-L’Anti-juif fondé par Jacques Ploncard en 1928.
Toutes ces feuilles ont eu une existence éphémère. Le seul Anti-Juif qui paraît régulièrement, pendant un an, est celui que lance, le 11 août 1898, La Ligue antisémitique de Paris, sous la direction de Chanteloube puis de Jules Guérin animateur de Grand occident de France et qui disparut en septembre 1898 après l’aventure de « Fort Chabrol ».
Il y a aussi L’Anti-Youtre, « organe de protestation sociale » publié à Lille en 1891 par Noël Gaulois. Une autre feuille, tout aussi éphémère, Le Réveil anti-juif, qui paraît en 1930 et dont le siège se trouvait dans le XVème arrondissement de Paris.

ANTIAMÉRICANISME :

ANTICLERICALISME :

ANTIPARLEMENTARISME :

ANTISÉMITISME :
L'antisémitisme est la passion au monde la mieux partagée. De ce fait, l'antisémitisme moderne, distinct de l'antijudaïsme religieux médiéval, est inséparable de la montée en puissance du sentiment national. C'est à dire qu'il est au coeur de l'histoire du XIXe siècle, avant de s'exaspérer au XXe. La IIIe République tient un rôle particulier dans cette histoire, tantôt lugubre et tantôt lumineux.
Dès sa création, la nouvelle République doit faire face à de nombreux problèmes idéologiques, politiques et sociaux :
Au point de vue idéologique, on constate un retour des affrontements religieux et un réveil de l'antisémitisme exemplifié par L'Affaire Dreyfus (1894 à 1906) : la condamnation pour espionnage de l'officier juif Alfred Dreyfus. Cette affaire révèle l'existence de courants xénophobes et nationalistes en France après sa défaite par l'Allemagne. Elle concrétise aussi le conflit politique entre la droite nationaliste, antisémite, cléricale et monarchiste et la gauche démocratique qui s'unit pour défendre les valeurs républicaines. Enfin, elle montre le pouvoir de la presse et de l'engagement des intellectuels (comme Emile Zola, Marcel Proust, Anatole France, Charles Péguy, André Gide) qui obtiennent la libération, puis la réhabilitation du capitaine Dreyfus par le Président de la République Emile Loubet.
D’un point de vue politique, la gauche s'affirme. Les radicaux de gauche et les socialistes s'unissent et obtiennent la majorité à l'Assemblée (1902 et 1906). En 1905, les socialistes fondent le parti socialiste unifié, la SFIO (Section Française de l'Internationale Ouvrière). Le journal L' Humanité, créé en 1904 par le député socialiste et philosophe Jean Jaurès pour la mobilisation du prolétariat, devient le journal de la SFIO (1905).
Au point de vue social, les grèves sont nombreuses dans les mines du Nord, dans les secteurs du bâtiment, de l'alimentation, chez les travailleurs maritimes, les employés du chemin de fer, les fonctionnaires, etc.
Tout d'abord, le XIXe siècle se caractérise par l'intégration de plus en plus grande, voir l'assimilation, des juifs à une société française à laquelle ils sont fiers d'appartenir. Le soutien à la République et aux idées nouvelles va de pair avec la réussite économique et sociale dans tous les domaines, maintenant que les restrictions de l'ancien régime ont disparu. Petit à petit, ils trouvent leur place dans l'armée, l'enseignement, la politique... Ils se font accepter dans le "monde" et la vie sociale avec ses règles si importantes à l'époque. Pour les juifs de toute l'Europe, la France constitue le modèle d'une émancipation compatible avec l'idée nationale. Un flux croissant d'immigration en provenance de l'Est, d'Allemagne puis de Pologne et de Russie est la conséquence de cette attraction. Il convient d'y ajouter l'afflux de juifs d'Alsace-Lorraine après l'annexion de ces provinces par l'Allemagne après la guerre de 1870.
En 1886, en France, les juifs sont un peu plus de 100 000 sur 30 000 000 d'habitants
Malgré tout, les Juifs sont montrés du doigt, honnis, fustigés. Cela dure depuis longtemps. Ce qui est nouveau, c'est l'institutionnalisation de l'antisémitisme.
Les antisémites vont avoir leurs organes de presse: La Croix se proclame " le journal plus antijuif de France", La Libre Parole organise un débat sur: "Des moyens pratiques d'arriver à l'anéantissement de la puissance juive."
Ils auront aussi leurs organisations: La ligue de la patrie française, la Jeunesse nationale et antisémite, et surtout l'Action française.
Sous la IIIème République, l'agitation antijuive reste d'abord, comme par le passé, le fait de la gauche anticléricale, mais cette agitation ne porte pas loin, d'autant plus qu'au lendemain de la Commune, les principaux chefs socialistes sont en fuite ou en prison. Sa teneur est d'une part anticapitaliste, et de l'autre, raciale ou raciste. Le relais fut pris par les militants du camp adverse, surtout par des catholiques pour lesquels la Révolution était le mal incarné, un mal attribué à un complot ourdi par des forces antichrétiennes et antifrançaises occultes.
Après la défaite française de 1871 (cession de l'Alsace et d'une partie de la Lorraine à l'Allemagne) et l'avènement définitif de la Troisième République (1880), les choses changèrent: grandit alors un "Mythe juif" qui allait alimenté un antisémitisme souvent haineux. Les éléments hétérogènes qui constituèrent cet antisémitisme sont : l'antique antijudaïsme, toujours très présent dans la prédication et la catéchèse; un racisme naît des théories de Renan, de Gobineau : la triple crise politique, économique, nationaliste que connut la France républicaine durant les années 1880-1890, et dont les causes comme les effets furent systématiquement attribuées à la puissance (Rothschild) ou à la fourberie juive.
Tous ces ingrédients se retrouvent, en désordre mais efficaces, dans La France juive (1886), un gros volume dû au journaliste Edouard Drumont et qui fut l'un des best-sellers de la fin du siècle (201 éditions). Fort de son succès, Drumont, en 1892, lance un quotidien antisémite La Libre Parole, qui est très lu par les curés des campagnes alors qu'il est constitué de ragots aussi ineptes qu'infamants. Au XIXe siècle, le développement des sciences inspire nombre de "penseur" qui veulent justifier leur haine du Juif non seulement par la religion mais par la "hiérarchisation des races". Dans La France juive, Drumont décrit ainsi le Juif : "un nez recourbé, les yeux clignotants, les dents serrées, les ongles carrés". Cet anthropologie raciste soi-disant légitimée par la science, et largement reprise par la littérature et les journaux.

ANTOINE-GRAS (Denis), 1847-1917 :
Homme politique. Né à Rochegude (Drôme) le 2 mars 1847, Denis Antoine-Gras est député de la Drôme de 1893 à 1910. Après avoir appartenu au barreau, il entre dans la magistrature avant de se présenter aux élections générales de 1893. Inscrit au groupe radical-socialiste et membre de diverses commissions, il participe à de nombreux débats : budget de la Justice, des Cultes, de la Guerre et de l'Agriculture. Réélu en 1898, il siége à la commission du droit d'association et à celle de la législation criminelle. Il se fait entendre sur le budget de la Guerre, sur l'indemnité parlementaire, sur l'amnistie et sur le contrat d'association. Réélu en 1902, il est membre de la commission des associations et de congrégations, de celle des armées, de la commission de la presse et de la commission de l'administration des cultes et de la décentralisation. Il prend part à quelques discussions : les demandes formées par les congrégations prédicantes ; la réforme de la justice de paix ; la séparation des Églises et de l'État. Il meurt à Bourg (Ain) le 14 mai 1917.

APOLLINAIRE (Guillaume), 1880-1918 :
De son vrai nom Wilhelm Apollinaris de Kostrowitsky, Guillaume Apollinaire est né à Rome en août 1880, fils naturel d'un officier italien, Francesco d'Aspermont, et d'Angelica Kostrowicka, aristocrate polonaisen de 22 ans. Sa mère Angelica – qui se fait à présent appeler Olga – l'entraîne dans une vie aventureuse à travers l'Europe: son enfance auront alors pour cadre l'Italie, pui son adolescence, la Côte d'Azur; il fera de brillantes études aux lycées de Monaco, puis à Cannes et à Nice.
Est-ce la marque du midi solaire s'il choisit de prendre pour nom un prénom qui évoque Apollon, maître de la lyre et du Soleil? Avant d'opter pour Apollinaire, il a signé ses premiers poèmes, en 1897, du pseudonyme «Guillaume Macabre». Il a trouvé sa vocation: jugeant superflu de poursuivre ses études, ce collectionneur de prix d'excellence quitte le lycée sans passer le baccalauréat. À cette époque, il se veut anarchiste et dreyfusard. De la Seine au Rhin Apollinaire, déjà venu à Paris pour l'Exposition internationale de 1889, s'y installe définitivement dix ans plus tard.
La mère de Guillaume vit à Paris avec Jules Weil, qu'elle fait passer pour un parent. L'«oncle» s'installe quelques mois plus tard à Stavelot, dans les Ardennes belges, où ses prétendus neveux viennent passer d'agréables vacances. Mais, leur mère ayant inconsidérément dilapidé à leurs frais de séjour, ils doivent déménager à la cloche de bois. De retour à Paris, Olga de Kostrowitzky, pour échapper aux recherches de ses créanciers, se fait ingénument appeler Olga Karpov. Bientôt démasquée, elle doit conclure un arrangement à l'amiable avec l'hôtelier furieux.Arrivé à Paris en 1899, Guillaume se fait recenser à la mairie comme étranger. Pour gagner sa vie, il occupe divers emplois gagne-pain, fait de médiocres travaux de secrétariat et écrit des romans pornographiques et alimentaires. Il rencontre Linda Molina da Silva et en tombe amoureux, sans succès, ce qui sera une des constantes de sa vie: en permanence épris, il est souvent éconduit.Par chance, en 1901, il est engagé comme précepteur pour enseigner le français à une jeune aristocrate, Gabrielle de Milhau. Madame la vicomtesse, d'origine allemande, part pour la Rhénanie, emmenant avec sa maisonnée une jeune gouvernante anglaise, Annie Playden, dont le jeune précepteur s'éprend. Hélas, la puritaine jeune fille ne voit pas l'amoureux idéal en cet Italien trop empressé. Profondément épris, il sera éconduit, – expérience qui lui inspirera quelques-uns des plus beaux poèmes dont «la Chanson du mal-aimé», qui paraîtra pour la première fois en revue en 1909 puis dans Alcools (1913). Ce séjour d'un an en Allemagne (1901-1902) sur les bords du Rhin, associée aux légendes germaniques lui fournira les thèmes d'inspiration et le titre de ses neuf poésies «Rhénanes», rassemblées dans le recueil «Alcools» en 1913. À partir de février 1902, Guillaume parcourt l'Allemagne et l'Autriche, puis rentre à Paris.
De retour à Paris en 1903, pour vivre, il se fait embaucher dans une banque, tout en collaborant à plusieurs journaux littéraires, avant de devenir rédacteur en chef de deux revues, l'une consacrée aux spéculations boursières et bien éloignée de l'autre, le Festin d'Ésope (1903-1904), vouée à la poésie, dans laquelle il donne une première version de l'Enchanteur pourrissant, oeuvre poétique en prose. Il publie d'autres poèmes et se lie d'amitié avec des hommes de lettres, parmi lesquels Alfred Jarry, André Salmon, André Billy et Max Jacob, qui l'appellent «Kostro». Pour subvenir à ses besoins et par goût pour la littérature «libre», il entreprend bientôt la rédaction de romans érotiques, publiés sous le manteau (les Onze Mille Verges, 1906; les Exploits d'un jeune don Juan, 1911).En avril 1905, dans la Revue immoraliste, Apollinaire signale à ses lecteurs le talent d'un jeune artiste espagnol récemment débarqué à Montmartre, Pablo Picasso. Il est le premier à célébrer l'art naïf du Douanier Rousseau, parle avec admiration de Matisse, préface la première exposition de Georges Braque, voyage en Angleterre avec Picabia. Il se réunit avec ses amis poètes au Bateau-Lavoir et assiste à la gestation du cubisme dont il sera un des animateurs et théoriciens (les Peintres cubistes, 1913). Derain illustrera l'Enchanteur pourrissant, Dufy le Bestiaire; Metzinger et Chirico font son portrait.
En attendant, il travaille toujours à la banque, et continue ses publications érotiques vendues sous le manteau. Ces activités lui permettent enfin, l'année suivante, de quitter le domicile maternel et de s'installer seul. Menant une double activité de critique d'art et de poète, Guillaume Apollinaire vit de sa plume et s'affirme comme un écrivain d'avant-garde. En 1908, il fait la rencontre du peintre aquarelliste Marie Laurencin et tombe amoureux de ses œuvres – et de la personne, avec qui, il vivra jusqu'en 1912. En 1908, le Douanier Rousseau fera un portrait naïf du couple, la Muse inspirant le poète. Elle l'introduit dans les milieux artistiques parisiens d'avant-garde. Devenu l'ami de Vlaminck, de Jacob, de Derain, de Picasso, de Braque et de Matisse, il se fait le défenseur de l'«art nouveau», sujet de la conférence remarquée qu'il fera au Salon des indépendants en 1908.En 1909, il édite des ouvrages «libertins» pour la collection commentée des «Maîtres de l'amour», et établit des anthologies de littérature érotique avec des auteurs tels que l'Arétin, Sade (complètement interdit par la censure), Nerciat et Mirabeau.
L'année suivante, l'Enchanteur pourrissant (1909) paraît en volume, illustré par Derain de gravures sur bois. Peuplée de personnages mythiques empruntés aux romans de la Table ronde (Merlin, Viviane, Morgane), cette oeuvre de jeunesse, dont les surréalistes feront plus tard l'éloge, se veut une célébration des légendes de l'Occident. Toutefois, y sont sous-jacents des thèmes très personnels, comme le mystère de l'origine et le secret des pouvoirs de l'enchanteur-poète, à la fois menacé et inspiré par les forces vives de l'amour.En 1910, Apollinaire publie l'Hérésiarque et Cie, recueil de seize contes merveilleux à tonalité fantastique, qui rate de peu le prix Goncourt, puis, en 1911, les courts poèmes du «Bestiaire ou Cortège d'Orphée» illustrés par Raoul Dufy de gravures sur bois. Alors que prend fin sa liaison avec Marie Laurencin, il fait paraître un essai théorique consacré à l'art contemporain, les Peintres cubistes, méditations esthétiques (1913) et Alcools, recueil de ses meilleurs poèmes écrits entre 1898 et 1912, dont il a supprimé toute ponctuation. Fasciné par le développement des villes modernes, il place en tête des poèmes d'Alcools le texte, «Zone», d'inspiration toute récente issue de son observation de la modernité qui le pousse à développer son goût des images insolites et des innovations poétiques, – et proche des Pâques à New York de son ami Blaise Cendrars. Mais le journal chic de l'époque, le Mercure de France, l'éreinte. Apollinaire est vivement intéressé par le futurisme, tant littéraire – il aurait rédigé le Manifeste futuriste pour le compte de l'Italien Filippo Tommaso Marinetti – que pictural – il est témoin au mariage du peintre Gino Severini. Ce faisant, il se situe, une fois pour toutes, à l'avant-garde.En 1914 le poète décide de s'engager, bien qu'il ne soit pas de nationalité française. Mais on n'a que faire d'étrangers dans un conflit que l'on pense bref. À Nice, il rencontre une aristocrate, Louise de Coligny-Châtillon, et lui fait la cour, en vain. Après une nouvelle demande d'engagement, il est versé au 38e régiment d'artillerie de Nîmes. Louise, qui a résisté à l'empressement du poète, cède au charme de l'artilleur.Envoyé sur le front, il partage la vie et les souffrances de tous ceux qui se battent dans les tranchées. Cette épreuve lui inspire de nombreux poèmes qui mêlent à l'horreur des évocations de guerre l'espoir de la vie et de l'amour, et des lettres du front qu'il envoie à la bien-aimée, Louise de Coligny-Châtillon, surnommée «Lou». Il en publiera un petit nombre dans «Calligrammes» (1918), accompagnées de «Poèmes de la paix et de la guerre» de «poèmes conversations» et d'«idéogrammes lyriques» qui associent dessins et mots sous forme de poèmes graphiques; les autres lettres feront l'objet, en 1947, d'une publication posthume sous le titre de «Poèmes à Lou».Pendant une permission, dans un train qui le ramène vers «Lou», il rencontre une jeune fille, Madeleine. Amours orageuses avec l'une, tendre correspondance avec l'autre, sa «marraine de guerre», qu'il pensera même épouser, au grand dam de sa famille.
Il est ensuite affecté dans le 96e régiment d'infanterie avec le grade de sous-lieutenant. Mais, blessé à la tempe par un éclat d'obus, il doit subir une trépanation (1916). Pendant sa convalescence paraît le Poète assassiné (1916), recueil de nouvelles et de contes à la fois mythiques et autobiographiques.Remis sur pied, Apollinaire veut remonter au front, mais d'incessants maux de tête le font réformer, et la vie nonchalante reprend; Apollinaire se remet à l'écriture. Il fait mettre en scène un «drame surréaliste» un brin provocateur (les Mamelles de Tirésias, 1917) qui, sur le ton de la farce, traite de questions sérieuses (la «repopulation»), et participe à une conférence très remarquée sur l'«esprit nouveau», où il exalte l'esthétique de la surprise tout en se réclamant des valeurs de l'humanisme. Les jeunes poètes fêtent Apollinaire, publient ses textes dans leurs revues les plus avant-gardistes.Mais 1918 est une année tragique pour Apollinaire: en janvier, il est atteint de congestion pulmonaire; après son mariage en 1918 avec Jacqueline Kolb, «la jolie rousse» du dernier poème de Calligrammes, il rédige plusieurs articles de critique journalistique, publie encore un recueil de chroniques (le Flâneur des deux rives, 1918) avant de contracter la grippe espagnole qui sévit en Europe. Affaibli par la guerre et ses récentes maladies, il meurt la veille de l'Armistice, le 9 novembre 1918, laissant une oeuvre originale, révélatrice d'une nouvelle vision du monde et de nouvelles orientations poétiques. Le 13 novembre, on l'enterre au Père-Lachaise. Autour de ses amis effondrés, la foule en liesse chante «À bas Guillaume!» – non le poète, mais l'Empereur d'Allemagne vaincu.
Issu de la génération symboliste, Apollinaire, «voyant» comme Rimbaud, musicien désenchanté comme Verlaine, précieux comme Mallarmé, indique toutes les voies de la modernité et réinvente le langage poétique pour ces jeunes et bruyants poètes qui constitueront le ferment du groupe surréaliste: Breton, Aragon, Soupault; Apollinaire préfigure, par l'originalité et la modernité de son oeuvre poétique, les grands bouleversements littéraires et poétiques qui naîtront dans l'entre-deux-guerres; son sulfureux «drame surréaliste» les Mamelles de Tirésias fournira à André Breton le nom même du mouvement, à travers lequel Apollinaire a irrigué toute la poésie du XXe siècle.

ARAGON (Louis), 1897-1982 :

ARCHDEACON (Edmond), 1864-1906 :
Homme politique. Né à Paris le 24 décembre 1864, il y meurt le 20 février 1906. Député de Paris de 1902 à 1906. Siégeant dans l'opposition nationale, il manifesta à la chambre une grande activité et participa à de nombreux débats. Il était à la tête d'une grande fortune et administrait de nombreuses sociétés. Il meurt à Paris le 20 février 1906.

ARD ou AD (Alliance Démocratique) :

ARMISTICE DE JUIN 1940 :

ARNOZAN (Xavier), -1928 :
Fils d’un pharmacien estimé, Xavier Arnozan fit de brillantes études classiques au lycée de Bordeaux où il obtint le prix d’honneur en rhétorique et en philosophie, il fut aussi lauréat du concours général. A l ‘école de médecine de Bordeaux, dont il suivit les cours et où il eut notamment pour maîtres Maurice Denucé, Lannelongue, Gintres, Louis Lande, de Fleury, il fut reçu le premier (1871) au concours pour l’internat à l’hôpital Saint André, obtint trois ans de suite le premier prix de l’école de médecine.
En 1874 il vint à Paris. Externe lauréat en 1874, il fut de 1876 à 1879 interne de l’hôtel-Dieu, de Siant Louis, de la Charité, reçut en 1878 la médaille d’argent des internes de première et deuxième année. Les maîtres auxquels il s’attacha davantage furent Cusco, Ernest Besnier, et Rendu. Sa thèse de doctorat : Etude expérimentale des actes mécaniques du vomissement, Paris 1879, lui valut une médaille de bronze. L’année suivant il était reçu premier au concours d’agrégation avec une thèse : Des lésions tropiques dans les maladies du système nerveux, Paris 1880, et était nommé professeur agrégé à la faculté de médecine de Bordeaux. En 1881, il devenait médecin adjoint des hôpitaux de Bordeaux, ayant été reçu premier au concours (12 août 1881). En 1886, il devenait médecin titulaire à l’hôpital général, directeur du laboratoire d’histologie (1882-1883), et était chargé (1885) d’un cours de dermatologie et il inaugura à Bordeaux l’enseignement de cette science à laquelle il s’était initié à Paris sous la direction d’Ernest Besnier. Il inaugura aussi en 1889 le cours des maladies syphilitiques et cutanées. En 1892, on lui confiait à la faculté la chaire de thérapeutique et il la conserva jusqu’en 1906, date où il devint titulaire de la chaire de clinique. Il devint membre du Conseil de l'Université en 1898.
Comme il avait été un élève remarquable, il fut un maître éminent. On a loué son intelligence claire et pondérée, et l’énorme influence qu’il a exercée sur les générations d’élèves qui se pressaient à son cours en a fait un véritable chef d’école. Ses hautes qualités intellectuelles et ses vertus morales le faisaient estimer et vénérer de ses collègues comme de ses élèves.
Quand en 1922, il crut devoir prendre sa retraite avant même que l’heure eut sonné (il avait encore une année à faire), il fut l’objet de la part de tous d’une belle et touchante manifestation au cours de laquelle on lui offrit son portrait dans un beau médaillon (21 décembre 1922) et le professeur Carles termina la petite allocution prononcée au nom des élèves par cette dédicace flatteuse : « Au professeur Arnozan qui nous a enseigné le culte du devoir, la nécessité du constant labeur et du constant dévouement, la science professionnelle aussi bien que l’enthousiasme scientifique, la bonté et l’amour pour les malades. » C’est qu’en effet, sévère pour lui-même, ce grand chrétien qui pratiquait sa religion sans ostentation mais aussi sans faiblesse et sans respect humain, était fort indulgent pour les autres et d’une bonté compatissante pour les malades. Dans sa dernière leçon faite précisément le 21 décembre 1922 et dans laquelle il traitait de la médecine de 1870 comparée à ce qu’elle est aujourd’hui, il témoignait d’une respectueuse délicatesse pour les malades quand il regrettait que l’on eut pas remplacé les tentures qui entouraient jadis le lit des malades et que de justes mesures d’hygiène ont fait écarter, mais qui du moins permettaient au patient de s’isoler un peu de ses compagnons de souffrance et ne l’exposaient pas, au moment de la visite des médecins et de l’examen auquel il était soumis, à étaler ses misères aux yeux de tous, ni à être choqué lui-même par la vue de celles des autres.
Toujours prêt à se rendre utile, le Dr Arnozan accepta de se laisser élire au conseil municipal et de 1905 à 1925, il fut l’un des adjoints au maire. A ce titre il fut délégué aux affaires militaires, mais par échange avec un de ses collègues, il obtint d’être chargé de l’hygiène et de l’assistance publique, et en même temps, il devint administrateur des hôpitaux, dans ces fonctions il rendit par sa vigilance et par sa compétence les plus grands services à ses concitoyens.
Le Dr Arnozan en dépit de tous ces mérites était un modeste, il fuyait l’éclat, semblant avoir pris comme devise comme on le dit : « Le bruit ne fait pas de bien, le bien ne fait pas de bruit ». C’est à son corps défendant qu’il se résigna à cette manifestation du 21 décembre 1922, mais il prit des mesures pour ses obsèques, marquant nettement dans son testament qu’il ne voulait ni couronnes, ni discours. On respecta sur ce point sa volonté, mais néanmoins, « c’était une mer humaine qui se pressait auprès de la maison mortuaire dans la matinée du 7 février », juste hommage rendu au savant et à l’homme de bien en quittant cette vie.
Membre de nombreuses sociétés savantes : Société d’anatomie et de physiologie normale et pathologique de Bordeaux, Société de médecine et de chirurgie de la même ville dont il fut le président en 1905, Société française de dermatologie, Société d’hygiène publique de Bordeaux, Société clinique de Paris, membre correspondant (1913) puis associé (1925) de l’académie de médecine, directeur depuis 1901 du journal de médecine de Bordeaux, le docteur Arnozan a beaucoup écrit.
En 1908 il fut décoré Chevalier de la Légion d'honneur, puis officier de la Légion d'honneur le en 1920, et enfin promu au grade de commandeur de la légion d'honneur en 1927. Voici les termes en lesquels le Maire de Bordeaux le félicitait de sa promotion, en séance plénière de l'Assemblée communale (1920) : " Ce n'est pas seulement le Gouvernement de la République qui vous a conféré le grade d'officier de la Légion d'honneur, c'est la Ville entière, sans distinction de partis et de croyances, du plus petit au plus grand, du plus pauvre au plus riche, la Ville qui vous considère comme une de ses gloires les plus pures et comme l'un de ses plus grands bienfaiteurs. Que le Conseil municipal tout entier se lève pour vous témoigner, en son nom et au nom de la Cité, toute son admiration pour tant de science, toute sa reconnaissance pour tant de dévouement, toute son affection pour tant de bonté. " Xavier Arnozan prit sa retraite le 21 novembre 1922 et décéda le 5 février 1928 à Bordeaux, âgé de 75 ans.

ARON (Raymond), 1905-1983 :
Né en 1905, Raymond Aron appartient à une vieille famille juive alsacienne. Un de ses lointains parents soignait Louis XIV. L’arbre généalogique de sa famille révèle par ailleurs des liens de parenté avec Émile Durkheim, père de la sociologie française, et son neveu, l’anthropologue Marcel Mauss. Normalien, camarade de promotion de Sartre, Canguilhem et Nizan, Raymond Aron est socialiste et pacifiste. Il participe sans éclat à la vie politique estudiantine du Quartier latin des années 20. Il part en Allemagne où il exerce la fonction de lecteur à l’université de Cologne ; il est ensuite recruté par l’Institut français de Berlin. Il assiste à la montée de l’antisémitisme et à la prise de pouvoir d’Adolf Hitler.
En 1933, il rentre en France et est accueilli par le Centre de documentation sociale dirigé par Célestin Bouglé. Le hasard veut qu’il succède à Marcel Déat, futur fondateur du Rassemblement national populaire, mouvement collaborationniste sous l’Occupation. Le Centre, installé rue d’Ulm, reçoit des crédits de la Fondation Rockefeller. Raymond Aron y noue des relations avec Robert Marjolin, un économiste formé aux États-Unis grâce à une bourse obtenue par Rist et Bouglé, les deux contacts permanents de la Fondation Rockefeller en France

ART NOUVEAU :
En France, l'Art nouveau était également appelé par ses détracteurs le style nouille en raison des formes en arabesques caractéristiques, ou encore le style métro, du fait de ses liens avec la réalisation des bouches de métro parisiennes par Hector Guimard.

ASSEMBLÉE NATIONALE (de 1901) :

ASSOCIATION ANTIMAÇONNIQUE DE FRANCE :
Groupe de lutte contre la franc-maçonnerie, né en 1904 du Comité antimaçonnique de Paris, lui-même crée en 1897 sous l’égide de la revue La Franc-maçonnerie démasquée. Á la tête de l’Association antimaçonnique de France, se trouvaient des personnalités importantes du monde catholique et réactionnaire de l’époque : le sénateur Émile de Marcère, ancien ministre de l’Intérieur sous Mac-Mahon, l’amiral de Cuverville, également sénateur, le comte de Ramel, colonnel et député, le baron J. de La Hougue ainsi que le général de Barail, ancien ministre de la Guerre dans les deux cabinets de Broglie (mai 1873-mai 1874), Alpy, conseiller municipal, Hyancinthe de Gailhard-Bancel, député, la baron Amédée Reille, l’avocat Paul Nourrisson. L’abbé Tourmentin en est longtemps l’animateur. La documentation rassemblée par ce dernier – laquelle doit permettre à l’Association antimaçonnique de France, de faire paraître en 1908, chez l’éditeur catholique Lethieleux, un répertoire maçonnique de 30 000 noms - cause quelques soucis au Grand Orient, qui n’admet pas qu’on l’empêche de ficher les réactionnaires alors que les anti-maçons livrent à la publicité les noms et pseudonymes de leurs adversaires.
Aussi, Clemenceau, à quelques jours des élections de mai 1906, découvre un complot contre le République et fait perquisitionner chez les activistes de gauches (syndicalistes, anarchistes) et de droite (royalistes, bonapartistes)

ASSOCIATIONS (loi de 1901 sur les) :
La loi du 1er juillet 1901, prise par le gouvernement de défense républicaine de Waldeck-Rousseau, s’inscrit explicitement dans le cadre de la politique anticléricale. Il s’agit de briser la puissance des congrégations religieuses révélée par l’Affaire Dreyfus : grâce à leur richesse, elles animent une presse influente, développent des collèges religieux (les « jésuitières ») où sont souvent formés les cadres de l’armée et parfois de l’administration, et prolifèrent ainsi grâce à l’imprécision du cadre juridique qui les régit, constituant le cadre du parti monarchiste et nationaliste. La loi votée contre « les moines d’affaires et les moines ligueurs » donne aux associations non professionnelles (la constitution des associations professionnelle est autorisée depuis 1884) toute liberté de se former, une déclaration n’étant obligatoire que si elle souhaitent disposer de la capacité civile. En revanche, selon l’article 13, les congrégations religieuses ne peuvent se former sans autorisation législative, les membres des congrégations non autorisées n’ont pas le droit d’enseigner et les préfets ont un pouvoir de contrôle sur les biens des congrégations de leur ressort. Les effets de la loi seront doubles. Premièrement, elle va permettre aux partis politiques qui sont alors en voie de formation de se doter de structures modernes avec adhérents, bureaux, cotisations, etc. Deuxièmement, elle va aboutir, après les élections de 1902, au rejet en bloc, par la nouvelle Chambre des demandes d’autorisation déposées par les congrégations, ce qui entraînera la protestation de Waldeck-Rousseau qui considère qu’on transforme une loi de contrôle en loi d’exclusion.

LATREILLE (A.), RÉMOND (R.) : Histoire des catholiques français, t. 3, Paris, Editions Spes, 1962.
MAYEUR (Jean-Marie) : La vie politique sous la IIIe République, Paris, Le Seuil, 1984.
REBÉRIOUX (M.) : La république radicale ? (1898-1914), Paris, Le Seuil, 1975.

ASSURANCES SOCIALES :
Le système des Assurances sociales instauré en 1928-1930 fut une étape décisive dans la construction d’un système de protection des salariés. L’historiographie s’est jusqu’à présent surtout penchée sur ses principes théoriques (prévoyance volontaire ou obligation des individus à se soumettre à un système de protection monopolisé par l’État) et sur les aspects institutionnels de cette politique publique, en particulier sur les difficultés à trouver un point d’équilibre entre initiative privée (compagnies d’assurances et mutuelles) et rôle de l’État dans la protection sociale. En revanche la réalité de son fonctionnement à l’échelle locale, complexe en raison de la liberté laissée aux nouveaux assurés sociaux de choisir leur affiliation aux organismes payeurs, a suscité peu de travaux. De même, le comportement des divers groupes politiques et sociaux concernés par sa mise en œuvre doit encore être approfondi. L’enquête départementale avait pour but de combler ces lacunes.Les modalités de fonctionnement du nouveau système ont été au cœur de la recherche menée au niveau régional et départemental. Les lois de 1928-1930 avaient en effet créé des services administratifs organisés sur des bases départementales puis, à partir de 1935, régionales. Dans la grande majorité des départements, leur mise en place s’est heurtée à la multiplicité des caisses et à la concurrence qu’elles se sont livrées auprès des assurés. De plus, l’opposition des employeurs, le retard avec lequel ils se sont acquittés de leurs cotisations ont souvent freiné les remboursements et mis en péril l’équilibre financier des caisses. Leur bon fonctionnement a aussi été tributaire de la façon dont les municipalités ont aidé leurs administrés à se familiariser avec les conséquences de la nouvelle loi. Quand les maires se sont faits les propagandistes du système, le nombre d’affiliés a été rapidement plus important que dans les départements où l’information n’a pas été aussi bien relayée par l’administration locale. La couleur politique a elle aussi joué dans la facilité ou la difficulté du système à se mettre en place. Il reste que seule une comptabilisation des affiliations, malaisée en raison des affiliés facultatifs, pourrait donner une vision réelle de la situation. Néanmoins, les différentes caisses d’assurances ont rapidement joué un rôle sanitaire et de santé publique, auquel la médecine libérale était dans l’ensemble hostile. Car, du fait de la possibilité pour les hôpitaux de recevoir désormais des assurés sociaux (même si la loi restait confuse sur le principe de remboursement), les médecins – outre la question des honoraires – ont eu peur de la concurrence qu’auraient pu leur faire les établissements régionaux. La situation créée par le système des Assurances sociales a néanmoins abouti à la réorganisation du système hospitalier, acquise en 1941, mettant au premier plan les problèmes du financement et de la gestion économique des hôpitaux. Accentuant une tendance séculaire, ceux-ci perdirent un peu de leur rôle traditionnel de centre d’assistance au profit d’une mission nouvelle et rémunératrice de centre de soins. Les réticences furent tout aussi grandes du côté du patronat. Peu pressé de financer la protection des salariés, mais vite persuadé qu’il lui était impossible d’empêcher la loi, il a mis en place une stratégie de contournement en créant des caisses d’assurances interprofessionnelles qu’il contrôlait. Cette hostilité fut également importante du côté de la mutualité qui craignait de perdre ses affiliés mais qui s'investit néanmoins dans le système et fit l'apprentissage de la coopération avec l'État. Quant aux syndicats, longtemps opposés à ce qu’ils considéraient comme une mainmise de l’État, davantage au service du patronat qu’à celui de la classe ouvrière, ils eurent des positions différentes : CGT et CFTC soutinrent et s'investirent dans les Assurances sociales que la CGTU dénonça de façon virulente jusqu'en 1937 où les unitaires se rallièrent au système avec discrétion. Toutefois, il y a bien changement entre les années 1930 et les années 1960, et revirement syndical vis-à-vis de l’organisation de la protection sociale, l’instauration de la Sécurité sociale étant présentée depuis la deuxième moitié des années 1940 comme une « grande conquête » ouvrière et syndicale, ce qui n'avait pas été le cas pour les Assurances sociales. Il est vrai qu’en ce qui concerne l’histoire de la protection sociale sur la longue durée, la thèse de la rupture de la Libération qui a longtemps prévalu parmi les acteurs et les historiens à leur suite, peut être désormais réappréciée : tant du point de vue des critiques au système, que du personnel chargé de sa gestion et du poids des médecins, les éléments de continuité l’emportent dans une séquence historique allant de l’instauration des retraites ouvrières et paysannes en 1910 aux grèves de 1995 pour la défense de la retraite et de la « Sécu ».
La part des assurés, par le biais des organisations syndicales et patronales, dans la gestion du système a été inégale selon les régions, oscillant entre éviction et responsabilité dans la distribution des prestations, de la conception de l’action sanitaire, du recouvrement des cotisations, dans la gestion de l’appareil, celle des personnels et dans la nomination des directeurs de caisse. Cette grande variété, mise en lumière par les études départementales, se retrouve dans l’étude des personnalités (notables, petits et grands patrons, syndicalistes, mutualistes, ouvriers et paysans), ayant défendu ou pourfendu le système.
Pour comprendre le poids des assurances dans l’évolution économique du pays, traversé d’abord par la crise, puis par l’Occupation, il est indispensable de croiser l’approche micro-économique, en raisonnant risque par risque et caisse par caisse, et l’approche macro-économique, qui permet de saisir les effets de la conjoncture sur le fonctionnement des assurances sociales et les raisons de l’extension du système à la Libération. Alors qu’on pensait au moment du vote de la loi que l’assistance allait être relayée, voire supplantée, par les Assurances sociales, celle-ci s’est maintenue et même développée durant la crise économique des années 1930 et pendant l’Occupation.

ASTIER DE LA VIGERIE (Emmanuel, baron d’), 1900-1969 :

ATTENTATS :
Dans la nuit du 31 mai au 1er juin 1905, à Paris, une bombe est lancée sur le cortège officiel du président français Loubet et de son hôte, le roi d'Espagne Alphonse XIII. Ils sont indemnes, mais l'explosion blesse plusieurs personnes et tue un des chevaux de l'escorte. Le responsable, un anarchiste espagnol répondant au nom d'Alexandre Farras (faux nom) ou Avino, ne fut jamais arrêté.Mais le 27 novembre 1905, quatre anarchistes dont Charles Malato et Pedro Vallina, passeront en jugement pour complicité dans l'attentat, ils seront finalement acquittés

AUDIFFRED (Jean), 1840-1917 :
Homme politique. Né le 12 décembre 1840 à Jausiers (Hautes-Alpes), Député de la Loire de 1879 à 1904 Sénateur de la Loire en 1895 et de 1904 à 1917. Membre de divers commissions, il participa à de nombreuses discussions, notamment sur les caisses de retraites, de secours ou de prévoyance, sur le tarif des douanes, sur les caisses d'épargne et sur le budget de l'agriculture, sur les accidents du travail, sur l'achèvement du canal de la Loire au Rhône, etc, Il meurt 27 octobre 1917 à Saint-Pierre-La-Noaille (Loire).

AUFFRAY (Jules), 1852-1916 :
Homme politique. Né à Paris le 3 novembre 1852, Jules Auffray est député de Paris de 1902 à 1906. Petit fils de l'un des médecins de Napoléon III, il n'a pas 18 ans quand il s'engage dans un bataillon de mobiles et prend part à divers combats sous Paris. Démobilisé il continue ses études et réussit une licence de lettres et un doctorat en droit. Reçu premier au concours d'auditeur au Conseil d'État en 1878, il démissionne en 1880 au moment de la promulgation des décrets visant les congrégations. Il s'inscrivit au barreau de Paris et se consacra à la politique et à la défense religieuse dans le comité présidé par M. de Mackau. Il dirigea pendant plusieurs années le Journal de Saint-Germain, organe catholique et royaliste. Il se fit connaître comme orateur enthousiaste et persuasif dans de nombreuses réunions catholiques, parlant notamment contre les laïcisations et en faveur de la liberté de l'enseignement. Il fut un ardent boulangiste avant d'être un non moins ardent anti-dreyfusard et fougueux défenseur de l'État-major. Inscrit à la Chambre au groupe des Républicains nationalistes il continua à se montrer plein d'ardeur. Il meurt à Paris le 7 avril 1916.

AUGAGNEUR (Victor), 1855-1931 :
Il est né à Lyon, le 16 mai 1855, d'une famille bien ancrée dans la bourgeoisie catholique. S'il fait des études au séminaire de Semur-en-Brionnais, il opte ensuite pour la filière médicale où il grave les échelons: interne des hôpitaux en 1875, il est reçu docteur en 1879. Chef de clinique chirurgicale à la faculté de médecine de Lyon en 1881, il est nommé chirurgien à l'hôpital de l'Antiquaille avant de décrocher l'agrégation en 1886 et de devenir professeur titulaire de pathologie chirurgicale en 1894. Mais à cette date, il y avait déjà quelques années que la chose publique l'avait accaparé. Augagneur le devait à son milieu professionnel. Il faut dire que si la Ille République était réputée pour être celle des avocats, à Lyon l'exercice municipal revenait plutôt, en ce XIXème siècle, au monde médical: après Jean-François Terme et Jacques Hénon, c'est en effet, dès 1881, le "pipa Gailleton", comme le surnommaient gentiment les lyonnais, qui avait accédé à la mairie. Or ce chirurgien-chef de l'Antiquaille n'avait pas manqué derèmarquer il ses côtés cet homme dont l'énergie se couplait avc le physique. "Un grand diable avec redingote noire qui lui donne l'aspect d'un jésuite de robe courte. Sans distinction, if tient du boucher de barrière avec des affures de toucheur de boeuf".Tel était le délicat portrait que traçait de Victor Augagneur le satirique journal Guignol alors que notre homme, élu conseiller municipal sur la liste de Gailleton en 1888, venait, deux ans plus tard, d'être élevé au rang d'adjoint. Une position qui l'encouragea à persévérer, malgré le temps qu'il consacrait à ses travaux, dans le cadre de ses activités professionnelles, qui le posaient en spécialiste d'une maladie, fléau de l'époque: la syphilis. Sa thèse de doctorat, en 1879, avait pour sujet "La syphilis héréditaire tardive". Dans ce domaine, il tranchait par ses prises de position, hostiles à la police des mœurs, et à la réglementation de la prostitution. Politiquement, Augagneur ne devait cependant guère tarder à se séparer de son maître car, comme cela arrive fréquemment, il ambitionna de prendre sa place. La lutte fut rllde car le débonnaire et matois Gailleton était un adversaire coriace. solide chef de file du "Comité central et radical". A l'assaut de la mairie, en 1892, Augagneur conduisit sa propre liste, au pas de charge, tout en essayant de se donner une coloration différente: ce qui le classait dans une tendance prônant le " réformisme des intellectuels socialistes indépendants ou républicains-socialistes .Un socialisme assez insuffisant, en tout cas, pour convaincre les Lyonnais qui le rejetèrent également en 1896. Il fallut attendre 1900 polir voir enfin Augagneur récompensé de ses efforts et s'installer dans le fauteuil de Gailleton.On ne peut pas dire que le nouveau maire n'imposa pas son image. A en juger seulement par la qualité des surnoms accolés à sa personne: "Victor le Glorieux", "Victor 1er", ,"l'Empereur" ou "César", ses penchants pour l'autoritarisme lui valurent ces "distinctions". Il faut toutefois estimer Augagneur à la réalisation de son programme, qui comportait quelques grands projets. On mit souvent en avant, parmi les dossiers qu'il défendit celui de la suppression des octrois de Lyon, qui frappaient les denrées de première nécessité et dont on dénonçait ici et là, depuis des lustres, l'existence pénalisante pour" la classe des ouvriers » et celle des" propriétaires-rentiers ». L'affaire, houleuse lors des débats municipaux, remonta jusqu'à la Chambre pour aboutir, en juin 1901, au vote d'une loi sur la suppression des octrois, auxquels on substitua d'alltres taxes, sur les alcools en particulier. Inutile de préciser qu'Augagneur voyait grand et que parmi ses desseins de maire il envisagea de repousser les frontières de sa ville. Il n'est certes pas le seul à avoir ambitionné la formation d'un "Grand Lyon" et il reçut d'abord l'approbation unanime de son conseil sur l'annexion, totale ou partielle, des communes de Villeurbanne, de Bron, Saint-Fons, Vénissieux, Saint Rambert-I'lle-Barbe et Caluire Lyon serait ainsi à la tête de huit beaux arrondissements. Inutile de dire qu'a l'extérieur - à Villeurbanne en particulier - ce projet fut vigoureusement combattu et il regagna de profonds tiroirs où il dort, semble-t-il toujours, en dépit d'éphémères résurgences. Le tableau sur le règne d'Augagneur à la mairie serait incomplet si l'on n'évoquait pas la croisade anticléricale chère au « Bloc des gauches ". En cette période où la séparation de l'Eglise et de l'Etat chauffait à blanc les esprits, la municipalité lyonnaise n'était pas la dernière, son premier représentant en tête, à alimenter des "manifestations républicaines" où les crise de "A bas la calotte, vive la République!" s'opposaient à ceux de "Vive la Liberté! Vivent les Soeur" Tout cela fut interrompu par le départ impromptu d'Augagneur de l'hôtel de ville. On s'interroge encore sur le choix qu'il fit en 1905 d'accepter le poste de gouverneur général de Madagascar et de se priver, du coup, de sa mairie. Certains y voyaient, ironiquement, des motifs d'ordre personnel (liés à sa vie privée ?). D'autres penseront qu'il songeait à soigner sa carrière en espérant secrètement revenir un jour à Lyon. Le jeune Edouard Herriot, son surprenant successeur, ne lui en laissera pas le loisir, Augagneur revint pourtant sur Lyon, élprès sa mission dans l'île lointaine qui s'acheva en 1910. Il retrouva, au premier tour des élections d'avril de cette année-là, son siège de député du Rhône mais son destin national parut l'écarter une nouvelle fois de ses bases lyonnaises. Il eut, en .effet, l'honneur d'être appelé en juin 1911 par Joseph Caillaux au ministère des Travaux publics, des Postes et des Télégraphes puis en 1914, dans un cabinet dirigé par Viviani, à l'Instruction publique et aux Beaux-arts. La guerre le transforma en ministre de la Marine, mais Augagneur fut mis en difficulté après l'échec des Dardanelles. Il retourna fin 1915 aux bancs de la Chambre, prenant place dans d'innombrables commissions parlementaires. La paix revenue, Augagneur connut des fortunes diverses. Non réélu aux élections de 1919, il s'abstint aux suivantes et se consola avec un poste de gouverneur de l'Afrique équatoriale. Mais son coeur battait toujours pour Lyon. S'il reconquit son siège de député du Rhône en 1928, "année suivante, quoique septuagénaire, il repartit à l'assaut de la mairie mais la forteresse tenue par Herriot résista à cet entêtement mêlé de dépit. C'était son ultime combat puisqu'il mourra le 23 avril 1931 dans une maison de retraite du Vésinet. Si le président de la. Chambre, Fernand Bouisson, prononça devant les député son éloge funèbre, Le Progrès fit au moins l'honneur à Augagneur d'une modeste colonne à la Une, annonçant sa disparition, cette fois-ci totale, de la scène, locale. GÉRARD CHAUVY - ces Lyonnais qui ont marqué le siècle

AUGE (Justin), 1850-1925 :
Homme politique. Né à Béziers (Hérault) le 31 mars 1850,. Justin Auge est député de l'Hérault de 1897 à 1910. Il venait de terminer ses études au collège de Béziers, lorsque éclata la guerre de 1870. Devançant l'appel de sa classe, il s'engagea au 1er régiment de zouaves et fit la campagne de 1870-1871 aux armées de la Loire et de l'est. Démobilisé, il fonda un commerce de vins, puis il se consacra à la viticulture qu'il défendit en tant que secrétaire du comice agricole, conférencier et journaliste. Il fut élu conseiller général du canton de Capestang en janvier 1890 contre un candidat boulangiste. C'est à l'élection partielle du 28 février 1897 qu'il fut élu pour la première fois député. Il s'inscrivit au groupe radical-socialiste et fut membre de diverses Commissions. Toutes ses interventions, rapport de projets, dépôt de propositions de lois ont rapport avec le vin : suppression de droit d'octroi sur les boissons hygiéniques, distribution de vin aux troupes création d'une caisse d'assurance agricole, lutte contre les fraudes, etc. Il meurt à Paris le 2 janvier 1925

AURIOL (Vincent), 1884-1966 :
Homme politique. Né à Revel (Haute-Garonne) le 27 août 1884, Vincent Auriol est le fils d’un boulanger. Avocat de profession, il adhère rapidement à la SFIO. Député de Muret (Haute Garonne) dès 1914, membre de la commission des Finances de l'Assemblée, il devient ministre des Finances sous le Front Populaire. Sa politique d'abandon du "franc Poincaré" au profit du "franc flottant" n'empêche pas la chute du gouvernement Blum en 1937 sur des questions économiques.
En 1940, il fait partie des quatre-vingt députés qui refusèrent de voter les pleins pouvoirs au maréchal Pétain. Incarcéré, il réussit cependant à gagner Londres et la Résistance. Il fait un retour triomphal à la Libération puisqu'il est élu premier président de la IVe République par l'Assemblée le 16 janvier 1947. Figure extrêmement populaire, il permet l'émergence d'une "troisième force" entre le communisme et le gaullisme. Confronté à des difficultés économiques et sociales (inflation, grèves...), il ne parvient pourtant pas à endiguer l'instabilité gouvernementale. Décédé à Muret, le 01 janvier 1966.

AUROUSSEAU (Léonard), 1854-1914 :
Léonard Léon Aurousseau est né le 10 septembre 1854 à Saint-Estèphe, dans le département de la Dordogne. Il n'a pas encore 16 ans lorsque débute la guerre franco-allemande de 1870. Comme beaucoup de jeunes de sa génération, l'annonce des défaites de l'armée impériale l'incite à s'engager pour tenter de venger l'humiliation des premières batailles. Le 22 octobre, il souscrit un engagement volontaire pour la durée de la guerre. C'est à l'Armée de la Loire qu'il connaît son baptême du feu. Passé ensuite à l'Armée de l'Est, il en subit le sort, ce qui lui vaut d'être interné quelque temps en Suisse. Une fois libéré, il s'engage une seconde fois, en octobre 1871, au titre du 2e Zouaves. Commence alors une carrière intégralement consacrée à l'infanterie. Homme de troupe puis sous-officier, il sert tout d'abord au 2e Zouaves puis au 12e bataillon de chasseurs à pied. Après avoir suivi les cours de l'École Militaire d'Infanterie de Saint-Maixent, il est nommé sous-lieutenant le 30 avril 1880. C'est au 3e R.T.A. qu'en 1880 il commence sa nouvelle carrière d'officier. Avec lui, il sert en Algérie et en Tunisie. En décembre 1884, il est nommé lieutenant et passe au 1er R.T.A. L'année suivante il part pour l'Indochine, où il rejoint le 1er régiment de Tirailleurs Tonkinois.Il rentre en France en 1888 et termine son temps de lieutenant au 19e R.I. Capitaine le 29 mars 1889, il est muté au 63e R.I. Il quitte ce régiment limousin quelques années plus tard, pour être nommé major du 50e R.I., l'un des deux régiments implantés en Dordogne (à Périgueux, en l'occurrence). Pour la première fois, sa carrière le ramène dans son Périgord natal. Il sert toujours au 50e R.I. lorsqu'il est nommé chef de bataillon, le 25 avril 1900, puis lorsqu'il est promu lieutenant-colonel, en décembre 1907. Il accède au grade de colonel le 25 décembre 1911 et prend brièvement la tête du 146e R.I., à Toul, avant de revenir dans le Périgord dès l'année suivante. C'est en 1912 en effet qu'il devient chef de corps du 108e R.I., en garnison à Bergerac. Pendant deux ans, il marque profondément la vie de la petite ville de garnison. C'est un homme respecté, dont les décorations illustrent la carrière mouvementée. Promu commandeur de la Légion d'Honneur le 31 décembre 1913 (ce qui n'est pas fréquent pour un officier de son grade, la plupart des colonels n'étant encore qu'officiers, voire chevaliers), il est décoré au cours d'une revue militaire le 16 janvier 1914 à Bergerac, par le général de division Henri de Pourquéry de Péchalvès, ancien gouverneur militaire de Verdun, en retraite à Bergerac où il a des attaches familiales. Il est également titulaire de la médaille du Tonkin, de la médaille Coloniale (agrafe "Tunisie"), de la médaille commémorative de la guerre de 1870, officier de l'Ordre Royal du Cambodge, officier de l'ordre du Dragon d'Annam et officier de l'ordre tunisien du Nicham Iftikar...! Bien peu de chefs de corps peuvent alors se vanter d'avoir un tel palmarès !Atteint par la limite d'âge, il doit partir à la retraite en septembre 1914. La guerre va en décider autrement. Le 1er août 1914, dans l'enthousiasme patriotique qui électrise la dernière retraite aux flambeaux organisée à Bergerac par son régiment, il déclare : "Je suis heureux de partir à la tête de mon régiment et avec mes deux fils... A ma médaille de 1870 j'espère joindre la médaille victorieuse de 1914". Car c'est toute la famille Aurousseau qui part pour la guerre : si le père est colonel du 108e R.I., l'un de ses fils est sous-lieutenant de réserve au 144e R.I. de Bordeaux et l'autre sert comme sous-officier au 108e. Avec le 12e Corps, auquel appartient son régiment, le colonel Aurousseau combat tout d'abord dans les Ardennes belges. La bataille du 22 août, à l'ouest de Neufchâteau, est un cruel et meurtrier apprentissage de la guerre moderne. Elle touche d'autant plus le chef du 108e que son fils, le sergent René Aurousseau, y trouve la mort. L'échec de la bataille des frontières étant consommé, débute alors une retraite sans fin qui, des rives de la Semois, conduit le 108e R.I. sur la Marne. Le 8 septembre, alors que commence la bataille dont dépend le sort des armes, une balle brise la cuisse d'Aurousseau. De cette grave blessure il ne se remettra pas. Il meurt le 14 septembre à l'hôpital du Val de Grâce où il avait été transporté. Son corps est rapatrié à Bergerac, où il est enterré le 26 octobre. Ses obsèques sont célébrées avec la participation d'un détachement du 96e Territorial, commandé par le chef de bataillon Champ. La disparition de cette figure de la vie locale, homme respecté et officier admiré, cause une émotion aussi vive que sincère chez les Bergeracois. La mort presque simultanée au Champ d'Honneur du père et de ses deux fils (l'aîné tué le 20 août et le cadet tombé le 22) fait beaucoup pour marquer les esprits. De nombreuses gerbes accompagnent le corbillard enveloppé d'un drapeau sur lequel repose la cravate de commandeur de la Légion d'Honneur et la médaille de 1870 du défunt. Au cimetière, le commandant Mano et le sous-préfet Tavera prononcent un discours et retracent la carrière du grand soldat. Le hasard d'une carte postale de l'époque nous donne un autre écho de cette cérémonie : celui de la troupe chargée de rendre les honneurs. Bien entendu, les considérations personnelles sont en ce cas très différentes de l'émotion populaire et de la pompe officielle. C'est surtout sous l'angle d'une corvée que la cérémonie a été perçue par le soldat (du 96e Territorial sans doute) qui, plus préoccupé par l'état de santé de sa femme (de sa fiancée ?) que du deuil des Bergeracois, écrit le 26 octobre 1914 : "J'ai fait un bon voyage. Je suis arrivé à Bergerac à 6 heures et demie et il y a rien eu. Tout va bien ce matin, rien à faire. Je crois qu'à 11 heures faudra aller à l'enterrement d'un colonel, mais ce sera pas bien pénible". La gloire est chose bien relative...

AUTOMOBILE :

AVIATION :

AYNARD (Edouard), 1837-
Homme politique. Né à Lyon le 1er janvier 1837, Député du Rhône de 1889 à 1913. Il est issu d'une famille bressane venue s'établir à Lyon au XVIIè siècle. Il commença ses études au collège d'Oullins (Rhône) et les termina en Angleterre. Son père qui était banquier le fit s'initier à l'industrie de la soie, puis l'associa à ses affaires financières, industrielles et économiques. Ses compétences lui valurent d'être nommé président de la chambre de commerce de Lyon. Il s'intéressa à l'enseignement professionnel et contribua au développement de l'Université lyonnaise. Élu, il s'intéressa à toutes les discussions douanières en tant que libre-échangiste. Les questions sociales retinrent également son attention : travail des enfants, des filles mineures et des femmes dans les établissements industriels ; aide aux ouvriers mineurs ; réorganisation des caisses d'épargne ; société de secours mutuels ; accidents du travail ; il défendit l'assistance aux vieillards, infirmes et incurables ainsi que la caisse des retraites ouvrières. En 1895, il siégea à la Commission chargée de l'examen de la proposition de loi de M. Lemire sur la liberté d'association. Inscrit au groupe des progressistes, il avait soutenu le Ministère Méline en 1889, puis s'était retranché dans l'opposition sous les Ministères radicaux qui lui succédèrent. Il plaida en faveur de la liberté de l'enseignement dont il se fit le défenseur. Il intervient en faveur des congrégations et se prononçe contre la séparation des églises et de l'État et vote contre la loi sur le droit d'association. Il meurt à Paris le 25 juin 1913.






1 Comments:

Blogger Bo Bengtsson said...

Juliette Adam est née Lambert (Elle utilise Lamber comme nom de plume), voir Saad Morcos thesis 1961 Juliette Adam.
Corriger, svp

Amicallement
Bo Bengtsson
bobengtsson.blogspot.com

8:38 AM

 

Post a Comment

<< Home