Thursday, November 17, 2005

B
BACHELARD (Gaston), 1884-1962 :
BAINVILLE (Jacques), 1879-1936 : Né à Vincennes, le 9 février 1879. Après des études classiques au lycée Henri IV, Jacques Bainville s’orienta vers les lettres et l’histoire. À vingt ans, en 1899, il écrivait son premier ouvrage, Histoire du roi Louis II. Dans les premières années du XXe siècle, il se consacra essentiellement au journalisme, sous la férule de Charles Maurras* qui le fit entrer à La Gazette de France, puis lui confia la rédaction de la rubrique de politique étrangère à L’Action française. Jacques Bainville allait co-diriger cette publication avec Maurras et Léon Daudet, lorsque celle-ci devint un quotidien. Parallèlement, Bainville devait également collaborer à La Liberté, au Petit Parisien, à La Nation belge et à La Revue universelle dont il assura aussi la direction. S’il abordait dans ses articles de multiples sujets, touchant aussi bien à la critique littéraire qu’aux questions financières, sa matière de prédilection restait l’histoire, à laquelle il consacra de nombreux ouvrages parmi lesquels on peut citer Bismarck et la France, L’Allemagne romantique et réaliste, Histoire de deux peuples, La Guerre et l’Italie, Comment est née la Révolution russe, Histoire de trois générations, Les Conséquences politiques de la paix, Le Dix-huit brumaire, Napoléon, Histoire de la IIIee République. Jacques Bainville demeure surtout célèbre comme l’une des grandes figures du courant de pensée monarchiste, dans la mouvance de l’Action française, entre les deux guerres. Mais son engagement politique ne nuisait ni à sa lucidité ni à l’élégance de son style ; et son Histoire de France reste un livre de première importance. Atteint d’un cancer qui ne lui laissait guère d’espoir, Jacques Bainville fut élu à l’Académie française par 20 voix, le 28 mars 1935, au fauteuil de Raymond Poincaré. Il fut reçu quelques semaines avant sa mort par Maurice Donnay, le 7 novembre 1935. Il meurt le 9 février 1936.
BANQUE DE FRANCE :
BARBUSSE (Henri), 1873-1935 :
BARODET (Désiré), 1823-1906 : Né en 1823 en Saône-et-Loire, instituteur et agent s’assurances, il débute dans la vie politique en allant proclamer la République à l’Hôtel-de-ville de Lyon en septembre 1870. Conseiller municipal, puis maire de Lyon, il entre dans l’histoire en se faisant élire député à Paris, le 27 avril 1873, lors d’une élection partielle contre le candidat cde Thiers, Rémusat, évènement qui sera l’occasion de la chute de Thiers. Député de la Seine de 1876 à 1896, il demande la création d’un recueil, dressé au début de chaque législature, qui contient les professions de foi des députés déclarés élus, recueil surnommé, pour cette raison, le « barodet ». Elu sénateur en avril 1896 lors d’une élection partielle, il ne se représente pas au renouvellement de 1900 et meurt six ans plus tard dans la commune de Vincelles (Jura).
BARRÈS (Maurice), 1862-1923 :
Homme politique. Né à Charmes (Vosges), le 17 août 1862, Maurice Barrès est considéré comme le maître à penser de toute une génération. Il le fut tout autant par son œuvre littéraire que par son style de vie. En 1873, il entre en tant qu’interne au collège catholique de la Malgrange, près de Nancy. Quelques années plus tard, Maurice Barrès poursuit ses études secondaires au lycée Poincaré de Nancy, où il est élève de 1877 à 1880. Après avoir obtenu son Baccalauréat, Barrès fait son droit, toujours à Nancy, avant de monter à Paris en 1883. A Paris en 1882 et, sous prétexte de terminer sa licence de droit, il fréquenta le cénacle de Lecomte de Lisle et les milieux symbolistes. Il écrivit quelques articles pour La Jeune France et fonda, en 1884, une revue éphémère, Les Taches d'encre. La découverte de Baudelaire et de Flaubert achève de développer en lui le goût de l’analyse et la trilogie du Culte du moi (Sous l’œil des Barbares en 1888, Un Homme libre en 1889, Le Jardin de Bérénice en 1891) peut apparaître comme un réveil du romantisme et de l’égotisme stendhalien ou comme l’annonce de l’épicurisme de Gide. Il s’agit en effet pour Philippe, le héros de Barrès, de multiplier les émotions et l’analyse de ces émotions. De même, au cours de ses voyages et durant toute sa vie, ce sont des aspects de lui-même que Barrès a cherchés dans les sites illustres (Du sang, de la volupté, de la mort, en 1894 ; Gréco où le secret de Tolède en 1912 ; Un Jardin sur l’Oronte en 1922). Ce dilettantisme fit rapidement de Barrès le prince de la jeunesse ; il offrait à une génération désabusée, dans le culte du Moi, un but immédiat. Ce n’était pour Barrès qu’un étape. Rapidement, il découvrait que la personnalité de l’individu ne se développe que dans l’enracinement, dans les liens avec le sol natal et avec les morts ; ainsi, le déterminisme de Taine, qui insistait sue le pouvoir de la race, conduisait Barrès à chercher ses propres lois dans la terre lorraine et dans le culte de la patrie. L’individualisme se change sans contradiction en nationalisme, et l’indépendance en engagement. Parallèlement à sa carrière d’écrivain qui lui assura un succès précoce, il se lança dans la politique. Boulangiste par anticonformisme et par rébellion contre l’ordre établi, en janvier 1889, il lança à Nancy un journal, Le Courrier de l'Est, et en octobre, il fut élu député de Meurthe-et-Moselle. L’affaire Dreyfus qu’il vécut comme une menace de désintégration de la communauté nationale l’incita d’emblée à se placer dans le camp des antidreyfusards dont il devint l’un des chefs de file. Dès lors, sa pensée s’orienta vers un nationalisme traditionaliste, plus lyrique et moins théorique que celui de Maurras, mais fondé sur le culte de la terre et desgmorts. Candidat malheureux à Neuilly, lors des élections législatives de 1893, il fit jouer au Théâtre Libre, en février 1894, une pièce interdite par la censure théâtrale, Une journée parlementaire, puis, pour défendre ses idées, il fonda, en septembre 1894, son propre journal quotidien, La Cocarde. Il écrivit surtout, entre 1897 et 1902, la trilogie du Roman de l’énergie nationale (Les Déracinés, L'Appel au soldat, Leurs Figures) dans lequel le « culte du moi » se trouvait enfin transcendé dans la fidélité au solHnatal. Le premier roman, Les déracinés publié en 1897, le plus célèbre, montre sept jeunes lorrains qui, venus à Paris pour y réussir comme Rastagnac, se trouvaient incapable de s’y adapter. Par contre, l’héroïne de Colette Baudoche (1909) incarne les verts de la race, développées au contact de la terre natale. Jusqu’à la guerre, Barrès ne cessa pas d’entretenir dans ses romans et dans ses articles la fidélité aux provinces perdues et à l’intégrité nationale. Cette ferveur lui fait reprendre la tradition religieuse (La Colline inspirée, 1913) comme un élément essentiel de l’énergie et de la vérité nationale. L’influence de Barrès, plus lyrique que celle de Bourget, peut se comparer à celle de Chateaubriand dans le Génie du Christianisme.À la suite de « l’Affaire », il ne devait plus quitter l’arène politique, assumant la présidence de la Ligue de la Patrie française puis celle de la Ligue des patriotes, à la tête de laquelle il succéda à Paul Déroulède en 1914, affichant enfin pendant toute la durée de la guerre un patriotisme cocardier qui lui valut d’être élu par Le Canard enchaîné, chef « de la tribu des bourreurs de crâne ». L'année suivante, il fit un voyage au Proche-Orient, qui lui inspira son dernier livre, Une enquête au pays du Levant (1923). Dès avant la guerre cependant, l’année 1906 devait lui apporter la consécration politique et littéraire grâce à une double élection : comme député de Paris — il le resta jusqu’à sa mort — et comme académicien. Après s’être présenté en 1905 au fauteuil d’Eugène Guillaume et avoir échoué contre Étienne Lamy (qui devint le 500e « Immortel »), il avait brigué la succession du duc d’Audiffret-Pasquier mais s’inclina, étant simple député, devant la candidature du ministre Ribot. La mort du poète Heredia ouvrit alors une seconde vacance qui permit à Maurice Barrès d’être élu le 25 janvier 1906, par 25 voix contre 8 à Edmond Hauraucourt et une voix à Jean Aicard. Il fut reçu le 17 janvier 1907 par le vicomte de Vogüé. Il reçut à son tour Jean Richepin, en 1909. En 1917, Barrès fait paraître Les Diverses Familles spirituelles de la France, un ouvrage de réconciliation nationale écrit dans le contexte de l’Union Sacrée. Élu du Bloc national et membre de la Chambre "Bleu horizon" après l’armistice, Maurice Barrès est gagné par le scepticisme, alors que son rêve de revanche se réalise. Il s’interroge sur la signification de son nationalisme. En 1921, paraît Le Génie du Rhin où l’écrivain prône la réconciliation avec l’ennemi allemand. Ses hésitations et ses doutes seront davantage visibles avec la publication de ses Cahiers. L’année suivante, il chante l’Orient et les désordres amoureux avec Un Jardin sur l'Oronte, un ouvrage qui scandalise la critique. Il décède à Neuilly-sur-Seine le 4 décembre 1923.

BARTHOLDI (Frédéric-Auguste), 2.4.1834-4.19.1904 :

BARTHOU (Louis), 1862-1834 :
Homme politique. Né à Oloron-Sainte-Marie (Basses-Pyrénées), le 25 août 1862. Issu d’un milieu modeste — son père était quincaillier —, Louis Barthou fit des études de droit à la Faculté de Bordeaux et obtint à Paris son doctorat de droit en 1886. Secrétaire de la conférence des avocats, avocat au barreau de Pau, il fut très tôt attiré par la politique et devint rédacteur en chef de L’Indépendant des Basses-Pyrénées. Âgé de 27 ans, il se fit élire en 1889 député des Basses-Pyrénées, comme Républicain modéré. Il devait être réélu sans interruption jusqu’en 1922, date à laquelle il quitta la Chambre pour le Sénat.
Sa carrière ministérielle ne fut pas moins précoce : il n’avait que 32 ans quand il obtint en 1894 son premier portefeuille comme ministre des Travaux Publics. Ministre de l’Intérieur en 1896, puis de nouveau aux Travaux Publics de 1906 à 1909, garde des Sceaux de 1909 à 1913, Louis Barthou allait rapidement s’affirmer comme l’un des grands notables de la IIIe République. Le 22 mars 1913, il devint président du Conseil et fit à ce titre voter la loi qui portait à trois ans la durée du service militaire. La victoire de la gauche aux élections législatives de 1914, la déclaration de guerre et la perte, quelques mois plus tard, de son fils tué au front, marquèrent son retrait provisoire de la scène politique. En 1917 cependant, il retrouvait une place de premier plan se chargeant du portefeuille des Affaires étrangères. Tout au long des années 1920, il continua d’occuper des ministères d’importance (Guerre, Justice, Affaires étrangères de nouveau), dans des gouvernements de concentration républicaine. Mais, le 9 octobre 1934, à Marseille, il était tué en même temps que le Roi Alexandre de Yougoslavie, dans l’attentat perpétré par un terroriste croate. L’assassinat de Louis Barthou fut pour le pays une perte irréparable tant avait été efficace la mise en œuvre de ce qui fut la grande idée de ses dernières années : la reconstitution d’alliances contre le danger allemand. Nul ne sut la reprendre après lui. En marge de son activité politique, Louis Barthou avait également publié quelques livres de littérature et d’histoire, et il était un collectionneur célèbre de manuscrits et d’autographes ; mais c’est incontestablement son action gouvernementale que salua l’Académie française l’élisant au fauteuil d’Henry Roujon, par 20 voix sur 27, le 2 mai 1918. Maurice Donnay le reçut sous la coupole, le 6 février 1919. Louis Barthou reçut à son tour Joseph Bédier en 1921 et Albert Besnard en 1924. Mort le 9 octobre 1934.

BARTOLINI (Jean Baptiste), 1899-1977 :
Né à Toulon, le 10 janvier 1899-1er février 1977. Son père, ouvrier immatriculé à l'Arsenal et sa mère, couturière aux Dames de France, habitaient la basse ville, près du port. Ils eurent quatre enfants dont deux seulement survécurent. Ils retournaient régulièrement en Corse et Bartolini y passa les épreuves du Certificat d'études primaires. Son père votait en Corse pour le clan " rouge " Landry, ne fréquentait que des insulaires et parlait corse chez lui. Dans cette famille catholique, les enfants suivirent les cours de catéchisme et firent leur communion solennelle.
Après avoir fréquenté l'école technique Rouvière pendant deux ans, Bartolini entra à l'Arsenal comme apprenti ajusteur (Direction de l'artillerie navale) le 1er septembre 1915. Devenu aide-ouvrier en janvier 1917, congédié sur sa demande, il s'engagea pour trois ans dans l'aviation, le 17 septembre 1917 afin de pouvoir choisir son arme.
Tour à tour à Istres, Dijon, Bron et Cazaux, Bartolini, mécanicien, ne connut pas les combats. Il eut l'occasion de lire La Vague, s'intéressa vivement aux événements russes et fut impressionné par les grèves de 1919 dans la métallurgie. Il termina son engagement comme soldat de deuxième classe, " ouvrier d'aviation ".
Bartolini réintégra l'atelier des forges à l'Arsenal comme ouvrier immatriculé, le 21 septembre 1920 et devint ouvrier mouleur, le 1er juin 1921, après avoir réussi les essais de mouleur avec 16,21 de moyenne. Six mois plus tard, son chef portait sur lui cette appréciation : " bon ouvrier mouleur donnant satisfaction dans l'exécution des travaux qui lui sont confiés ". Le registre des matricules porte mention de deux punitions jusqu'en 1925 pour absences.
Bartolini adhéra au syndicat CGTU des Travailleurs de la Marine en 1923. Dans le sillage du secrétaire de l'Union locale et futur secrétaire de son syndicat, Roubaud à qui il reconnaît devoir beaucoup, il devint archiviste du syndicat. Il se rendit à Marseille pour le congrès ouvrier et paysan (23 août 1925) contre la guerre du Maroc au titre de sympathisant du Parti communiste.
Marié en mars 1926, non adhérent de l'ARAC, lecteur du Petit Var, Bartolini habita rue d'Astour dans la basse-ville de Toulon pendant neuf ans. Il adhéra au Parti communiste à la fin de 1928 à la cellule de l'Arsenal qui groupait, en fait, tous les militants de la ville. Il expliquait plus tard son adhésion " non par la raison, mais par esprit de classe ". Déjà en rupture avec les traditions familiales (il n'allait pas voter en Corse), il ne vota à Toulon pour la première fois qu'en octobre 1928 pour le candidat communiste aux élections cantonales.
Il devint trésorier adjoint du syndicat des travailleurs de la Marine et le commissaire spécial de Toulon demandait au Préfet maritime des renseignements sur lui, le 29 mars 1929. Il fut élu membre de la commission exécutive de la neuvième Union régionale de la CGTU par le congrès de Toulon, le 20 mai 1929. Le 5 mai 1929, aux élections municipales de la ville, il figurait sur la liste du Bloc ouvrier et paysan et arrivait parmi les derniers avec 1 262 voix sur 25 500 inscrits ; le dimanche suivant, il conservait 893 suffrages.
Le 26 janvier 1930, à la conférence du rayon communiste du Var, à Carnoules, il fut désigné comme membre du comité de rayon. Les papiers saisis indiquaient même qu'il exécutait au bureau, chargé de l'" agit-prop ". La police, à ce moment, rapportait qu'il avait exécute; pressenti pour devenir secrétaire du syndicat en remplacement de Roubaud, décédé. Il ne le devint qu'en novembre après la démission de Mazan et ne fut mentionné avec cette responsabilité que le 22 novembre 1930.
Bartolini fit partie de la commission de rédaction de l'éphémère journal imprimé par le syndicat, Le Cri de l'Arsenal. Le 16 juin 1930, dans une réunion syndicale, Bartolini proposa de cesser les attaques contre les gradés et les chefs d'ateliers, proposition vivement combattue par quelques jours auparavant, il avait présidé une réunion publique avec Frachon, Duisabou et Bonnefons. Peu après, il en présidait une autre avec G. Péri.
Bartolini fut délégué au congrès de la Fédération CGTU des personnels civils et employés des établissements et services de l'Etat (6-8 juillet 1930 à Paris). Le rapport au congrès de la neuvième Union régionale mentionnait qu'il avait participé à vingt-quatre réunions sur vingt-huit et qu'il était proposé pour la réélection.
Le 23 juillet 1930, il demandait au ministre de la Marine une permission de quarante-cinq jours pour se rendre à Moscou représenter son syndicat qui l'avait désigné comme délégué pour le Ve congrès de l'ISR. Le ministre avisait le Préfet maritime de son refus et indiquait que " s'il venait à se rendre à l'étranger sans autorisation, il serait congédié d'office ".
Devenu secrétaire de la cellule communiste de l'Arsenal, le 7 août 1930, il fut désigné par le bureau du rayon comme secrétaire intérimaire pendant l'absence de Pothier qui était parti pour Moscou.
Le 2 octobre 1930, Bartolini fut élu par 2 811 ouvriers de l'Arsenal comme délégué à la Commission locale des salaires.
Les envoyés de la région communiste du Parti, les " pélerins " comme les appelle G. Ceretti, critiquaient alors vivement les activités des communistes varois. A une réunion du comité de rayon, à Toulon, le 6 juin 1931, devant les critiques du délégué régional Duisabou, Bartolini s'exclama selon le rapport de police : " Que fait le parti ? Rien. Qui allège la tâche de Revest ? La mienne ? Personne. Quant aux délégués régionaux et parisiens, on ne les voit presque pas. Les trois-quarts des ouvriers les ignorent. Que l'exemple vienne d'en haut et nous suivrons ! "
Bartolini était en désaccord avec la direction régionale et le manifesta lors du congrès régional de Marseille à la fin de 1930. G. Ceretti nous rapporte alors le rôle joué par Bartolini " intelligent et courageux, sachant défendre ses opinions et le parti bien que manquant de maturité politique ". Son intervention, " avec son accent chantant et tous ses Peuchère ", souleva une grande " émotion ". Il y critiquait les méthodes et les analyses de la direction marseillaise. M. Thorez, qui assistait au congrès, en fit alors son meilleur allié. La direction jugée " sectaire " fut éliminée progressivement du bureau régional et Bartolini accéda au comité régional.
En 1931, Bartolini était devenu le personnage central du Parti à Toulon. Ses responsabilités politiques (comité régional et, en 1932, secrétaire adjoint du rayon, secrétaire de cellule) s'ajoutaient à ses responsabilités syndicales (secrétaire du syndicat le plus fort de la ville, membre de la commission exécutive de l'Union régionale et du comité départemental du SRI). De plus, le septième congrès national du Parti communiste de Paris (11-19 mars 1932) l'élisait membre du comité central.
Aussi fut-il désigné pour représenter le Parti communiste dans l'élection législative de 1932 dans la deuxième circonscription de Toulon (Ouest de la ville et Sud-Ouest du département). La campagne fut mouvementée, mais l'opposition à Renaudel vint essentiellement, du candidat de droite. Les incidents se multiplièrent. Les communistes furent ménagés par le député socialiste sortant qui avait besoin d'une partie de leurs voix. Bartolini se signala surtout par la réponse qu'il fit, lors d'une réunion dans la première circonscription de Toulon, à un interrupteur socialiste qui lui conseillait de réserver ses coups avant tout pour le maire, candidat à la députation, Escartefigue. Accusé d'avoir peur d'être révoqué et ainsi de ménager le maire, Bartolini s'exprima en termes " verts " que la presse répandit et lança un avertissement : " Aboyez roquets... le molosse communiste passe. Messieurs les calomniateurs, tenez-vous le pour dit, vous avez accusé : pour ce soir, pour demain, je demande la parole. "
Bartolini ne mena pas une campagne active dans sa circonscription où le Parti s'était fortement affaibli. Le 1er mai 1932, Renaudel était réélu dès le premier tour et Bartolini recueillait 1 090 voix sur 18049 inscrits (alors qu'en 1928, Père en avait obtenu 1842). Il ne semble pas que Bartolini ait eu tout de suite l'activité nationale que pouvait lui imposer son élection au comité central. En revanche, il fut au premier plan des actions syndicales locales.
Au congrès de la neuvième Union régionale de la CGTU le 5 juin 1932, Bartolini présenta deux rapports sur la situation générale (crise économique et dangers de guerre) et sur la main-d'oeuvre émigrée. Le 24 juillet 1932, au congrès ouvrier et paysan contre la guerre de Toulon - petite réunion en fait de quelques militants -, il lança un appel pour la formation d'un comité de vigilance contre la guerre. Il commençait à s'opposer au nouveau secrétaire de l'Union régionale, Diné qui, depuis les échecs des manifestations de 1931, semblait conseiller la prudence en raison de la possible répression. Encouragé par les dirigeants régionaux, Bartolini pensait toutefois qu'il fallait " endiguer la panique provoquée " par " l'action néfaste " de Diné.
Sa représentativité syndicale s'accrut après sa réélection à la commission locale des salaires et à la commission mixte consultative du travail de l'Arsenal. Mais, il n'obtenait que 2 291 voix sur 7 797 ouvriers inscrits, soit 600 de moins qu'en 1930. Il fut aussi candidat de la CGTU pour l'élection nationale à la commission tripartie des économies des arsenaux de l'État. Arrivé en tête à Toulon en décembre 1932, la situation s'était renversée dans les autres établissements et le candidat de la CGT, Lamy, fut élu.
Son activité politique locale semblait diminuer. Le Parti communiste à Toulon traversait une crise. Le commissaire spécial notait en octobre 1932, le " laisser-aller " du secrétaire adjoint du rayon " qui ne tente aucune action sérieuse ".
À la tête des luttes syndicales menées à partir de 1933 par les ouvriers de l'Arsenal, Bartolini se révélait comme un orateur apprécié - " fougueux " comme l'indiquait la presse - qui maniait l'ironie et les familiarités. Il fut un de ceux qui contribua le plus à souder l'unité d'action des syndicats CGT, CGTU et autonome. Le 18 février 1933, il invita les 3 500 ouvriers réunis à l'appel de la CGT à former un comité de lutte. Le 1er Mai 1933, il participa à la délégation de la CGTU qui proposa aux ouvriers syndiqués à la CGT, réunis dans la salle voisine de la Bourse du Travail, de défiler ensemble. Le 21 octobre 1933, il présidait un meeting corporatif, commun aux trois syndicats. De tels meetings se renouvelèrent souvent. Aussi, joua-t-il un grand rôle en février 1934. Délégué de la CGTU au comité de grève, il se caractérisait, selon son habitude, par des propos très combatifs. Les rapports de police rapportaient souvent des extraits de ses interventions ; ainsi, le 8 février 1934, dans la réunion des représentants de toutes les organisations à la Bourse du Travail, il aurait déclaré selon la police : " Si l'on nous oppose les barrières, il faut les démolir armés de revolvers ".
Ici, apparaît un trait permanent de son caractère impulsif. Bartolini était un militant très courageux. On en juge très vite quand, à la tête d'une contre-manifestation qui protestait contre une réunion avec Ybarnegaray, le 25 mars 1934, il fut " passé à tabac " par la police. Le Petit Var s'en indignait : il avait été " maltraité " et les coups et blessures dont il était accusé, se bornaient au fait qu'il avait mordu la main d'un sergent de ville ! Toutes les organisations politiques, syndicales et philosophiques de la gauche toulonnaise protestèrent. Le jour du procès, le 6 octobre, après un premier renvoi en juillet, Bartolini fut acquitté. Les frais furent partagés entre les dix-huit organisations protestataires. Le procureur (Bartolini indiquait, vers 1970, que cette affirmation était erronée) constata à l'audience que Bartolini était " un bon fonctionnaire de l'Arsenal sur lequel les meilleurs renseignements sont fournis ".
Bartolini avait été aussi au centre de rapprochement entre la SFIO et le Parti communiste dans la région. Le 20 juin 1934, il signa au nom du Parti communiste un accord pour une action commune contre le fascisme avec la Fédération socialiste. Cette précocité de l'union à Toulon s'expliquait par la nature des luttes revendicatives contre la politique gouvernementale, par l'orientation de la section toulonnaise (gagnée par la tendance de La Bataille socialiste) et par le rôle plus important pris dans la direction des luttes par la poignée de militants communistes. Dès lors, Bartolini parla souvent dans les réunions politiques organisées pendant l'été de 1934 par les deux partis. Il fut candidat au conseil d'arrondissement dans le premier canton (partie ouest) de Toulon. Le 7 octobre 1934, il recueillait 745 voix sur 8 094 inscrits. Il se désistait et menait campagne aux côtés du candidat socialiste SFIO qui battit le conseiller sortant.
Cette unité d'action connut toutefois des limites comme devaient le prouver les élections municipales de Toulon. En août 1934, cinq conseillers municipaux de la ville, co-listiers du maire Escartefigue démissionnaient pour protester contre les projets d'urbanisme. Une élection complémentaire devait être organisée. La section socialiste SFIO refusait la proposition de certains de ses membres de constituer une liste commune avec les communistes, décidait de se tenir à l'écart et de soutenir dès le premier tour la liste communiste. La possibilité d'une liste commune fut aussi débattue par la cellule communiste, le 19 octobre 1934. Aucune décision ne fut prise, et, trois jours plus tard, Bartolini rapportait la décision du " centre " de constituer au premier tour, une liste communiste et de proposer une liste commune à la SFIO pour le deuxième tour. Le 28 octobre, un électeur sur cinq vint voter et la liste communiste dite " d'unité d'action ", avec à sa tête Bartolini, obtenait la majorité absolue des votants (3 497 voix sur Bartolini sur 27 938 inscrits). Pour le deuxième tour, parmi les quatre nouvelles listes, deux se réclamaient ouvertement de l'anticommunisme. La SFIO refusait la proposition faite par Bartolini d'une liste comprenant six communistes et quatre socialistes. Après avoir appelé - ce qui était une nouveauté pour le Parti - le réflexe " Rouges contre Blancs ", les dix communistes étaient élus le 5 novembre (5 039 voix pour Bartolini).
Ponctuant leurs interventions d'Internationale et d'appels " Des soviets partout ", les nouveaux conseillers municipaux effrayaient l'opinion toulonnaise. Le Petit Var décrivait le 10 janvier 1935 " l'atmosphère d'émeute ". Bartolini indique dans ses souvenirs, " Le jour où nous allâmes à la mairie, le carré du port était noir de monde. Le Petit Var avait grossi l'affaire. Il se demandait : maintenant que les communistes sont élus à la mairie, est-ce que les trains continueront à s'arrêter à Toulon ? Est-ce que les touristes continueront à venir ? Ils votèrent notamment contre les propositions du maire en matière d'urbanisme. Le 7 mars 1935, avant le vote du budget, Bartolini déclarait : " Nous ne voterons pas le budget ! Nous ne sommes là que pour défendre la classe ouvrière et pas l'intérêt général ".
Pour les élections municipales de 1935, se posa la question d'une liste commune à la gauche proposée cette fois par la section SFIO et par le cercle V. Brémond. Les communistes refusèrent d'élargir un tel accord jusqu'à Gozzi et protestèrent par la voix de Bartolini qui animait la campagne électorale à laquelle participèrent Cachin et Thorez. Preuve s'il en fallait de popularité de " Barto " comme on l'appelait, une liste dite du Bloc " antiescartefiguiste " fut affichée par le président du syndicat libre des pêcheurs. Elle ne comprenait que deux communistes dont Bartolini. Le 5 mai 1935, les communistes arrivaient en quatrième position. Bartolini, avec 3 157 voix sur 29 397 inscrits, recevait 500 voix de plus que sa liste, une liste dite " de Front populaire " fut alors constituée sous la direction de V. Brémond. Les communistes refusèrent d'en faire partie mais menèrent une vive campagne en sa faveur.
Cette volonté unitaire touchait aussi le syndicalisme. Le 4 octobre 1934, alors que la liste CGTU était sortante, celle élue à la commission locale des salaires de l'Arsenal comprenait Bartolini (qui fut élu avec 4 823 voix) et un représentant de la CGT. Un comité d'unité d'action fonctionnait à l'Arsenal depuis quelques semaines. Il organisait de nombreux meetings communs contre les décrets-lois. Bartolini, avec sa " voix de stentor " comme l'indiquait la presse, en était toujours le principal orateur. En dépit de sa représentativité, le ministère de la Marine, qui n'entretenait pas de relations avec la CGTU, se proposait de désigner comme membre de la Commission mixte du travail l'élu de la CGT. Le comité protesta de façon véhémente.
Le rôle de Bartolini s'accentuait aussi dans le cadre de la Région communiste en pleine modification depuis 1933. Il remplaça Thorez comme orateur à la fête du Capitole à Marseille, le 2 avril 1935. Il devint secrétaire du rayon communiste du Var membre du bureau régional, le 5 juillet 1935. Il fut alors le principal animateur de la progression du Parti communiste dans le département.
Parallèlement, un tournant de la politique varoise se produisait. À la suite de la mort de Renaudel, une élection partielle était nécessaire dans la deuxième circonscription de Toulon où Bartolini avait déjà été candidat en 1932. Le Parti communiste pensa présenter un dirigeant national ; les noms de Billoux et de Vaillant-Couturier furent prononcés. La candidature Bartolini fut finalement retenue. Dans cette circonscription " socialiste ", la scission avait divisé les chances au premier tour entre les candidats du Parti socialiste de France et de la SFIO. De nombreux députés, amis de Renaudel, participèrent à la campagne. Le candidat du PSDF, Montagne dut subir les assauts contradictoires de Toesca, candidat de la SFIO et de Bartolini (souvent accompagné de Billoux) : le communiste réservait ses coups à Montagne qu'il appelait le " candidat équivoque ". Bartolini affronta à Ollioules Déat, et Le Petit Var du 26 mai, présentait la " fougue " de l'orateur qui " ôte sa veste, son gilet, son col, sa cravate, retrousse les manches de sa chemise et porte la contradiction ". J. Toesca le décrivait plus tard comme un " fort en gueule, qui à son entrée en scène, enlevait sa veste, retroussait ses manches, remplissait le verre d'eau, se gargarisait et crachait sur le parquet " (Un militant de province, p. 168). Le jour du scrutin approchant, le Parti communiste envoya Ramette, Péri, Thorez ; Figuères séjourna même quelques jours dans la région pour organiser les Jeunesses communistes.
Le 23 juin 1935, Bartolini arrivait en tête avec 3 244 voix sur 19 638 inscrits, résultat " inespéré " (L. Figuères, Jeunesse militante, p. 43). Le sous-préfet prévoyait dès le 24 juin, une " dure campagne ". La droite regroupée dans le " comité d'action républicaine et de ralliement anticommuniste ", appela l'ancien chef de cabinet de Clemenceau, Georges Wormser pour se présenter au second tour. Il affirmait notamment " Notre mot d'ordre sera : À bas le communisme ! ". Une très grande campagne unitaire fut menée par tous les partis de la gauche. Péri et Billoux secondèrent Bartolini, " candidat de l'unité d'action et du Front populaire ". Il l'emporta avec 7 559 voix, recueillant la totalité des voix SFIO et les deux tiers des voix du PSDF.
Bartolini était donc, comme on l'appelait ensuite, " le premier élu du Front populaire ". Il s'installa à La Seyne au coeur de la circonscription qu'il représentait ; son épouse devait mourir trois ans plus tard.
Mis en congé régulier par l'administration maritime, il put remplir tout à loisir ses fonctions régionales et nationales. Une de ses premières interventions à la Chambre des députés porta sur les incidents de Brest. Il avait été envoyé par le Parti communiste sur place début août 1935 en tant que spécialiste de la lutte contre les décrets-lois chez les ouvriers des établissements de l'État. N'appartenant à aucune commission, il intervint également en faveur des dockers et dans la discussion du budget de la Marine. En octobre 1935, Bartolini participa à une tournée d'une semaine dans l'Ouest du pays. Intervenant au congrès national de Villeurbanne (22-25 janvier 1936), il y fut réélu membre du comité central.
Les élections de 1936 devaient consacrer l'implantation de Bartolini dans sa circonscription. Il affronta trois candidats se réclamant du " socialisme ", Montagne, son ancien adversaire, devenu membre de l'Union socialiste et républicaine, Baron (SFIO) et Gozzi, l'ancien colistier de la SFIO aux élections municipales de 1935 à Toulon. Sa profession de foi, outre le programme général, détaillait, en termes incisifs, les revendications destinées aux diverses catégories de travailleurs. D'un caractère plus " ouvriériste ", plus " révolutionnaire " que celle de Gaou, candidat communiste d'une circonscription rurale, elle se terminait par un appel. (Cahiers de l'Institut M. Thorez, 2e trimestre 1971). Le 26 avril 1936, il obtenait 6 416 voix sur 20 335 inscrits ; le dimanche suivant, il réunissait 9 269 voix ; une partie des électeurs de Montagne s'était reportée sur son adversaire malgré le désistement de ce candidat en sa faveur.
À la Chambre, il siégea dans les commissions de l'Algérie, de la Marine militaire et de la Marine marchande. Il déposa une proposition de loi sur le régime des salaires des ouvriers des Arsenaux de l'État et intervint plusieurs fois lors des examens des budgets de la Marine et de l'Air.
V. Barel évoque, dans ses souvenirs, leur vie régulière d'alors. Chaque semaine, avec l'autre député des Alpes-Maritimes, Pourtalet, " nous voyagions en train, en première classe certes, mais sans prendre de couchettes pour en éviter les frais. Nous combinions notre couchage sur les coussins [...] deux sur les banquettes et un (moi-même volontairement) sur le plancher du compartiment avec deux coussins " (Cinquante années de luttes, p. 110). Quant à Bartolini, il constatait plus tard : "je passais ma vie dans le train".
Toujours secrétaire du rayon communiste de Toulon, Bartolini devint secrétaire adjoint de la nouvelle région communiste du Var lors de son congrès inaugural à La Seyne, le 14 février 1937.
Il participa aussi à toutes les grandes manifestations communistes et antifascistes dans le Sud-Est de la France. Il fut délégué en Corse pour soutenir la candidature Landry, qui avait accepté le programme du Front populaire et qui était le " patron " du clan de son père, aux élections législatives partielles qui suivirent l'invalidation de Chiappe (30 août 1936). Il présida avec d'autres députés communistes, les obsèques de Rossi, assassiné par les fascistes à Cannes en avril 1937. Il parla avec Thorez, le 16 décembre 1938, dans une réunion à Nice après les accords de Munich. Il fut envoyé en mission en Espagne. Réélu au comité central par le congrès national d'Arles (25-29 décembre 1937), Bartolini participa au congrès de Paris du mouvement Paix et Liberté en novembre 1938. Il joua aussi un rôle important à la fin de 1938 dans la lutte contre les décrets-lois engagée par le Parti communiste. C'est ainsi que le 13 novembre 1938, il intervenait à Paris dans un meeting au Vel' d'Hiv' pour l'abrogation de ces mesures.
Dans le Var, omniprésent surtout dans la région toulonnaise, Bartolini suivait de près l'évolution syndicale. Il soutint avec force le secrétaire socialiste du syndicat des travailleurs de la Marine, Guès. Lors du congrès de l'Union départementale de la CGT, en juillet 1938, il fit en vain une démarche auprès des militants du courant Syndicats pour éviter leur démission. Enfin, il avait été candidat pour le conseil général dans le premier canton de Toulon. Le 10 octobre 1937, avec 1 521 voix sur 9 028 inscrits, il n'était distancé que de seize voix par le socialiste SFIO Bartoli.
Comme les autres députés communistes non mobilisés, membre du Groupe ouvrier et paysan français, Bartolini fut inculpé d'infraction au décret dissolvant les organisations communistes et fut arrêté à Paris en octobre 1939. Avec les quarante-trois autres inculpés, Bartolini fut déféré devant le troisième tribunal militaire permanent de Paris, le 5 février 1940. Leur procès commença le 21 mars 1940 et s'acheva le 3 avril.
Bartolini fut, comme les autres accusés, condamné à cinq ans de prison, à 4 000 francs d'amende et à la perte des droits civils et politiques. Interné tout d'abord dans la même cellule que Barel et Fajon, dans la prison d'Angers, transféré ensuite à Saint-Martin de Ré, puis à Tarbes, ensuite au Puy (où les vingt-sept députés furent regroupés), Bartolini fut enfin dirigé sur la maison centrale de Valence (son fils était alors dans la ville avec les épouses de certains co-détenus). Enfin dernière étape, il fut transféré à Maison-Carrée en Algérie. Durant sa détention, un rapport du préfet du Var signalait qu'à " Radio-France ", le 18 janvier 1942, une causerie consacrée au Var s'était terminée par " Le Var reste républicain et fidèle à ses deux députés, Gaou et Bartolini, exilés en Afrique ".
Libéré le 5 février 1943, avec Barel, Bartolini s'occupa tout d'abord d'obtenir la libération des autres détenus communistes en Algérie. Puis, en raison de sa relative connaissance des questions algériennes, il participa à la constitution du Parti communiste algérien, dans l'Est du pays. Il était prévu, lors de l'insurrection de septembre 1943 en Corse, qu'il y aille à bord du sous-marin Casabianca. Après la mort de Cossonneau, que le Parti analysait alors comme résultant d'un attentat, Marty lui interdit de partir. Il ne s'y rendit qu'en octobre à bord du paquebot Ville d'Ajaccio et grâce à la complicité de l'équipage. Il représenta la direction du Parti communiste dans l'île jusqu'en septembre 1944.
À cette date, Bartolini regagna Toulon par avion. Il ne participa pas à la délégation spéciale déjà en place dans la ville en dépit de son extrême popularité illustrée par l'importante manifestation au théâtre lors de son arrivée.
Aux élections municipales du 29 avril 1945, Bartolini conduisait la " liste d'union patriotique républicaine antifasciste " qui arriva nettement en tête. Bartolini, avec 19 625 voix sur 60 559 inscrits, n'obtint pas le plus de suffrages. Le 12 mai, une seule liste regroupait proportionnellement les quatre grands courants en présence (communistes-Front national, SFIO, MRP et MLN). Bartolini, élu en 30 983 voix arrivait en trente-quatrième position. Il fut élu maire à l'unanimité jusqu'en octobre 1947.
Cette municipalité, qui regroupait tout l'éventail politique de la Résistance, eut à résoudre des graves questions et notamment la reconstruction de la ville sinistrée. Bartolini, comme beaucoup de communistes, avait été licencié de l'Arsenal, le 25 novembre 1940, retrouva son emploi - qu'il n'occupa naturellement pas - le 19 mars 1946. Il obtint grâce à son prestige de la part des ouvriers de l'Arsenal des journées de travail bénévole pour accélérer les déblaiements car la ville avait subi de nombreux bombardements.
Habitant le quartier oriental de Saint-Jean-du-Var, puis dès 1946 le quartier occidental de Saint-Roch, remarié avec une employée des PTT en août 1946, Bartolini s'identifiait en grande partie par sa vie politique avec la vie municipale de Toulon.
Aux élections du 19 octobre 1947, Bartolini conduisait une " liste d'union républicaine et résistante et de défense des intérêts communaux présentée par le Parti communiste français ". Il était élu avec douze de ses colistiers (17 989 voix en moyenne pour la liste). Le 25 octobre 1947, il obtint treize voix pour la désignation du maire contre dix au candidat SFIO et quatorze au candidat RPF. Au deuxième tour, il se retirait au bénéfice de son colistier Risterucci, socialiste dissident qui obtint le même nombre de voix ; finalement, un maire RPF fut désigné alors que les communistes avaient proposé de voter pour Victor Brémond, élu socialiste, au troisième tour.
La vie du conseil municipal fut continuellement la recherche d'une majorité. Au printemps de 1949, socialistes et communistes démissionnèrent. Le 8 mai, Bartolini conduisait une " liste d'union républicaine et résistante et de défense des intérêts communaux présentée par le Parti communiste français, le Parti socialiste unitaire et des Républicains ". À l'issue d'une campagne électorale très dure où la liste affichait " Chassons les Topazes de l'Hôtel de Ville " dénonçait le " gangstérisme ", la " corruption " et demandait " une municipalité propre ", elle obtint quatorze élus. Bartolini arrivait en deuxième position sans tenir compte des votes préférentiels (26 129 signes). Mais, là encore, la crise s'installa car la liste RPF, malgré une progression, n'avait pas la majorité absolue et le Parti socialiste continuait à refuser l'accord proposé par les communistes et leur porte-parole Bartolini, pour gérer la municipalité.
À la suite des élections du 26 avril et du 3 mai 1953, Bartolini avait été réélu avec 25 059 voix sur 73 245 inscrits. Les douze communistes et les sept socialistes, élus séparément, pouvaient avoir une majorité d'une voix dans le conseil municipal. L'accord ne se faisant pas, le Parti communiste resta dans l'opposition alors que le maire socialiste obtenait d'être élu grâce à une alliance conclue avec les élus de droite.
En raison des conséquences d'une telle alliance, en février 1955, un accord, immédiatement dénoncé par la direction départementale et nationale de la SFIO, était conclu entre élus communistes et élus socialistes. Le journal socialiste République, le 12 février, parlait alors de " bombe ". Le Bellegou restait maire avec Bartolini comme premier adjoint et cinq autres adjoints communistes.
La dissolution du conseil fut prononcée le 29 mars. Des élections générales eurent lieu le 24 mai 1955 et confirmèrent les résultats précédents (douze communistes et huit socialistes). Bartolini arrivait nettement en tête des élus communistes avec 13 442 voix et 22 999 avec les votes préférentiels sur 43 825 exprimés. L'accord fut reconduit le 2 juin 1955 et devait durer jusqu'en novembre 1956, date à laquelle le maire retira les délégations de ses adjoints communistes après les événements de Budapest.
Bartolini fut réélu à la tête de la liste communiste, le 8 mars 1959. Il obtenait avec ses dix colistiers élus, 15 374 voix (79 558 inscrits). Socialistes et communistes avec vingt élus avaient encore la majorité absolue. Le Parti communiste avait revendiqué le poste de maire pour une éventuelle liste d'union. Le 23 mars, lors de l'élection du maire, Bartolini, avec onze voix arriva régulièrement en deuxième position et Arreckx (divers droite) fut élu au dernier tour à la majorité relative.
Le 14 mars 1965, la législation imposait des listes bloquées. Bartolini conduisait la " liste d'union républicaine laïque et de défense des intérêts toulonnais présentée par le Parti communiste français avec la participation du Parti socialiste unifié ". Sur les 95 789 inscrits, elle arrivait en deuxième position avec 13 644 voix, mais avec près de 10 000 voix de retard sur la liste du maire sortant. Le dimanche suivant, elle progressait faiblement (15 907 voix), la plupart des électeurs de la liste socialiste ayant reporté leurs voix sur la liste du maire. Pour la première fois depuis la guerre, Bartolini ne siégeait plus au conseil municipal. Il devait conduire le 14 mars 1971 la liste commune aux partis de gauche qui fut battue avec 20 171 voix sur 52 185 exprimés.
Cette identification de la vie politique de Bartolini avec la difficile vie de la cité ne doit pas faire disparaître son rôle départemental et national.
En tête de la liste communiste, Bartolini fut élu, le 21 octobre 1945, à l'Assemblée nationale constituante avec 61 523 voix sur 216 738 inscrits. Il fut réélu à la deuxième Assemblée nationale constituante, le 2 juin 1946, à la tête de la " liste communiste et d'union républicaine et résistante " avec 59 747 voix sur 218 263 inscrits. Il siégea dans ces deux assemblées dans les commissions de l'Intérieur et de la défense nationale.
Tête de liste du " Parti communiste et d'union républicaine et résistante ", le 10 novembre 1946, Bartolini fut élu à l'Assemblée nationale avec 60 209 voix sur 216 683 inscrits. Cette élection fut confirmée, le 17 juin 1951, où il conduisait la " liste républicaine, résistante et antifasciste pour l'Indépendance nationale, le Pain, la Liberté et la Paix présentée par le Parti communiste français ". Il obtint 59 582 voix sur 218 459 inscrits. Enfin, il conservait son siège le 2 janvier 1956, avec 69 831 voix sur 251 749 inscrits.
À l'Assemblée nationale, Bartolini siégeait dans les commissions de la défense nationale et des immunités. Il se consacra avant tout aux établissements militaires de l'État (reconversion notamment). Il fit voter l'application du salaire national calculé sur les salaires de la métallurgie parisienne, le 22 mai 1951, revendication qu'il avait formulée avec ses camarades de la CGTU trente ans auparavant. Il intervint régulièrement dans les discussions des budgets militaires et dans les débats sur les pensions des fonctionnaires. Au moment de la guerre d'Indochine, il interpella plusieurs fois le gouvernement (affaire Henri Martin notamment). Enfin, à partir de 1951, Bartolini avait été nommé juge suppléant à la Haute Cour de Justice.
Aux élections législatives de 1958, Bartolini se présenta dans la troisième circonscription du Var (Toulon-ville). Le 23 novembre, il arrivait en troisième position avec 9 325 voix sur 68 966 inscrits, précédé cette fois par le maire SFIO de la ville, Le Bellegou. Comme tous les communistes, il ne se retira pas et progressa faiblement le dimanche suivant (9 603 voix).
En 1962, Bartolini fut candidat dans la circonscription de Draguignan où le Parti communiste avait conservé de bonnes positions. Le 18 novembre, il arrivait en première position avec 12 112 voix sur 64 388 inscrits. L'appel du Bureau politique du Parti communiste du 19 novembre 1962 indiquait " le deuxième tour peut et doit voir un sursaut de défense républicaine. Le PCF affirme sa volonté de tout faire pour y contribuer ". En vertu de décisions nationales, comme dans l'Hérault les candidats communistes arrivant en tête dans toutes les circonscriptions du département, le désistement de Bartolini fut annoncé par la Fédération du Var, trois jours avant le scrutin ; il fallait voter pour le maire SFIO du Luc, Gaudin, arrivé en deuxième position, afin de barrer la route à l'UNR. Mais, bien que la Fédération socialiste ait retiré ses candidats dans les autres circonscriptions, ce désistement suscita des résistances que Bartolini s'efforça, par son intervention personnelle, de combattre. Le dimanche suivant, 3 213 suffrages se portèrent sur son nom ; des bulletins imprimés pour le deuxième tour au nom de " Bartolini " avaient été déposés, en dépit du désistement, par l'administration dans certains bureaux de vote ; d'autres électeurs avaient préparé leur propre bulletin manuscrit. Toutefois, le candidat socialiste fut élu. Le 13 décembre, le comité central du Parti communiste consacrait sa séance à l'examen de la situation électorale. Dans son rapport, Waldeck-Rochet se demandait : " est-ce que notre tactique d'union a été appliquée sans réticences ni étroitesses partout où il le fallait ? ". Nous pouvons nous demander si une telle interrogation ne s'appliquait pas à la situation dracénoise.
Bartolini joua également un rôle important dans son parti. Réélu membre du comité central par le congrès de Paris (26-30 juin 1945), il fut réélu régulièrement jusqu'au congrès d'Ivry (3-7 juin 1954). Comme membre du comité central, il suivit l'activité des Fédérations qui possédaient des arsenaux de la Marine (Finistère, Brest, Manche, Cherbourg, Morbihan, Lorient) et des Fédérations méridionales (Basses et Hautes-Alpes, Gard). Mais, en fait, selon plusieurs témoignages, il aurait été déchargé de ses responsabilités au comité central à la suite du " complot " qui affecta beaucoup la Fédération communiste du Var en 1952. Membre du bureau fédéral du Var depuis 1945, secrétaire fédéral pendant quelques mois, Bartolini ne cessa d'inspirer la politique communiste dans le département. Il fut notamment le directeur politique de l'hebdomadaire fédéral Liberté varoise de 1947 à 1950. Homme d'action, très populaire dans son département, Bartolini s'identifia avec la vie du Parti communiste dans le Var à partir de 1932. Homme de la parole, beaucoup plus que de plume, il confia quelques souvenirs pour la plaquette anniversaire éditée en 1970 par la Fédération du Var du Parti communiste français et dans diverses petites enquêtes du quotidien communiste, Le Petit Varois, en 1966 notamment
BASCH(Victor),1863-1944 : Né dans une commune hongroise à Bratislava, il fait ses études à Paris où son père s’est fixé comme correspondant d’un journal viennois. Agrégé d’allemand, chargé de cours à la Faculté de Nancy et à celle de Rennes, avant d’enseigner à la Sorbonne, il prépare des thèses d’allemand et de philosophie. Cet intellectuel, absorbé par ses travaux universitaires, entre en politique avec l’Affaire Dreyfus. Il adhère dès sa création à la Ligue des Droits de l’Homme, ouvre sa maison de Rennes aux témoins lors
BATAILLE (Henry), 1872-1922 :
BAUËR (Henry), 1851-1915 :
BAZAINE 1811-1888 :
Né le 13 février 1811, le futur maréchal Bazaine s’engage à vingt ans comme simple soldat et conquiert tous les grades en Afrique. Sous-lieutenant à vingt-quatre ans et décoré quelques années plus tard, il prend part aux expéditions de Kabylie, de Mitianah et du Maroc comme capitaine et dirige les affaires arabes dans la subdivision de Tlemcen. La révolution de 1848 le trouve lieutenant-colonel. L’Empire en fait un général de brigade, et c’est avec ce grade qu’il participe à la guerre de Crimée dont il revient général de division. Envoyé en 1862 au Mexique en remplacement du général Forey, il prend le commandement du corps expéditionnaire envoyé au Mexique avec le malheureux Maximilien, et prend Puebla. En 1864, il est élevé à la dignité de maréchal. Par suite de son mariage avec une jeune mexicaine, il intrigue pour évincer l'empereur Maximilien. Disgracié à son retour en France, il doit à sa grande popularité d'être nommé successivement commandant du troisième corps et commandant en chef de la garde impériale. Le 15 juillet 1870, il est appelé à la tête du troisième corps de l’armée du Rhin, puis est nommé commandant en chef de l'armée du Rhin le 12 août 1870. Le 16 août lors de la bataille de Rezonville - Mars-la-tour Bazaine se porte aux avant-postes, et enveloppé par l'ennemi il est dégagé in extrémis par son escorte. Durant toute la journée il ne porte jamais la moindre attention au secteur de Mars-la-Tour et manque là une belle occasion de remporter cette bataille. Après maints déboires, et par ses hésitations il se laisse enfermer dans Metz. A l'annonce de la chute de l'empire, il veut jouer un rôle politique et négocie avec Bismarck, mais doit capituler en octobre 1870. Cette reddition paraît bien vite honteuse et le 6 octobre 1873, il est traîné devant les tribunaux. Reconnu coupable, il est condamné à la peine de mort avec dégradation militaire. Mac-Mahon commue la peine en vingt ans de détention avec dispense de l’humiliation de la dégradation. Transféré à Sainte-Marguerite après avoir perdu tout espoir de voir sa peine commuée, il s’enfuit le 8 août 1874. Après avoir paru en Suisse, en Belgique, en Angleterre, il se réfugie en Espagne, où il meurt le 20 septembre 1888.
BAUDRY D'ASSON (Armand de), 1836-1915 :Homme politique. Né le 15 juin 1836 à Rochesernière (Vendée), Armand de Baudry d’Asson est député de la Vendée de 1876 à 1914. Il participa à certains débats concernant les problèmes agricoles, en particulier l'élevage du cheval, s'opposa au projet de loi ayant pour objet de célébrer aux frais de l'Etat les funérailles de Jules Ferry et demanda à interpeller le Gouvernement (1893) sur les mesures prises pour rétablir l'ordre dans Paris. Il interpella le Gouvernement au sujet de l'expulsion des congrégations religieuses (1902) sur "l'État de guerre civile dans lequel M. le Président du Conseil à plongé la France" (1903). Il fut l'objet d'une mesure de censure en 1905 à la suite d'un incident provoqué par lui. A voté contre la loi sur le droit d'association. Il meurt le 12 mai 1915 à La Garnache (Vendée).
BEAUQUIER (Charles), 1833-1916 :
Homme politique. Né à Besançon (Doubs) le 19 décembre 1833, mort à Besançon le 12 août 1916. Député du Doubs de 1880 à 1914. Membre de la commission chargée d'étudier la révision des services administratifs, il dépose des propositions concernant, entre autre, la réduction du nombre de départements. Favorable aux idées socialistes, il intervient au cours de la discussion d'un texte relatif au travail des femmes et des enfants pour demander le contrôle des comités de travail élu par les ouvriers (1891). Il manifeste son anticléricalisme en demandant la réduction des subventions accordées aux maîtrises des églises (1893). Il s'intéressera à la protection des sites, demande un enseignement agricole dans les écoles primaires et se préoccupe de la situation des professeurs de dessin. Il établit, en 1902, un important rapport sur sa proposition de loi tendant à remplacer les départements par des régions et sur une proposition relative à la suppression de la tutelle administrative. Dès 1898, il avait demandé la création d'une grande Commission de décentralisation à la Chambre. En 1905, il dépose une proposition de loi tendant à supprimer l'incapacité légale de la femme mariée . Il souhaitait que le temps de parole des députés fut limité. En 1908, il dépose des propositions contre l'abus de l'affiche-réclame, pour la création de réserves nationales boisées et pour la réglementation des occupations temporaires sur les terrains classés parmi les sites à protéger. Il déposera des amendements tendant à l'achat de sites pittoresques. En 1909, il propose d'obliger les villes à dresser des plans d'extension et d'embellissement. A voté en faveur de la loi sur le droit d'association.

BEAUREGARD (Paul), 1853-1919 :
Homme politique. Né le 13 octobre 1853 au Havre (Seine-Inférieure), Paul Beauregard est député de la Seine de 1898 à 1919. Docteur en droit en 1876, il fut reçu à l'agrégation l'année suivante et fut nommé professeur de droit commercial à Douai. En 1881, il était affecté à la chaire d'économie politique à la faculté de droit de Paris. Il eut une brillante carrière universitaire et l'académie des sciences morales et politiques le reçut le 2 décembre 1905. Élu en 1898, il s'inscrit au groupe progressiste et fut membre de la Commission des colonies, de la Commission de l'enseignement et de la commission du budget pour l'exercice 1900... Il présenta de nombreux rapports sur : la réforme du conseil de prud'homme, le louage des services, le budget du commerce et de l'industrie, le traitement du personnel des écoles professionnelles. Il prit part à de nombreuses discussions parmi lesquelles on peut citer : les accidents du travail, le contrat et le droit d'association, les demandes d'autorisations formées par les congrégations enseignantes, le régime des aliénés, la légitimation des enfants adultérins, la journée de travail dans les mines, la durée du travail dans les établissements industriels, les opérations des liquidateurs des congrégations, les actes de corruption électorale. Travailleur infatigable dans ce qui était du domaine de ses compétences, il se tut quand il appris la mort de son fils au champ d'honneur. A voté contre la loi sur le droit d'association. Il meurt le 24 mars 1919 à Paris.
BECQUE (Henry), 1837-1899 :
BECQUEREL (Henri), 1852-1908 :
Physicien. La famille Becquerel a produit quatre générations de physiciens, tous polytechniciens, professeurs et membres de l'Académie des sciences, se succédant dans les laboratoires du Muséum d'Histoire Naturelle de Paris. C'est là que Henri Becquerel, le plus connu de cette famille pour qui la science est une véritable tradition, fera l'extraordinaire découverte de la radioactivité. Mais lui-même dira que cette découverte était avant tout liée au lieu où elle avait été faite et que si son "père avait vécu en 1896, c'est lui qui en aurait été l'auteur". Elevé dans les dédales du Muséum, Henri Becquerel s'imprègne jour après jour des leçons de son père et de son grand-père. Suivant fidèlement leurs traces, il entre à l'Ecole Polytechnique en 1872 puis à celle des Ponts et Chaussée, et en ressort ingénieur en 1877. Il travaille alors quelque temps comme assistant au Muséum d'Histoire Naturelle avant d'y occuper en 1892 la chaire de physique où s'étaient succédés son père et son grand-père avant lui. En 1895, il est également nommé professeur à l'Ecole Polytechnique. Mais c'est la recherche qui passionne réellement Henri Becquerel. Ses travaux le conduisent d'abord à étudier la polarisation rotatoire (1876), la phosphorescence (1882), la spectroscopie infrarouge (1883) ainsi que l'absorption de la lumière par les cristaux (1886). Minutieux dans sa méthode, grand expérimentateur, Becquerel doit néanmoins au hasard de découvrir la radioactivité. En 1895, suite à la mise en évidence des rayons X par l'Allemand Roentgen, il décide de s'attaquer au problème des radiations. Becquerel choisit de déposer des lames de sels d'uranium sur une plaque photographique et expose le tout au soleil, pensant que la lumière permet la radiation par excitation de la matière. Les premiers développements de plaques lui montrent la présence de légères impressions. Il croit alors avoir trouvé le phénomène recherché. Mais le 26 février 1896, le beau temps n'est pas au rendez-vous et le dispositif reste enfermé dans un placard. Le 1er mars, avant de reprendre ses expériences, Becquerel vérifie l'état de son matériel et se rend compte que les plaques sont très fortement impressionnées. En l'absence de lumière, la seule explication possible est celui d'un rayonnement interne à l'uranium : la radioactivité est née. Becquerel continue à travailler sur le phénomène et met notamment en évidence les rayons alpha et bêta. En 1903, il partage le prix Nobel de Physique avec Pierre et Marie Curie. Il meurt au Croisic en 1908.
BELIN (René), 1898-1977 :

BELLE ÉPOQUE :

BENDA (Julien), 1867- :

BENOIST (Charles), 1861-1936 :
Homme politique. Né à Courseulles-sur-Mer (Calvados) le 31 janvier 1861 il y meurt le 11août 1936. Député de la Seine de 1902 à 1919. Journaliste, il fut appelé à professer à l'école des sciences politiques où il occupa la chaire d'histoire constitutionnelle de l'Europe occidentale. A la chambre, il fut l'auteur d'une proposition de résolution invitant le Gouvernement à soumettre à la chambre un projet de Code du Travail (1905) dont il fut chargé de rapporter les projets de loi. Ses interventions furent très nombreuses. Il quitta la politique pour la diplomatie

BEPMALE (Jean), 1852-1921 :
Homme politique. Né 1er septembre 1852 à Saint-Gaudens (Haute-Garonne), député de la Haute-Garonne de 1893 à 1898 et de 1902 à 1907, Sénateur de la Haute-Garonne de 1907 à 1920.
Avocat inscrit en 1873 au barreau de Toulouse. Radical-socialiste, membre des diverses commissions, il fut vice-président de celle qui s'occupa de la séparation des Églises et de l'État. En 1894, il refusa de voter les crédits destinés à l'expédition de Madagascar. En 1902, il déposa un ordre du jour réclamant l'institution de l'impôt progressif sur le revenu.. Il reprocha à la loi de séparation des Églises et de l'État de donner à celle-ci une liberté illimitée, mais il vota le texte auquel il participa activement à la discussion. Au Sénat il s'inscrivit au groupe de la gauche démocratique, radicale et radicale socialiste pour y continuer un grande activité. Il meurt Je 9 novembre 1921 à Saint-Gaudens

BERARD (Alexandre), 1859-1923 :
Né à Lyon (Rhône) le 3 février 1859, Alexandre Bérard est député de l’Ain de 1893 à 1908, sénateur de l’Ain de 1908 à 1923, sous-Secrétaire d’Etat aux Postes et Télégraphes du 10 juin 1902 au 19 octobre 1906, docteur en droit procureur général et substitut. Il s’engage en 1893 à défendre République démocratique, réformatrice et progressiste, à maintenir les lois scolaire et militaire, la laïcité de l’école publique, à voter des lois sur les associations, sur le crédit agricole.., A la Chambre, Alexandre Bérard s’inscrit aux groupes de la gauche démocratique et de l’union progressiste, puis aux groupes de la gauche radicale et de l’union démocratique à partir de 1902, enfin à partir de 1906, au groupe de la gauche démocratique, radicale et radicale socialiste. Membre de nombreuses commission, il eu une grande activité. Il meurt à Paris le 20 avril 1923

BERARD (Léon), 1876-1960 :
Homme politique. Né à Sauveterre-de-Béarn (Basses-Pyrénées), mort le 24 février 1960.

BERGÉ (Henri), 1870-1937 :
Décorateur, illustrateur. Né à Diarville en 1870, Henri Bergé fait ses études à l'Ecole des Beaux-Arts de Nancy, puis entre comme décorateur chez Daum en 1895, poste qu'il partage quelques années avec Jacques Gruber. Il oriente de manière décisive la production de Daum vers un style essentiellement floral et paysager. Principal collaborateur de l'entreprise, il donne également au verrier Amalric Walter (1870-1959) des modèles d'objets en pâte de verre et fait éditer ses céramiques par les frères Mougin. Ses dessins, études ou objets à caractère botanique ou animalier -toujours d'une précision scientifique- révèlent l'intérêt que Bergé porte à la nature, herborisant lui-même au jardin botanique proche de la manufacture Daum.
Illustrateur, Henri Bergé réalise de nombreux menus, affiches, et publicités. Il est également l'auteur de plusieurs vitraux, publicitaires (Cure d'Air de Malzéville) ou d'inspiration symboliste (La Lecture, Musée de l'Ecole de Nancy).Parallèlement à ses activités artistiques, Henri Bergé enseigne à l'Ecole professionnelle de l'Est et dirige l'atelier de dessin et de modelage au sein de l'entreprise Daum.Il est membre du Comité directeur de l'Ecole de Nancy dès 1901. Il décède à Nancy en 1937.

THOMAS (s. dir.), L'Ecole de Nancy, Fleurs et ornements. Ma racine est au fond des bois. Cat. Exposition musée de l'Ecole de Nancy. Paris : R.M.N., 1999

BERGERET (Albert), 1859-1932 :
Imprimeur, industriel d'art. Formé à Paris aux différentes techniques de l'imprimerie, Albert Bergeret entre en 1886 à l'imprimerie nancéienne Royer dans laquelle il dirige l'atelier de phototypie. Il quitte cet établissement en 1898 pour s'installer à son propre compte et développe une activité florissante dans le secteur de la carte postale (vue, illustration et fantaisie) passant d'une production de 25 millions de cartes en 1900 à 75 millions trois ans plus tard. En 1905, associé aux imprimeurs Humblot et Helmlinger, Bergeret fonde les Imprimeries Réunies. Il abandonne toute activité en 1926.
Proche des artistes de l'Ecole de Nancy, il fait appel à Lucien Weissenburger pour la construction de sa demeure rue Lionnois -déjà sollicité pour la construction de ses nouvelles imprimeries en 1901- et y associe Eugène Vallin, Louis Majorelle, Victor Prouvé, Jacques Gruber et Joseph Janin. Prouvé et Henri Bergé entre autres, lui fournissent également menus, affiches et illustrations. Albert Bergeret est membre du Comité directeur de l'Ecole de Nancy dès 1901.

LEQUY. Albert Bergeret. L'aventure de la carte postale. Nancy : AAMEN, 1999
DESCOUTURELLE. La maison Bergeret. Histoire et visite d'une maison exemplaire de l'Ecole de Nancy. Nancy : PUN, AAMEN

BERGER (Philippe), 1836-1912 :
Homme politique. Né le 15 septembre 1846 à Beaucourt (Haut-Rhin) (actuelement Territoire de Belfort), sénateur du Territoire de Belfort 1904 à 1912. Il s'engagea en 1870 dans le service de santé de l'armée de la Loire soutint le siège de Paris. Sa conduite lui valu la médaille militaire. Il a été mêlé ensuite aux péripéties de la Commune. Inscrit au groupe de la gauche démocratique, il devient membre de plusieurs commissions et s'intéressa à diverses questions parmi lesquelles on peut citer: le recrutement de l'armée, le budget de l'Instruction publique, la séparation des Eglises et de l'Etat (1905) ; le repos hebmadaire des employés et ouvriers (1906) ; la prostitution des mineurs (1907); la dévolution des biens écclésiasiques (l908);la constructions des voies ferrées entre la France et la Suisse (1910); les exploitations forestières, les tribunaux pour enfants et la liberté surveillée. Il meurt le 14 mars 1912 à Paris.

BERGERY (Gaston), 1892-1974 :

BERGSON (Henri), 1859-1941 :
Né à Paris, le 18 octobre 1859, Henri, Bergson est le fils d’un immigré juif polonais. Il accomplit de brillantes études au Lycée Condorcet, puis à l’École normale supérieure où il entra en 1878, et fut reçu deuxième à l’agrégation de philosophie en 1881, derrière Jaurès. Sa carrière d’enseignant, commencée en province à Angers, à Clermont-Ferrand), le conduisit vers des postes de plus en plus prestigieux, aux lycées Louis-le-Grand et Henri IV à Paris, puis dans l’enseignement supérieur à partir de 1897 où il devint maître de conférences à l’École Normale Supérieure. Enfin, aboutissement d’une carrière exemplaire, la chaire de philosophie grecque et latine au Collège de France lui fut attribuée en 1900. Il avait à cette date déjà publié deux de ses œuvres majeures : en 1889, son Essai sur les données immédiates de la conscience, titre de sa thèse de doctorat, et en 1896, Matière et Mémoire. L’ensemble de son œuvre — qui comporte notamment L’Évolution créatrice (1907), et Les Deux Sources de la morale et de la religion (1932) — s’inscrivait contre le formalisme kantien et les différentes formes de positivisme et de scientisme. S’appuyant sur les connaissances modernes en psychologie, Bergson définissait pour la philosophie des voies nouvelles. Faisant de la pensée une expérience de l’esprit qui va immédiatement à celui-ci comme à son objet, il liait conscience et durée.
Charles Péguy a pu dire de Bergson : « Il est celui qui a réintroduit la vie spirituelle dans le monde. » Et l’on se rappelle aussi le jugement de Paul Valéry : « Très haute, très pure, très supérieure figure de l’homme pensant. » Ses contemporains, qui ne s’étaient pas trompés sur son importance et son influence, multiplièrent les distinctions à son égard. Élu dès 1901 à l’Académie des Sciences morales et politiques, entré à l’Académie française en 1914, il reçut en 1928 le prix Nobel de Littérature, et fut élevé en 1930 à la dignité de Grand-croix de la Légion d’honneur. L’élection de Bergson à l’Académie française, le 12 février 1914, jour où, chose rare, trois fauteuils furent pourvus à la fois, fut la dernière avant la Grande Guerre. Bergson obtenait 19 voix, au fauteuil d’Émile Ollivier. Il dut cependant attendre la fin de la guerre pour se voir reçu officiellement, le 24 janvier 1918, par René Doumic. Les « Immortels », en le recevant parmi eux, saluaient non seulement un immense philosophe mais également un homme de son temps qui fit preuve, pendant le premier conflit mondial d’un patriotisme actif dans les missions à l’extérieur. Il ne fut pas étranger notamment, par ses entretiens avec le président Wilson, à l’entrée en guerre des États-Unis aux côtés des alliés. Il assuma par la suite la présidence de l’Office international de coopération intellectuelle au sein de la Société des Nations. Prix Nobel de littérature en 1927, il publie une réflexion sur la religion et considère son oeuvre achevée. Vieillissant, Bergson songea à se convertir au catholicisme, expression aboutie selon lui du judaïsme. Il ne le fit pas car, ayant pressenti la montée de l'antisémitisme, il préféra défendre fièrement ses racines. Mort le 3 janvier 1941.

BERLIET (Marius), 1866-1949 :
Né à Lyon le 21 janvier 1866, Marius Berliet s'engoue très vite pour la mécanique: sa première création est un « tandem à moteur ». En 1899, il crée un petit atelier aux Brotteaux, pour fabriquer des voitures de tourisme. « Un moteur, c'est plus beau qu'un château! » disait-il. Sa passion porte rapidement ses fruits: en 1910, la société Berliet possède 7 succursales, Marius Berliet est à la tête d'une fortune imposante et l'une des toutes premières voitures utilisées par la Présidence de la République Française sort des usines Berliet. C'est à la faveur de la réorientation de ses productions pendant la guerre de 14-18 que Berliet se spécialisera dans le poids-lourd.
Accusé de collaboration pendant la Seconde Guerre mondiale, il est condamné à 2 ans de prison. Assigné à résidence à Cannes, il y décèdera en 1949.

BERNANOS (Georges), 1888-1948 :
Georges Bernanos est né à Paris le 20 février 1888. Enfant, il passe ses vacances à Fressin, dans le Pas-de-Calais, où son père avait acheté une maison. Bernanos fut marqué pour toujours par son enfance.
« Dès que je prends la plume », écrira-t-il à quarante-sept ans, « ce qui se lève tout de suite en moi c'est mon enfance, mon enfance si ordinaire, qui ressemble à toutes les autres, et dont pourtant je tire tout ce que j'écris comme d'une source inépuisable de rêves. » Onze ans plus tard, en 1946, c'est-à-dire deux ans avant sa mort, il écrit encore que dès qu'il essaie d'imaginer des personnages il ne peut les placer ailleurs que dans le pays de sa jeunesse : « En dépit de tout l'attachement que j'ai pour la Provence, ou mon inoubliable Ð sertão ð brésilien [...]. Mais que voulez-vous ? Il y a un mystère de l'enfance, une part sacrée dans l'enfance, un paradis perdu de l'enfance où nous revenons toujours en rêve1. » Dans Monsieur Ouine enfin - son dernier roman -, Bernanos écrira que « la suave enfance monte la première des profondeurs de toute agonie ».
À Fressin, Bernanos lit Balzac. Ses années de collège le conduisent, de 1898 à 1901, chez les Jésuites de la rue de Vaugirard, à Paris, où il est externe. À onze ans il fait sa première communion. De 1901 à 1903, il est interne au petit séminaire de Notre-Dame-des-Champs. Il n'en gardera pas de bons souvenirs, comme en témoigne probablement, dans Les Grands Cimetières sous la lune, l'évocation de « préaux funèbres », de « classes puantes », de « réfectoires à la grasse haleine », et d'« interminables grand'messes à fanfares où une petite âme harassée ne saurait rien partager avec Dieu que l'ennui ».
Le Supérieur du petit séminaire ayant conseillé aux parents de Bernanos de lui faire abandonner ses études classiques pour qu'il se consacre, par exemple, au commerce, ces derniers préfèrent l'envoyer à Bourges où il rencontrera l'abbé Lagrange, son professeur de lettres, puis au collège Sainte-Marie d'Aire-sur-la-Lys, où il achève ses études secondaires. De Sainte-Marie, il adressera à l'abbé Lagrange plusieurs lettres, précieux témoignage sur cette adolescence tourmentée. En mars 1905 par exemple, Bernanos confie : « Au moment de ma première communion, la lumière a commencé de m'éclairer. Et je me suis dit que ce n'était pas surtout la vie qu'il fallait s'attacher à rendre heureuse et bonne, mais la mort, qui est la clôture de tout. » Deux mois plus tard, il écrit encore à l'abbé : « Pendant les premiers mois de mon séjour à Aire, je me suis mortellement ennuyé et, étant toujours un peu malade, j'ai pensé très souvent à cette mort que je crains tant [...] » Pendant ces années, Bernanos lit toujours Balzac, mais aussi Édouard Drumont et Ernest Hello. Il est monarchiste. En 1906, il obtient son baccalauréat, puis commence à Paris une licence ès lettres et une licence en droit.
En 1908, âgé maintenant de vingt ans, Bernanos s'engage parmi les Camelots du roi et participe à des manifestations organisées par l'Action française. En mars 1909, à la suite de l'une d'elles, il est incarcéré pendant quelques jours à la prison de la Santé. Il collabore bientôt à l'Action française ainsi qu'à divers journaux monarchistes.
En 1913, il prend même la direction de l'Avant-Garde de Normandie, hebdomadaire monarchiste dont le siège est à Rouen. C'est dans cette ville qu'il rencontrera sa future femme, Jeanne, descendante de l'un des frères de Jeanne d'Arc. Lorsque éclate la Première Guerre mondiale, Bernanos, qui avait été réformé en 1911, s'engage néanmoins dans le 6e régiment de dragons. Il y fera toute la guerre et sera plusieurs fois blessé. Vingt-trois ans après l'armistice, dans sa Lettre aux Anglais, écrite au Brésil, il se souviendra de la guerre qu'il a faite avec les « gars français » : « J'ai servi avec eux, au même rang, au dernier rang ; ils m'ont fait l'honneur de vivre et de mourir à mes côtés - non pas sous mes ordres - ils m'ont traité d'égal à égal, nous avons bu dans le même quart - oh ! je les ai tant aimés2 ! »
En 1917, Bernanos s'est marié - son témoin était Léon Daudet. Six enfants naîtront de ce mariage. À la fin de la guerre, contraint de gagner sa vie, Bernanos entre dans les assurances, vivant dès lors dans les trains, les hôtels ou les gares. Pourtant il écrit, c'est sa vocation. « Une page ici, une page là, dans la fumée des pipes ou l'innocente tempête déchaînée par les joueurs de manille, sous le regard impavide de la caissière3. » C'est seulement après le succès de son premier roman, Sous le soleil de Satan (1926), que Bernanos abandonnera sa profession pour se consacrer à la littérature.
Dans Sous le soleil de Satan, Bernanos met en scène un prêtre aux prises avec le prince des ténèbres. Au cours d'une scène hallucinante, l'abbé Donissan (c'est le nom du prêtre) rencontrera même Lucifer sous l'apparence d'un maquignon, et l'Ennemile marquera du sceau de sa haine. Un an plus tard, en 1927, dans l'Imposture, le romancier, hanté par le Mal, met en scène l'abbé Cénabre, un prêtre qui ne croit plus, un prêtre haineux qui s'abandonne à Satan - et l'émouvante figure de l'abbé Chevance.
La méditation de Bernanos sur le mystère du Mal se poursuit dans son chef-d'œuvre, le Journal d'un curé de campagne (1936), et y trouve sans doute son expression la plus inspirée. Dans la scène où il affronte Chantal, le curé d'Ambricourt lui dit : « Il y a une communion des saints, il y a aussi une communion des pécheurs. Dans la haine que les pécheurs se portent les uns aux autres, dans le mépris, ils s'unissent, ils s'embrassent, ils s'agrègent, ils se confondent, ils ne seront plus un jour, aux yeux de l'Éternel, que ce lac de boue toujours gluant sur quoi passe et repasse vainement l'immense marée de l'amour divin. » Un peu plus loin dans le roman, le prêtre s'interroge à nouveau sur le monde du Mal : « Ils disent qu'après des milliers de siècles, la terre est encore en pleine jeunesse, comme aux premiers stades de son évolution planétaire. Le mal, lui aussi, commence4. »
Le mal, le péché : Bernanos fut visiblement tourmenté par ces terribles réalités. Contrairement à Rousseau, il croyait au péché originel et ne pensait donc pas que l'homme fût né bon. Ainsi, de la « haine secrète incompréhensible » qui fermente au cœur de l'homme à l'égard de ses semblables mais aussi de lui-même, Bernanos disait : « On peut bien donner à ce sentiment mystérieux l'origine ou l'explication qu'on voudra, mais il faut lui en donner une. Pour nous, chrétiens, nous croyons que cette haine reflète une autre haine, mille fois plus profonde et plus lucide - celle de l'Esprit indicible qui fut le plus rayonnant des astres de l'abîme, et qui ne nous pardonnera jamais sa chute immense. »
Comme on peut s'y attendre, Bernanos a pensé aussi à l'enfer. Dans Monsieur Ouine (1943), le curé de Fenouille dit : « On parle toujours du feu de l'enfer, mais personne ne l'a vu, mes amis. L'enfer, c'est le froid6. » Déjà, dans Sous le soleil de Satan, le maquignon démoniaque affirmait : « Je suis le Froid lui-même. » Mais c'est dans le Journal d'un curé de campagne que se trouve la formule inoubliable : « L'enfer, c'est de ne plus aimer. » Dix ans plus tard, dans un texte écrit pour les déportés, Bernanos, fidèle à sa pensée, écrira encore : « L'enfer se hait lui-même faute d'être encore capable d'aimer, il n'y a pas d'autre damnation que celle-là».
Les prêtres sont nombreux dans les romans de Bernanos. Dans Sous le soleil de Satan, l'abbé Donissan est le premier de quelques prêtres douloureux et sanctifiés, et souvent prodigues d'une paix qu'ils ne possèdent pas eux-mêmes : l'abbé Chevance dans l'Imposture, le curé d'Ambricourt dans le Journal d'un curé de campagne.
Après l'ascétique abbé Donissan dont la vie évoque par maints aspects celle du curé d'Ars, l'abbé Chevance - « le confesseur des bonnes » - frappe d'abord par le rayonnement de « son âme d'enfant », par « sa divine simplicité ». Mais c'est surtout son agonie, veillée par sa fille spirituelle, qui donne à l'Imposture sa sombre grandeur.
C'est de cette agonie qu'Antonin Artaud devait écrire à Bernanos qu'elle lui avait donné une des émotions « les plus tristes et les plus désespérées » de sa vie : « Rarement j'ai vu l'impasse d'une destinée farcie de fiel et de larmes, coincée de douleurs inutiles et noires comme dans ces pages dont le pouvoir hallucinatoire n'est rien à côté de ce suintement de désespoir qu'elles dégagent. » Et puis il y a le curé d'Ambricourt, sans doute la plus pure et la plus émouvante figure de prêtre de la littérature française. Bernanos pressentait bien d'ailleurs qu'une grâce particulière habitait ce livre : « Je crois que le surnaturel y coule à pleins bords », confiait-il pendant qu'il l'écrivait. « Il ne s'agit pourtant que du journal d'un curé de campagne, très jeune et pas trop malin. Mais j'ai assez dit du mal des curés, çà et là !... Je vois se lever peu à peu devant moi un visage inoubliable que je me tue à essayer de peindre avec toute ma foi et mon amour. »
L'abbé Donissan, l'abbé Chevance, le curé d'Ambricourt, ces prêtres ont aussi en commun - comme le curé d'Ars - le don de lire dans les âmes. Le premier voit la misérable lignée de lâches, d'avares, de luxurieux et de menteurs dont descend Mouchette ; l'abbé Chevance devant Cénabre voit son « âme forcenée » ; le curé d'Ambricourt, enfin, lit dans l'âme de Chantal : « Il me semblait que je lisais à mesure sur ses lèvres d'autres mots qu'elle ne prononçait pas, qui s'inscrivaient un à un, dans mon cerveau, tout flamboyants11. » Mais l'un des traits les plus bernanosiens du curé d'Ambricourt est peut-être le contraste, par exemple dans la scène avec la comtesse, entre l'humilité du prêtre, sa gaucherie même, et la souveraine autorité qui émane de lui.
(Son affrontement avec la comtesse, « ce grand combat pour la vie éternelle dont elle était sortie épuisée », est une scène incandescente, dont Malraux écrira qu'elle « secoue les personnages comme la sorcière de la Bible secoue les ombres des morts ».)
Très bernanosien aussi, ce don de faire renaître dans le cœur d'autrui ce qui se meurt dans le nôtre. Ainsi, après la mort de la comtesse, le curé se souvient de lui avoir rendu la paix, et note dans son journal : « Ô merveille, qu'on puisse ainsi faire présent de ce qu'on ne possède pas soi-même, ô doux miracle de nos mains vides ! » Léon Daudet avait reproché à Bernanos de n'écrire que des « histoires de prêtres » ; Malraux devinera, lui, que Bernanos écrivit moins le roman du prêtre qu'il ne tenta « le poème du sacerdoce, donc du surnaturel14 ». Et cette distinction est capitale : le curé d'Ambricourt n'est en effet ni le curé de Tours de Balzac, ni même son curé de village, le maternel abbé Bonnet. Il serait bien plus proche de tel personnage de Dostoïevski, le prince Muichkine ou Aliocha Karamazov (le rapprochement avec Dostoïevski a été fait par Marcel Arland dans la N.R.F. dès la parution du Journal). Bernanos ne se livre pas à une étude de mœurs, pas davantage à une tentative d'anthropologie religieuse : chez lui, la plénitude du style est au service du surnaturel.
L'esprit d'enfance est un thème essentiel dans l'œuvre et la vie de Bernanos. Il s'agit bien sûr d'un thème évangélique : « Si vous ne devenez comme les enfants, vous n'entrerez pas dans le royaume des Cieux. » Bernanos fait souvent écho à cette parole du Christ. Dans la dernière phrase de la préface des Grands Cimetières sous la lune, il nous dit sa certitude profonde : « La part du monde encore susceptible de rachat n'appartient qu'aux enfants, aux héros et aux martyrs. » Bernanos n'aime ni les tartufes, ni les lâches, ni les prudents. « Ne devenez jamais une grande personne ! », écrivait-il à une jeune fille brésilienne. « Il y a un complot des grandes personnes contre l'enfance, et il suffit de lire l'Évangile pour s'en rendre compte. »
L'importance accordée à l'enfance par Bernanos n'est pas seulement pour lui un thème littéraire. Au Brésil, nous le verrons par exemple préoccupé par le sort de la petite fille de sa cuisinière, et à la recherche d'une école où elle pourrait apprendre un métier, afin de la faire sortir d'un milieu qu'il juge peu recommandable : c'est en souvenir de ses « deux Mouchettes françaises » qu'il voudra sauver « cette Mouchette de la Croix-des-Âmes ».
Quelle étrange vision, enfin, que celle dont le curé de campagne sera gratifié au milieu d'une nuit douloureuse : une vision de la Vierge-Enfant. « Je regardais ses mains. Tantôt je les voyais, tantôt je ne les voyais plus, et comme ma douleur devenait excessive, [...], j'ai pris l'une d'elles dans la mienne. C'était une main d'enfant, d'enfant pauvre, déjà usée par le travail, les lessives. [...] Je craignais, en levant les paupières, d'apercevoir le visage devant lequel tout genou fléchit. Je l'ai vu. C'était aussi un visage d'enfant, ou de très jeune fille, sans aucun éclat. C'était le visage même de la tristesse. »
Un peu plus loin, alors que le curé se réveille de son évanouissement, la poignante rencontre avec Seraphita est une rencontre avec l'enfance blessée qui tourmentait l'âme de Bernanos. Et c'est encore à une enfant marquée par le malheur que sera dédiée, un an après le Journal, la Nouvelle histoire de Mouchette (1937).
Bernanos aimait les saints. Dans Sous le soleil de Satan l'abbé Donissan est appelé le saint de Lumbres, mais Bernanos n'a pas seulement créé des saints imaginaires, il a aussi célébré des saints historiques. Les saints qui l'ont le plus ému sont, semble-t-il, saint Dominique - à qui il consacra une monographie en 1926 -, saint François d'Assise et deux saintes, Jeanne d'Arc et Thérèse de Lisieux. François fut pour lui le « pauvre des pauvres, découvreur d'Amériques invisibles » comme il l'appelle dans Les Grands Cimetières sous la lune 21. Dans le même livre, Bernanos fait observer que si les dévots avaient suivi ce saint « au lieu de l'applaudir », la Réforme et les guerres de religion auraient été épargnées à l'Europe : « C'est vous que ce saint avait appelés, mais la mort n'a pas choisi : elle a frappé sur tout le monde. » L'idée qu'une chrétienté convertie par le franciscanisme aurait pu éviter la Réforme et les violences qui s'ensuivirent a certainement hanté Bernanos, car il y revint en 1943, dans une étude sur Luther : « Il est possible que saint François d'Assise n'ait pas été moins révolté que Luther par la débauche et la simonie des prélats. [...]
Mais il n'a pas défié l'iniquité, il n'a pas tenté de lui faire front [...]
Au lieu d'essayer d'arracher à l'Église les biens mal acquis, il l'a comblée de trésors invisibles, et sous la douce main de ce mendiant le tas d'or et de luxure s'est mis à fleurir comme une haie d'avril. »
À Jeanne d'Arc alla probablement la préférence de Bernanos.Il lui consacra un petit livre d'une poignante ferveur, Jeanne relapse et sainte 23, quatre-vingts courtes pages essentiellement consacrées au procès. Bernanos évoque la jeune fille, « ce petit page de Dieu », face à ses juges et on sent le dégoût le gagner à la pensée de tous ces évêques, docteurs et licenciés : « Vous faisiez autour de la martyre un rempart de ventres, de cuisses grasses, de crânes polis comme l'ivoire, mais elle a guetté jusqu'au bout, par-dessus vos têtes, un coin du ciel libre, ce ciel de mars âpre et venteux, propice aux longues chevauchées nocturnes, à l'embuscade, aux belles prouesses d'armes. »
C'est Jeanne encore qu'il célèbre à la fin des Grands Cimetières sous la lune, Jeanne, « la chevalerie elle-même tombée du ciel, ainsi qu'une petite épée brillante. Fille indocile, qui déserta la maison paternelle, coureuse en habit d'homme des grands chemins ouverts sous l'averse... »
Et voici enfin Thérèse de l'Enfant Jésus, que Bernanos appelle « la dernière venue, si étrange, si secrète, suppliciée par les entrepreneurs et les simoniaques, avec son incompréhensible sourire ». Jeanne d'Arc, Thérèse de l'Enfant Jésus : la vénération de Bernanos pour ces deux saintes rejoint sa fidélité à l'enfance, car Jeanne et Thérèse incarnent toutes deux ce « doux scandale de l'enfance » dont l'écrivain était convaincu qu'il empêchait la terre de pourrir. Elles sont aussi, à ses yeux, deux pures images de la France : Jeanne, « fine fleur de chevalerie », et Thérèse à l'agonie dont Bernanos rappelait les paroles qu'elle adressait à sa Prieure : « Comment vais-je faire pour mourir ? Jamais je ne vais savoir mourir !... »
« C'est à de telles paroles, et non à celles des héros de Plutarque, que frémiront toujours, d'âge en âge, les étendards de la Patrie. »
Bernanos a découvert l'œuvre de Léon Bloy pendant la Première Guerre mondiale et cette découverte fut pour lui décisive. Bloy était à ses yeux « le dernier prophète du peuple des Pauvres ». Dans l'une de ses lettres Bernanos citera ce mot de Bloy : « Tout ce qui arrive est adorable », auquel semble faire écho la dernière phrase prononcée par le curé d'Ambricourt - et qui est de sainte Thérèse de Lisieux : « Tout est grâce. » L'admiration de Bernanos pour Bloy se résume bien aussi dans sa façon de réagir lorsqu'on le compare à l'auteur du Désespéré : « Je n'ai rien de Léon Bloy, ni son courage devant la pauvreté [...] ni cette violence qui est sienne26. » Pourtant, à Gide qui jugeait Sous le soleil de Satan d'un « C'est la lignée de Léon Bloy et de Barbey d'Aurevilly », Malraux répondait : « En diablement mieux ! »
À l'égard de Péguy, à qui il rendit souvent hommage, Bernanos exprimera son admiration en écrivant que si quelque chose le rapprochait de lui, c'étaient « des liens comparables à ceux qui unissent un humble moine au Saint Fondateur de son Ordre ».
Plus inattendue peut-être, l'importance qu'eut, à une certaine époque de la vie de Bernanos, un écrivain comme Georges Duhamel. En effet, quelques mois avant sa propre mort, Bernanos écrit à Duhamel : « Comment vous dire ce qu'a été pour l'inconnu que j'étais à ce moment-là - et très malade par surcroît - votre Vie des martyrs ?
Le prix de ce qu'il m'a donné alors ne saurait s'évaluer que surnaturellement. Il a été pour moi une bénédiction, une grâce, une réconciliation, un sourire de Dieu sur ma révolte et ma colère de ce temps-là. »
Par contre, Bernanos n'aima ni Claudel ni Mauriac. Claudel avait admiré Sous le soleil de Satan et adressé, de Tokyo où il était ambassadeur de France, une longue lettre à Bernanos. Ce dernier quant à lui ne fut jamais tendre envers Claudel, à qui il reprochait d'« avoir chaque année renforcé la clôture que domine l'orgueilleux étendard du Temple, mais derrière laquelle il arrose patiemment les gras légumes de sa carrière champenoise d'opulent fonctionnaire et d'administrateur de Sociétés ». Plus violent encore, Bernanos qui vient de refuser d'entrer à l'Académie française écrit que s'il n'était déjà dégoûté de cette Compagnie, la présence en son sein « d'un vieil imposteur comme Claudel-Turelure » l'en éloignerait.
Pour ce qui concerne François Mauriac, il estimait hautement Bernanos. « Je vous ai toujours aimé et admiré », lui écrivait-il en 1946. « Telles pages du Soleil de Satan, de l'Imposture, du Curé de campagne vous mettent à part dans mon cœur. » Mais pour Bernanos, Mauriac était « l'auteur torturé de tant de livres où le désespoir charnel suinte à chaque page, comme une eau boueuse aux murs d'un souterrain ».
Les relations de Bernanos avec Charles Maurras méritent qu'on s'y arrête. Bernanos, on l'a vu, fut maurrassien dès sa jeunesse et collabora à l'Action française dès le début des années 1910.
Mais en 1919, il envoie sa démission à Maurras, lui reprochant notamment de jouer le jeu parlementaire, et lui écrit : « Dieu veuille vous accorder les grâces nécessaires pour porter sans faiblir le poids écrasant de votre destinée. » Mais lorsque, en 1926, le pape Pie XI condamne l'Action française, Bernanos apporte son soutien à Maurras : « Votre œuvre demeure et quelques blasphèmes, que nous désavouons de toutes nos forces, n'en effaceront pas le bienfait. Pas un ennemi de l'Église qui ne vous honorera de sa haine. » Quelques années plus tard, à la fin de 1931, Bernanos collabore au Figaro que dirige François Coty, un riche industriel. En 1932, ce Coty devient pour l'Action française l'homme à abattre ; dans une lettre ouverte du 15 mai de la même année, Bernanos assure Coty de sa solidarité. Dès le lendemain paraît la réponse de Maurras qui reproche à Bernanos de ne pas l'avoir prévenu de son désaccord, et conclut par ces mots : « Je vous dis adieu, Bernanos. » À son tour, Bernanos fait paraître dans le Figaro du 21 mai une lettre ouverte qui commence ainsi : « Mon cher Maître, / L'idée d'entrer en polémique avec vous me paraît trop absurde pour que
je m'y arrête même un instant. [...] Qu'il me suffise de garder désormais, dans la citadelle de l'âme, avec le souvenir des morts, la leçon de grandeur dont vous avez enivré notre jeunesse, et que nous allons transmettre à nos fils. » Et s'achève par ces mots devenus célèbres : « À Dieu, Maurras ! À la douce pitié de Dieu ! »
L'histoire ne s'arrête pas là, car quelques mois plus tard, Charles Maurras, Léon Daudet et Maurice Pujo lancèrent dans l'Action française une campagne d'injures à l'adresse de Bernanos, le traitant tour à tour de « pourriture », de « lâche », d'« abject maboul », de « parasite », de « nature femelle ». Une dizaine d'années plus tard, en 1941, dans sa Lettre aux Anglais, Bernanos verra en Maurras - qui avait soutenu en 1940 le maréchal Pétain - un « petit homme infirme, sagace et pervers, l'un des plus néfastes de notre histoire ».
Un mot à présent sur le regard que quelques-uns de ses cadets posèrent sur Bernanos. Nous avons vu quelle impression la mort de l'abbé Chevance, dans l'Imposture, avait produite sur Antonin Artaud. André Malraux lui aussi admira ce roman dont il rendit compte dans la N.R.F., et pour lui aussi la mort de l'abbé Chevance comptait parmi les plus fortes scènes de la fiction moderne, « par la profondeur et par la puissance ». Dans les dernières années de sa vie, Malraux redit son admiration pour Bernanos dans la préface qu'il écrivit à l'occasion d'une réédition du Journal d'un curé de campagne. À ses yeux, Bernanos était « le dernier Témoin de la pitié sacrée » et le plus grand romancier français du siècle. Curieuse rencontre, à vrai dire, que celle de l'auteur de l'Imposture avec celui de L'Espoir ! Ils s'étaient rencontrés une première fois en 1937, puis se retrouvèrent en 1946. Les paroles qu'ils échangèrent alors - écrivait Roger Nimier - « comptaient pour toute la génération à venir. Chacun avait une moitié de la France dans le cœur36 ». Un an après la mort de Bernanos, le même Nimier écrira pour lui ce Grand d'Espagne où il affirme que, pour retrouver le souffle de l'honneur qui l'animait, il suffit d'ouvrir un de ses livres et de penser à son visage. Un dernier témoignage, celui que Simone Weil (qui avait combattu contre Franco) adressait à l'auteur des Grands Cimetières sous la lune après avoir lu le livre : «Vous êtes royaliste, disciple de Drumont - que m'importe ? Vous m'êtes plus proche, sans comparaison, que mes camarades des milices d'Aragon - ces camarades que, pourtant, j'aimais. »
Si Bernanos décide, en octobre 1934, de partir avec sa famille pour Palma de Majorque, c'est tout simplement parce que la vie y est moins chère qu'en France. « Je me suis réfugié dans une île parce que le prix du bœuf et des pommes de terre y est encore abordable. »
Lorsque éclate, en juillet 1936, la guerre d'Espagne, Bernanos a d'abord beaucoup d'admiration pour le soulèvement franquiste. D'ailleurs, son fils Yves s'engage dans la Phalange. Mais peu à peu, devant la violence sanguinaire des franquistes et l'attitude d'une partie du clergé espagnol, Bernanos change de conviction. En janvier 1937, il évoque l'arrestation par les franquistes de « pauvres types simplement suspects de peu d'enthousiasme pour le mouvement », et fusillés devant le cimetière d'un village. Une fois morts, on en fait un tas que l'on arrose d'essence avant d'y mettre le feu. « Les autres camions amenaient le bétail. Les malheureux descendaient ayant à leur droite le mur expiatoire criblé de sang, et à leur gauche les cadavres flamboyants. L'ignoble évêque de Majorque laisse faire tout ça39. » C'est dans ce contexte que Bernanos écrit Les Grands Cimetières sous la lune et Nouvelle histoire de Mouchette dont José Bergamin disait : C'est l'agonie de l'Espagne. Bernanos affirmera lui-même avoir commencé à écrire ce livre en voyant passer dans des camions des condamnés à mort qui savaient seulement qu'ils allaient mourir : « J'ai été frappé par cette impossibilité qu'ont les pauvres gens de comprendre le jeu affreux où leur vie est engagée. [...]
Et puis, je ne saurais dire quelle admiration m'ont inspirée le courage, la dignité avec laquelle j'ai vu ces malheureux mourir40. » Pour dire son dégoût face à l'attitude des tueurs et de leurs complices, Bernanos rappellera qu'il fut élevé dans l'horreur de la Révolution de 1793 et du régime des suspects, mais qu'il a vu les catholiques et les prêtres de Majorque accepter cet héritage. Et à ceux qui parlent de guerre sainte, il répond : « Ce n'est pas avec Hoche ou Kléber, c'est avec Fouquier-Tinville et Marat que vous avez trinqué.
« Tant que la sainte colère gonfle nos cœurs », disait l'abbé Donissan, Satan n'est pas tout à fait maître du monde. C'est toujours pour dénoncer l'hypocrisie ou la lâcheté que Bernanos fulminera, et nous entendons encore ses colères dans de nombreuses pages. Il fulmine dans Les Grands Cimetières sous la lune contre les prélats majorquins. Dans La France contre les robots (1946), c'est contre les marchands de coton de Manchester qui, au XIXe siècle, faisaient travailler les enfants seize heures par jour dans leurs usines, mais dormaient tout de même « avec la Bible sous leur oreiller ». En 1941, dans un « Appel aux catholiques français », évoquant le massacre des Abyssins par l'armée de Mussolini, Bernanos fustige « la pieuse Italie, qui faisait alors bouillir dans l'Ypérite les femmes et les enfants éthiopiens ».
Comment ne pas rappeler, d'autre part, les invectives lancées par Bernanos contre Munich - « une date hideuse dans l'histoire de notre peuple » ? Munich représentait pour lui la politique de « la paix à tout prix », c'est-à-dire de la lâcheté. Or Bernanos aimait encore mieux « voir le monde risquer son âme que la renier ».
Dans sa Lettre aux Anglais, il s'en prendra aux défenseurs du « jus abutendi » (le droit de détruire volontairement des denrées précieuses afin d'en maintenir le prix) et leur lancera : « Vipères ! Vous vengez à coups de mitrailleuse les crimes contre l'Ordre [...]. Vous défendez les propriétaires avec du plomb, les misérables avec du papier. Hypocrites ! »
Après la guerre, Bernanos inaugurera une réflexion anxieuse sur la civilisation des machines et les risques d'asservissement qu'elle fait peser sur l'homme. Au cours d'une conférence prononcée en Suisse, il déclarera notamment : « Il ne s'agit pas, je le répète, de détruire les machines, mais de faire face à un risque immense qui est l'asservissement de l'humanité, non pas précisément aux machines, ainsi que voudraient me le faire dire les imbéciles, [...] mais l'asservissement à la collectivité propriétaire des machines46. »
Bien d'autres textes pourraient être cités. Toutes ces colères firent parfois prendre Bernanos pour un pamphlétaire, ce dont il se défendait ; il aura seulement été fidèle à ce qu'il appelait sa vocation : « Parler quand tout le monde se tait ».
Rentré d'Espagne en mars 1937, Bernanos quitte de nouveau la France le 20 juillet 1938, afin de s'établir au Paraguay. « Je n'ai absolument aucun espoir « d'arranger » ma vieillesse, ni celle de ma pauvre femme », écrivait-il quelques mois plus tôt à Jacques Maritain. « L'idée qu'il existerait sur terre, un coin où nous pourrions vivre libres, me serait grandement consolante47 ! » Le 5 août, il fait escale à Rio de Janeiro dont il écrit aussitôt : « Cette ville si belle, si prodigieusement belle, si belle et si humble. Elle a l'air de se coucher à vos pieds, avec ses bijoux, ses parfums et son regard a l'innocence et la docilité des bêtes48. »
Après quelques jours à Buenos Aires, il s'établit à Itaipava puis à Juiz de Fora où il loue une ferme, et ensuite à Vassouras. Un peu après, il se fixera pour un temps à Pirapora. Enfin, en août 1940, à quelques kilomètres de Barbacena, dans la ferme de la Croix-des-Âmes. « La Croix-des-Âmes - Cruz de Almas - est le nom de la petite colline au flanc de laquelle s'accrochait notre maison solitaire, devant un immense horizon de crêtes nues et sauvages qui se chevauchent les unes les autres sur des centaines de kilomètres, au sud tombent à pic dans la mer, et se perdent peu à peu au nord dans le sertão sans bornes. »
Assurément le Brésil, où il restera sept ans, joua un rôle considérable dans la vie de Bernanos. Il y noua de profondes amitiés, et y écrivit de grands livres : Les Enfants humiliés, Lettre aux Anglais, Le Chemin de la Croix-des-Âmes, pour ne citer que ces trois-là.
« Nous vivons en pleine forêt, à quinze kilomètres de la ville, nous nous privons de pain et de viande, nous nous contentons de riz, de feijão, d'eau claire. [...] Le climat et la fièvre, qui m'ont épargné, ont durement éprouvé ma famille... »
Évoquant ailleurs le lieu de son « exil » (bien qu'il jugeât ce mot trop grand pour lui), Bernanos en parlera comme d'un « désert tropical d'herbes coupantes, de lianes mortes, d'arbres nains, de fleuves d'eau tiède, écœurante ».
Durant son séjour, Bernanos espère tirer quelque profit d'une vaste exploitation agricole dont il s'occupe pendant plusieurs mois. Il achète deux cents vaches et plus, ainsi qu'une douzaine de chevaux. Mais cette expérience se solde par un échec. Du moins Bernanos aura-t-il eu la satisfaction de pouvoir se dire non plus « homme de lettres », mais vacher.
« En tant qu'homme de lettres, et homme du monde, j'étais lié par une foule de nécessités superflues, en tant que vacher, je pourrai écrire ce que je pense. »
Dans la maison qu'il habite à la Croix-des-Âmes, les portes n'ont pas de serrures, les fenêtres pas de vitres, les chambres pas de plafond : c'est une maison qui ressemble à sa vie, écrit-il, « une maison faite pour ma vie ».
Les lettres qu'il adresse à ses amis brésiliens depuis septembre 1938 jusqu'à sa mort - et particulièrement celles qu'il écrit à son cher Virgilio de Mello Franco - témoignent de son attachement à ce pays et à ses habitants dont la sympathie fraternelle l'aura aidé à traverser une période de sa vie qu'il appellera une « longue nuit ».
Bernanos quitta le Brésil en juin 1945, mais il ne cessa plus d'y penser, non plus qu'aux amis qu'il y avait laissés. Rien peut-être ne marque mieux son amour de ce pays que les lignes qu'il adressera de France à une amie brésilienne : « Le plus douloureux désir de mon cœur [...] c'est de vous revoir tous, de revoir votre pays, de reposer dans cette terre où j'ai tant souffert et tant espéré pour la France, d'y attendre la résurrection, comme j'y ai attendu la victoire. »

BERNHARDT (Sarah), 1844-1923 :
Née à Paris le 22 octobre 1844, Henriette Rosinne Bernard, dit Sarah Bernhardt est levée dans un couvent puis entre au Conservatoire de Paris à l'âge de seize ans. A dix huit ans, elle rentre à la Comédie Française où elle y joua notamment le rôle d’Iphigénie. Connue pour son caractère impétueux, elle en sort très rapidement après avoir giflé une sociétaire bien plus âgée qu'elle. Puis, c’est à l'Odéon en 1869 que la comédienne devient célèbre grâce à un rôle dans 'Le passant de François Coppée où il la consacra comme une des meilleures artistes de la seconde moitié du XIXe siècle. C'est dès lors la gloire mondiale pour la comédienne à la "voix d'or".
Elle entra, en 1872, au Théâtre-Français où elle connut la gloire, en particulier dans des rôles tragiques comme Phèdre, ou romantiques dans 'Lorenzaccio'. Son tempérament dramatique et sa diction emphatique séduisent un public toujours plus grand. Mais, bien que sociétaire depuis 1875, elle démissionna avec éclat en avril 1880: le bruit fait autour de ses excentricités avait dressé contre elle la direction de la maison. Elle fit alors une longue série de tournées à l'étranger. Elle obtint de grands succès dans La Dame aux camélias (1882), Fédora (1882), La Tosca (1887), etc. Elle devint, en 1883, propriétaire de la Renaissance et monte ensuite sa propre troupe au théâtre des Nations. En 1889, fonda le théâtre Sarah-Bernhardt, où elle triompha, en 1900, dans L'Aiglon.
Amputée de la jambe droite après un accident en 1914, elle continua de paraître en scène toujours assise jusqu'au 25 octobre 1922. Elle écrivit des livres de souvenirs (Ma Double Vie, L'Art du théâtre) et des romans, s'adonna à la sculpture et à la peinture. Son caractère passionné et fantasque en fit une cible pour les journalistes. Zola lui consacra deux articles dans Le Voltaire (8 juillet 1879, 27 avril 1880).Elle décède à Paris le 22 mars 1923.

BERNSTEIN (Henri), 1876- :

BERRY (Georges), 1855-1915 :
Homme politique. Né le 8 mars 1855 à Bellac (Haute-Vienne), Georges Berry est député de la Seine de 1893 à 1915, après avoir été docteur en droit, inscrit au Barreau de Paris. Il est chargé en 1881, par le gouvernement de mener une enquête sur l'organisation des oeuvres d'assistance en Angleterre, en Belgique, aux Pays-Bas et en Allemagne. Poursuivant en France son étude sur le paupérisme, il ne craint pas de se mêler pendant une certaine période au monde de mendiants et de vivre en leur compagnie. Président de plusieurs sociétés de bienfaisance, il manifeste ses préoccupations sociales dans un certain nombre d'ouvrage. D'opinions monarchistes, il se présente comme "républicain rallié". Membre de la commission du travail et de diverses commissions spéciales, il préside celle qui étudie les moyens de supprimer la mendicité et dépose plusieurs propositions de lois. Il intervient sur le travail des femmes et des enfants, des oeuvres d'assistance par le travail et des bureaux de placement. Avocat, il demande la suppression des tribunaux inutiles et une réforme judiciaire. D'opinions libérales, il s'oppose tant aux nationalistes qu'à la politique de Combes. ; il s'opposa à la séparation des Églises et de l'État ; avant de finir progressiste. Il meurrt le 13 avril 1915 à Paris.

BERT (Paul), 1833-1886 :
Homme poltique. Né à Auxerre en 1833. Docteur en médecine et ès sciences, il devient professeur à la faculté de Bordeaux, puis professa à Paris la physiologie à la Faculté des sciences et à l’école des hautes études.
Après la révolution de 1870, il devient secrétaire de l’Yonne, préfet du Nord, fut élu en 1872 député de l’Yonne, où il fut constamment réélu, vota avec les républicains radicaux, prit une part importante aux discussions, contribua à toutes les réformes sur l’enseignement, notamment à l’adoption de la gratuité et de l’obligation de l’instruction primaire. Ministre de l’instruction publique dans le cabinet Gambetta du 14 novembre 1881 au 26 janvier 1882, il fut nommé, en janvier 1886, gouverneur général de l’Annam et du Tonkin. Il avait commencé une série d’importantes réformes au point de vue administratif et commercial quand il fut emporté par la dysenterie.
Paul Bert fut un savant remarquable. Il était devenue en 1882, membre de l’Académie des sciences. On citera ses citera ses recherches sur la sensitive, l’influence des changements de pression barométrique sur les phénomènes de la vie, l’influence de l’air comprimé sur la fermentation, l’analyse des gaz contenus dans le sang, qui mena à d’importantes découvertes, puis ses travaux sur la partie du spectre solaire indispensable à la vie végétale, sur les mouvements autonomes des végétaux, etc. Outre des articles scientifiques et des mémoires, on lui doit un grand nombre d’ouvrages. On peut citer par exemple, De la greffe animale, en 1863, Recherches sur les mouvements de la sensitive en 1867-1870, la Pression barométrique en 1877, Leçons de zoologie en 1881, l’Enseignement laïque en 1881, Leçons d’anatomie et de physiologie animale en 1885, etc. Il meurt à Hanoï en 1886.

BERTEAUX (Maurice), 1852-1911 :
Homme politique. Né le 3 juin 1852 à Saint-Maur-des-Fossés, mort le 21 mai 1911 à Issy-les-Moulineaux. Député de Seine-et-Oise de 1893 à 1911, Ministre de la Guerre de 1904à 1905 et en 1911. Après de brillantes études, il fait son service militaire dans l'artillerie. Il finira capitaine de réserve. A peine âgé de 27 ans, il est titulaire d'une charge d'agent de change à la Bourse de Paris et bientôt devient membre de la chambre syndicale de cette corporation. En 1888, il est élu conseiller municipal de Chatou et en devient le Maire trois ans plus tard. Déjà sa courtoisie, la bienveillance qu'il témoigne à tous, son attitude franche et loyale, le soin qu'il met à éviter les heurts inutiles lui valent, dans son arrondissement, cette large popularité dont il a le goût. Il est facilement élu député. Il s'était présenté comme candidat radical socialiste et avait explicitement fait siens les articles du programme radical : l'impôt global et progressif sur le revenu, la séparation des églises et de l'État, la réduction de la durée du service militaire, l'extension aux vieillards de l'assistance publique. A la stupéfaction de son entourage - la famille Berteaux et lui-même appartenaient à la bourgeoisie aisée - toutes ses sympathies vont vers l'aile gauche des radicaux socialistes dont il deviendra en quelques années le chef incontesté. Sans avoir une éloquence classique, il parle avec aisance et, grâce à son habileté à manier les groupes et à travailler les couloirs, il a une action indubitable sur la Chambre. Il interviendra dans ses domaines d'excellence que sont les finances et les affaires militaires. S'il déclara qu'en aucun cas il accepterait la charge de Ministre des finances ( il avait conservé sa charge à la Bourse de Paris ) , il fut deux fois ministre de la guerre. Très féru d'aviation, il prévoit que celle-ci pourra apporter un puissant concours à la défense nationale et veut l'élever au rang d'une arme autonome et redoutable. Dans cet esprit, il encourage le sport aéronautique. Le 21 mai 1911, accompagné du Président Monis, il assiste, à Issy-les-Moulineaux, au départ de la course Paris-Madrid, organisé par le Petit Parisien. Tous deux s'avancent au milieu de la piste quand un monoplan en difficulté, soudain, s'abat. Monis est grièvement blessé, quant à Berteaux il est tué sur le coup, décapité par l'hélice de l'appareil. A voté en faveur de la loi sur le droit d'association.

BERTHELOT (Marcellin), 1827-1907 :
Fils d'un médecin, il fut reçu docteur ès sciences en 1854, avec une thèse sur les Combinaisons de la glycérine avec les acides, et reproduction artificielle des corps gras neutres, d'où il tira sa célèbre théorie des alcools polyatomiques. Professeur de chimie organique à l'Ecole supérieure de pharmacie en 1859, et au Collège de France en 1865, il participa, en 1867, à la création de l'École pratique des hautes études, où il devint par la suite président de la section des sciences physiques. Président du comité scientifique de défense pendant le siège de Paris, il s'occupa notamment de la fabrication de nitroglycérine et de dynamite. Membre de l'Académie de médecine dès 1863, il entra, dix ans plus tard, à l'Académie des sciences, où il devait remplacer Pasteur comme secrétaire perpétuel. Inspecteur général de l'enseignement supérieur en 1876, et président, en 1878, de la commission des substances explosives, il fut élu, en 1881, sénateur inamovible. Il fut ministre de l'Instruction publique dans le cabinet Goblet (1886-1887), puis ministre des Affaires étrangères dans le cabinet Léon Bourgeois (1895-1896). En 1900, il fut élu membre de l'Académie française. ~ Ses travaux scientifiques ~ il publia plus de 600 mémoires ~ portèrent surtout sur la synthèse chimique et sur la thermochimie, et l'industrie tira un grand parti de ses découvertes. Libre penseur et défenseur des institutions républicaines, il croyait fermement à l'efficacité morale et sociale de la science: citons ses ouvrages Science et philosophie (1886) et Science et libre pensée (1905). ~ Zola prononça un discours au banquet de 800 couverts qui fut offert à Berthelot, le 4 avril 1895, par l'Union de la jeunesse républicaine (O.C., t. XII, p. 699-700). Ce dernier fut le modèle du personnage de Bertheroy dans Paris, «une des gloires les plus hautes de la France, à qui la chimie devait les extraordinaires progrès qui en ont fait la science mère, en train de renouveler la face du monde» (ibid., t. VII, p. 1256).

BESNARD (Albert), 1849-1934 :
Paul Albert Besnard est né à Paris le 2 juin 1849. Il est issu d'une famille d'artistes. Son père, décédé prématurément peu après la naissance de son fils, avait été l'élève d'Ingres et sa mère avait étudié l'art de la miniature avec Madame de Miribel. Dans un tel contexte, il est naturel que l'enfant ait été de bonne heure sensibilisé aux pratiques artistiques. Pour ce faire, sa mère lui choisit comme professeur Jean Brémond, ancien élève d'Ingres lui aussi. Brémond exerce une profonde influence sur le jeune Besnard, en lui faisant partager notamment son amour pour l'œuvre de Delacroix. Albert Besnard fait son entrée à l'école des Beaux-Arts en 1866. Il y suit à la fois les cours d'Alexandre Cabanel et de Sébastien Cornu. Il débute ensuite au Salon de 1868, où il expose un premier portrait.
En 1875, suite logique de sa carrière artistique naissante, Besnard part pour Rome et la villa Médicis, où il se lie d'amitié avec un autre peintre, Aimé Morot. Ensemble, les deux hommes découvrent l'Italie à cheval et en nourrissent leur inspiration. Les chevaux resteront en effet un thème récurrent de l'œuvre de Besnard jusqu'à sa mort. En 1874, il se voit décerner le grand prix de Rome pour son tableau intitulé "La mort de Timophane". Quelques temps plus tard, le jeune artiste se marie avec Charlotte Dubray, fille du sculpteur Gabriel-Vital Dubray et sculpteur elle-même. Avec elle, il part s'installer avec elle en Angleterre où le couple passe deux années. Cette période anglaise est importante pour l'artiste, qui s'imprègne alors des travaux de l'école britannique du portrait, et surtout de ceux de Gainsborough, Lawrence et Reynolds. L'influence de ces artistes est décisive dans l'évolution picturale de Besnard. Elle est sensible dès ses travaux de cette période, dans ses portraits de lord Wolseley, de l'amiral Commerwell ou du général Green notamment. Comme lors de sa scolarité aux Beaux-Arts ou pendant sa période romaine, Albert Besnard se lie à d'autres artistes lors de son séjour londonien (le peintre Alfred Legros notamment). Ces rencontres participent elles aussi à l'affirmation de son style et à l'enrichissement de ses techniques et sources d'inspiration. De retour en France, le peintre possède déjà une personnalité artistique originale, qui se traduit notamment pas des influences multiples : les héritages de Van Duck, Rubens, Boucher ou Watteau se retrouvent dans ses toiles. Sa première commande importante est une fresque décorant la salle des pas perdus de l'École de Pharmacie. Le sujet en est ambitieux : il s'agit rien moins qu'une allégorie sur l'histoire du monde, des temps préhistoriques à l'époque contemporaine... Dans son élan créateur, il propose également à l'École de Pharmacie des cartons de vitraux, qui ne seront pourtant jamais réalisés. Mais le portrait reste au cœur de l'œuvre de Besnard, qui en produit un certain nombre pour des personnalités de premier plan, aussi diverses qu'Alphonse Daudet, Denys Cochin ou la princesse Mathilde. Au début des années 1880, un voyage en Espagne, au Maroc et en Algérie en compagnie du peintre Chéret lui fait franchir une nouvelle étape dans son cheminement artistique. Il en revient soucieux de traduire le mouvement (ses aquarelles de chevaux arabes en témoignent) et désireux d'explorer de nouvelles voies dans le traitement des couleurs. La confrontation avec le courant impressionniste naissant n'est pas non plus étrangère à ces choix. En 1886, le portrait de Madame Roger Jourdain marque une nette évolution du peintre dans sa recherche sur la lumière et en 1887, la "Femme qui se chauffe" qu'il expose au Salon confirme son engagement dans cette voie. Jusqu'à ses oeuvres les plus tardives, ce travail sur la lumière sera la caractéristique essentielle de son art. En dépit de ces recherches personnelles originales et de ses succès, Albert Besnard est contesté. Cherchant des voies distinctes de celles de l'impressionnisme pour traduire la lumière, il reste en marge de ce mouvement novateur. D'autant que son souci d'allier à la couleur une pratique du dessin irréprochable l'en éloigne encore plus. En outre, ses grandes fresques murales sacrifient souvent la qualité artistique à la représentation stricte de sujets parfois ardus (la description des misères humaines par exemple, dans une fresque exécutée pour l'hôpital Cazin de Berck-sur-Mer).
Pourtant, certaines de ses peintures murales et de plafonds peuvent être considérées comme de vraies réussites d'un artiste en pleine maîtrise de son art. C'est le cas notamment de sa représentation des trois âges de l'homme peinte sur les murs de la salle des mariages de la mairie du 1er arrondissement de Paris (1887-1889), de son "Christ en gloire" sans la chapelle de Berck-sur-Mer (1897-1901), de son plafond de la Comédie Française (1905-1913), de celui du Palais de la Paix à La Haye (1914), ou de celui de l'ambassade de France à Vienne (1909).
En 1910 et 1911, un voyage aux Indes fournit à Besnard une source d'inspiration nouvelle. Celle-ci se traduit notamment par la publication d'un livre de notes et souvenirs de voyage. En outre, les nombreuses esquisses prises sur place fournissent, à son retour en France, la matière de nouvelles toiles, dont les plus significatives sont "L'homme en rose", "La danseuse au masque jaune", "Le pont" ou "L'éléphant dans une rue". Aux recherches précédentes s'ajoute l'emploi renouvelé de la couleur rouge, que le peintre décline sous toutes ses formes. Comme pour beaucoup d'autres artistes, la première guerre mondiale donne à Besnard l'occasion de produire des toiles de circonstance. Ainsi lui doit-on un portrait du roi Albert 1er et de la reine Élisabeth ou, après l'armistice, une "Rentrée de l'université française à Strasbourg". A celui des recherches succède alors le temps des honneurs et de la reconnaissance. En 1912, Albert Besnard entre à l'Académie des Beaux-Arts. En 1913, il est nommé directeur de l'Académie de France à Rome. En 1922, il prend la tête de l'école des Beaux-Arts. Grand-croix de la Légion d'Honneur, il entre le 27 novembre 1924 à l'Académie Française, où il occupe le siège de Pierre Loti. Cette élection récompense autant le peintre (il est le premier peintre à siéger sous la Coupole depuis plus de 150 ans !) que l'homme de lettres, pour ses notes de voyage en Inde et son recueil de souvenirs intitulé Sous le Ciel de Rome.
La fin de sa vie est marquée par une ultime évolution de son art. Dans ses derniers tableaux ("L'eau profonde" en 1928 ou "La source" en 1931 par exemple), Besnard conclut en quelque sorte son travail sur la lumière en abandonnant celui sur la couleur. Les tons se font plus fades et plus pauvres. Le blanc est employé en abondance. On est loin désormais des "féeries où la couleur ruisselle, des paysages de rêve, des orchestrations lumineuses", dépeintes par Louis Barthou en 1926, lors d'une cérémonie en l'honneur du peintre. Albert Besnard meurt à Paris le 4 décembre 1934.

BIBESCO (Marthe Lucie Lehovary, princesse de Bibesco), 1886-1973 :
Fille de Jean Lhovary, ministre des Affaires étrangères de Roumanie; épouse de Georges Valentin, 3e prince de Bibesco, membre féminin de l'Académie Royale de Langue et de Littérature Française de Belgique, était une historienne et femme de lettres française d'origine roumaine. A Paris, pendant l'entre-deux guerres, elle attira à l'hôtel Pozzo di Borgo puis dans son boudoir parisien de l'île Saint-Louis, (45, Quai de Bourbon) plusieurs personnalités de cette époque. Dans son salon brillaient entre autres Marcel Proust qui l'identifiait à un auteur parfait, Paul Claudel, Louis Gillet, Robert, comte de Montesquiou ; l'éditeur Bernard France, George V, Ramsay MacDonald, Robert Brisson; son amant, Henri de Jouvenel (époux de Colette); le cinéaste Hervé Mille, le prince Charles Murat, Philippe Barrès, Jean Mouton, Michel Robida, l'abbé Francis Mugnier et Paul Valéry.
En 1903, l'Académie française lui décerna; un prix littéraire pour son oeuvre : Huit Paradis.
Le général Charles de Gaulle voyait dans la princesse Bibesco une européenne qui amalgamait les deux genres, l'ancien et le nouveau. Disons plus simplement que la princesse Bibesco recevait beaucoup d'amis et que la qualité de ceux-ci corresponsait aux habitués d'un salon d&ea

BERTHOULAT (Georges), 1859-1930 :
Homme politique. Né le 16 août 1859 au Châtelet (Cher), Georges Berthoulat est licencié en droit puis devient secrétaire général du Cantal lorsqu'il démissionne pour une brillante carrière dans le journalisme. Il entre en politique pour lutter contre le "radicalisme dreyfusard et le collectivisme internationaliste". Il prend une part active à la discussion sur le projet de séparation des Églises et de l'État. Adversaire du ministère Combes, il demande, en 1903, l'organisation d'un référendum sur la question du budget des cultes. Il meurt le 5 juillet 1930 à Paris

BERTRAND (Paul), 1847-1936 :
Homme politique. Né le 11 décembre 1847 à ChâJons-sur-Marne (Marne), Paul Bertrand est député de la Marne de 1889 à 1910. Fils de médecin, il s'installe comme avoué à Sainte-Menehould, dont il devient le maire. Lors des élections générales du 22 septembre 1889, il est élu député au premier tour. Membre de la commission d'enquête sur l'affaire de Panama, il en démissionne pour protester contre l'insuffisance de députés de droite. Membre de diverses commissions, il eu une très grande activité. Il meurt le 17 novembre 1936 à Sainte-Menehould (Marne).

BICHELONNE (Jean), 1904-1945 :

BIENVENU-MARTIN (Jean-Baptiste), 1847-1943 :
Ingénieur. Fils d'un marchand de drap venu de Savoie et d'une originaire de Saint-Bris, Geneviève Félix, c'est à Saint-Bris que naît, le 21 juillet 1847, Jean-Baptiste Bienvenu-Martin. Brillant élève du collège d'Auxerre, il poursuit ses études au Iycée parisien Louis-le-Grand puis à la faculté de droit où, tout en étant clerc d'avoué, il conquiert un doctorat. Avocat de 1871 à 1877, il entame alors une carrière administrative : secrétaire de préfecture à Auxerre, sous-préfet de Sens, il est nommé en 1886 auditeur au Conseil d'État. La « Gazette du Palais » loue la qualité de ses « avis » où l'élégance de la forme s'allie à la solidité du fond. Directeur au ministère des Colonies alors que sa carrière de fonctionnaire est à son apogée, il se lance sur la voie politique.
En 1981, le parachutage de Paul Doumer comme député d'Auxerre n'avait pas été du goût de tout le monde, y compris parmi les radicaux. Aussi, en mars 1892, pour l'élection du conseiller général d'Auxerre-Est, est-il candidat contre Doumer. La pression du gouvernement l'oblige officiellement à renoncer mais ses nombreux amis continuent sa campagne et il est élu contre le futur président de la République. En 1896, quand Doumer abandonne son mandat de député, il lui succède : il ne quitte le Palais Bourbon, en 1905, que pour le Sénat où il siégera jusqu'à sa mort. Républicain intransigeant, Bienvenu-Martin est une figure marquante du Bloc des Gauches formé pour assurer l'union républicaine après l'affaire Dreyfus, puis du groupe de la Gauche radicale socialiste qu'il constitue et préside à partir de 1904.
Du radicalisme, il a toutes les habitudes d'agir et de penser : soutenu par un réseau associatif puissant (loges maçonniques, sociétés de libre pensée), sachant naviguer entre les différentes tendances locales du radicalisme incarnées par les trois journaux, « I'Yonne », « la Constitution » et « Le Bourguignon », il est le chef reconnu des représentants nationaux du département qui tous, au début de ce siècle, sont radicaux. Pendant trente ans, de 1910 à 1940, il préside le conseil Général, record de longévité non dépassé.
A la Chambre, il obtient, en 1903, le vote de lois sur l'assistance aux vieillards, infirmes et incurables, qui constituaient le volet social du programme radical : mais c'est autour de la question religieuse que Bienvenu-Martin s'affirme comme le chantre de la cohésion radicale qui ne trouve son ciment que dans l'anticléricalisme. Il est un soutien imperturbable de Waldeck Rousseau puis d'Emile Combes. Ce dernier choisit Auxerre pour annoncer le 4 septembre 1904, lors de l'inauguration du marché couvert, la séparation de l'Église et de l'État ; son discours commence et finit par une adresse à son « ami » Bienvenu-Martin. Combes doit laisser la place à Rouviers mais le nouveau chef du gouvernement choisit le député d'Auxerre comme ministre de l'Instruction et des Cultes lequel, à ce titre, prépare et fait voter le 9 décembre 1905 la loi de séparation. Le texte affirme que la République « assure la liberté de conscience » mais « ne reconnaît, ni ne subventionne, ni ne salarie aucun culte ». L'État cesse de payer les prêtres et devient propriétaire des lieux de culte. Bien accueillie dans l'Yonne, cette loi suscite un tollé parmi les catholiques d'autant qu'elle s'accompagne de l'expulsion des congrégations et de la fermeture des écoles privées.
Redevenu ministre en décembre 1913, Bienvenu-Martin est Garde des Sceaux ; Poincaré et Viviani sont en voyage en Russie quand, en juillet 1914, l'attentat de Sarajevo entraîne une crise internationale ; il assure alors l'intérim des Affaires Étrangères et préside aux échanges des premières notes avec l'Allemagne. Le 26 juillet, il reçoit l'ambassadeur Von Schoen qui lui explique que son pays souhaite un règlement limité à l'Autriche et la Serbie. Mais la Russie refuse d'abandonner son allié serbe ; I'engrenage de la guerre est en route. De ces heures où il assume les responsabilités de la France, Bienvenu-Martin retire un surcroît de prestige : dès le 31 juillet, les socialistes d'Auxerre, réunis à la Bourse de la rue Gambetta, lui rendent hommage : « c'est grâce à lui, le père Bienvenu, que le conflit a été évité jusqu'à ce jour et qui malheureusement arrivera peut-être cette nuit, peut-être demain ». Au conflit, le ministre paiera tribut : son fils unique Jean est tué en 1915 en Argonne. Mais la commune de Saint-Bris n'a pas oublié son rôle historique et continue de fleurir sa tombe, chaque 11 novembre, fidèlement. C'est auréolé de la gloire d'un patriarche républicain qu'il s'éteint à 96 ans en 1943 dans sa commune natale.
Bienvenu-Martin incarne toute une partie de ce siècle dans l'Yonne, le temps où les vignerons formaient la majorité du peuple. Pendant 40 ans, il présida la Société de secours mutuel qu'il avait créée pour eux, comme à Paris il présidait la docte compagnie des Bourguignons Salés, le temps où la République voyait dans l'Église son adversaire, une république de banquets et de sodalités mais idéaliste et ne doutant pas d'elle-même.

BILLOT (Jean-Baptiste, général), 1828-1907 :
Né le 31 mai 1828 à Paris Jean-Baptiste Billot est représentant de la Corrèze à l'Assemblée Nationale de 1871 à 1876, Sénateur inamovible de 1876 à 1907, Ministre de la Guerre 1882 à 1883 et de 1896 à 1898. Le 29 avril 1896, Jules Méline lui confie le le portefeuille de Ministre de la Guerre dans son Gouvernement. A ce titre, c' est en octobre 1896 qu'il présenta l'armée française reconstituée au tsar Nicolas II à la revue du camp de Challans. Mais c'est aussi pendant qu'il détenait le portefeuille de Ministre de la Guerre que commença l'agitation qui devait amener la révision du procès Dreyfus. Il croyait Dreyfus coupable ; Il fallut attendre la chute du cabinet pour que la révision ait lieu et lui donne tort. Il meurt le 15 août 1907 à Chaumeil (Corrèze).

BISSIÈRE (Roger) :

BISSON (Alexandre-Charles-Auguste), 1848-1912 :

BIZOLON (Clotilde), 1871-1940 :
Clotilde Thévenet naît en 1871 à Coligny, dans l’Ain. Jeune fille, elle épouse le cordonnier Bizolon. Leur fils Georges naît le 25 août 1891. Le couple quitte ensuite Coligny et s’installe à Lyon, dans le quartier de Perrache, où le cordonnier a établi sa boutique.
En août 1914, mobilisé dès le début de la guerre au sein de la 3e compagnie du 21e B.C.P. (bataillon de chasseurs à pied) de Montbéliard, le fils des Bizolon est envoyé au front. Désormais seule, son mari étant décédé depuis peu, Clotilde Bizolon décide de participer à sa modeste manière au soutien du moral des troupes. Avec l’aide de voisins et d’amis, elle installe un comptoir improvisé, formé de quelques planches et de six tonneaux de bois, dans le hall de la gare de Lyon Perrache, et propose gratuitement aux soldats en transit du café, du vin et des mots de soutien. En remerciement, les soldats lui chantent souvent la Madelon. En mars 1915, le malheur s’abat à nouveau sur la jeune veuve : le sergent Georges Bizolon, son fils unique, est tué le 18 aux combats de Notre-Dame-de-Lorette, dans le Pas-de-Calais. Sa mère apprend la nouvelle le 26 par un employé de la mairie du 2e arrondissement de Lyon. Mais elle avait promis à son fils qu’elle continuerait son œuvre même s’il était tué. Et elle tient parole.
Prématurément vieillie, celle que les soldats appellent désormais de plus en plus souvent "la Mère Bizolon" remue ciel et terre pour trouver le financement nécessaire à la poursuite de sa tâche qui a pris de plus en plus d’ampleur. Le bouche à oreille a en effet fait son œuvre. Les soldats sont chaque jour de plus en plus nombreux à s’assembler autour de sa buvette, "Le Déjeuner du Soldat", occasion pour eux de raconter quelques bribes de leur guerre à une oreille compatissante et de recevoir quelques mots de réconfort. Ceux qui le désirent peuvent également mettre quelques pièces dans une petite timbale en fer blanc. L’argent donné par les passants, par les amis et les voisins de la veuve, ainsi que par un riche Américain, M. Hoff, permettent à la buvette de subsister en attendant la reconnaissance officielle qui tarde à arriver. Enfin, les multiples intercessions auprès du maire de Lyon, Édouard Herriot, portent leurs fruits. Devant la gare de Perrache, la mairie fait construire un abri en planches et en zinc, avec un comptoir extérieur, un guichet et une cheminée pour accueillir l’énorme cafetière. La "Maman des Poilus" devient désormais l’une des figures les plus populaires de la capitale des Gaules.
A l’automne 1918, pour fêter l’armistice, la Mère Bizolon quitte son immuable robe noire pour revêtir une robe au large col blanc, souvenir des jours heureux d’avant-guerre. La fin du conflit ne met cependant pas un terme à ses activités. L’ancienne boutique du cordonnier prend la relève de la buvette, pour accueillir les soldats démobilisés. La veuve s’occupe également de différentes œuvres charitables, rend service aux personnes âgées et garde les enfants du quartier. Seuls moments de repos, les quelques jours qu’elle passe chaque année à Peyrieu chez ses amis Hoff. En mai 1925, elle est décorée de la Légion d’Honneur par Édouard Herriot pour services rendus à la nation.
En septembre 1939, à la déclaration de guerre, malgré sa fatigue et une santé chancelante qui lui rend pénible les déplacements et les stations debout, la Mère Bizolon, qui va fêter ses 69 ans, rouvre quotidiennement sa buvette à la gare de Perrache, offrant aux soldats de passage café, vin chaud ou bol de bouillon.
Mais la Maman des Poilus aura une fin tragique. Le 29 février 1940, elle est agressée chez elle par un inconnu. Transportée à l’Hôtel-Dieu, elle y décède le 3 mars. Ses funérailles, prises en charge par la ville de Lyon, sont célébrées le 7 mars 1940 à l’église Saint-Martin-d’Ainay en présence du cardinal Gerlier, du président du Cartel des Combattants, des conseillers municipaux et de centaines de personnes dont un grand nombre d’anciens poilus. Son assassin ne sera jamais retrouvé.

BLANC (Louis), 1811-1882 :
Homme politique. Né à Bourdeaux (Drôme) le 14 avril 1838, mort à Bourdeaux le 24 octobre 1914 -Homonyme du théoricien socialiste de l'organisation du travail (1811-1882). Député de la Drôme de 1892 à 1902, Sénateur de la Drôme de 1902 à 1914. Entrepreneur de voitures publiques, il était partisan d'une politique vraiment démocratique et progressiste. Son programme comportait : le maintien des lois scolaires, c'est à dire la laïcité, la gratuité et l'obligation de l'enseignement; l'égalité de tous devant l'impôt du sang et la réduction à deux ans du service militaire; la séparation des Églises et de l'Etat et la suppression du budget des cultes; la réforme administrative et l'épuration du personnel; la réforme judiciaire et la réduction des frais de justice; l'étude des lois comportant l'amélioration du sort des travailleurs; la création d'une caisse de retraites pour les ouvriers infirmes ou âgés; l'encouragement aux sociétés de secours mutuels; l'encouragement de l'agriculture et l'organisation d'un crédit agricole; la réforme des impôts; la limitation de la politique coloniale à la conservation des possessions actuelles sans conquêtes nouvelles; le renouvellement partiel de la Chambre des députés. Élu, il s'inscrivit au groupe radical-socialiste et fut membre de diverses commissions. A voté en faveur de la loi sur le droit d'association.

BLANQUI (Auguste), 1805-1881 :

BLÉRIOT (Louis), 1872- 1936 :
Ingénieur. Fils d’un fabricant de tissus, né à Cambrai le 1er juillet 1872, Louis Blériot suit des études d’ingénieur et obtient son diplôme de l’École Centrale en 1895. Il débute alors sa carrière dans l'industrie automobile, en inventant des phares à acétylène et autres accessoires pour motocyclettes et automobiles. Dès 1897, il fonde sa propre entreprise. Passionné par les techniques nouvelles, et plus particulièrement par l’aviation balbutiante, Blériot étudie toutes les théories élaborées sur les plus lourds que l’air : il en tire ses propres hypothèses, qui vont servir de base à ses futures expérimentations. En 1899, il expérimente l’ornithoptère, un avion à la voilure battante, et effectue quelques vols en planeur au-dessus de la Seine. C’est en 1901, à l’âge de 29 ans, que le jeune ingénieur devient véritablement obsédé par l’aviation : il investit dans sa passion les bénéfices de sa société, ainsi qu’une grande partie de la dot de sa femme. En 1905, il s’associe avec Gabriel Voisin pour construire un planeur biplan, qu’il teste sans grand succès sur le lac d’Enghien.
Comme la plupart des pionniers de l’aviation, Blériot risque sa vie à maintes reprises en testant ses prototypes. Dilapidant sa fortune, il multiplie les modèles et les échecs. Mais à chaque fois, il en tire des leçons. C’est ainsi que, toujours en collaboration avec Voisin, il construit le Blériot III. Ce biplan sur flotteurs, muni d’un moteur Antoinette de 24 chevaux, est testé en vain entre mai et septembre 1906. Modifié une première fois, le prototype refuse toujours de prendre son envol. Les flotteurs sont alors remplacés par trois roues et les essais reprennent sur le terrain de Bagatelle en novembre. En vain, l’appareil se brise sur un caniveau sans avoir quitté le sol.
En dehors de sa collaboration avec Voisin, Blériot travaille aussi avec d’autres passionnés, Levavasseur et Ferber. Ils montent des monoplans qu’ils testent sur le champ de manœuvre d’Issy-les-Moulineaux. Mais c’est seul qu’il entreprend, en janvier 1907, la construction d’un nouveau monoplan, le Blériot V. En avril, à la suite de plusieurs modifications (ajouts de grandes dérives en différents endroits de l’appareil, puis suppression de la gouverne de direction et du revêtement du fuselage avant), Louis Blériot réussit à voler sur 4 à 5 mètres ! En juillet de la même année, sur le terrain d’Issy-les-Moulineaux, le constructeur obstiné vole sur 25-30 mètres, puis sur 80, 120 et 150 mètres avec le Blériot VI. Le 6 août, l’appareil plafonne à douze mètres de haut et parcourt 143 mètres avant de se briser sur le sol. Et après un an d’efforts acharnés, le 16 novembre 1907, l’aviateur réalise, à bord de son Blériot VII, un vol de 500 mètres à 90 km/h. Les progrès sont lents mais certains.Blériot ne se contente pas de construire et de tester ses appareils. Il participe également à la conquête du ciel. Il concoure ainsi pour le Grand Prix d’Aviation Archdeacon - Deutsch de La Meurthe. Créé en 1904, ce prix de 50.000 francs-or (plusieurs millions de francs actuels) doit récompenser le premier aviateur qui bouclera un circuit fermé de un kilomètre. Mais c’est un autre concurrent, Henri Farman, qui l’emporte le 13 janvier 1908. Le 31 octobre 1908, à la suite de Farman, Blériot réalise son premier grand exploit en effectuant, sur son modèle Blériot VIII Bis, un circuit fermé de trente kilomètres entre Toury et Artenay, à une altitude de 20 mètres.
En mars 1909, alors qu’il est à bout de ressources, Louis Blériot créé à Courbevoie la société Blériot Aéronautique, première entreprise aéronautique française. Il prépare en secret un nouvel avion, le Blériot XI, son futur chef-d’œuvre. L’objectif de l’ingénieur est de remporter la prime de 1.000 £ offerte par le grand quotidien londonien Daily Mail pour une première traversée de la Manche en avion. Au cours d’un vol d’essai, son appareil s’écrase au sol et Blériot est blessé à la jambe. Cela n’entame en rien sa détermination. A peine guéri, il recommence ses préparatifs. Un prêt providentiel de 25.000 francs, qui lui aurait été accordé par Sylla Laraque, un riche mécène haïtien, lui permet de poursuivre son aventure.
Le Blériot XI, son dernier prototype, est conçu avec l’aide de l’ingénieur Raymond Salnier. Ce monoplan de 8 mètres de long et de 2,59 mètres de large pèse 220 kg. Sa structure est composée de tubes d’acier, de frêne et de bambou. Les ailes, recouvertes de tissu caoutchouté, sont gauchies aux extrémités : cette technique empruntée aux frères Wright permet d’assurer la stabilité latérale de l’avion. Le "manche à balai" commande à la fois le gauchissement des ailes, le gouvernail de direction et la gouverne de profondeur. Cependant, le dernier modèle de Blériot semble alors peu compétitif face à l’appareil de son concurrent Hubert Latham. Ses chances résident essentiellement dans le moteur de 25 chevaux conçu par l’italien Alessandro Anzani. Moteur très robuste, mais très sommaire aussi, puisque le pilote doit supporter des projections d’huile chaude qui lui noircissent le visage ! En juillet 1909, Latham et Blériot s’installent au cap Gris Nez, près de Calais, à 33 kilomètres des falaises de Douvres, et attendent des conditions météorologiques favorables pour tenter la traversée. Blériot, qui commande parfaitement son appareil, s’inquiète de trouver un endroit où atterrir sur la côte anglaise, car la plage de Douvres est trop étroite et la falaise trop haute d'au moins 30 mètres pour son avion. Un journaliste français, Charles Fontaine, qui a été chargé de rapporter son arrivée, lui offre de rechercher un terrain d’atterrissage, et finit par repérer, non loin du château de Douvres, une trouée dans le falaise située à moins de 30 mètres au-dessus de l'eau. Fontaine pointe alors l’emplacement exact sur plusieurs cartes postales, qu’il envoie à Blériot, en lui disant qu’il l'attendra à cet endroit en agitant un drapeau français.Le 19 juillet, Latham tente la traversée. Mais après quelques kilomètres, il doit faire amerrir son monoplan Antoinette IV. Repêché par un contre-torpilleur, Latham est décidé à retenter l’expérience. Dans la nuit du 24 au 25 juillet, le temps devient à nouveau favorable pour une autre tentative. Réveillé très tôt, Blériot conduit sa femme à bord du contre-torpilleur l’Escopette (chargé de le récupérer en cas d’amerrissage), puis effectue un vol d’essai. Le Blériot XI fonctionne bien. A 4 heures 41 du matin, au lever du soleil, Blériot décolle, après avoir demandé qu’on lui indique la direction de Douvres. Son appareil n’a en effet aucun instrument de navigation. Au-dessus de la Manche, le vent déporte l’avion vers le nord ; la brume empêche un moment Blériot de repérer Douvres. Il retrouve le port en suivant le sillage de trois bateaux et longe ensuite les falaises vers le sud. Le moteur commence à chauffer. Enfin, il aperçoit le site d’arrivée, North Fal Meadow, où Charles Fontaine agite son drapeau. L’atterrissage est brusque, l’hélice se brise et le châssis est endommagé. Mais Louis Blériot a vaincu la Manche ! Il est alors 5 heures 13. Le vainqueur est reçu par une foule de curieux, ainsi que par des douaniers, qui lui délivrent une pièce l’autorisant à pénétrer en Angleterre. Il est accueilli triomphalement à Londres puis à Paris. Son exploit a un énorme retentissement : "L’Angleterre n’est plus une île" proclame H.G.Wells.
Dans les mois qui suivent sa traversée, Blériot reçoit des centaines de commandes de son appareil. Il confie alors la direction de son entreprise de lampes et d’accessoires pour automobiles à un associé pour se consacrer entièrement à l’aéronautique. Le Blériot XI connaît un succès tel qu’il est fabriqué non seulement en France, mais aussi en Grande-Bretagne, en Amérique, en Italie, etc. Sa grande popularité fait qu’il est acheté par un grand nombre d’aviateurs amateurs. Il est également copié en grand nombre par les passionnés. Fin 1909, Blériot est le premier aviateur à se voir délivrer un brevet de pilote par l'Aéro-club de France. Non pas en raison de ses exploits, mais tout simplement parce qu’il est le premier par ordre alphabétique, devant Delagrange, Farman et Ferber.
En août 1914, Louis Blériot étend son activité en rachetant la société des Appareils Déperdussin "S.P.A.D.". Durant le conflit, il construit différents types d'appareils, qui équipent certaines unités des armées française et britannique. L’as des as Guyenemer est ainsi l’un des premiers pilotes à utiliser le Spad S. VII. En 1917, est mis en service le Spad S. XIII. Cet appareil, qui peut atteindre 222 km/h, est capable de voler à une altitude de 6.650 mètres. Que de progrès réalisés depuis les premiers prototypes, et cela en quelques années ! Après la première guerre mondiale, l’entreprise Blériot-Spad diversifie son activité en créant également des motos, des voitures et des bateaux. Le constructeur Blériot est également le concepteur du Blériot 110. Avec cet appareil deux records sont battus : le record du monde de distance sans escale, soit 10.601 km, en 1932, et le record de distance en ligne droite (9.104 km), décroché par Rossi et Codos en 1933.Avec l’arrivée de la crise économique, l’industrie aéronautique française connaît d’importantes difficultés. L’entreprise Blériot n’est pas épargnée. Blériot espère en un contrat de l’État pour son nouvel appareil, le Blériot 5190. Mais l’accord est révisé à son désavantage et la perte d’argent contraint le constructeur à fermer son usine. Lancé en août 1933, l'hydravion Blériot 5190 Santos-Dumont, équipé de quatre moteurs Hispano-Suiza d'une puissance totale de 650 CV, est ainsi le dernier appareil à sortir des ateliers. Il est utilisé avec succès sur la ligne postale de l'Atlantique Sud. En juillet 1936, la santé de Louis Blériot se détériore. Il meurt d’une crise cardiaque, à Paris, le 1er août. Son exceptionnelle habileté, son ingéniosité et son courage auront contribué d’une manière significative à l’essor de l’aviation.

BLOC DES GAUCHES :

BLOC NATIONAL :

BLONDEL (Maurice), 1861-1949 :
Philosophe. Né à Dijon, le 2 novembre 1861, Blondel s'oriente spontanément vers la philosophie. Entré à l'École Normale Supérieure en 1881, où il est l’élève de Boutroux, il est frappé par la fin de non-recevoir opposée au christianisme dans les milieux universitaires. Agrégé, il enseigne au lycée d’Aix-en-Provence, puis soutien sa thèse sur L’action le 7 juin 1893 l’université de cette ville où il fera sa carrière.
Vite célèbre, la thèse de L’action « essai d’une critique de la vie et d’une science de la pratique » entend précisément réhabiliter, d'un point de vue philosophique, la légitimité du problème religieux. Cette prise de position, entraîne un certain retard dans sa nomination à l'Université. Elle fut attaquée à la fois par ceux qui y voyaient une intrusion de la théologie dans la philosophie, et par ceux qui, à l’inverse, redoutaient que l’orthodoxie catholique ne fut compromise. La philosophie de l’action, de l’action effective, est déjà ce que l’on appellera une philosophie de l’existence. « Or, il y a toujours entre ce que je sais et ce que je veux, et ce que je fais, une disproportion inexplicable et déconcertante. » Toujours insatisfait, l’homme ne peut se donner à lui-même l’infini. De la totalité de l’expérience humaine ne peuvent être écartés ni le problème religieux ni le concept de surnaturel. Penseur engagé, Blondel combat le modernisme et adhère au catholicisme social.
En 1895, il devient Maître de Conférences à Lille. L'année suivante, il passe à Aix-en-Provence et il est titularisé Professeur en 1897. Dans l'entre-temps, Blondel a épousé Rose Royer et il aura trois enfants. En 1896, sa Lettre sur l'apologétique lui attire l'hostilité des théologiens qui l'accusent de ne retenir du christianisme que ce qui paraît acceptable à la pensée contemporaine et l'auteur est pris dans les remous de la crise moderniste. Il n'est cependant atteint par aucune condamnation romaine. S'il refuse de rééditer sa thèse, c'est uniquement parce qu'il entend élargir sa position initiale.
Pendant près de 40 ans, tout en prenant part aux discussions de l'époque, il mûrit son projet. En 1919, il perd sa femme et, en 1927, une grave affection de la vue le contraint à demander sa retraite. De 1934 à 1937, L’action de 1893 est reprise en 1937 dans une version remaniée et intégrée dans une trilogie avec La Pensée (1934) et l’Etre et les êtres (1935) à laquelle vient s’ajouter La philosophie et l’esprit chrétien (deux volumes, 1944-1946).
Il meurt à Aix-en-Provence, le 4 juin 1949. L'abondante correspondance publiée après sa mort révèle une personnalité extrêmement attachante qui, en dépit des oppositions et des difficultés, reconduit sans cesse à la question centrale du sens de la vie humaine.

BLOY (Léon), 1846-1917 :
Ecrivain français. Léon Bloy s’est créé, dans la littérature du XIXe siècle finissant, un personnage paradoxal d’écrivain solitaire et de chrétien anticlérical, uniquement préoccupé de Dieu dans un monde « au seuil de l’Apocalypse ».
Né à Périgueux en 1846, il entre tardivement dans le monde des lettres. Venu à Paris, de façon toute balzacienne, pour y chercher fortune, il grossit d’abord les rangs d’une jeunesse famélique, sans qu’une voie décisive s’ouvre devant lui. Déjà en révolte contre son époque, il se tourne instinctivement vers les cercles blanquistes, au point d’être, selon son propre mot, « un communard d’avant la Commune». Il vit misérablement d’articles insérés dans les journaux et les revues (en particulier Le chat noir), déversant sur la bourgeoisie et cercles d’intellectuels catholiques son redoutable talent de polémiste.
Mais, en 1867, la rencontre de Barbey d’Aurevilly bouleverse son existence et lui imprime une nouvelle direction, marquant le commencement d’une amitié féconde. Auprès du « Connétable des Lettres », Bloy est une sorte de secrétaire bénévole. Il reçoit en retour une formation littéraire, intellectuelle et religieuse qui le conduit à renouer bientôt avec la foi perdue, lors de cette « quinzième année où l’on voit rôder le grand lion à tête de porc de la Puberté ». Pendant ces années de formation, il correspond avec Blanc de Saint-Bonnet, rencontre Ernest Hello, collabore brièvement à L'Univers, où il adopte le ton d’un inquisiteur prompt à dénoncer les chimères de l’égalitarisme et du Progrès, l’esprit de libre examen issu du protestantisme, le naufrage spirituel d’une société en voie de sécularisation. Deux pèlerinages à la Salette confirment le caractère mystique de la spiritualité de ce converti : il sera ‘l’Elu de la Douleur », le mendiant de la consolation qui trouve son modèle dans le Christ d’agonie, le « Pèlerin du Saint Tombeau ».
Son œuvre est constituée de recueils où sont réunis ses articles : Propos d’un entrepreneurs de démolition (1884), Les Funérailles du Naturalisme (1891), Histoires désobligeantes (1894), Belluaires et Porchers (1905). Sa médiation sur l’histoire prend volontiers un ton prophétique, qu’elle s’attache aux figures du passé, Christophe Colomb (Le Révélateur du globe, 1884), Marie-Antoinette (La Chevalière de la mort, 1891), aux débats du présent sur l’antisémitisme (Le Salut des juifs, 1892), ou à l’attente du troisième règne, celui de l’Eprit qui adviendra par l’Apocalypse. Bloy montre dans l’histoire l’œuvre providentielle d’un Dieu qui incarne dans l’esprit de pauvreté et de sacrifice.
C’est la même mystique des vertus de l’amour souffrant inspirée des Béatitudes qui se reconnaît dans l’œuvre autobiographique de Bloy : d’une part son Journal, d’autre part ses deux romans largement autobiographiques eux aussi, Le Désespéré (1886), et La Femme pauvre (1897). Y sont pourfendus (comme dans l’Exégèse des lieux communs, 1913) la médiocrité satisfaite des bourgeois qui vivent du « sang des pauvres », des tièdes intellectuels catholiques. En revanche s’y exprime l’idée d’une sainteté moderne du désespoir quand, en esprit de pauvreté, il appelle miséricorde sur ceux qui n’ont plus que la voix des larmes et pour qui « il n’y a qu’une seule tristesse…c’est de n’être pas des Saints ».
Mais son adhésion aux thèses traditionalistes n’est encore que la profession de foi tout intellectuelle d’un jeune homme bardé de références, qui du reste en fait trop. Loin de parvenir à une position littéraire respectable et sûre, l’écrivain débutant est repoussé par les milieux dévots qui n’apprécient guère les violentes couleurs de son style. En dépit des obstacles, sa foi s’approfondit cependant, à la faveur de nouvelles expériences. C’est d’abord la rencontre de l’abbé Tardif de Moidrey, un prédicateur ardent doublé d’un savant exégète, qui disparaît brutalement en 1879. Celui-ci lui communique son enthousiasme pour le sombre message délivré par la Vierge en 1846, à la Salette, et il lui inspire Le Symbolisme de l’apparition, ambitieuses tentative d’exégèse symbolique qui restera inachevée (1925, posthume). Vient ensuite la passion dévorante pour Anne-Marie Roulé, une prostituée occasionnelle que Bloy convertit après avoir fait d’elle sa maîtresse. En sa compagnie, il vit une aventure mystique désorbitée, riche en manifestations surnaturelles et en communications secrètes avec l’au-delà. Mais ses amours tumultueuses tournent au drame : à force de visions, Anne-Marie sombre dans la folie. Elle est internée à Sainte-Anne en 1882.
>Ces événements déterminent une crise spirituelle qui, pour un temps, écarte Bloy de la vie religieuse, et le pousse vers les lettres : il collabore au Chat Noir, se lie d’amitié avec Huysmans et Villiers de l’Isle-Adam. C’est de cette époque que datent ses vrais débuts littéraires. En 1884, il poursuit sa méditation sur l’histoire en consacrant à Christophe Colomb Le Révélateur du Globe, que Barbey d’Aurevilly accepte de préfacer. Il publie l’année suivante son premier ouvrage de critique intempestive, les Propos d’un entrepreneur de démolitions, prolongés par Le Pal (1885) dont la véhémence assoit sa réputation de pamphlétaire. Mais son aventure érotico-mystique lui fournit surtout, en 1887, la matière à peine transposée de son premier roman, Le Désespéré qui marque le point de départ de sa légende. Avec Caïn Marchenoir, son double transparent, il donne consistance à un personnage tonitruant, dont la « catapultuosité » verbale s’exerce implacablement contre « la Grande Vermine » du journalisme et de la littérature « fin de siècle ». Il déchaîne bientôt contre lui la « conspiration du silence », cette consigne lancée, si on l’en croit, par la presse tout entière.
>Prétendant n’écrire « que pour Dieu », il n’en continuera pas moins à dénoncer obstinément, au fil des ans, le déficit spirituel du naturalisme, l’affectation ridicule des décadents, l’idolâtrie de la forme qui sévit dans l’écriture artiste, les mièvreries de la littérature « ohnète », les « blagues » de l’occultisme et de la magie. C’est ainsi qu’il lancera tour à tour, tels des brûlots, ses ouvrages de critique à l’emporte-pièce, parmi lesquels on retiendra Les Funérailles du Naturalisme (1891), Je m’accuse… (1900), Les Dernières Colonnes de l’Église (1903) et Belluaires et Porchers (1905).
>À côté du pourfendeur de son siècle, Le Désespéré révèle cependant un autre aspect de Bloy : son inspiration visionnaire qui le pousse à situer sans cesse son propos « dans l’Absolu ». Sous cette bannière, son œuvre entière postule la dimension transcendante de l’histoire et y décèle la trace d’une révélation divine. Tout événement y devient figure, miroir énigmatique par lequel Dieu se manifeste jusque dans la plus contingente des réalités. Les faits historiques constituent ainsi le lexique d’un Texte sacré dont l’énonciation première s’est jadis manifestée dans les Saintes Écritures. Bloy en interrogera la signification symbolique à travers quelques statures légendaires saisies dans des périodes-clés – l’Antiquité tardive, le Moyen Âge, la Révolution française – lorsqu’il composera ses ouvrages d’exégèse historique : Le Fils de Louis XVI (1900), L’Âme de Napoléon (1912), Jeanne d’Arc et l’Allemagne (1915), ou encore Constantinople et Byzance (1917).
>La mort de Barbey d’Aurevilly et celle de Villiers de l’Isle-Adam en 1889, son mariage l’année suivante avec Johanne Molbech, la fille d’un écrivain danois ami d’Ibsen, ouvrent une nouvelle période marquée par une intense activité créatrice. Bloy commence à tenir son journal intime. Il publie Le Salut par les Juifs (1892), où il se risque à d’audacieuses spéculations sur le destin d’Israël qui répondent aux « élucubrations anti-juives » de Drumont. Loin d’être l’un de ces belluaires « affamés de Beau et d’Infini » que Bloy appelle de ses vœux, l’auteur de La France juive n’est selon lui qu’un « cupide saltimbanque » englué dans le relatif : cet « organisateur et prédicateur de croisade », qui ne cesse de « prêchailler “à la petite semaine ” » parle trop le vain langage des hommes, il n’est pas assez dans la véritable littérature, ce lieu solitaire que Bloy ne conçoit, contre l’espace littéraire commun, qu’en référence à la Parole de Dieu.
>Écrire, dans cette atmosphère raréfiée, c’est toujours inventer des figures inouïes pour faire entrer l’« intranscriptible » dans l’ordre du langage. Contre les profanateurs du Verbe, Bloy se dresse, solitaire, cherchant moins à marteler des arguments ou à faire vibrer la corde des affects, à la manière du pamphlétaire, pour forcer l’adhésion idéologique du public, qu’à produire un effet de sidération par la Beauté. Car elle seule, par son exagération constitutive, est capable d’arracher quelques âmes fraternelles à leur aveuglement natif, et de les propulser sur le chemin de l’Absolu.
>Fort de ces principes, Bloy poursuit son œuvre malgré les vicissitudes. En septembre 1892, il entre au Gil Blas où il livre les contes recueillis peu après dans Sueur de Sang et les Histoires désobligeantes. Exclu de ce journal en 1894 pour avoir refusé un duel, au cours de la polémique qui suit la blessure de Laurent Tailhade lors de l’attentat anarchiste du restaurant Foyot, il est acculé à une existence misérable, où il subsiste d’expédients. En 1895 la détresse est à son comble : au cours de cette « année terrible », il voit mourir en bas âge ses deux fils, André et Pierre.
>Pour tenter de reprendre pied dans le monde des lettres, Bloy publie l’année suivante La Femme Pauvre, son second roman qui, une nouvelle fois, transpose symboliquement sa propre histoire. Puis, il se résout à livrer au public Le Mendiant Ingrat (1898), premier volume de son Journal remanié, où il transforme l’écriture de soi en quête du perfectionnement spirituel et en attente eschatologique. La parution de cette œuvre lui amène de nouveaux amis, parmi lesquels Jacques et Raïssa Maritain. Bloy poursuivra la publication de ses carnets intimes jusqu’à la fin de sa vie et en tirera six autres volumes, dont les titres les plus célèbres contribueront à sa légende : Quatre Ans de captivité à Cochons-sur-Marne (1905), Le Vieux de la Montagne (1911), Le Pèlerin de l’Absolu (1914)...
>Si, dans les dix dernières années de son existence, l’activité diariste de Bloy absorbe l’essentiel de son énergie créatrice, il n’en écrit pas moins dans les marges de son Journal, et souvent en dialogue avec lui, une œuvre aux multiples facettes. En 1906, un regain de ferveur salettine le pousse ainsi à composer Celle qui pleure (1908), puis la Vie de Mélanie (1912). Comme Flaubert dans le Dictionnaire des idées reçues, mais dans un esprit tout autre, où la lecture spirituelle transcende le bêtisier, les deux livraisons de son Exégèse des lieux communs (1902 et 1912), retournent ironiquement en prophétie la langue du Bourgeois. En 1909, Le Sang du Pauvre retrouve la veine pamphlétaire, en mêlant à une fabulation mystique sur l’Argent une violente dénonciation de l’injustice sociale. Enfin, avec le déclenchement de la première Guerre Mondiale, le vieil écrivain trouve matière à vérifier tragiquement sa vision eschatologique de l’histoire dans ses Méditations d'un solitaire en 1916 (1917), que prolongent bientôt Dans les ténèbres (1918).
L’œuvre de Bloy se présente comme une vigoureuse réaction contre la « baisse de tension » spirituelle qui caractérise son époque. Fidèle à l’enseignement paulinien selon lequel il faut devenir fou aux yeux des hommes pour atteindre la Sagesse divine, l’écrivain vivifie son œuvre par une foi active, qui ne se contente pas de faux-semblants. Elle vise à détruire toute influence mondaine, pour devenir, à rebours des pharisiens « immobiles et contents d’eux-mêmes », un de ces chrétiens, « en très petit nombre », qui sont « des torrents jamais satisfaits ».
>Souffrir « la soif et la faim, la nudité et les mauvais traitements », n’avoir « pas de demeure stable », tel est le destin que Bloy ressasse dans son œuvre. Cet effort désespéré pour se rapprocher de Dieu, alors que se multiplient les signes de son absence, manifeste tout à la fois la crise de la transcendance et son impérieuse nécessité. L’écrivain retrace en effet les tourments d’une attente inlassable, qu’il pousse jusqu’au blasphème. De là, dans son discours, cette substitution de la violence verbale, fondée sur une rhétorique de l’excès, à la logique démonstrative de l’apologétique ; cette aporie des spéculations exégétiques, qui multiplient à l’infini les champs de tension et les retournements ironiques des figures ; ce travail de sape opéré par un rire mêlant inspiration biblique et fumiste, qui neutralise les contraires : sublime et grotesque, scatologie et eschatologie, Lucifer et le Paraclet.
>En même temps, cette crise, qui conduit à une tentative de dépassement de la littérature dans ce qu’elle a de relatif ou de trop humain, en induit paradoxalement la suprême consécration : en déchiffrant toute histoire – la sienne, celle des grands hommes, celle de ses héros fictifs – à la lumière d’une Bible réinventée, Bloy fait preuve d’une dévotion textuelle qui met l’Écriture – divine et poétique – à la place de toute autre réalité.
>Car dans cette œuvre où la moindre circonstance manifeste la Volonté de Dieu sous forme de figure, tout est Texte, et l’exégète est confronté sans trêve à l’inépuisable déchiffrement des hiéroglyphes divins. Dans ce perpétuel travail sur les signes, où le sens offre une résistance propice à la délectation herméneutique, le Pèlerin de l’Absolu, à force de scruter les mystères de la Création, en cherchant opiniâtrement à apercevoir « la Face de Dieu dans les ténèbres », tend peut-être, malgré lui, à se substituer à ce gouffre silencieux.
>M. Bardèche, Léon Bloy, Paris, La Table ronde, 1989.
>A. Béguin, Léon Bloy, l’impatient, Fribourg, LUF, 1944.
>J. Bollery, Léon Bloy, essai de biographie, Paris, Albin Michel, 1947-1954, 3 vol.
M. Arveiller et P. Glaudes (éds.), Cahier de l’Herne : Léon Bloy, Paris, Éditions de l’Herne, 1988.
Glaudes (P.) : Léon Bloy au tournant du siècle, Toulouse, Presses Universitaire du Mirail, 1992.
Vier (J.) : Léon Bloy ou le pont sur l’abîme, Téqui, 1986.

BLUM (Léon), 1872-1950 :
Léon Blum est né le 9 avril 1872 à Paris d’une vieille famille juive originaire de Westhoffen. Son père, commerçant aisé, tenait un magasin de nouveautés très coté. Il tenait pour son fils à des études de haut niveau. Léon Blum parcourut avec brio le cursus honorum des études de Droit, à la Sorbonne. Il fit remarquer très tôt son talent littéraire et son esprit indépendant. En 1906 il publiait En lisant : réflexions critiques ; de 1905 à 1911 : Au Théâtre, en quatre volume ; en 1914, une biographie de Stendhal ; enfin, en 1907 : Du mariage qui fit quelque bruit en raison de ses idées très peu conformistes. Dans le domaine de sa spécialité universitaire, il fut admis au Conseil d’Etat où il atteignit la plus haute fonction, celle de Maître des Requêtes.
Ancien élève de l' école Normale qu'il abandonne pour des études de droit, il devient auditeur au conseil d'Etat en 1895.Pendant l'affaire Dreyfus , il est un dreyfusard actif. En 1904 il participe à la fondation de l'Humanité. Il commence sa carrière politique en 1914 dans le cabinet du socialiste Marcel Sembat au ministère des Travaux publics (deuxième gouvernement Viviani Présidence Poincaré) Au congrès de Tour en décembre 1920 il prononce un discours prophétique sur l'avenir de la dictature bolchevik. Secrétaire du groupe parlementaire socialiste il n'entre à la commission administrative de la SFIO qu'en 1927. en 1928 il est battu par le communiste Jacques Duclos à Paris dans le 20ème arrondissement. Il retrouve un siège de député lors d'une élection partielle à Narbonne, siège qu'il conservera jusqu'en 1940 sans toutefois devenir un Narbonnais. Après le 6 février 1934 il accepte d'engager la SFIO dans le rassemblement populaire qui ouvrira la voie à la victoire électorale en 1936. Il se retrouver confronté à une situation délicate un mouvement social sans précédent , la guerre civile espagnole durant laquelle il ne pourra aider le Frente popular que clandestinement afin de ménager l'alliance avec l'Angleterre fondamentale avec la montée du nazisme en Allemagne.

BODIN (Louise, dite Séverine) :

BODINIER (Guillaume), 1847-1922 :
Homme politique. Né le 30 mai 1847 à Angers (Maine-et-Loire), mort le 15 septembre 1922 à Trélazé. Sénateur du de 1897 à 1922. Après la guerre de 70 qu'il fit comme lieutenant, puis comme capitaine, sa fortune personnelle le lui permettant, il se consacre à l'art et à l'histoire. Il fut également attiré par la politique Inscrit comme sénateur au groupe de la droite, il participe à plusieurs commissions.

BOISSIER (Marie-Louis-Gaston), 1823-1908 :

BOISSIEU (Baron Guy de)
Né à Beire-le-Châtel (Côte-d'Or) le 26 mai 1871, mort à Paris le 25 mai 1954. Député du Morbihan de 1902 à 1910. Officier sorti de Saint-Cyr, il est élu député et siège sous l'étiquette de "catholique libéral". Il se montre soucieux des dépenses de État, il proposa la réduction du crédit affecté au personnel des bureaux des cultes et la mise en adjudication de chasses de État car, en ce domaine, disait-il, "La République n'a pas à rivaliser avec les monarchies de l'Europe" .

BONAPARTISME

BONNARD (Pierre), 1867-1947 :
Né à Fontenay-aux-Roses (Hauts de Seine) en 1867, il s’intéresse très tôt à la peinture. Il fréquenta l’académie Julian, où il se joignit à Maurice Denis et à Paul Ranson pour créer en 1889 le groupe des nabis sous l’influence de Paul Sérusier. Séduit par les formes synthétiques du japonisme, il fit preuve de hardiesse dans sa mise en page réduisant l’espace à la surface plane : Le Peignoir en 1890.
De 1893 à 1898, il réalisa des scènes de la vie quotidienne de Paris, décrites comme « verlainiennes », où lumière et perspective sont inversées. Puis, il éclaircit sa palette de plus en plus à la manière des impressionnistes, tout en conservant une composition rigoureuse comme dans La Barque en 1906. Les Nus au bain furent pour Pierre Bonnard l’occasion de jouer avec une inépuisable variété de reflets et de modifier son attitude à l’égard de la réalité. A partir de 1930, son chromatisme devient de plus en plus éclatant, son œuvre s’affranchit de la réalité et parvient à exprimer l’espace par la seule juxtaposition des tons : Nu prenant son bain ou Atelier au mimosa en 1939, qu’il peignit dans sa maison du Cannet où il mourut en 1947.

BONNAT (Léon, Joseph, François), 1833-1922 :

BONNET (Georges), 1889-1973 :

BONNET (Jean Louis) :

BONNOT (Bande à) :
Jules Bonnot naît le 14 octobre 1876 à Pont-de-Roide (Doubs), à proximité de Montbéliard. A cinq ans, il perd sa mère. Plus tard, son frère aîné se suicide en se jetant dans une rivière à la suite d'une amourette déçue. Son père ouvrier fondeur, assure seul son éducation. Bon gré, mal gré, il fréquente l'école. « Il était paresseux, indiscipliné, insolent », dira de lui son instituteur.
Son univers d'enfant et ensuite d'adolescent, est un univers d'analphabétisme. Le père illettré, est affaibli par un travail exténuant et de mauvaises conditions d'existence. On parle de liberté. La liberté, c'est pour les patrons la liberté d'exploiter sans frein leur main-d'oeuvre et de spéculer impunément. Le père Bonnot vit dans l'insécurité, au jour le jour. Faute de culture et d'épargne, il ne peut rêver d’un avenir meilleur. Le fils n'a guère plus d'espoir que son père d'échapper à cette condition misérable. Très tôt, c'est la vie harassante.
A quatorze ans, Bonnot commence son apprentissage. Il refuse toute contrainte. D'où des démêlés continuels avec ses patrons successifs. Il a sa première condamnation à 17 ans après une bagarre dans un bal. En 1901, à vingt ans, il se marie avec une jeune couturière. Un temps employé aux chemins de fer, à Bellegarde, sur la frontière, son engagement anarchiste le fait renvoyer. Son nom est connu de tous les employeurs de la région. Ils n'ont garde d'embaucher un tel agitateur qui, sitôt en place, invite ses camarades à lutter pour obtenir de meilleures conditions de travail. Personne ne veut de lui. C'est le chômage, la misère et le désespoir. Le couple part pour Genève. Bonnot trouve une place de mécanicien. Sa compagne met au monde une fille, Emilie. La joie des parents est de courte durée. L'enfant meurt quelques jours plus tard. Révolté contre un sort aussi injuste, Bonnot se lance à nouveau dans la propagande anarchiste. Les Suisses ne tardent pas à l'expulser. Après quelques pérégrinations, il se fixe à Lyon où ses connaissances exceptionnelles de la mécanique lui procurent un emploi chez un constructeur d'automobiles. C'est là qu'il va parfaire son habileté professionnelle et son art diabolique de la conduite.
Alors que Bonnot s'initie à ces nouvelles mécaniques, le 23 Février 1904 naît son deuxième enfant. Cette naissance ne le détourne que peu de temps de la propagande anarchiste. Aux yeux des patrons, il passe pour un meneur dangereux qui, partout, fomente des mécontentements et des grèves. Il quitte alors Lyon pour Saint-Etienne. D'octobre 1905 à Avril 1906, il est mécanicien dans une firme importante de la ville. Un rapport de police le présente comme "très violent et méchant", ajoutant que "les renseignements recueillis sur son compte sont mauvais".Il loge chez le secrétaire de son syndicat, Besson, qui ne tarde pas à devenir l'amant de son épouse. Pour éviter la colère de Bonnot, Besson s'enfuit en Suisse avec sa maîtresse et l'enfant. Bonnot adresse à Sophie des messages désespérés. En vain. Il ne reverra plus sa femme et son fils. La perte de son emploi met le comble à sa révolte. Il rejoint la cohorte des innombrables chômeurs. L'épopée de la bande à Bonnot peut donc commencer. Entre 1906 et 1907 il s'exerce à l'ouverture des coffres forts. Il ouvre deux ateliers de mécaniques à Lyon. Pour ses aventures nocturnes il a besoin d'un bras droit : Platano. En 1910, Bonnot se rend à Londres et entre au service de Conan Doyle, le père de Sherlock Holmes en qualité de chauffeur. Une fois de retour à Lyon, à la fin de 1910, il met au point sa nouvelle technique. A ce jour, aucun bandit n'a encore songé à introduire dans l'arsenal du crime la voiture automobile.Mais la police le recherche et il est obligé de partir précipitamment en compagnie de Platano et de cinq brownings. Pour des raisons indéterminées Bonnot tue Platano.Le 21 Décembre 1911 commence réellement l'épopée de la bande à Bonnot. Ce jour-là, quelques illégalistes deviennent les "bandits tragiques". Dans une époque de misère, d'injustice, de luttes sociales sans merci, les premiers criminels en auto vont inscrire en lettres de sang une histoire qui tiendra en haleine une France apeurée devant tant d'audace et désespérée par l'échec de la police.Ce 21 Décembre 1911 vers 9h du matin, Bonnot et ses complices Garnier, Callemin et un quatrième homme décident de s'attaquer au garçon de recette de la Société Générale de la rue Ordener à Paris. C'est la première fois qu'une voiture est utilisée lors d'un braquage. Le butin est plutôt maigre des titres et seulement 5000 francs en espèce. Le garçon de recette, lui, est gravement blessé. Le lendemain les journaux se déchaînent sur la bande. Après avoir abandonné leur automobile à Dieppe, ils reviennent à Paris, traqués par la police démunie devant la rapidité et la mécanique de leurs automobiles. Bonnot et sa bande ne savent que faire, ils errent, traqués, dans la ville, sans évasion possible, prêts à se faire tuer n'importe où. Par solidarité, pour partager cette amère joie du risque mortel, d'autres se joignent à eux: René Valet et Soudy. A la veille de Noël Garnier et Callemin trouvent refuge chez Kibaltchiche (Victor Serge) et Rirette Maitrejean deux anarchistes. Quelques jours après leur départ, Kibaltchiche et Rirette sont arrêtés. Tous deux refusent de livrer Garnier et Callemin.
La bande ne reste pas inactive. En France et en Belgique, ils tentent avec plus ou moins de succès un certain nombre de "coups". Deux armureries sont pillées à Paris. A Gand, ils volent la voiture d'un médecin. Dans la même ville, le 25 janvier 1912, le vol d'une seconde voiture tourne moins bien. Ils sont surpris par un chauffeur qui est assommé à coups de clé anglaise. Un agent de police les interpelle. Callemin l'abat. C'est autour d'un certain Eugène Dieudonné de se faire arrêter. C'est un anarchiste et Caby le garçon de recette de la Société Générale le reconnaît comme son agresseur. Dieudonné nie sa participation au hold-up de la rue Ordener. Dans la nuit du 2 au 3 février 1912 à Thiais, deux vieillards sont assassinés. Puis le 27 Février à Paris, à la suite d'une banale altercation un policier est abattu. Le 29 Février, le trio tragique abat un boulanger lors d'une tentative de cambriolage d'un pavillon. Pour les illégalistes, traqués, affamés, sans secours, devant qui toutes les portes se ferment, la lutte terrible engagée contre la société ne peut que se terminer par leur mort. Leurs photos s'étalent dans les journaux. Les têtes sont mises à prix.
Bonnot se devait d'organiser un coup de force inouï. Après avoir volé une voiture sur la route de Melun et avoir blessé gravement ses passagers, ils se dirigent vers Chantilly et notamment la banque de la Société Générale. Garnier, Valet Callemin entrent dans la banque revolver au point. Soudy fait le guet à l'entrée. Le bilan est de deux morts pour 50 000 francs. Deux cents inspecteurs de police se mettent en campagne. La banque offre une prime de cent mille francs à quiconque permettra la capture des bandits. Pendant toute une semaine, la bande à Bonnot tient la une de tous les quotidiens, avec des pages entières de photos où se retrouvent pêle-mêle les morts, les blessés et les témoins. Soudy se fait arrêter à Berck-sur-mer le 30 Mars 1912. Le 7 Avril, c’est au tour de Raymond Callemin. Le 24 Avril un dénommé Monier est arrêté, il a participé aux affaires de Montgeron et de Chantilly. Pendant ce temps Bonnot loge dans un appartement à l'insu de son propriétaire, absent.
Fin Avril, Jouin le sous-chef de la sécurité repère Bonnot et se fait tuer en tentant de l'arrêter. Mais le fugitif est blessé au bras. Après l'assassinat de Jouin, Bonnot redouble de prudence. Il arrive ainsi à Paris sans histoire. Chaque soir, il cherche d'un nouvel abri. Personne ne doute de sa prochaine arrestation. La décision de le tuer rallie tous les suffrages. Jamais la police, encouragée par le gouvernement, ne pense un seul instant le prendre vivant. Bonnot court toujours. Sa piste semble perdue lorsqu'un pharmacien de Choisy-le-roi déclare qu'il a donné des soins à un homme blessé à la main et dont le signalement correspond à celui du fuyard. Bonnot trouve refuge chez un autre anarchiste : Dubois.
Le Dimanche 28 Avril, une quinzaine d'inspecteurs cernent le pavillon de Dubois. Ce dernier qui était dans le garage leur tire dessus avant de se faire abattre. Bonnot se barricade et blesse un inspecteur. La fusillade est suffisamment soutenue pour tenir les policiers en respect et les obliger à se mettre à l'abri. Ils pensent que Bonnot n'est pas seul. Le siège commence. La fusillade a réveillé toute la localité. De Choisy, d'Alfortville, de Thiais et même de plus loin, arrivent des hommes armés de carabines, de fusils de chasse. Cinq cents hommes armés sont là disséminés dans les haies. Le maire de Choisy et le préfet Lépine arrivent bers neuf heures du matin suivis peu de temps après par deux compagnies de la Garde républicaine. De toute la banlieue, de Paris on continue à affluer vers Choisy. Le spectacle est attendu : 20 000 personnes accourent en train, en fiacre, en auto ou à pieds. L’ordre est donné d'acheminer l'entier régiment d'artillerie stationné à Vincennes. On demande également une mitrailleuse lourde. Un cordon de tirailleurs cerne maintenant la maison. Midi. Il y a maintenant près de trente mille personnes autour du pavillon. Le siège dure des heures, la fusillade ne connaît aucun répit. Tous les assiégeants pensent jouer un rôle historique. Ils sont persuadés qu'ils ont à venger les crimes de Bonnot. On boit, on parle, on s'interpelle, on rit même, se sachant hors de portée des balles. La décision est prise de dynamiter le repaire. Bonnot se sait perdu. Il rampe jusqu'à la table, prend plusieurs feuilles et rédige une sorte de testament. Le siège se fait plus pressant. Le pavillon est dynamité.Des débris de pierres et de terre frappent Bonnot. Il se réfugie entre deux matelas. Il saigne abondamment. Une nouvelle fois le pavillon est dynamité. Les policiers décident d'entrer. Après avoir traversé la première pièce, ils trouvent Jules Bonnot luttant contre le dégoût, le chagrin et la fatigue, il s'écrie:"salauds". Atteint de six balles Il a encore la force de tirer trois coups mais. Il est transporté à l'Hôtel-dieu où il rejoint à la morgue Dubois. Pendant ce temps, la police parade et une vente aux enchères se tient sur l'emplacement du pavillon.
Il reste deux membres de la bande à Bonnot en liberté : Garnier et Valet. Ils logent dans un pavillon de banlieue à Nogent-sur-Marne. Le 14 Mai, la sûreté les a repéré. Pour éviter la mascarade de Choisy tout a été fixé et préparé dans le plus grand secret. Ce sera pire. Le pavillon est cerné et les inspecteurs de la sûreté entre dans le jardin ou ils sont accueillis a coups de pistolets. Le siège le plus fou de toutes les annales de la criminalité va commencer. Pour tuer Garnier et Valet, il faudra neuf heures de fusillades nourries, des centaines de policiers, un bataillon de zouaves sur le pied de guerre. Sans parler de plusieurs mitrailleuses lourdes mises en batteries. Durant la fusillade plusieurs inspecteurs de police sont touchés.
Un nouveau bataillon de zouaves, soit trois cents hommes, arrive au pas de gymnastique. Ils sont salués par les ovations de la foule de plus en plus dense. Deux cents gendarmes, munis de leur carabine, se placent en embuscade. Le pavillon est dynamité, la toiture s'est envolée mais les deux hommes sont toujours là. A minuit, quarante mille personnes au moins se massent aux abords du pavillon. Deux compagnies de zouaves supplémentaires sont dépêchées. On tente de dynamité le pavillon une nouvelle fois sans succès. Valet et Garnier se déchaînent et un inspecteur est de nouveau tué. La troupe arrête le feu peu de temps après, faute de munitions. Le ministre de l'intérieur arrive sur les lieux. Après avoir éventré le pavillon à la dynamite, les policiers tentent une approche. Tout à coup, c'est la débandade. Garnier et Valet les mitraillent à bout portant. La fusillade a fait deux blessés. Enfin, sonne le "cessez-le-feu". Ce sera le dernier. Soldats, policiers, pêle-mêle, se lancent à l'assaut. La bousculade est générale. Ils arrivent enfin dans la pièce ou sont retranchés les deux hors-la-loi. Le spectacle est hideux. Du sang, partout. Sur le plancher, sur les murs. Des douilles de balles par centaines. Il est deux heures du matin. Garnier et Valet tentent une dernière fois de tirer puis sont abattus. Trois heures, tout est terminé. Le siège a duré plus de neuf heures. Cent mille personnes se précipiteront sur les lieux du drame. Le lendemain, les corps sont jetés dans la fosse commune du cimetière de Bagneux.
Callemin Raymond (1890-1913), dit Raymond la science est exécuté le 21 avril 1913, devant la prison de la Santé avec Soudy et Monier. Carouy Edouard (1883-1913), dit Leblanc. Est condamné aux travaux forcés à perpétuité, il se suicidera en prison. Dieudonné Eugène (1884-1944) Il est condamné à mort le 28 février 1913 mais, disculpé par ses complices sa peine fut finalement commuée en travaux forcés à perpétuité. Il parviendra à s’évader du bagne à la troisième tentative, le 6 décembre 1926. Gracié il sera de retour à Paris et mourra le 21 août 1944. Maitrejean Rirette (1887-1968), née Anna Estorges, compagne de Victor Serge, est acquittée alors que son compagnon sera emprisonné pour avoir caché Garnier et Callemin. Elle meurt en juin 1968 sans jamais l'avoir revu. Metge Marius Paul (1890-1933) est condamné aux travaux forcés à perpétuité le 27 Février 1913, il sera finalement libéré du bagne en 1931. Deux ans plus tard, il mourra d'une fièvre. Monier Antoine (Etienne) (1889-1913), dit Simentof est condamné à mort avec Callemin et Soudy, il sera guillotiné le 21 Avril 1913.Serge Victor (Kibalchine) (1890-1947) est condamné à huit ans de prison. Il quitte l'Europe en 1940 pour Mexico où il meurt dans la pauvreté. Soudy André (1892-1913) est guillotiné avec Callemin et Monier le 21 Avril 1913.

BOISSY D’ANGLAS baron Francis Petit fils du célèbre conventionnel, né à Paris le 19 février 1846, il y est mort le 21 janvier 1926. Député de l'Ardèche de 1877 à 1885 et de 1886 à 1889, Député de la Drôme de 1889 à 1898, Sénateur de l'Ardèche de 1903 à 1912. Se présenta la première fois au électeurs comme républicain modéré et fit partie de la majorité en appuyant la politique "opportuniste"; Il fut réélu, mais s'inscrivit à la gauche radicale. Membres de diverses commissions, il manifesta une grande activité. Au Sénat il était membre de plusieurs commission et déposa en 1903 une proposition de loi relative à la séparation des Églises et de l'État.

BORDES (Charles), 1863-1909 :
Professeur et compositeur. La Roche-Corbon (Indre-et-Loire) 12 mai 1863 Élève de César Franck pour la composition et de Marmontel pour le piano.
De juillet 1887 à mars 1890, il est maître de chapelle et organiste à Nogent-sur-Marne.
Il est chargé par le ministère de l'éducation publique de rassembler une collection de musiques anciennes basques qui est publiée en 1897 ( Archives de la tradition basque).
En 1890 il est nommé maître de chapelle à l'église Saint- Gervais de Paris, où il organise en 1892 «Les Semaines saintes de Saint-Gervais» dont les ervices sont accompagnés de musiques de la Renaissance française et italienne. Dans ses efforts pour développer le chant choral, il créé « les Chanteurs de Saint-Gervais » dont les membres sont recrutés dans toute la France et en Europe.
En 1894, avec Alexandres Guilmant et Vincent d'Indy, il fonde une société de musique sacrée qui prend le nom de Schola Cantorum. Le 15 octobre 1896, la Schola Cantorum est inaugurée comme école pour le renouveau de la musique religieuse. On redécouvrit là le plain-chant, Victoria, Josquin, Palestrina etc., tout en encourageant la composition d'une liturgie moderne.
Il anime un jounal, « La tribune de Saint-Gervais » qui est en fait celui des promoteurs de la Schola Cantorum.
En 1899, il fonde la Schola Cantorum en Avignon et en 1905 à Montpellier. C'est dans cette ville qu'il organise en 1906 le premier « Congrès du chant populaire » et une nouvelle mise en scène de Castor et Pollux de Rameau. Il meurt à Toulon le 8 novembre 1909.

BOREL (Émile), 1881-1956 :
Émile Borel est né le 7 janvier 1881 dans le village de Saint-Affrique, dans l'Aveyron. Enfant prodige, passionné par les mathématiques, il reçoit une bourse pour le lycée Louis-le-Grand, et à 18 ans, il est reçu 1er au Concours Général, à l'Ecole Polytechnique, et à l'Ecole Normale Supérieure. En accord avec son père, il opte pour cette dernière, car l'argent et les mondanités l'intéressent moins que la recherche. Plus tard, il épouse la fille du grand mathématicien Appell, qui se fit connaitre, sous le pseudonyme de Camille Marbo, pour ses romans.
Avant même d'avoir soutenu sa thèse, il est nommé à 22 ans maître de conférences à Lille, puis à 26 ans à l'Ecole Normale Supérieure : il ne devait alors plus quitter Paris. Emile Borel est un mathématicien constructiviste, et, avec Baire et Lebesgue, il est le fondateur de la théorie de la mesure et de l'étude moderne des fonctions. Il entreprend d'ailleurs une Collection de monographies sur la théorie des fonctions qui comprend 50 volumes, dont 10 rédigés par lui-même. Borel est aussi le premier à entreprendre une étude systématique des séries divergentes.
Après la Première Guerre Mondiale, Borel obtient la chaire de Calcul des Probabilités, et il consacre son énergie à développer ce domaine et ses liens avec la physique mathématique. D'ailleurs, il est pour beaucoup dans la création de l'Institut Henri Poincaré, en 1928, consacré justement à ces deux disciplines. Parallèlement à sa carrière scientifique, Borel reçoit de nombreux honneurs, dont les plus importants sont son élection à l'Académie des Sciences en 1921, et la médaille d'or du CNRS qu'il est le premier à recevoir en 1955.
S'il n'aimait pas les mondanités, Borel, curieux dans tous les domaines, n'en fréquentait pas moins les intellectuels de l'époque, comme le poète Paul Valéry, ou le Président du Conseil Paul Painlevé. A la guerre 1914-1918, il insiste pour être envoyé au front, et son action courageuse lui vaut la Croix de Guerre. Son amitié avec Painlevé le conduit à s'engager en politique : à compter de 1924, il est pendant 12 ans député de l'Aveyron, et même quelques mois ministre de la marine. En 1941, il est emprisonné un mois par les Allemands, comme 4 autres membres de l'Académie des Sciences. Il ne se remettra jamais totalement de cette épreuve. Il décède le 3 février 1956 à Paris.

Pour en savoir plus : La vie et l'oeuvre d'Emile Borel, par Maurice Fréchet

BOUCHER HenryDEPUTE des Vosges, il vota contre la loi Né le 19 septembre 1847 à Bruyères (Vosges), mort le 1er février 1927 à Nancy (Meurthe-et-Moselle). Député des Vosges de 1889 à 1809, Sénateur des Vosges de 1909 à 1920, Ministre de l'industrie, du Commerce, des Postes et Télégraphes d'avril 1896 à Juin 1898. D'une famille de papetier il s'engagea dans la garde mobile des Vosges et fut rapidement promus capitaine. Il participa à plusieurs campagnes avant d'être interné en Suisse à la fin de la guerre en 1871. Rendu à la vie civile il développa l'entreprise familiale avant de se faire élire député sur un programme républicain modéré. Il demanda que soient redues incompatibles, “en fait, sinon en droit », les fonctions de Ministre et de membre de l'une ou de l'autre Chambre, en « obligeant les députés anciens Ministres à se représenter devant leurs électeurs ». Il démissionna avec le Ministère lors des élections générales de 1898, qui donnèrent la majorité aux partisans de la séparation des Églises et de l'État. Particulièrement opposé à cette mesure d'autre part fidèle à la politique modérée de Jules Ferry, il mena, dans son département et à la Chambre, une lutte active contre les idées radicales. Dans sa profession de foi, de 1889, il avait déjà souligné que « les luttes sur le terrain religieux devaient être closes ».

BOUDENOOT LouisSENATEUR du Pas de Calais, il vota pour la loi Né le 2 mai 1855 à Fruges (Pas-de-CaIais), mort le 22 octobre 1922 à Paris. Député du Pas-de-Calais 1889 à 1901. Sénateur du Pas-de-Calais de 1901 à 1922. Après avoir passé sa licence en droit à la Faculté de Paris, Louis Boudenoot fut reçu le huitième en 1876, à l'Ecole polytechnique et, sorti dans la "botte ", passa à l'Ecole supérieure des mines avec le n° 2 d'où il sortit ingénieur. Cette formation à la fois juridique, scientifique et technique devait dominer toute sa carrière politique. Inscrit au groupe des républicains à la Chambre et à celui de l'union républicaine au Sénat où il intervint dans de nombreux débats comme celui de la séparation des Eglises et de l'Etat

BOUHET (Jean) :

BOUISSON (Fernand), 1874-1959 :
Industriel. Rejoint la SFIO en 1909. Député des Bouches du Rhône (1909-1940). Commissaire aux transports maritimes et marine marchande (1918-1919). Président de la Chambre des Députés (1927-1935). Il vote les pleins pouvoirs au Maréchal Pétain et se retire de la politique.

BOULANGER (Juliette-Marie Olga Boulanger dite Lili), 1893-1918 :
Compositeur. Née à Paris le 21 août 1893, Lili Boulanger est la petite fille d'un violoncelliste de la chapelle royale, fille de Ernest Boulanger, compositeur et professeur de chant au conservatoire, prix de Rome en 1885 (élève de Charles Valentin Alkan, Halévy et Le Sueur.) et de Raïssa Mychetska (comtesse russe cantatrice). Elle est âgée de deux ans lorsque les premiers signes de déficience immunitaire apparaissent avec une pneumonie. Dès lors, elle sera en permanence malade. A six ans, elle chante des mélodies de Fauré accompagnées par le compositeur.
Elle reçoit ses premiers cours de musique de sa sœur Nadia et des conseils de Gabriel Fauré. Elle prend des cours de piano avec Raoul Pugno, un ami de la famille.En 1909 elle est admise au conservatoire. Tout en bénéficiant des conseils de Georges Caussade pour l'harmonie la fugue et le contrepoint elle suit les cours de Paul Vidal pour la composition et ceux de Maurice Emmanuel. En 1911-1912 elle compose des cantates (l’Hymne au soleil). Avec sa cantate Faust et Hélène, elle obtient le premier prix de Rome en 1913 (elle est la première femme à obtenir cette distinction).En 1914, malgré une santé précaire, elle se rend à la villa Medicis, puis à cause de la guerre s'installe à Nice où elle esquisse le cycle vocal Des clairières dans le ciel sur un poème de Francis Jammes, des œuvres instrumentales et des psaumes.De retour à Paris, Elle fonde avec sa sœur Nadia un comité Franco-Américain du Conservatoire d'aide aux combattants.En 1916 elle séjourne de nouveau plusieurs mois à la villa Medicis. En 1917, une intervention chirurgicale ne rétablit pas sa santé. Elle a encore le temps d'achever les trois Psaumes, Vieille prière bouddhique pour voix et orchestre, Un matin de printemps, pour violon/flûte et piano, et son chef d'oeuvre Pie Jesu pour voix, orgue, quatuor à cordes et harpes qu'elle dicte à Nadia alors qu'elle succombe à une tuberculose intestinale. Elle meurt à Mézy (Yvelines) 15 mars 1918.

BOULANGISME :
Le boulangisme - ou la Boulange - est un mouvement politique français de la fin du XIXe siècle qui constitua une menace pour la Troisième République. Son nom est dérivé de celui du général Georges Boulanger. Né en 1837, brillant officier devenu ministre de la Guerre en 1886, parce que républicain, Boulanger cristallise sur son nom une coalition d’intérêts divergents dont le point commun est la dénonciation du gouvernement opportuniste. Il se rendit populaire par ses quelques réformes en faveur de l’armée et inquiéta le gouvernement par son discours belliqueux.
Le boulangisme naît d’abord à gauche dans les milieux radicaux et socialistes, hostiles au tout modéré pris par la République opportuniste. Autour du général Boulanger, se regroupèrent à partir de 1886, des nationalistes comme Déroulède et des monarchistes désireux de renverser la République et avide d'une revanche contre l'Allemagne, victorieuse de la guerre de 1870. Trois idéologies se superposaient dans le Boulangisme : la Revanche (contre l'Allemagne), la Révision (de la Constitution) et la Restauration (de la monarchie). Mais l’originalité du boulangisme tient aussi à la faveur dont il jouit dans les milieux conservateurs.
Dès la fin 1887, au moment de la crise politique des suscitée par le scandale décorations qui conduisit le président de la République, Jules Grévy à démissionner, les chefs des partis royalistes et bonapartiste apportèrent à Boulanger, en secret, leur aide, espérant que le succès des boulangistes conduira à la restauration de la monarchie. En janvier 1888, les monarchistes promirent leur soutien au candidat à la Présidence de la république qui s'engagerait à prendre Boulanger comme ministre de la Guerre.
À la même époque le général rencontre le prince Jérôme Bonaparte qui lui promit également son soutien, notamment financier. Cette année-là malgré son inéligibilité - car militaire - il est présenté aux élections dans 7 départements sous étiquette bonapartiste. La même année, il sollicite la duchesse d'Uzès pour 25 000 francs puis 3 millions au nom du Roi.
Rayé des cadres de l'armée, Boulanger se présenta à plusieurs élections avec un programme simple : la mise en place d'une Assemblée constituante. À force de promesses secrètes à ses différents concurrents, il finit par remporter des succès électoraux grandissants. Son arrivée à la Chambre le 12 juillet 1888 est suivie par une foule importante. En même temps les Boulangistes parviennent à présenter un candidat dans chaque département.
Le 27 janvier 1889 il se présentait comme candidat à Paris. La situation était inquiétante pour ses adversaires. Le président du Conseil général de la Seine, lui fut opposé. La campagne fut intense. Boulanger l'emporta par 244 000 voix contre 160 000 à son adversaire. Alors qu'il célébrait sa victoire en présence de 50 000 personnes, certains de ses partisans lui suggérèrent alors d'effectuer un coup d'État en marchant sur l'Élysée mais il se refusa à les suivre sur cette voie préférant attendre les élections générales de l’automne. Ce répit permit aux républicains de s’organiser : en interdisant le cumul des candidatures, le gouvernement empêcha de transformer le scrutin en plébiscite sur le nom de Boulanger, et en rétablissant le scrutin d’arrondissement, il favorisa les notables républicains contre les nouveaux venus boulangistes. Mais surtout, un mandat d'arrêt fut lancé contre lui pour complot contre la sûreté de l'État, et il dut s'enfuir en Belgique avant d’être condamné par la Haute Cour de justice en août 1889. Le mouvement est dès lors discrédité et aux élections du 22 septembre 1889, les boulangistes n'eurent que 44 élus contre 166 monarchistes et 366 républicains. Le boulangisme s'effondra et le général Boulanger se suicida le 30 septembre 1891 sur la tombe de sa maîtresse morte à Bruxelles.
Parmi les principaux boulangistes ont cita : le « comte » Dillon, Rochefort, Naquet, Deroulède, fondateur de la Ligue des Patriotes, Arthur Meyer, La duchesse d'Uzès, mècéne, héritière de la plus riche maison de vins de Champagne. En réaction au boulangisme est créée La société des Droits de l'Hommes et du Citoyen (par Clemenceau et Ranc).

Dansette (Adrien) : Le boulangisme, Paris, Fayard, 1948 – Garrigues (J.) : Le général Boulanger, Paris, Orban, 1988 ; Le boulangisme, Paris, PUF, « Que sais-je ? », 1988
Levillain (Philippe) : Boulanger, fossoyeur de la monarchie, Paris, Flammarion, 1984.

BOURGEOIS (Léon), 1851-1925 :
Homme politique. Né à Paris, le 29 mai 1851, Léon Bourgeois est d’abord docteur en droit puis devient avocat. Républicain, il commence très jeune une carrière préfectorale prometteuse qui le conduit jusqu’au poste de police, qu’il abandonne en 1888 pour se faire élire député de la Marne. Dès son élection, il entre à partir du 19 mai 1888 dans le gouvernement de Charles Floquet (3 avril 1888-22 février 1889) comme sous-secrétaire d’Etat à l’Intérieur.Il poursuit son ascension foudroyante, occupant successivement les portefeuilles de l’Intérieur, de l’Instruction publique et de la Justice de mars 1890 à avril 1893. A la différence de Clemenceau, Bourgeois n’est pas un tombeur de ministère mais un radicale de gouvernement, humaniste, chaleureux, en quête d’une doctrine réconciliatrice entre socialistes et républicains.
Premier radical avoué à être appelé à la tête du gouvenement le 1er novembre 1895, il ambitionne de mener une politique d’envergure qui, à la traditionnelle volonté de séparation des Eglises et de l’Etat, ajoute un volet social ambitieux alliant création des procédures d’arbitrages des conflits sociaux, instauration de l’impôt sur le revenu et mise en place d’un régime de retraite pour les ouvriers. Pour réussir, Bourgeois constitue une combinaison radicale homogène dont leds figures marquantes sont Combes (Instruction publique et Cultes), Cavaignac (Guerre) et Doumer (Finances). Ce volontarisme inquiète de nombreux opportunistes et lui aliène le Sénat qui conspire d’emblée pour le faire tomber.
Empêtré dans les suites du scandale de Panama et des chemins de fer du Sud, le ministère dépose en janvier 1896 son projet d’impôt sur le revenu. Adopté par les députés, il n’est même pas discité par la Chambre haute qui engage pour la première fois de son histoire un bras de fre constitutionnel contre le ministère. Le remplacement, du magistrat instructeur en charge du « dossier férroviaire » met le feu aux poudres. La majorité sénatoriale, dont certains membres ont été mis en cause, l’interprète comme une provocation et vote, le 11 février, un ordre du jour blâmant le gouvernement. Bourgeois commence par résister et réplique en faisant voter la confiance par les députés. Mais le Sénat persiste en rafusant, début avril, de voter les crédits nécessaires au rapatriment du cors expédiationnaire français à Madagascar et en affirmant qu’il s’opposera tant que le ministère restera en place. Un vif débat oppose alors contitionnalistes et politiques sur les pouvoirs respectifs des deux Chambres, les radicaux demeurant hostiles à cette « prairie républicaine » qui n’est pas légitime à leur yeux puisqu’elle n’est pas directement issue du suffrage universel tandis que les partisans du Sénat s’autorisent des lois constitutionnelles pour réclamer la « parité politique » c'est-à-dire la possibilité pour la Chambre haute de renverser le gouvernement. Sa majorité s’effritant, Bourgeois finit par renonce et porte le 28 avril sa démission au président de la République Félix Faure. Aussi son ministète a-t-il été très bref et décevant pour l’interessé qui décline ensuite, à deux reprises, la présidence du Conseil.
Dégoûté des affaires, il met à profit son expérience pour publier en 1897 un livre novateur, Solidarité, reprise d’un article paru en 1896 dans La Nouvelle Revue. Sa doctrine, très novatrice pour l’époque, ambitionne de réconcilier la liberté individuelle et l’initiative privée avec la nécessité « fraternelle » de tendre la main aux plus démunis par le canale de l’Etat. Il développe la théorie du quasi contrat socia, pour montrer la dette des privilégiés vis-à-vis des déshérités. L’impôt progressif, les lois d’assurance sociale et de protection ouvrière, l’arbitrage obligatoire sont les revendications qui découlent de cette doctrine. Répudiant toutes forme de dogmatisme, le solidarisme s’échine à donner un second souffle à un radicalisme trop centré sur la laïcité et ignorant les questions sociales.
L’arrivée au pouvoir durable des radicaux, conséquence de l’affaire Dreyfus, le ramène au gouvernement (après un bref passage en 1898) au sein duquel il occupe les portefeuilles des Affaires étrangères (1906, 1914) et du Travail (1912-1913), avant de siéger dans les gouvernements de guerre de l’automne 1915 jusqu’à l’arrivée au pouvoir de Clemenceau Partisan de longue date d’un d’un ormagnisme supranational cherger de régler les litiges internationaux, il est le premier président de la Société des Nations qui lui vaut de recevoir le prix Nobel de la paix en 1920. La même année, il accède à la présidence du Sénat qu’il abandonne en 1923, étant devenu presque aveugle. Il meurt à Epernay (Marne), le 29 septembre 1925.

BOURGEOIS (Léon) : Solidarité, Paris, Armand Colin, 1897.
HAMBURGER (M.) : Léon Bourgeois, 1851-1925. La politique radicale socialiste, la doctrine de la solidarité, l’arbitrage international et la société des Nations, Paris, Rivière, 1932.
RUBY (M) : Le Solidarisme, Paris, Gedalge, 1971.

BOURGET (Paul), 1852-1935 :
Ecrivain. Né à Amiens (Somme), le 2 septembre 1852, Paul Bourget est le fils aîné du mathématicien Justin Bourget. Il fit de solides études classiques, mais il abandonna bientôt la philosophie grecque pour se consacrer aux lettres. Disciple de Taine et de Sainte-Beuve, il s’est fait d’abord connaître dans la critique littéraire. D'abord favorable aux romanciers de la nouvelle école, admirateur d'Emile Zola, qu'il connut en 1876, et un des fidèles du «Boeuf nature», il se détacha du naturalisme grâce à ses « essais ». Essais de psychologie contemporaine, publiés dans la Nouvelle Revue du 15 novembre 1881 au 15 décembre 1882, suivis des Nouveaux Essais en 1884, affirment, comme Nos actes nous suivent, la responsabilité de l’écrivain et du penseur : la volupté tourmentée de Baudelaire, le scepticisme de Renan, son dilettantisme, la platitude fangeuse du Naturalisme sont dénoncés par Bourget comme les sources des maux du temps.
Dans ses romans, Bourget, délibérément moraliste et parfois moralisateur, illustre ses thèses : Le Disciple (1889), est inspiré d’un fait divers comme Le Rouge et le noir de Stendhal, incarne en Robert Greslou un nouveau Julien Sorel, capable d’expérimenter sur une jeune fille les théories psychologiques de son maître Adrien Sixte : cet essai de déterminisme conduit les deux jeunes gens à une mort tragique, et le vieux maître consterné renie son positivisme, quand il en voit les effets. Bourget relança ainsi la polémique que Brunetière entretenait dans la Revue des deux mondes contre le roman naturaliste et expérimental. Bourget devint le maître du «roman psychologique», «de l'analyse intime, de la vie intérieure, de la dissection des passions, au point de vue du bonheur individuel et de la morale, sans en étudier le contrecoup sur les grandes masses humaines, sur le terrain social d'une civilisation. »
L’Etape (1902), montre dans la famille du professeur Monneron les dangers d’une ascension sociale trop rapide, où les êtres se trouvent projetés dans un milieu dont ils ne connaissent ni les pièges, ni les traditions. Ce risque compromet le bonheur de l’individu dans sa réussite même, et l’équilibre de la société. Sans contester la valeur de la démocratie, Bourget pense que l’évolution doit se faire par étape, et son roman, très moderne dans son fond, a suscité des discussions passionnées.
Un divorce (1904) envisage également l’intérêt des individus et celui de la société. Bourget, achevant son évolution et son investigation des maux et des remèdes, défend la tradition religieuse et souhaite un réveil du christianisme.
Parmi ses autres très nombreuses oeuvres, qui connurent un grand succès, citons: Cruelle Enigme (1885), Crime d'amour (1886), André Cornélis (1887), Mensonges (1887), Un coeur de femme (1890), La Terre promise (1892), Cosmopolis (1892), L'Emigré et Le Démon de midi (1906). Il écrivit aussi, outre les Essais, deux volumes d'Etudes et portraits (1888), un récit de voyage, Sensations d'Italie (1891).Paul Bourget a été élu à l'Académie le 31 mai 1894 en remplacement de Maxime du Camp, et reçu le 13 juin 1895 par le vicomte E.-Melchior de Vogüé. Il a reçu André Theuriet. Bourget avait retrouvé la foi catholique (il exprima sa profession de foi dans le premier tome de ses Oeuvres complètes, en 1899, se confessa et communia le 21 juillet 1901). Il professait des opinions monarchistes, qu'il affirma dans sa réponse à l'Enquête sur la monarchie de Charles Maurras (1900-1909). Il meurt le 25 décembre 1935.

BOUTMY (Emile), 1835-1906 :

BOYER (Antide), 1850-1918 :
Homme politique. Né le 26 octobre 1850 à Aubagne (Bouches-du-Rhône), député des Bouches-du-Rhône de 1885 à 1909, Sénateur des Bouches-du-Rhône de 1909 à 1912. Il appartint à diverses commissions spéciales, et notamment à celle chargée de l'examen du projet et des propositions de loi concernant la liberté d'association. Il se fit entendre sur le travail des femmes et des enfants dans les établissements industriels , sur la création de nouvelles classes d'enseignement primaire, des manifestations du 1er mai, des conseils de prud'homme, des syndicats professionnels de patrons et d'ouvriers. Innocenté, après avoir été compromis dans l'affaire de Panama, il s'engagea, en 1897, dans les troupes grecques combattant contre les Turcs, fut blessé et rentra en France pour se faire réélire en 1898. Se préoccupations ne changèrent pas. A voté en faveur de la loi sur le droit d'association. Il meurt le 24 juillet 1918 à Marseille.

Boysset (Charles, Guillaume), 1817-1901 :
Homme politqiue. Né le 29 avril 1817 à Chalon-sur-Saône (Saône-et-Loire, représentant de la Saône-et-Loire à l'Assemblée Nationale de 1871 à 1876, Député de Saône-et-Loire de 1876 à 1901. Avocat, il se fit connaître de bonne heure pour se opinions républicaines. Nommé procureur de la République à Chalon par le gouvernement provisoire de 1848, il fut révoqué par la réaction.. Il collabora au journal le Peuple de Proudhon. Elu représentant à l'Assemblée législative de 1849, il siégea à la Montagne. Arrêté lors du coup d'Etat, il fut incarcéré à Lyon et envoyé en exil. Après le 4 septembre, il fut nommé maire de Chalon, puis commissaire du gouvernement chargé d'organiser la défense dans les départements de la côte d'Or et de Saône-et-Loire. Député, il siégea dans la majorité républicaine, à la gauche radicale dont il devint président et dont il rédigea le programme politique. A plusieurs reprises il demanda la suppression du budget des cultes et des Facultés de théologie. ), il meurt le 22 mai 1901 à Paris

BRACKE (Desrousseaux Alexandre, Marie, dit), 1861-1955 :

BRAGER DE LA VILLE MOYSAN (Eugène), 1862-1936 :
Homme politique. Né le 16 juin 1862 à Nantes (Loire-Inférieure), sénateur d'Ille-et-Vilaine de 1904 à 1933. Avocat au barreau de Rennes. lnscrit au groupe de la gauche républicaine, il siége dans diverses commissions et notamment à celle d'initiative parlementaire, à celle de l'hygiène, de l'assistance de l'assurance et de la prévoyance sociales, à la Commission de la mutualité et à celle des travaux publics et de l'agriculture. Il appartint en autre au comité consultatif des assurances contre les accidents du travail. Son activité fut intense. Il faut citer ses intentions sur la suppression de l'enseignement congréganiste (1904) la séparation des Eglises et de l'Etat (1905), la corruption dans les opérations électorales, la liberté et le secret du vote. Il meurt le 6 mars 1936, à Rennes (Ille-et- Vilaine).

BRAQUE (Georges), 1882-1963 :
Né en 1882 à Argenteuil où son père et son grand-père dirigèrent une entreprise de peinture en bâtiment, il n’a que huit ans lorsque sa famille s'installe au Havre. D'abord apprenti peintre décorateur, Georges Braque fait des études aux Beaux-Arts du Havre.
Il travaille dans l'atelier de Bonnat où il rencontre Raoul Dufy et Friesz, ses aînés. Georges Braque apprit le métier de peintre décorateur avant d’être tenté par le fauvisme. Il est bouleversé par les toiles de Picasso. Mais une mutation s’opère bientôt dans son art : Maisons à l’Estaque, en 1908, est au même titre que Les Demoiselles d’Avignon, l’une des toiles fondatrices du cubisme. Dès lors, il fonda le mouvement cubiste avec Picasso, changeant une perception de l'art vieille de plusieurs siècles : il ne s'agissait plus d'imiter le réel cette fois, mais de le déconstruire. Il participa à l'Armory show de New York en 1913. Il travailla alors en étroite collaboration avec Picasso et ensemble, ils menèrent jusqu’à l’éclatement de la Première Guerre mondiale l’une des plus fabuleuses aventures de l’art moderne. Blessé à la guerre, après une convalescence, il se remet à la peinture et pousse le cubisme dans une voix synthétique, à la fois somptueuse et personnelle.
Vers 1943, Braque commence à réaliser des sculptures et entre prend de grandes toiles comme Le Salon, le Billard, en 1944. Célèbre pour ses natures mortes et ses "papiers collés", il a également réalisé les vitraux de l'église de Varengeville-sur-Mer et le tabernacle de celle d'Assy. Il reçoit en 1948 le grand prix de la Biennale de Venise. De 1949 à 1956, il peint sa série des Ateliers, y rassemblant les recherches et les thèmes de toute son œuvre. Il meurt à Paris en 1963.

BOUTROUX (Emile), 1845-1929 :
Philosophe. Né à Montrouge le 28 juillet 1845. Après des études au lycée Napoléon (Henri IV), Emile Boutroux fut reçu en 1896 à l’Ecole normale supérieure. Il poursuivit sa formation à l’université d’Heidelberg, où il s’initia à la philosophie en suivant les enseignements d’Edouard Zeller et de Hermann von Helmholtz avant d’obtenir un poste de professeur de philosophie au lycée de Caen où il côtoie Jules Tannery et Louis Liard.
Dans une courte thèse : De la contingence des lois de la nature publiée en 1874, il s’inspire de la classification des sciences d’Auguste Comte et montre l’irréductibilité des domaines des lois scientifiques : mécanique, physique, vital, psychologique. Après avoir soutenu sa thèse, il enseigna à la faculté de Montpellier, à Nancy, puis à l’Ecole Normale Supérieure, où il devient maître de conférence en 1877. En 1888, lui fut attribuée la chaire d’histoire de la philosophie moderne de la Sorbonne.
A travers son enseignement et ses œuvres, parmi les quelles on peut citer La Grèce vaincue par les stoïciens (1875), Socrate, fondateur de la science morale (1883), De l’idée de la loi naturelle des sciences et la philosophie (1895), Question de morale et d’éducation (1897), Pascal (1900), La Philosophie de Fichte (1902), Psychologie du mysticisme (1902), Science et religion dans la philosophie contemporaine (1908), il s’affirma adversaire résolu du scientisme. En tant qu’historien, c’est une contingence analogue que Boutroux découvre, à l’encontre de l’hégélianisme, entre les grands systèmes philosophiques. Philosophe spiritualiste, Boutroux a défendu ainsi l’idée que la religion et la science étaient compatibles. Son œuvre annonça à bien des égards celle de Bergson, son cadet de quelques années.
Membre de l’Académie des Sciences morales et politiques en 1898, directeur de la fondation Thiers en 1902, Emile Boutroux, après une candidature malheureuse au fauteuil de Sardou en 1909, fut élu à l’Académie française le 31 octobre 1912, par 28 voix au fauteuil du général Langlois. Ce fut Paul Bourget qui le reçut le 22 janvier 1914. Il meurt le 22 novembre 1921.

BRETON (André), 1896-1966 :
Né à Tinchebray (Orne), le 18 février 1896. D'origine modeste, il entreprend d'abord sans enthousiasme les études de médecine que prétend lui faire suivre sa famille.
Mobilisé à Nantes en 1916, André Breton traverse la Première Guerre mondiale dans les services de santé de l'armée. Il y rencontre Jacques Vaché, ce fils spirituel d'Alfred Jarry, jeune homme qui a façonné sa vie comme une œuvre d'art et se suicide à 24 ans. Jacques Vaché aura sur Breton une influence considérable, même s'il n'a laissé que des lettres de guerre. Jeune homme, Breton vivait si misérablement que Gide et Valéry lui trouvèrent un emploi aux éditions Gallimard : revoir sur épreuves un ouvrage de Proust.
C'est alors qu'il entre en correspondance avec Guillaume Apollinaire et rencontre bientôt Louis Aragon et Philippe Soupault avec lesquels il fonde la revue 'Littérature' en 1920. Dans Les Champs magnétiques (en collaboration avec Soupault), il met en pratique le principe de l'écriture automatique. Breton publie le Premier manifeste du Surréalisme, en 1924. Le groupe se constitue autour de lui : Philippe Soupault, Louis Aragon, Paul Éluard, René Crevel, Michel Leiris, Robert Desnos, Benjamin Péret. Soutenant d'abord le mouvement Dada de Tristan Tzara, c'est en 1924 qu'il donne sa véritable identité au surréalisme, grâce à son 'Manifeste', et en devient la figure de proue. Il vit surtout de la vente de tableaux dans la galerie d'art qu'il fonde. Un temps membre du parti communiste en 1927, il en est exclu en 1933. Se reconnaissant dans le "changer le monde" de Marx, ce qu'il cherche, surtout, c'est à abolir les frontières entre l'imaginaire et la réalité, à se libérer de la "dictée de la pensée" (écriture automatique), et veut "brouiller l'ordre des mots" comme il l'affirme dans « Point du jour » (1934).
Sous son impulsion, le surréalisme devient un mouvement européen qui touche tous les domaines de l'art et remet profondément en cause l'entendement humain et le regard porté sur les choses ou les événements. Novateur et puissant, le surréalisme prend alors une ampleur internationale, et, malgré l'exil de Breton aux Etats-Unis pendant la Seconde Guerre mondiale et les divergences nées au sein du groupe, le mouvement marque de sa trace les années 50. Et le charisme et l'oeuvre de Breton entrent dans la légende. Il décéda à Paris le 28 septembre 1966.

BRIAND (Aristide), 1862-1932 :
Homme politique. Né à Nantes, le 28 mars 1862. Après des études de droit à Paris, Aristide Briand s'installe comme avocat à Nantes. Sous l'influence de Fernand Pelloutier, leader syndicaliste et théoricien de la grève générale, il devient le propagandiste de cette idée. Co-fondateur avec Jean Jaurès du parti socialiste français, ses dons oratoires font de lui un brillant parlementaire. Sa première grande mission consiste en la rédaction du rapport sur le projet de loi établissant la séparation de l'Eglise et de l'Etat. La Première Guerre mondiale le conduit à opter pour une politique de réconciliation avec l'Allemagne mais en s'efforçant de maintenir le statu quo établi par le Traité de Versailles. Briand n'a de cesse de multiplier les occasions de fonder la paix en Europe. Malheureusement, les intérêts économiques nationaux que la crise économique internationale fragilise font échouer la politique "briandiste". En avance sur son temps, il aspirait à une Europe unie et pacifiée. Mais, seul à défendre cette idée nouvelle, il doit se retirer de la scène politique en 1932. Aristide Briand a été 26 fois ministre, dont 18 fois ministre des Affaires étrangères et 11 fois président du Conseil. Décédé à Paris le 17 mars 1932

BRIEUX (Eugène), 1858-1932 :
Né à Paris, le 19 janvier 1858, Eugène Brieux est le fils d’un artisan ébéniste. Il passa son enfance dans le quartier parisien du Faubourg du Temple. Employé de commerce pour gagner sa vie, il se passionna très vite pour les lettres et le théâtre, et entama une carrière de journaliste, d’abord dans la presse régionale normande, puis à La Patrie, au Gaulois et au Figaro.
Après une première pièce, Ménage d’artistes (1890), passée relativement inaperçue, il connut le succès avec Blanchette (1892). Ayant reçu le soutien d’Antoine, il put voir plusieurs de ses pièces interprétées par la troupe de ce dernier. Dans son répertoire voué essentiellement à la comédie, on peut citer notamment : L’Engrenage (1894), L'Évasion (1896), Les Trois filles de M. Dupont (1897), La Robe rouge (1900), Les Avariés (1901), La Femme seule (1912).
Issu d’un milieu modeste, et arrivé au théâtre sans avoir suivi la filière classique des humanités, Eugène Brieux s’est imposé comme un dramaturge sans grande originalité mais dont la sincérité, servie par un véritable savoir-faire, a su toucher un large public populaire. Son œuvre témoigne de ses idées sociales et de son souci généreux de défendre et de donner voix aux faibles et aux opprimés.
Eugène Brieux fut élu à l’Académie française le 18 mars 1909, au fauteuil de Ludovic Halévy. Son élection qui l’opposait à d’autres hommes de théâtre, Georges de Porto-Riche et Alfred Capus, fut difficile mais il finit par l’emporter avec 18 voix. C’est le marquis de Ségur qui le reçut le 12 mai 1910.
Il meurt le 6 décembre 1932

BRISSON (Henri), 1835-1912 :
Homme politique. Né à Bourge, fils d'un avoué militant républicain,. Inscrit au barreau de Paris en 1859, il collabora aux journaux républicains et dirigea contre l'Empire une opposition très vive. Son influence était très grande dans les loges maçonniques. Après le désastre de Sedan il fut nommé par le gouvernement de défense nationale adjoint au maire de Paris. Il quitta cette fonction après le 11 octobre n'ayant pu avoir l'accord de réunir le conseil municipal qui à son avis aurait pu éviter l'explosion de la commune. En 1871 il préside le groupe d'extrême gauche à l'assemblée. Il est un des organisateur les plus actifs de la 3ème République et l'un des défenseur les plus vigilants de la laïcisation. Il succède en 1881 à Gambetta à la présidence de l'Assemblée nationale jusqu'à ce qu'il devienne premier ministre fonction qu'il reprendra de 1894 à 1898 puis de 1904 à 1912. Franc maçon et anticlérical féroce, il ne manquera pas de courage lors de l'affaire Dreyfus

BRIZON (Pierre) :

BROGLIE (Albert, duc de), 1821-1901 :
Homme politique. Né à Paris, le 13 juin 1821, Albert de Broglie est l’arrière petit-fils de Necker, petit-fils de Madame de Staël, fils de l'académicien duc Victor de Broglie et il ne fut duc qu'à la mort de son père, en 1870. Son nom est un talisman pour l’orléanisme politique dont il incarne les divisions et les déchirements devant la question républicaine. Diplomate sous la monarchie de Juillet, il a passé le Second Empire dans l’opposition.
La révolution de 1870 le trouve fidèle à la royauté car il continue à associer républicanisme et anarchie depuis qu’il a assisté aux journées révolutionnaires de 1839 orchestrées par Barbès. En dépit de son opposition irréductible au Second Empire le libéralisme politique demeure comme sous la monarchie de Juillet mortellement divisé entre résistance et mouvement, respectivement symbolisés par Guizot et par Thiers. Broglie demeurera jusqu’à sa mort un disciple du premier et un opposant du second. Toutefois, comme pour les libéraux, les institutions priment selon lui la forme du régime, ce qui le sépare des légitimistes.
Pendant les premières années de la troisième République, il joue un rôle politique important, qui le rend très impopulaire. Elu député en février 1871, il accepte d’abord d’être ambassadeur à Londres sur les instances de Thiers, pressé de l’éloigner. Mais l’évolution personnelle du chef de l’Etat l’inquiète de plus en plus. Méprisant en celui-ci le parvenu avide de pouvoir qu’ont toujours dénoncé les doctrinaires, il quitte Londres au printemps 1872 et commence à orchestrer l’union des droites – légitimistes, orléanistes et bonapartiste – autour d’un programme commun visant à limiter la démocratie parlementaire par une Chambre haute et une présidence forte. Le temps étant compté, comme en témoigne les élections partielles triomphales pour les républicains, il fomente la chute de Thiers, l’accusant d’avoir pactisé avec les radicaux afin de rester au pouvoir.
L’élection du radical Barodet à Paris le décide à précipiter le mouvement. Le 24 mai, Broglie dépose le célèbre ordre du jour interpellant le gouvernement sur la nécessité de faire prévaloir une politique résolument conservatrice. La qualité du duel oratoire s’élève à la hauteur de l’enjeu. Adopté à une courte majorité, l’ordre du jour entraîne sa démission et l’élévation au pouvoir de Broglie.
Comme il était convenu entre les conjurés, Broglie fait aussitôt élire Mac-Mahon à la présidence ; choix habile, le maréchal étant célébré par les trois droites comme l’homme providentiel depuis qu’il a orchestré la répression militaire de la Commune. Reste à savoir si le maréchal-président est l’intremédiaire de l’orléanisme ou le garant d’une république conservatrice calquée sur la monarchie de Juillet. Reste surtout à savoir si de Broglie pourra se maintenir longtemps en raison du caractère hétéroclite de sa majorité, uniquement soudée dans sa volonté de pousser Thiers dehors et d’éradiquer le radicalisme. Manquant d’expérience ministérielle, le nouveau chef du gouvernement passe pour hautain que son père tandis ques ses qualités oratoires laissent à désirer : la voix aigüe et zézayante dépareille la qualité du propos et la force de l’argumentaire qui sont le cachet de ses discours, en somme plus agréables à lire qu’à entendre. Son ministère associe orléanistes (Batbie, Beulé), républicains conservateurs (Deseiligny), légitimistes (Ernoul, La Bouillerie, Dompierre d’Hormoy) etbonapartistes (Magne) mais souffre d’un manque de personnalités d’envergure. S’il conserve le titre modeste de vice-président du Conseil, Broglie en devient le chef réel.
Convaincu d’avoir peu de temps devant lui, il décide avant tout de lever l’hypothèque d’unerestauration monarchique. Si cette dernière devait échouer, il est résolu à préserver la République des républicains par la prolongation du pouvoir de Mac-Mahon et l’édification d’une Chambre haute. Ainsi, les députés seraient bridés par deux institutions pérennes conservatrices. Le président du Conseil entend également fédérer
l'interpella et le renversa à 16 voix de majorité. Président du premier cabinet du gouvernement du maréchal Mac-Mahon, au 24 mai 1873, il eut cette même année le portefeuille des Affaires étrangères, puis celui de l'Intérieur, il proposa et organisa le Septennat et démissionna en 1874. Il ne fut pas élu sénateur inamovible, mais le département de l'Eure l'envoya au Sénat ; président du Conseil et ministre de la Justice après l'acte du 16 mai 1877, qu'il avait conseillé, il fit dissoudre la Chambre après le vote protestataire des 363, dont il ne put empêcher la victoire électorale ; il démissionna le 15 novembre 1877, ne fut pas réélu sénateur en 1885 et se retira de la politique.
Collaborateur de la Revue des Deux Mondes en 1848, il fit œuvre d'historien et publia notamment deux études sur Frédéric II. Candidat du parti monarchiste et religieux à l'Académie, combattu par Sainte-Beuve et les impérialistes, il fut élu le 20 février 1862 en remplacement du Père Lacordaire, par 26 voix sur 29 votants, et reçu le 26 février 1863 par Saint-Marc Girardin. Il meurt à Paris le 19 janvier 1901.

BROGLIE (Louis de), 1892-1987 :
Physicien français. Issu d'une illustre famille, Louis de Broglie est né à Dieppe en 1892. Il se destine d'abord aux disciplines littéraires. A 18 ans, il obtient une licence d'histoire. Puis il passe une année en droit et prépare un diplôme sur la politique française au début du XVIIIe siècle. Mais à 20 ans, il commence à s'intéresser aux sciences et il sera licencié ès sciences en deux ans. Pendant la Première Guerre mondiale, Louis de Broglie est affecté au poste radiotélégraphique de la tour Eiffel et peut se consacrer à ses recherches sur les ondes radioélectriques. Au sortir de la guerre, il rejoint son frère Maurice et l'aide dans ses travaux sur les rayons X. Ayant acquis de nombreuses connaissances pratiques, il se lance alors dans la théorisation.
En 1911, lors du premier congrès Solvay de Bruxelles, les physiciens admettent qu'ils se trouvent dans une impasse. En 1865, la théorie de Maxwell fait de la lumière une onde nécessairement continue. Or, l'effet photoélectrique découvert par Hertz en 1887 met en œuvre des échanges d'énergie discontinus et donc remet en cause le caractère continu de la lumière. En 1905, Einstein introduit la théorie corpusculaire et avance que la lumière peut être à la fois continue et discontinue. En revanche, il ne s'explique pas dans quelles circonstances elle devient l'un ou l'autre. De Broglie entame donc ses recherches en partant du principe que les théories ondulatoire et corpusculaire ne sont pas incompatibles. Dès 1922 paraissent ses premières communications sur la mécanique ondulatoire qui seront améliorées deux ans plus tard avec sa thèse de doctorat Recherches sur la théorie des quanta. Il suppose qu'à chaque particule est associée une onde dont la longueur dépend de la masse et de la vitesse de cette particule. Cette longueur d'onde permet alors de prévoir le mouvement de la particule. Et par voie de conséquence, un flux de particules peut être diffracté comme un faisceau de lumière. Cette théorie révolutionnaire suscite à la fois l'intérêt et l'incrédulité. Mais lorsque les travaux de physiciens américains et britanniques confirment sa découverte trois ans plus tard, il obtient le prix Nobel en 1929. En 1933, il devient membre de l'Académie des Sciences et est élu à l'Académie française en 1944.
La théorie de Louis de Broglie a sorti les sciences physiques d'un dilemme qui les faisait stagner. Elle a aussi contribué à l'élaboration de nouvelles technologies comme l'optique électronique mais a avant tout a amorcé un nouveau courant de pensée scientifique.

BROUSSE (Paul), 1843-1912 :
Militant anarchiste puis socialiste réformiste. Après des études de médecine et un séjour à Barcelone, Brousse s'engage dans la I° Internationale (AIT) et participe au Congrès de Genève en septembre 1873. Il est alors anarchiste et déjà très anti-marxiste.
Il va devenir l'un des pricipaux dirigeants de la Fédération Jurassienne (anarchiste). Le 18 mars 1877, il prend part à Berne à une manifestation à la gloire de la Commune, qui se termine en affrontement avec la police. Il est condamné à un mois de prison. En 1879, suite à un article dans "L'avant garde", il est à nouveau condamné à deux mois de prison, puis expulsé de Suisse.
Rentré en France, il s'éloigne des conceptions anarchistes pour militer au sein du ¨Parti Ouvrier" de Guesde puis, après la scission de 1882, à la "Fédération des travailleurs socialistes de France", qui prendront le nom de "Possibilistes" et dont l'orientation peut être synthétisée par la citation suivante :
"Abandonner le tout à la fois ... fractionner le but idéal en plusieurs étapes sérieuses, immédiatiser ... nos revendications pour les rendre possibles ".
Les possibilistes seraont à la fin du XIX° siècle un courant socialiste important, partie prenante de la proclamation de la II° Internationale. Ils fusionneront dans le PSF de Jaurès en 1902, puis la SFIO en 1905.

BRUNEAU (Alfred), 1857-1934 :
Compositeur et critique musical. Bruneau Louis Charles Bonaventure Alfred Bruneau est né le 3 mars 1857 à Paris. Son père, originaire de Niort, violoniste, fonde l' Union Internationale des Compositeurs en 1884 ; il est un temps éditeur de musique (1888). Sa mère, peintre fut une élève de Corot.
De 1876 à 1879, il est élève de Franchomme pour le violoncelle au conservatoire de Paris, de Savart pour la théorie (1876-1879) et de Massenet pour la composition (1879-1881).
En 1876 il obtient un premier prix de violoncelle. En 1881 il a le second prix de Rome pour sa cantate Geneviève. Il est violoncelliste dans l'orchestre Pasdeloup et entretient de nombreux rapports avec César Frank et les membres de la Société des compositeurs à laquelle il adhère en 1881.
Il crée son premier opéra, Kérim en 1887 au Théâtre-Lyrique de Paris. Il fait la connaissance d'Émile Zola en 1888, ce qui marque le début d'une profonde amitié entre les deux hommes.
La même année il est correcteur chez l'éditeur de musique Hartmann. Il assure des chroniques musicales pour la Revue indépendante (1889-1890) et continuera plus tard dans le Gil Blas (1892-1895) ; le Figaro (1895-1901) ; la Grande Revue (1902) ; le Matin (1904-1907 et 1909-1933).
En 1891 il présente Le Rêve et en 1893 L'Attaque du moulin à l'Opéra comique d'après des romans d'Émile Zola et des livrets de Gallet.
En 1897, Zola livre le texte de Messidor créé à l'Opéra de Paris, avec la nouveauté de mélanger poésie et prose non mesurée.
De 1903 à 1904 il est directeur musical de l'Opéra-Comique, en 1905 membre du Conseil supérieur du Conservatoire de Paris, en 1909 inspecteur général de l'enseignement musical.
Il voyagea en Belgique, en Allemagne, en Angleterre, en Russie où il est envoyé en 1901 par le gouvernement français. Il est élu à l'Académie des Beaux-Arts en 1925 en remplacement de Paul Dukas.
Par le choix de ses livrets, son intimité et collaborations avec Zola, on ne peut douter de l'adhésion de Bruneau au Naturalisme. Reste à savoir ce que cela peut vouloir signifier en musique. Il reste que le choix des personnages populaires pour ses pièces lyriques, leurs apparitions en costume de ville, l'emploi de la prose non mesurée et du parlé-chanté sont des choses nouvelles. Sa musique reste dans la tradition tonale, avec un emploi de la modalité dans des orchestrations rutilantes où bien souvent les emplois traditionnels respectifs des cordes et des cuivres sont inversés.
Comique de Paris le 3 mars 1905 sous la direction de d'Albert Carré. Il meurt à Paris le 16 juin 1934.

BOSCHOT A., La vie et les oeuvres d'Alfred Bruneau. Paris 1937
WALLON SIMONE, Chronologie des oeuvres d'Alfred Bruneau. Dans «Revue de musicologoie» (29), 1947

BRUNETIÈRE (Ferdinand), 1849-1906 :
Critique Littéraire. Né à Toulon, le 19 juillet 1849, Ferdinand Brunetière, après avoir fini ses études au lycée Louis-le-Grand, passa l’examen d’entrée de l’Ecole normale. Quand la Guerre franco-allemande éclate, il est enrôlé dans l’armée. Après la guerre, il retourna à Paris en tant que professeur dans les écoles privées.
A l’inverse de ses contemporains qui ont pratiqué des incursions vers l’histoire de la philosophie, n’a jamais voulu être que critique, mais totalement et jusqu’à prétendre orienter la production littéraire. Il a constamment défendu la prééminence d’un XVIIe siècle classique essentiellement identifié à Boileau et Bossuet, auquel il a consacré une importante monographie. Du classicisme, il tenta dé faire revivre les rythmes oratoires dans une véritable prédication notamment à l’Ecole normale comme maître de conférences ou à la Revue des Deux Mondes alors éditée par Charles Buloz dont il est devenu le secrétaire de la rédaction puis le directeur en 1893. Il s’occupe de critique littéraire et a publié des Etudes critiques sur l’histoire de la littérature française, sur Pascal, Madame de Sévigné, le Roman naturaliste, l’Evolution des genres dans l’histoire de la littérature, etc. En 1892, il protesta contre le projet d’une statue de Charles Baudelaire. Deux fois lauréat de l’Académie, professeur à la Sorbonne, il fut élu à l’Académie le 8 juin 1893, au premier tour contre Emile Zola, en remplacement d John Lemoinne, Brunetière a été reçu le 15 février 1894 par Paul-Gabriel d’Haussonville.
Calquée sur le darwinisme, sa théorie de l’évolution des genres qui donne matière à trois volumes, tempère sa critique dogmatique d’un sens historique : en fonction d’une dynamique interne autant que de pressions extérieures, formes et moyens d’expression se transforment.
Converti au catholicisme, après une visite au Vatican mémorable, il allait utiliser le positivisme pour une entreprise d’apologétique en montrant la même aversion pour l’individualisme que dans ses polémiques contre l’impressionnisme ou le naturalisme.
En 1897, Brunetière se dirige vers les Etats-Unis sous les auspices de l’alliance française. A l’université Johns Hopkins, il y fait neuf conférences sur la poésie française. Voyageant dans le pays, il a rencontré un succès qu’aucun conférencier français n’avait obtenu jusqu’à présent et c’est à New York que plus de trois mille personnes se sont réunies pour l’entendre. L’une des conférences les plus célèbres qu’il donna fut sur Emile Zola, dont les prétendues images réalistes des bourgeois français, d’un ouvrier, d’un soldat et d’un paysan furent décrites en tant que caricatures sombres, pessimistes et calomnieuses. Il meurt à Paris le 9 décembre 1906.

CLATKE (J.) : Ferdinand Brunetière, Paris, Nizet, 1954.
JÉQUIER (W.) : Ferdinand Brunetière et la critique littéraire, Université de Lausanne, 1922 (thèse).

BRUNSCHVICG (Cécile), 1877-1946 :

BUCARD (Marcel), 1895-1946 :

BUFFET (Louis-Joseph), 1818-1898 :
Homme politique. Né à Mirecourt (Vosges) le 26 octobre 1818, il devient avocat, représentant les Vosges à la constituante de 1848, vote avec la gauche dynastique puis se rallie à Louis Napoléon Bonaparte qui le fait ministre de l'agriculture et du commerce en décembre 1848. Il se retire en 1849. Il est réélu à l'assemblée il est reconduit dans cette fonction en avril 1851 et rentre dans la vie privée en décembre. En 1864, il est réélu dans les Vosges mais dans une liste d'opposition. Il devient ministre des finances en janvier 1870 qu'il quittera le 14 avril.
Devenu président de l'Assemblée nationale le 4 avril 1873, en remplacement de Jules Grévy qui a démissionné, Buffet est l’un des artisans qui contribuera au renversement de Thiers le mois suivant. Maos, à l’instar de nombreux orléanistes, il est dégoûté par l’échec de la restauration monarchique et finit par être convaincu que le maintien des notables au pouvoir passe par l’acceptation « du régime qui divise le moins ». Il se rallie ainsi à l’amendement Wallon en janvier 1875 puis vote les lois constitutionnelles le mois suivant. « Républicain par dépit », monarchiste constitutionnel de conviction et ancien ministre de Napoléon III, il semble le seul à même de rassembler les centres sans s’alliéner les droites, ce qui pousse son ami Broglie à faire son siège pour le forcer à accepter de diriger le gouvernement, le ministère Cissey étant démissionnaire depuis plusieurs semaines et se contentant d’expédier les affaires courantes.
Le 10 mars 1875, Buffet crée un ministère plus ouvert que ses devanciers puisqu’il adjoint des notables du centre gauche à la droite royaliste. Sa mise sur pied a été longue et conflictuelle mais, au bout du compte, l’équipe a belle allure puisqu’elle associe les chefs des deux centres (Buffet et Dufaure), l(ancien président du Conseil (Cissey), un royaliste (Meaux, gendre de Montalembert), l’économiste Léon Say aux Finances et le « père » du régime Wallon, à l’Instruction publique. Decazes demeure aus Affaires étrangères. Le duc d’Audiffret-Pasquier, d’abord pressenti à l’Intérieur, succède finalement à Buffet à la présidence de la Chambre, le troisième duc (Broglie) demeurant en coulisses comme le principal conseiller des deux têtes de l’exécutif.
Le 19 septembre, il expose ainsi son programme : « La grande tâche du gouvernement actuel consiste à réformer le faisceau de toutes les formes conservatrices de la France, si malheureusement rompu par nos révolutions. » La mise en pratique est classique : épuration de la « gangrène radicale » dans l’administration, vote en décembre d’une loi répressive sur la presse et qui maintient l’état de siège à Paris, Lyon, Marseille et Alger. Sous son influence, l’Assemblée achève son constituante en adoptant en juillet la troisième et dernière loi constitutionnelle sur les rapports publics. Quelques jours avant a été adoptée la loi « Dupanloup » sur la liberté de l’enseignement supérieur qui entraîne l’ouverture de plusieurs universités catholiques. Buffet se dépense particulièrement pour faire aboutir la loi électorale de novembre qui établit le scrutin d’arrondissement de liste. Au couchant de la mandature, le ministère et la majorité font corps pour tenter de freiner le raz de marée gambettiste prévisible.Toutefois, cette unanimité de façade masque mal des tensions croissantes entre les centres. Irascible, cassant et hautain, Buffet multiplie les altercations entre le centre gauche, en particulier avec Léon Say et Dufaure. Or l’union s’avère indispensable en raison de la proximité des échéances électorales. Une première alerte intervient en décembre 1875 lors de la désignation des soixante-quinze sénateurs inamovibles, dernier acte réservé à la Constituante qui se séparera quelques jours plus tard. Une partie de centre gauche s’unit à la coalition contre nature nouée entre Gambetta et les légitimistes pour écarter les légitimistes. Au final, une soixantaine de républicains sont élus cintre seulement une dizaine de conservateurs. Si les sénatoriales du 30 janvier 1876 permettent de corriger le tir, les législatives signent le crépuscule de l’ordre moral. Le peuple souverain envoie à la Chambre deux républicains sur trois, le conservateur restant étant le plus souvent bonapartiste ou légitimiste. Buffet lui-même néchappe pas au naufrage puisqu’il est battu quatre fois dans le Cher, la Meuse, le Tarn-et-Garonne et les Vosges. Ses proches lui ayant proposé une circonscription facile pour le deuxième tour à laquelle il s’y refuse. Le chef désavoué démissionne logiquement dès le 23 février 1876, et terminera sa carrière comme sénateur inamovible. Sa chute ouvre la crise politique entre Mac-Mahon et la nouvelle majorité républicaine. Buffet décède à Paris le 7 juillet 1898.

BUFFET (Joseph) : Essai d’une synthèse de la vie de Louis Joseph Buffet, homme d’Etat, Nancy, 1975.

BUISSON (Ferdinand), 1841-1932 :
Homme politique. Né le 20 décembre 1841 à Paris, Député de la Seine de 1902 à 1914 et de 1919 à 1924. Issu d'une famille protestante de mœurs austères, fils d'un juge au tribunal de Saint Etienne. Licencié en lettre et agrégé en philosophie, il préfère s'exiler en Suisse plutôt que de prêter serment à l'Empire Après 1870 il est nommé inspecteur primaire à Paris ; il sera relevé de ses fonction parce que Monseigneur Dupanloup l'accusera d'avoir manqué de respect à la Bible et en fera un scandale à l’Assemblé nationale. En 1878, il est nommé inspecteur général et collabore avec Jules Ferry à la préparation des textes qui constitueront le statut de l'école laïque. Il s'efforce d'orienter cet enseignement vers les principes démocratiques et la neutralité religieuse. Il sera l'un des fondateur de la Ligue des droits de l'homme dont il sera le président après la mort de Francis de Pressensé Membre du groupe radical socialiste il soutint la politique du ministère Combes et présida la commission relative à la séparation des Églises et de l’État. Il sera également président de la Ligue de l'Enseignement de 1902 à 1906. Il meurt le 16 février 1932 à Thieuloy-Saint-Antoine.

BUSSIÈRE (Ernest), 1863-1913 :
Statuaire, céramiste, décorateur. Né à Ars-sur-Moselle en 1863, Ernest Bussière suit les cours de l'Ecole des Beaux-Arts de Nancy puis entre en 1882 à l'Ecole nationale des Beaux-Arts de Paris. En 1889, il revient s'installer à Nancy et commence une double carrière. Statuaire, il réalise de nombreux monuments dédiés aux grands hommes nancéiens (Grandville, 1893 ; l'Abbé Gridel, 1893 ; Pierre Gringore, 1894 ; Gustave Bleicher, 1903 ; Henri Loritz, 1904 ; Ernest Bichat, 1909). Il est également l'auteur de plusieurs sculptures funéraires au cimetière de Préville. Décorateur, il est l'un des principaux collaborateurs nancéiens de la faïencerie Keller et Guérin (Lunéville) à laquelle il fournit de nombreux modèles de céramiques d'inspiration végétale. Egalement portraitiste, il réalise médaillons et bustes de personnalités locales.
Parallèlement à son activité de statuaire, Ernest Bussière est professeur de sculpture et de modelage à l'Ecole des Beaux-Arts de Nancy.Ernest Bussière est membre du Comité directeur de l'Ecole de Nancy dès 1901. Il meurt à Nnacy en 1913.
PARMANTIER, THOMAS. Céramiques végétales : Ernest Bussière et l'Art nouveau. Nancy : Musée de l'Ecole de Nancy, SNVB, 2000

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